Bien avant les Lumières, quelques voix se sont élevées contre l’esclavage. « Un océan, deux mers, trois continents » de Wilfried N’Sondé revient sur la vie de Dom Antonio, anciennement Nsaku Ne Vunda, premier ecclésiastique africain à mettre les pieds au Vatican. Avec un message à faire passer au Saint-Père : qu’il fasse interdire la traite des humains.
Parti de son Kongo natal, il va voguer vers le Brésil dans un navire négrier, lui sur le pont, ses frères enchaînés dans la cale. Puis le périple se poursuit vers cette Europe où il tentera de faire entendre la voix des Africains. Le récit de sa vie, de sa mission, se transforme parfois en saga épique. Mais jamais l’auteur ne cède à la facilité, conservant toujours le regard de cet homme d’Église exemplaire.
➤ « Un océan, deux mers, trois continents » de Wilfried N’Sondé, Actes Sud, 20 €
Étant plus salé que sucré, je ne me suis pas battu pour les pots de Nutella à 1,41 €*. Je suis complètement passé à côté même. Le fameux jour où certains magasins Intermarché se transformaient en rings de MMA, je m’étonnais en allant faire mes courses d’un grand panneau à l’entrée signalant « Plus de Nutella ».
Je commençais à faire des plans sur une nouvelle pénurie, comme pour le beurre, avant de découvrir le pot aux roses quelques heures plus tard sur les ré- seaux sociaux. Se battre pour du Nutella... Les philosophes sceptiques tels Cioran auraient certainement quelques aphorismes bien sentis pour dézinguer l’Humanité sur une telle régression. Moi, plus pragmatique, je me dis que certaines personnes sont capables du pire pour 3 euros (la remise accordée pour un pot), preuve que la baisse des APL de 5 euros représente beaucoup pour les moins riches.
Alors pas étonnant si jeudi, une nouvelle promotion avec 70% de réduction a provoqué un véritable raz-de-marée dans l’enseigne dès l’ouverture. Cette fois l’économie était encore plus substantielle puisque le paquet de couches ne coûtait que 7,18 euros au lieu des 23,95 d’habitude. Après les bagarres de gourmands accros au sucre et au chocolat, ce sont des combats de jeunes mamans qui étaient proposés dans les magasins en pleine phase de transformation en salles de spectacles.
J’attends avec impatience la promo sur les déambulateurs pour les bastons entre centenaires et celle sur les tondeuses à barbes pour une bataille rangée entre métrosexuels et hipsters.
➤ * Par contre, je ne garantis rien sur mon attitude si la grande surface en question lance des promos sur la charcuterie. À chacun ses drogues...
La Voix du Nord, le quotidien local, a annoncé cette mauvaise nouvelle en Une de son édition d’hier avec ce titre à double détente «Record battu ! (hélas...) » illustré par une photo de la grand-place de Lille sous un ciel plombé. J’avoue trouver un certain charme aux ambiances sombres, peu lumineuses, comme si on était au début de l’apocalypse. Mais cela vaut pour un jour, deux au maximum. Car au-delà, c’est véritablement déprimant. Par chez nous, les jours sombres ne durent jamais longtemps. Très vite les nuages disparaissent et les couleurs prennent le dessus. Mimosas et amandiers égayent les campagnes. Mais dans le Nord, non seulement il ne fait pas beau mais en plus tout ce que l’on voit dans la nature ce sont des champs en labour et, au mieux, des cultures de betteraves...
Alors un conseil aux Nordistes : venez passer un week-end dans la région, vous doublerez votre dose de soleil. Et à défaut, dites-vous que vos cousins belges sont encore moins bien lotis que vous : ils plafonnent pour le mois de janvier 2018 à 27 heures d’ensoleillement.
Grosse panique récemment à l’état-major de l’armée américaine. La sécurité de nombreuses bases militaires à l’étranger, notamment en Irak, était menacée par les données transmises par une application de fitness. L’histoire est aussi édifiante qu’hallucinante. Et rétroactivement, on se dit que si le pot aux roses avait été découvert par les terroristes avant la presse, les pertes auraient pu être considérables. L’application en question, très répandue chez les militaires US, permet de visualiser, sans le moindre filtre, la vision globale des parcours de ses utilisateurs partout dans le monde. Aux USA, des milliers de tracés se chevauchent, un magma assez abscons. Par contre, dans certains pays, les empreintes sont peu nombreuses et concentrées autour des bases américaines. Certaines sont connues, d’autres secrètes. Mais vu les parcours tout autour de ces localités, le doute est vite levé.
Les soldats, en faisant leur jogging, permettaient à qui était connecté de les pister sans peine. Une occasion en or pour des ennemis qui chercheraient à leur tendre une embuscade. Car un sportif aime parcourir le même trajet pour savoir s’il améliore ses performances. On pouvait même repérer des circuits plus longs, sur des routes. Pas de joggeurs, mais plutôt de convois se déplaçant à l’intérieur du pays. Logique, si l’on ne coupe pas son téléphone, ni l’application en accusation, c’est comme si on se baladait avec un gyrophare sur la tête pour mieux se faire repérer.
Pourtant il suffit de passer en mode «privé » pour empêcher la publication de ses données. Mais par défaut, le GSM reste en mode public. Pratique pour les publicitaires si prompts à proposer les bonnes adresses des annonceurs en fonction de votre position. Même si au fin fond du Cachemire, pas évident que foisonnent les magasins Nike. Quoique.
Il y a un an, souvenez-vous, la campagne de la présidentielle s’emballe avec les révélations du Canard Enchaîné sur l’emploi fictif de Pénélope Fillon au service de son mari lorsqu’il était député. Après avoir tout nié en bloc, il reconnaît une partie des faits, puis affirme haut et fort qu’il se retirerait de la campagne s’il était mis en examen. Il se parjure, conduisant la droite à la catastrophe. François Fillon, depuis, disparaît des écrans radars. Quelques-uns cependant, regrettent encore le candidat sarthois. D’autres par contre, continuent inlassablement à lui transmettre, par messages directs ou subliminaux, « rends l’argent ».
Ces deux mondes se sont croisés la semaine dernière grâce à la poésie. Sur Twitter, un certain Oscar publie un poème à la gloire du héraut de la droite sur le groupe « Les amis de François Fillon ». Hymne salué par nombre de supporters toujours inconsolables. Le texte débute ainsi : « Reviens-nous preux et noble chevalier ; Eclairé par une foi dès lors éclipsée Nous ne croirons pas aux sornettes du canard Dont les mensonges honteux trompent les ignares. » Neuf vers plus tard il s’achève ainsi : « Nous souffrirons mais nous t’attendrons allégés, Tout en s’imaginant bientôt triomphaux ».
Les réactions sont touchantes : « Très joli poème », un autre souligne «Chaque jour depuis 6 mois je le regrette ». Le problème est que ce poème, s’il est pris au premier degré, une ode au perdant, se transforme en violente diatribe contre le candidat Fillon quand on le lit en acrostiche. En prenant les premières lettres de chaque vers, on découvre le message codé : « RENDSLARGENT ». Un poème à deux bandes, comme au billard.
Un simple couple médiatique... Ceux qui étaient soulagés que Loana, l’ancienne star de la téléréalité française, avait retrouvé santé et équilibre depuis qu’elle filait le parfait amour avec un certain Phil Storm doivent déchanter. Car tout était bidon.
Mais l’histoire est plus compliquée et se règle depuis quelques jours à coup de messages sur les réseaux sociaux entre les deux protagonistes. Une scène de ménage d’un nouveau genre, en public et sur des arguments totalement délirants. Phil Storm est le premier à avoir dégainé. Il accuse Loana d’avoir menti à son public et d’avoir voulu faire du buzz sur cette prétendue relation.
Sur Instagram il balance : « Tu sais que je suis gay depuis le début. Et que tout est inventé. » Et de prétendre avoir été « manipulé » par la jolie blonde. Réplique de cette dernière, toujours directement sur Instagram : « Il m’a dit qu’il était gay et en couple depuis des années mais seulement après notre premier baiser. » Et de regretter cette « bêtise » d’avoir voulu devenir le « couple du XXIe siècle ».
L’histoire est exemplaire de l’évolution de notre monde. Depuis son coup d’éclat dans la piscine, Loana n’a rien fait. Phil Storm, mannequin, n’est pas une gloire. Mais il n’a pas craché sur cette exposition médiatique même si elle ne reposait sur rien de véridique. Du vent, le vide abyssal. Il n’y a pas de morale à ce magma de mensonges. Juste la constatation que la drogue dure de la notoriété médiatique fait des ravages chez certains. Pour quelques invitations à des soirées, photos dans les magazines, participations à des émissions télé et contrats publicitaires déguisés, certains sont prêts à passer leur vie à mentir. Pire, à transformer leur vie en un immense et triste mensonge sans fin.
Samedi, 17 heures, on sonne à la porte. J’ouvre. Un jeune me salue et m’explique : « Je fête mes 30 ans, j’ai loué la salle en face de chez vous. On risque de faire un peu de bruit, je voulais vous prévenir. » Sympa la démarche. Si ce n’est que ça, je le rassure. « Pas de souci, on a changé les fenêtres pour passer au double vitrage et avec les volets fermés, cela m’étonnerait qu’on entende quoi que ce soit. Vous pouvez vous amuser, ça ne nous dérangera pas. »
Une petite heure plus tard, je ferme les volets justement. J’ai une vue plongeante sur la fameuse salle, d’ordinaire utilisée par des associations locales comme le club de majorettes ou la peinture sur soie. Les premières notes de musiques traversent la rue. De la techno, avec basses bien lourdes, de celles qui vous vrillent le ventre. Malgré l’assurance que l’isolation phonique du double vitrage est au top, force est de constater que face à ces fréquences, les fenêtres déclarent forfait. Boum ! Boum ! Pour la diversité, on repassera. La soirée se déroule. Le son de la télé couvre les bruits parasites. Mais une fois coupée, le Boum ! Boum ! reprend le dessus.
Mon épouse se couche et met ses boules Quiès (les spéciales antironflements...). Moi, je n’arrive pas à trouver le sommeil. Je sombre vaguement et me réveille à 4 heures. Le Boum ! Boum ! est toujours aussi fort. Je ne comprends pas comment ils peuvent supporter ça. Et tout à coup silence. Juste 20 secondes avant que ne retentisse le classique « Joyeux anniversaire » a cappela. Une minute de pause puis le Boum ! Boum ! reprend. Jusqu’au petit matin.
A 11 heures, quand je me lève, plus un bruit. Les fenêtres de la salle sont grandes ouvertes, comme pour permettre aux derniers Boum ! Boum ! de s’échapper loin de mes oreilles. Résultat une nuit agitée, mais je ne vais pas me plaindre, j’étais prévenu.
Comment marchez-vous dans la rue, nez en l’air tel un insouciant ou tête baissée comme un timide chronique ? Quelle que soit votre réponse, si vous habitez Lyon, vous ne pourrez plus désormais éviter la publicité. En plus des abribus, des panneaux 4 par 4 et des affiches dans les vitrines, les annonceurs ont l’autorisation d’imprimer des publicités sur les trottoirs alors qu’elles étaient jusque-là interdites par les codes de la route et de l’environnement. Après les hommes-sandwichs, les trottoirs de la pub.
Cette expérimentation, d’une durée de 18 mois, devait initialement être ouverte à trois grandes villes. Mais si Lyon n’a pas rechigné à cet envahissement du domaine public, Bordeaux et Nantes ont refusé l’expérience. Un refus sec et net, avec des arguments très culturels en Gironde (pas question de souiller la zone de la ville classée site de l’Unesco) et plus prosaïque (refus de tout marquage au sol) en Loire-Atlantique.
A Lyon, d’où est venue l’idée d’une start-up, pas de remise en question. Étrange initiative quand de plus ne plus de monde dénonce la prolifération de panneaux publicitaires en périphérie des villes. Donc, pas de jaloux. Les centres-villes aussi auront leur overdose. Et comme il n’y a plus de place en hauteur, elles seront placées au sol.
Pourtant ces nouvelles publicités étaient vendues comme « éphémères » avec un marquage « biodégradable ». Comme quoi, la pub écolo reste de la pub... De toute manière, tout ce débat est particulièrement vain : les gens ne regardent plus autour d’eux (vers en haut ou en bas) mais seulement leur smartphone... au risque de percuter le poteau d’une publicité.
Pas facile de renouveler le personnel politique français. Dernier exemple en date ces derniers jours avec la nomination de nouveaux porte-parole du parti de La République en marche. Autour de Christophe Castaner, trois jeunes pousses prometteuses, Gabriel Attal, Laetitia Avia et Rayan Nezzar. Mais, car il y a toujours des mais en politique, le casting n’est pas si réussi qu’il n’y paraît.
Malgré une belle diversité d’origines, le trio compte un mouton noir. Vite repéré par de nombreux sites internet alertés par les activités de jeunesse de Rayan Nezzar. Soit il y a à peine cinq ans. Étudiant, il ne mâche pas ses mots sur Twitter. En plus de ne pas cacher une aversion pour l’État juif, il se permet quelques jugements expéditifs sur certaines personnalités politiques françaises. Petit florilège - que les oreilles chastes évitent ce passage : « Valls : zéro couille » « Valls est une fiotte »,Valérie Pécresse : « quelle pouffiasse celle-là » et pour finir: « Copé petite pute ».
Cet énarque, issu de Montreuil, a travaillé à Bercy et est un des penseurs du programme social d’Emmanuel Macron. Si quelques Marcheurs ont vaguement tenté de défendre des « erreurs de jeunesse », rapidement l’ampleur du scandale (et surtout de la teneur des tweets) a poussé le tout nouveau porte-parole à démissionner moins d’une semaine après sa nomination. Explications dans un communiqué : « J’ai tenu des propos irréfléchis quand j’étais étudiant, je les regrette bien évidemment et présente toutes mes excuses pour ces mots qui ont pu choquer. » Rayan Nezzar reste simple député. Il a encore un peu plus de quatre ans pour prouver qu’il a véritablement changé. Mais tout le monde l’attend au tournant.
Le cinéma amateur regorge de trésors trop souvent ignorés. Perdus même. Saluons donc dans ce livre-DVD édité conjointement par la Cinémathèque de Toulouse, l’Institut Jean Vigo et les éditions Trabucaire, la possibilité de voir et revoir la chaîne des Pyrénées filmée sous toutes les coutures et en toutes saisons. Le livre, d’un peu plus d’une centaine de pages, est indépendant du DVD. Et mieux vaut commencer par déguster les images avant de plonger dans des explications et analyses de la représentation de la montagne.
■ Moisson et foins
Tout commence par la voix docte et un peu trop haut perchée du commentateur du film «En montagne au long des saisons » de Louis Labourgogne. Réalisé en 1950, il a été utilisé comme outil pédagogique dans les écoles. Tourné dans les environs de Luchon, les premières images servent d’introduction à la sélection de films amateurs. Une phrase sur le plaisir de l’alpinisme et dans la foulée d’autres documents, plus anciens ou plus récents, illustrent ces escapades sur le Canigou ou sur les pentes espagnoles du massif, avec bivouac, grillade de truites au feu de bois et montée en cordée, dans la neige ou les pierres.
Un important volet est consacré à l’agriculture et les images récupérées par l’Institut Jean Vigo sont exceptionnelles. De la moisson aux foins (tirés par des bœufs) en passant par les longues estives des moutons et même la culture des pommes de terre, il y en a pour tous les goûts. On appréciera une cargolade dans la forêt, tout en regrettant de ne pas entendre les chants catalans car le film est muet.
Enfin, on se délectera des images de sports d’hiver. Beaucoup de chutes à ski à Font-Romeu. Mais aussi des descentes aux flambeaux dont les effets de lumière, sur les pellicules d’époque, transforment les séquences en composition chromatique du plus bel effet. Il y a même quelques images du train jaune. Mais là, on constate que rien n’a changé, si ce n’est les poules qui déambulent sur les quais de la gare...
Le livre rédigé sous la direction de Michel Cadé, président de l’Institut Jean Vigo de Perpignan, analyse en profondeur ces images sauvées de l’oubli. Il recontextualise aussi certains films et revient sur toutes les incursions du cinéma, le professionnel, dans les Pyré- nées. C’est d’ailleurs un long entretien avec les frères Larrieu qui ferme l’ouvrage. Les réalisateurs donnent leur vision du pyrénéisme et racontent quelques anecdotes sur les tournages de deux films emblématiques de leur carrière, tournés dans le massif, parfois de façon sportive, « La brèche de Roland » et « Le voyage aux Pyrénées ».