samedi 17 février 2018

BD - Dagsson, l’horrible Islandais

Pour certains, les limites n’existent que pour être franchies. Un désir permanent et très fort de ne surtout pas se contenter de bien-pensance ou de politiquement correct. Dans la vie de tous les jours, ces originaux sont peu nombreux. Mais dans le monde de l’humour, on dirait que c’est une condition essentielle pour une certaine reconnaissance. Dans cette tribu de fous furieux de la punchline extrême, le maître absolu est Islandais. Dagsson de son petit nom, a débuté par publier ses petits dessins d’humour sur le net. Graphisme minimaliste, deux bulles de textes et bienvenue au pays du trash.

Petit exemple, parmi les plus softs : un homme et une femme se préparent à sortir. « Chérie, tu es prête pour notre réunion des anciens ? » « Je vérifie que j’ai bien tout. Mon sac, le téléphone, les clés de la maison, un plein tube d’arsenic... On y va. » Dans l’Indépendant, on ne peut évidemment pas reprendre les pires gags. Il en va de la santé mentale de nos lecteurs. Les enfants, notamment, sont des sources d’inspiration infinies pour Dagsson. Impossible de raconter ce qu’il leur fait subir. Mais visiblement, il ne les aime pas spécialement. Ou d’un amour haine destructeur.

Un cadeau idéal si vous avez un message radical à faire passer à quelqu’un que vous ne supportez plus.

➤ « Et vous trouvez ça drôle ? », Vraoum, 176 pages, 12 €

vendredi 16 février 2018

De choses et d'autres - Les ados passent au papier

Les ados ne lisent plus. Du moins, ils ne lisent plus de presse papier. Tout pour le net et les réseaux sociaux. Alors pourquoi lancer « Webuzz » un magazine (100 pages, 3,95 €) destiné à ces mêmes ados captivés par les nouvelles technologies, notamment les Youtubeurs ? Peut-être tout simplement pour accomplir une compilation historique avant la lettre.
Dans quelques siècles, quand tous les disques durs contenant les exploits des Norman, Andy et autres Cyprien seront effacés, obsolètes et démagnétisés, dans un placard au fond d’une maison de campagne qui n’a jamais été raccordée à la fibre, on retrouvera cette revue, aux pages un peu jaunies certes, mais qui resteront le dernier témoignage des stars du début des années 2000.
De nos jours, on s’esbaudit devant de vieux exemplaires de « L’illustration » avec gravures d’époques. Et les célébrités du siècle dernier ont sombré dans l’anonymat. Ce qui ne manquera pas d’arriver aux stars du web actuelles. D’autant que « Webuzz » donne des conseils pour « cartonner avec ta chaîne » (YouTube). À moins que la revue ne soit en réalité destinée uniquement aux parents. Enfin, ils vont comprendre le jargon de leur progéniture. Il y a même un quizz destiné aux vieux (toute personne majeure pour ce genre de public), histoire de les tester et surtout de « rire un bon coup à leurs dépens ! »
Non seulement on ne comprend rien à ce qu’ils racontent, mais in fine c’est pour se moquer de nous. Jeunes, connectés et méchants en plus ! 

jeudi 15 février 2018

De choses et d'autres - Au royaume de la seconde main

Rien de plus gai que de passer son mercredi matin dans les locaux d’Emmaüs. Après trois journées de fermeture, vous êtes certain de trouver nombre de nouveaux objets récupérés, nettoyés, réparés et revendus à un prix défiant toute concurrence, même sur les vide-greniers. Plaisir doublé si l’on a un peu d’imagination.

Je me rends toujours en priorité au rayon des revues. Je feuillette un lot de Picsou Magazine de 2008 (dix numéros pour 3 €) et me retrouve instantanément à côté de ce gamin qui, il y a dix ans, passait ses journées pluvieuses à rire des gaffes de Donald et des trouvailles de ses neveux allongé sur son lit une place. Aujourd’hui il profite d’un lit double. Il y a peut-être découvert l’amour hier lors de la Saint-Valentin.

A côté, une superbe psyché attire les regards. Les femmes regardent autant leur silhouette que l’objet. L’une d’entre elles s’y est scrutée durant des années, observant au jour le jour les signes de l’âge que le temps lui infligeait. Jusqu’à ne plus supporter cette image que le miroir lui renvoyait. Un coup de fil à l’association et adieu rides, cheveux blancs et seins flétris. Une jeune s’y admirera car la pièce, pour cette somme dérisoire, a vite trouvé preneuse.

Au rayon jouets, de vieilles figurines de dessins animés obsolètes prennent la poussière. Tout comme les dizaines de verres ou vases dans le local réservé aux bibelots. Je déambule dans les travées, caresse les touches usées d’un piano droit désaccordé, ouvre un massif buffet de cuisine, comme pour espérer y trouver une boîte emplie des secrets des précédents propriétaire, actionne le frein d’un vieux vélo et m’assieds dans un canapé d’angle.

De ces objets qui ont parfois vécu mille vies, je tente d’en retirer un peu de cette expérience qui souvent me fait défaut. 

mercredi 14 février 2018

Cinéma - Adolescente branchée avec le Ciel


Comment, dans un monde de plus en plus connecté, trivial et factuel, peut-on encore croire en Dieu ? Comment faire passer un message de paix, d’amour et de solidarité alors que partout sur la planète, au nom de ce Dieu, unique mais aux visages différents, des hommes assassinent tous ceux qui n’adhèrent pas à leur vision ?

Plus qu’une réflexion sur la religion, « L’apparition » de Xavier Giannoli interroge sur le mystère de la foi. Pour faire passer ce scepticisme, il utilise un personnage incontestable : le journaliste de guerre. Vincent Lindon incarne cet homme, habitué à la violence, aux injustices. Jacques a lui-même été touché dans sa chair. En reportage en Syrie, en plein conflit, il a vu mourir son photographe dans un attentat.

■ Marketing miraculeux

De retour en France, il voudrait reprendre le travail, oublier, repartir sur le front. Mais son journal et ses médecins le lui interdisent. Ainsi quand il reçoit un mystérieux coup de fil d’un haut responsable du Vatican, il se rend sur place et comprend que sa sincérité, son objectivité, son professionnalisme, peuvent aussi servir à autre chose. Il est intégré à une enquête canonique chargée de déterminer si une adolescente, novice dans un couvent des Alpes, a bien vu la Vierge Marie.

Le film est découpé en chapitres, et se déroule dans trois lieux bien distincts. La Syrie, le Vatican et ce village des Alpes devenu lieu de pèlerinage. Trois ambiances opposées, comme pour montrer la diversité de notre monde. Sec et affamé au Moyen Orient, secret et comploteur dans les vieux murs de Rome, enthousiaste et mercantile sur les pentes de cette prairie où la Vierge Marie serait apparue à Anna (Galatea Bellugi).

Un film moins ambitieux se serait contenté de l’histoire en France. Mais pour comprendre, ou du moins avoir un embryon d’avis, le réalisateur se refusant à donner des clés ou un avis tranché, il faut avoir conscience de cette complexité. On est porté par la ferveur de la jeune Galatea Bellugi, contrainte à se justifier face à des sceptiques. Elle raconte ses apparitions et se sent obligée de dire, en tête à tête avec Jacques : « Je ne suis pas une menteuse ».

Alors il va chercher, refaire la vie de cette enfant née sous X, ballottée de famille d’accueil en foyer. Jusqu’à sa rencontre avec un curé, ses visions et sa volonté de donner sa vie à Dieu. Reste toute l’exploitation mercantile autour de la jeune novice. Comment Dieu permet-il cela ? Mais cela empêche-t-il la sincérité d’Anna ? Jacques va tenter de comprendre. La foi d’une jeune fille, mais aussi les tourments d’une adolescente.

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Galatea Bellugi : « Une évidence, un don du ciel »

Le film de Xavier Giannoli s’appuie sur ses deux acteurs principaux. Si plus personne ne doute des qualités de comédien de Vincent Lindon, il livre une performance particulièrement convaincante, tant en reporter de guerre miné par les regrets (il a l’impression d’avoir abandonné son photographe) qu’en « sceptique » de service, chargé de débusquer la vérité en interrogeant Anna. Pas évident par contre de trouver une jeune actrice capable d’endosser le rôle de cette dernière. Dans ses notes de production, le réalisateur explique comment il a débusqué cette perle rare : « J’ai vu des centaines de visages… et puis celui de Galatea Bellugi, que je ne connaissais pas. Il y a eu une évidence claire et sereine. J’ai regardé ses essais où Anna raconte son apparition et il était tout simplement impossible d’imaginer qu’elle était en train de jouer, de mentir. Ses regards, ses gestes, le grain de sa voix, tout conférait une saisissante réalité à ce qui est pourtant un récit incroyable. Il y avait même quelque chose qui avait à voir avec la folie tant elle semblait calmement croire à ce qu’elle racontait. » Belle, authentique, capable de basculer quand le scénario l’exige, Galatea Bellugi marque ce film de sa grâce, de sa présence. Une composition dont Xavier Giannoli ne semble toujours être remis : « Elle est à la fois familière et insaisissable, tout ce dont peut rêver un metteur en scène. Sans doute un don du ciel. »

 ➤ L’apparition, drame de Xavier Giannoli (France 2 h 17) avec Vincent Lindon, Galatea Bellugi, Patrick d’Assumçao.

DVD et blu-ray - La Russie en manque d'amour

Parfois, certains films manquent de consistance. On sort de la salle (ou du visionnage chez soi quand il s’agit d’un DVD) avec l’impression que si le sujet est fort, l’œuvre n’est pas parvenue à le transcender. L’antithèse absolue des réalisations du Russe Andrey Zvyagintsev. Avec «Leviathan », il avait déjà impressionné. Son « Faute d’amour » place la barre encore plus haut. Et c’est avec justesse que le Jury du dernier Festival de Cannes lui a décerné son prix.

Un couple se déchire. La femme veut plus de liberté, le mari vivre avec sa jeune maîtresse, enceinte. Au milieu Alyosha, 10 ans. Ses parents, pour repartir sur de nouvelles bases dans leurs vies personnelles, sont prêts à le confier à une institution ou à sa grand-mère. Le gamin, réservé, timide, disparaît.

Que lui est-il arrivé ? La question est lancinante tout au long des deux heures du long-métrage, filmé froidement, les moments de tension amplifiés par la musique de Evgeni Galperin. Un chef-d’œuvre comme les autres créations de Zvyagintsev réunies dans un coffret.

➤ « Faute d’amour », Pyramide, 19,99 € le DVD, 24,99 € le blu-ray

DVD - Quand les Iraniennes étouffent

La pollution comme un symbole. Une parabole pour expliquer comment la société iranienne, féminine essentiellement, étouffe de pratiques et d’habitudes issues d’un passé révolu. Alors que de plus en plus d’Iraniennes décident de se débarrasser du tchador au risque de finir en prison, le film de Behnam Behzadi reste sage sur ce point crucial.

Niloofar (Sahar Dolatshahi) ne le quitte jamais. Elle accepte cette contrainte. Par contre elle ne supporte plus d’être la seule dans la famille à devoir faire des sacrifices. Quand sa mère, malade, doit quitter la capitale trop polluée, son frère et sa sœur décident que c’est elle qui devra aller vivre avec elle dans le Nord. Pourtant, elle a un atelier de confection qui marche bien.

Sacrifier son travail sur l’autel de la famille ? Elle refuse. Le film, un peu trop bavard, explique sa radicale prise de conscience.

➤ « Un vent de liberté », Diaphana vidéo, 19,99 €

Cinéma - Une Belle, trois chiots et un méchant


Clovis Cornillac, en acceptant de réaliser le troisième volet de la saga de Belle et Sébastien (déjà remake du feuilleton télévisé de l’ORTF) y a vu un avantage essentiel à ses yeux : il n’aurait pas à diriger un des acteurs principaux, lui en personne. Dommage, doit-on constater au final car de tous les éléments du casting, il est nettement en dessous de la moyenne. À moins que cela ne soit la faute à son personnage, si caricatural, notamment par sa calvitie, la plus ridicule de toute l’histoire du cinéma.

Si l’on oublie ce détail (qui plombe quand même un bon tiers du film), on retrouve dans cette comédie familiale tout ce qui a fait le succès des précédents. Des montagnes enneigées, encore plus spectaculaires filmées de haut par des drones qui semblent glisser sur les pentes éclatantes de blanc et la chienne Belle, encore plus craquante avec ses trois chiots, comme si elle avait voulu agrandir sa première famille constituée de Sébastien (Félix Bossuet) et César (Tchéky Karyo).

■ Dangereuse fugue

Sébastien est tout à la joie du mariage de Pierre et Angelina, ses parents adoptifs. Mais ces derniers ont pour projet de refaire leur vie ailleurs, quitter cette montagne si rude. Sébastien, lui, ne voit qu’une chose : il risque d’être séparé de sa chienne.

Une crainte qui se concrétise encore plus vite quand Joseph (Clovis Cornillac) arrive dans la ferme de César au volant d’un engin à chenille et affirme que l’énorme berger des Pyrénées lui appartient, qu’il la recherche depuis des années et qu’il veut la récupérer. Avec sa progéniture tant qu’il y est... Pour les protéger, Sébastien fugue et affronte le froid de ces Alpes si dangereuses.

Le film pourra faire rêver les plus jeunes, même s’ils doivent être circonspects face à ces salles de classes du siècle dernier. L’ensemble est émouvant et se termine avec, paradoxalement, une ouverture pour une suite exotique. Pourtant ce 3e volet est vendu comme « Le dernier chapitre ». 

➤ « Belle et Sébastien 3 - Le dernier chapitre », comédie familiale de Clovis Cornillac (France, 1 h 30 avec Félix Bossuet, Tchéky Karyo, Clovis Cornillac.

mardi 13 février 2018

DVD et blu-ray - Dans « Mon garçon », Guillaume Canet joue dans l’inconnu

Pari cinématographique ambitieux, « Mon garçon» de Christian Carion est déroutant et un peu décevant. Ce thriller avec Guillaume Canet est un peu longuet par moments et surtout brouillon. Mais ces petits défauts sont inhérents à l’expérience tentée par le metteur en scène et scénariste. Car « Mon garçon » est unique en son genre dans sa conception. Une véritable prise de risque pour le réalisateur et l’acteur principal.

L’idée est aussi simple que casse-gueule. Le scénario n’est pas connu de Guillaume Canet quand il arrive sur les lieux du tournage dans les Alpes enneigées. Cinq jours de prises de vue, quasiment en improvisation pour la vedette. Si les autres acteurs ont un scénario clair, pour amener ce père à la recherche de son enfant disparu là où l’histoire doit se dénouer, il n’est pas du tout sûr que cela fonctionne. C’est là que l’on trouve les longueurs et parfois le côté brouillon de l’ensemble. Pourtant dans l’ensemble, tout se tient. Séparé de sa femme Marie (Mélanie Laurent) depuis quelques années, Julien (Guillaume Canet) a pré- féré son travail à son rôle de père. Il revient en urgence en France quand il est prévenu que son fils, Mathys, a disparu. En classe verte, il a visiblement été enlevé en pleine nuit. La gendarmerie n’écarte aucune piste mais privilégie l’enlèvement à la fugue. Même si l’enfant ne s’entend pas avec le nouveau compagnon de sa maman (Olivier de Benoist). Guillaume Canet est filmé par une équipe réduite, comme s’il menait véritablement l’enquête. Il part sur une fausse piste puis trouve enfin un élément probant.

La fin du film se déroule en grande partie dans les forêts environnantes puis un bâ- timent abandonné très angoissant. Une fois le film visionné, n’hésitez pas à regarder le making of (tourné après, comme dit Christian Carion, une enquête qui revient sur les lieux du crime) qui donne toutes les clés de la réalisation. Recherche des décors, choix des techniciens, impondérables climatiques, scènes fortes pas prévues au scénario : on comprend l’incroyable gageure que représentait ce film.

Après coup, Guillaume Canet se confie sur ses hésitations. Mélanie Laurent revient sur sa performance et Christian Carion, sans rien regretter, laisse entendre qu’il n’est pas prêt de ré- cidiver. 

➤ « Mon garçon », Diaphana, 16,99 € le DVD, 19,99 € le blu-ray

De choses et d'autres - Messages d'amour

Dans deux jours, les amoureux de toute la France vont se bécoter en toute impunité. La Saint-Valentin, fête mercantile pour certains, est avant tout une occasion unique de célébrer l’amour. Et mine de rien, on a bien besoin en ce moment de quelques câlins. J’en ai déjà parlé ici, mais je profite de l’occasion pour une nouvelle fois saluer l’initiative de ma commune. Accrochés au mobilier municipal, de gros cœurs de couleur rouge distillent des messages, souvent de jolis extraits de poèmes, autour de l’amour. Certains sont installés vierges de toute inscription. Aux locaux de profiter de cet espace pour faire passer leurs messages. Quelques déclarations enflammées (désormais tout le monde sait que Poupette est follement aimée par Ramon), mais aussi des phrases plus passepartout. 

Juste devant chez moi, un anonyme plein de bonnes intentions a repris ce classique « Je t’aimais, je t’aime, et je t’aimerai ». Simple mais incompréhensible quand on conjugue le premier verbe à l’infinitif, « Je t’aimer » ? Je raconte l’anecdote à une amie et me moque ouvertement de cet amoureux cancre en orthographe. Mais cette dernière ne retient que la beauté du message. « C’est un vers célèbre d’un poème connu. Du Baudelaire je crois ». Et de se plonger dans son smartphone pour vérifier si sa culture générale est toujours aussi bonne. Et là, c’est le drame... Elle éclate de rire en avouant, honteuse de sa méprise : « Non, c’est pas du Baudelaire... C’est le titre d’une chanson de Francis Cabrel »

Reste à savoir ce qui est le plus grave : commettre une faute d’accord ou confondre un des maîtres de la poésie française avec un chanteur de variété à accent ? Dans les deux cas, personnellement, ça me fait bien rigoler. Et puis on parle toujours d’amour non ? 

De choses et d'autres - Votre télévision cache peut-être un espion

Depuis quelques mois, comme beaucoup de Français, je me suis abonné à Netflix. Ma consommation télévisuelle a radicalement changé. Terminées les chaînes, les coupures pub et surtout les rendez-vous à heures fixes. On passe du statut de « zappeur » à celui de programmateur.

Au début, je me contentais de l’ordi ou de la tablette pour regarder les sé- ries. Depuis l’achat d’une télévision connectée à internet, c’est directement sur le grand écran haute définition que je savoure à haute dose les nouveautés de la plateforme.

Mais une anecdote découverte récemment m’a un peu refroidi. Netflix a fait savoir que ses services techniques, inquiets pour sa santé, ont contacté un client. Car le service vidéo sait exactement qui regarde quoi et à quel moment. Une spécialité de ces mastodontes mondiaux. Facebook espionne nos statuts, Google mémorise et analyse nos recherches, Netflix connaît en direct live le succès de ses centaines de séries. En constatant que cet abonné venait de regarder quasiment non stop en moins d’une semaine les 188 épisodes de «The Office », Netflix a réagi en lui envoyant un mail pour lui demander si ça allait.

Réponse courtoise de l’intéressé. Il profitait d’une semaine de vacances et comme il se sentait un peu déprimé, il est resté au fond de son canapé à se refaire l’intégralité de sa série préférée. Paradoxe de ces nouvelles technologies. On a le sentiment d’être plus libre, plus autonome. Mais ce n’est qu’une impression. Tout en restant chez vous, sans le moindre contact avec l’extérieur, à l’abri des regards, vous risquez de tout dévoiler au monde entier. Un commentaire Facebook, une recherche Google, quelques heures devant Netflix, pire que si vous vous mettiez tout nu place de la Concorde à Paris