lundi 6 mars 2017

Roman - Jean-Marie Rouart explore les désirs de la vieillesse

La vieillesse implique-t-elle l’abandon de toute passion ? Cette question est au centre de ce roman de Jean-Marie Rouart de l’Académie française. Pour le narrateur, un riche intellectuel qui dirige une revue d’art, la vieillesse c’est avant tout « Une jeunesse perdue », titre de l’ouvrage.

Il se morfond, constatant que le poids des ans lui enlève fougue et audace lui permettant de conquérir des femmes aux corps doux et parfaits. Aujourd’hui, « quand un miroir se trouvait à portée, je m’observais sans pitié. La flétrissure de mon visage m’affligeait. (…) Cet implacable travail du temps sur mon corps, jamais il ne m’était apparu aussi flagrant que depuis que j’avais besoin qu’il se montrât alerte et séduisant ». Il se croit perdu, incapable de passion. Jusqu’à sa rencontre avec Valentina, une superbe Russe dont il tombe amoureux.
A moins qu’il ne la désire simplement pour une dernière étreinte avec le corps jeune et ferme d’une « femme tempête ».
➤ « Une jeunesse perdue » de Jean-Marie Rouart. Gallimard. 19 €  (Roman disponible au format poche chez Folio)


De choses et d'autres - Les Polonaises apprécieront


Certains ne mesurent pas le danger qu’ils courent, surtout alors que la journée du 8 mars célébrera les femmes. Prenez l’eurodéputé polonais Janusz Korwin-Mikke. La semaine dernière lors d’une séance au Parlement il a sorti une de ces énormités qui donnerait envie au plus pacifiques de lui en coller une illico presto. 
Ce moustachu, conservateur assumé entendait justifier l’inégalité salariale entre hommes et femmes, particulièrement criante dans son pays. « Dans le classement des Olympiades scientifiques polonaises, quelle était la place de la première femme ? 800e . » Conséquence, pour ce macho de première « bien sûr que les femmes doivent gagner moins que les hommes parce qu’elles sont plus faibles, plus petites, moins intelligentes ». 
Nous sommes en 2017, l’Europe combat l’intégrisme religieux qui asservit les femmes, la France se bat pour la parité mais des élus du Vieux continent ont encore des ré- flexes dignes du Moyen âge
Heureusement la voix d’Iratxe García Pérez, socialiste espagnole, s’est levée dans l’hémicycle : « Je sais que ça vous ennuie qu’aujourd’hui les femmes puissent représenter le peuple dans les mêmes conditions que vous. A cette place, je vais défendre les femmes européennes contre les hommes comme vous. » Une femme sensée. Janusz a de la chance. Je connais quelques hommes qui auraient reçu une réponse beaucoup plus musclée. 

Edit : le député a été sanctionné... 

dimanche 5 mars 2017

BD - Les Médicis, banquiers devenus trop ambitieux



Florence, superbe ville d’Italie, doit beaucoup à la famille des Médicis. Ces simples banquiers à qui tout sourit, ont fait main basse sur la ville italienne. Pas pour la piller comme certains despotes égoïstes mais pour l’embellir, la transformer en cité radieuse et rayonnante. Olivier Peru pour raconter cette saga dresse le portrait de cinq des plus célèbres membres de la famille. 
Tout débute par Cosme l’Ancien. Lui le premier, a deviné que son argent serait plus puissant que les origines nobles ou les qualités guerrières. Dans l’ombre, il place des pantins aux postes importants, réforme les statuts de la petite république, conclut des alliances avec le clergé et finalement se retrouve à la tête d’une cité devenue essentielle dans cette Italie divisée. Dessinée par l’Italien Giovanni Lorusso, sa vie alterne idées visionnaires, intrigues et grandes trahisons.
➤ « Médicis » (tome 1), Soleil, 14,95 € 

Livre - Maigret, des romans avant une série télé


Depuis dimanche dernier, France 3 diffuse une nouvelle version des enquêtes du commissaire Maigret, policier issu de l’imagination foisonnante de Georges Simenon. Après Jean Richard et Bruno Kremer c’est l’étonnant Rowan Atkinson qui endosse le costume (et la pipe) du plus célèbre enquêteur du 36 quai des orfèvres. Un choix qui a dérouté certains (l’acteur britannique est surtout connu pour les pitreries de Mr Bean), mais qui finalement s’en tire parfaitement. Que cela ne vous empêche pas de relire les romans d’origine. Justement les éditions Omnibus viennent de ressortir un gros volume reprenant les quatre romans adaptés par la télévision anglaise.
➤ « Le commissaire Maigret enquête » de Georges Simenon, Omnibus, 672 pages, 20 €

samedi 4 mars 2017

BD - Irena, héroïne du ghetto de Varsovie



Le décalage est étonnant. Mais vite dépassé par la force du récit. Décalage entre le dessin très simple de David Evrard (mieux connu sous le pseudonyme de E411) et le récit du combat d’Irena Sendlerowa en faveur des enfants du ghetto de Varsovie en pleine guerre mondiale. En mars 1941, tous les Juifs de la capitale polonaise sont parqués dans le centre-ville. Interdiction pour eux de sortir. Famine et maladies font des ravages. Seuls les bénévoles du département d’aide sociale ont le droit d’aller les aider. Parmi eux Irena, jeune femme dévouée et courageuse. Face à l’innommable, elle se rebelle et malgré le danger, fait sortir clandestinement des enfants de cet enfer imaginé par les nazis pour exterminer à petit feu tout un peuple. Un biopic prévu en trois tomes, indispensable au fameux devoir de mémoire destiné aux générations futures.
➤ « Irena » (tome 1), Glénat, 14,95 €

vendredi 3 mars 2017

De choses et d'autres - Le top des tops



Beaucoup de livres, comme un buffet à une réception, sont meilleurs quand on picore une page au hasard. "Les tops 5" de Lucas Thorens en fait partie. Avec le problème qu’on n’est jamais rassasié et toujours étonné d’avoir envie de découvrir un nouveau classement érudit ou loufoque. Cet animateur radio suisse a compilé des milliers d’informations pour les transformer en petits articles très instructifs mais « avec leur nécessaire dose d’humour ».
Savez-vous ainsi que la première femme chef d’État a été Khertek Anchimaa-Toka, à la tête de la petite république soviétique de Touva entre 1940 et 1944. Le gingembre n’est pas du tout aphrodisiaque, contrairement au ginseng. Les champions de tir à la corde ont participé aux Jeux olympiques de 1900 à 1920. Ou que l’on trouve dans le top des « animaux mignons les plus fourbes » les loutres de mer qui aiment attaquer les bébés phoques (mais que fait Brigitte Bardot ?) et les dauphins, tellement comparables à l’homme que les mâles harcèlent régulièrement leurs femelles. 
➤ « Les tops 5 essentiels à votre culture avec leur nécessaire dose d’humour » de Lucas Thorens, Favre, 19 €


BD - Quand les femmes se font justice


La libération des femmes n’a pas été un long fleuve tranquille. Avant le MLF et même les suffragettes, certaines ont tenté de briser le joug de la société exclusivement masculine. Parfois avec violence comme raconté dans cette nouvelle série (prévue en quatre tomes dans un premier cycle) écrite par Zidrou et dessinée par le Barcelonais José Homs
« Shi » est tiré d’un idéogramme japonais, le symbole de la mort. Tout débute à Londres en 1851. Dans le Crystal Palace inauguré pour l’exposition internationale, Jennifer, jeune fille de bonne famille, tombe sur Kita, une Japonaise exhibée telle un animal. Elle serre dans ses bras son bébé mort. Ce petit cadavre va rapprocher les deux femmes et servir de détonateur à leur haine des hommes. Des années plus tard l’organisation « Shi » est toujours active et s’attaque aux pires tueurs de la planète, les marchands d’armes. Une dimension politique renforcée par l’aspect historique du récit, le tout dessiné par un génie de la couleur directe propulse Shi parmi les séries les plus remarquées au dernier festival d’Angoulême.
➤ « Shi » (tome 1), Dargaud, 13,99 €



De choses et d'autres - Les papis du rap


Comme le temps passe vite. Pour preuve le rap, encore présenté il y a peu comme la nouvelle mode des musiques actuelles, se retrouve classé dans la catégorie nostalgie. Ce vendredi à Clermont-Ferrand est lancée la grande tournée de « L’âge d’or du rap français » avec pas moins de 40 artistes sur scène. Après les yéyés, les stars des années 80 ou les meilleurs vendeurs du Top 50, les rebelles de banlieue se regroupent pour un spectacle fourre-tout. Même le rap serait devenu has been ? A moins qu’un producteur en manque d’imagination n’ait décidé d’appliquer la recette déjà éprouvée à une nouvelle génération. Des plus tout à fait jeunes mais pas encore vraiment vieux.
Une quinzaine de dates jusqu’à la mi-mai, essentiellement dans des zéniths. On retrouvera donc les Menelik, Passi et autres Stomy Bugsy accompagnés des collectifs Assassins, Nèg’Marrons ou Ministère Ämer. Ils ne semblent plus faire recette seuls, alors ensemble, selon l’addition évidente de 1 + 1 = 2, ils devraient remplir les salles. J’aimerais me transformer en petite souris pour circuler en coulisses. Déjà, avec les stars très vieillissantes des sixties les embrouilles étaient courantes, entre terreurs du rap elles risquent de finir en baston générale. Manque plus pour allécher le chaland qu’un JoeyStarr. Voire un duo entre Rohff et Booba. Mais là, c’est sur un ring que la confrontation devra être organisée. 

(Chronique parue en dernière page de l'Indépendant le 3 mars)

jeudi 2 mars 2017

DVD et blu-ray - Le ver est dans le fruit avec "Viral"


« Viral » a de airs de film de zombies mais son propos est un peu plus complexe. Il donne l’explication, presque scientifique, de la mutation observée chez certains humains. En cause un ver, sorte d’alien qui prend possession des corps, comme dans le légendaire « L’invasion des profanateurs ». L’action se déroule dans une petite ville des USA, perdue au milieu du désert. Là, deux sœurs (Sofia Black d’Elia et Alaleigh Tipton) se retrouvent seules face à la contamination générale de la population. Le secteur mis en quarantaine, elles devront tenter de se protéger de ces « choses » cherchant à dominer le monde à grands coups de crachats sanglants en pleine face… 
C’est gore, mais pas trop. La romance est un peu appuyée, les effets spéciaux rares mais réussis. Un petit film de série B sans trop de prétention mais parfaitement réalisé, avec tous les codes du genre par le duo Henry Joost et Ariel Schulman.
➤ « Viral », Wildside vidéo, 14,99 € le DVD, 19,99 € le b-r. 

De choses et d'autres - L'art fait des bulles


La vidéo, présentée comme une œuvre artistique, remporte un joli succès sur internet. Micky Zilbertshtein s’est filmée sous l’eau, nue, de dos. Ses jolies fesses rebondies flottent dans l’onde claire. J’imagine un enfant devant les images : « Oh, la madame elle n’a pas de culotte ». Et puis tout à coup, « Bloub, bloub » deux bulles s’échappent vers la surface. L’enfant ne peut alors que s’exclamer dans un grand éclat de rire « Oh, la madame elle a pété ! ». Il sait bien, l’enfant, que dans son bain, il peut faire ce genre de bulles et que c’est marrant. Ça a toujours été marrant. Et pour finir, ce sont d’immenses bulles qui transforment l’eau calme en tempête bretonne. Et là c’est moi qui pense très fort, « Oh, la madame elle a mangé du cassoulet ».
Donc, ce serait de l’art, un « projet artistique » sur la libération, la liberté et la censure. La bonne blague. Je propose que l’on nomme cette vidéo « L’origine du trou dans la couche d’ozone » comme en son temps, Courbet avait baptisé son gros plan sur le sexe d’une femme « L’origine du monde ». Mme Zilbertshtein aurait pu de façon plus simple filmer le cul des vaches au Salon de l’agriculture. Mais visiblement elle préfère montrer le sien et donner de sa personne dans son engagement pour la liberté et contre la censure. A chacun ses combats. Et ses armes.