mercredi 21 décembre 2011

BD - Gyakushu : la vengeance du voleur selon Dan Hipp

Il est jeune et ambitieux. C'est le plus habile des voleurs. En dérobant un livre rare, il découvre la légende de cette vallée isolée. Le voleur a maintenant un but, passer le reste de sa vie au calme près de sa famille. « Gyakushu » débute comme une gentille fable. Mais Viktor, le propriétaire du livre va vouloir récupérer son bien. Le voleur sera impuissant face à ces hordes de guerriers assoiffés de sang. Son paradis sera brûlé, sa femme assassinée, son fils enlevé. Lui sera laissé pour mort, amputé, défiguré. 

La suite de la BD conte la quête de vengeance du voleur le corps entièrement recouvert de bandelettes. Viktor, après son attaque, a pris goût à la violence et au pouvoir. Dan Hipp est un auteur américain ayant déjà travaillé pour nombre de maisons d'édition. Il signe la première partie d'une trilogie toute en baston. Il excelle dans le noir et blanc, certaines compositions de ses planches faisant penser à du Andréas. Une nouvelle pépite pour la jeune et prometteuse collection Hostile Holster de chez Ankama.

« Gyakushu ! », Ankama, 14,90 € 

mardi 20 décembre 2011

Un couple d'enfer au sommaire du nouvel album des Nombrils de Delaf et Dubuc


Mais qu'est-il arrivé à Karine, l'infortunée héroïne de la série « Les Nombrils » de Delaf et Dubuc ? Après avoir rejeté son amour de toujours, Dan, elle décide de changer de personnalité. Jenny et Vicky, les deux pestes aimant tant l'humilier, en tombent des nues. Elle a oublié son tee-shirt trop court et son bas de survêtement informe pour un ensemble noir et sexy accordé à sa nouvelle couleur de cheveux. En virant gothique, Karine est le miroir de nombre d'adolescentes traversant une crise d'identité. Et comme dans la réalité, cette métamorphose n'est pas venue d'elle mais provoquée par une relation. Karine est en train de tomber amoureuse d'Albin, le chanteur albinos. Un blond mystérieux devenant de plus en plus énigmatique au fil des gags repris dans ce 5e recueil. Vicky et Dan vont s'unir, temporairement, pour en savoir un peu plus sur le nouveau mentor de Karine, prêt à tout, même à la prendre comme choriste dans son groupe. Après quelques éclats de rire (souvent dus à la bêtise de Jenny, la fille la plus bête du monde), l'histoire prend un tour un peu plus dramatique. Albin, dont le vrai prénom est Alain, a un passé loin d'être immaculé.

« Les Nombrils » (tome 5), Dupuis, 10,45 €

BD - Créatures fantasmagoriques au cœur de l'univers des Stryges


Prévenons d'emblée les lecteurs : le 14e épisode de la série « Le chant des Stryges » ne contient quasiment pas de scènes avec ces créatures fantasmagoriques, mi anges, mi démons. La priorité est donnée aux hybrides, ces hommes et femmes ayant hérités génétiquement de l'immortalité des Stryges. 


Corbeyran, le scénariste, utilise cet album pour placer ses pions, comme s'il s'agissait des phases préparatoires d'une longue partie d'échecs. Il y a des rebondissements, de la violence, des alliances, des trahisons; bref tout ce qui fait le sel de ce feuilleton gothique. 

Guérineau, le dessinateur, est irréprochable. Son trait précis et expressif fait aussi beaucoup pour le succès de cette série qui devrait encore durer quatre tomes...

« Le chant des Stryges » (tome 14), Delcourt, 13,50 € 

lundi 19 décembre 2011

BD - Sasmira, énigmatique héroïne de Laurent Vicomte chez Glénat


Laurent Vicomte, dessinateur des quatre premiers tomes de la « Balade au bout du monde » est un virtuose doublé d'un perfectionniste. Son seul défaut : une lenteur qui désespère ses lecteurs. En solo, il a publié le premier tome de Sasmira, série fantastique très élégante. Le tome 2 vient de paraître... après 14 années d'attente. Et Vicomte n'en signe que les premières planches, préférant pour la suite se faire aider par Claude Pelet. 

Mais les fans ne seront pas déçus. Ambiance, dessin, personnages : on retrouve tout ce qui fait le charme des BD de Laurent Vicomte dans ce récit d'amour impossible traversant les siècles. Avec une interrogation toujours sans réponse : qui est véritablement Sasmira, cette femme ensorcelante et énigmatique à la jeunesse éternelle ? Souhaitons maintenant que les auteurs nous fassent moins languir pour le tome 3.

« Sasmira » (tome 2), Glénat, 14,90 € 

dimanche 18 décembre 2011

BD - Quai d'Orsay de Blain et Lanzac : album diplomatique


Alexandre Taillard de Worms, virevoltant ministre des Affaires étrangères, est de retour dans le second tome de « Quai d'Orsay ». Cette chronique diplomatique est toujours aussi passionnante. Ecrite par Abel Lanzac, un pseudo cachant un de ces conseillers œuvrant dans l'ombre, la série montre comment le ministre (librement inspiré de Dominique de Villepin) tente de « sauver le monde » tout en continuant à faire son jogging quotidien.


Ces 104 pages dessinées par Blain reviennent notamment sur la déclaration de guerre des USA à l'Irak et le discours (applaudi, ce qui est exceptionnel) du représentant français refusant cette escalade.

Et si « Quai d'Orsay » était la meilleure propagande électorale de Dominique de Villepin, visionnaire ayant une incontestable stature présidentielle ?

« Quai d'Orsay » (tome 2), Dargaud, 16,95 € 

samedi 17 décembre 2011

Billet - Rebelles, au féminin

Basta ! Elles ont décidé d'agir et le clament haut et fort. Le mouvement féministe connaît une seconde jeunesse à travers la toile. « La Barbe, groupe d'action féministe» s'est spécialisée dans l'action spectaculaire.

Difficile de ne pas remarquer ces femmes s'invitant dans des débats, conférences et autres réunions officielles, affublées de fausses barbes. Un postiche pour dénoncer la sous représentation du sexe faible (pire cliché qui puisse exister) dans les instances de décision de la société française.

Elles l'expliquent dans un manifeste : « Pour exprimer leur ras-le-bol haut et fort, les femmes ont décidé d'investir barbues tous les hémicycles, toutes les antichambres, tous les lieux de pouvoir des hommes. » On retrouve ainsi un florilège de leurs faits d'armes, sur les plateaux de télévision (au Petit journal de Canal+ la semaine dernière), au cours de conférence de presse (UMP et PS, pas de jaloux) ou de colloques.

Le site est illustré de ces vieilles photos de femmes à barbe, phénomènes de foire exhibés au chaland rigolard, mâle de préférence.

Même la religion est épinglée par les féministes. Elles ont réalisé une vidéo sur leur sainte : Wilgeforte. Cette princesse sicilienne, promise en mariage à un noble qu'elle n'aimait pas, pria Dieu de la rendre la plus laide possible. Une énorme barbe lui poussa sur le visage. Son mari la répudia. Mais le père de Wilgeforte, mécontent, la crucifia... Un vrai chemin de croix, d'être une femme... à barbe. 

vendredi 16 décembre 2011

Billet - Participons, élisons... La présidentielle se prépare sur internet

La prochaine élection présidentielle, plus que la précédente, se jouera en partie sur internet et notamment sur les réseaux sociaux. Si le PS était en pointe il y a 5 ans, l'UMP compte bien rattraper son retard. La boîte à idées est ouverte. Pour le grand bonheur des observateurs critiques, toujours à l'affût de l'initiative kitch ou de la fausse bonne initiative participative. Ce n'est que le début, mais on ne doute pas que la campagne virtuelle accouchera de quelques perles mémorables.

Premier exemple avec cette page intitulée « incitons-les à débattre ». Elle est proposée sur le site officiel du parti dirigé par Jean-François Copé. L'UMP vous suggère de « tweet-clasher » les candidats, autrement dit les mettre dans l'embarras en les questionnant sur des sujets qui fâchent. Cela semble être un bel exemple de participation démocratique, mais une fois le candidat sélectionné, surprise, vous vous retrouvez avec un QCM (questionnaire à choix multiples). Plus d'initiative personnelle, juste la possibilité de répéter, tel un perroquet, les arguments de l'UMP pour contrer les propositions de gauche ou d'extrême-droite. Un peu limité question participation active...

Pire, au parti socialiste, le site internet sert aussi à financer la campagne. Il y a même une boutique en ligne. Mais qu'aurait fait Jaurès s'il avait su qu'acheter un parasol (65 euros, sans le socle) ou une boule à neige (15 euros) aiderait à porter un socialiste au pouvoir ? 

jeudi 15 décembre 2011

BD - Pauvre Lampil : un chef-d'œuvre de la BD franco belge signé Lambil et Cauvin


L'autofiction n'est pas une invention des romanciers des deux dernières décennies. L'autofiction, Raoul Cauvin et Willy Lambil l'ont testée dès 1973. Le héros de cette nouvelle série destinée à animer les pages de Spirou s'appelle Lampil. Il est dessinateur de BD et a nombre de déboires. Notamment en raison de ses rapports souvent conflictuels avec son scénariste, un moustachu aimant imaginer ses histoires allongé dans un canapé. 

Pauvre Lampil n'est que la mise à plat des rapports entre ce couple peu banal constitué de Lambil et Cauvin... Rattrapés par le succès des Tuniques Bleues, ils ont abandonné leurs doubles de papier depuis très longtemps, trop longtemps. Oublié, le Pauvre Lampil se retrouve de nouveau sous le feu des projecteurs avec cette intégrale luxueuse. Une occasion à ne pas manquer pour redécouvrir un monument de la BD franco-belge.

« Pauvre Lampil », Dupuis, 360 pages, 39 € 

mercredi 14 décembre 2011

Fume, c'est du Manchette roulé par Tardi !


Tardi achève avec « O dingos, ô châteaux ! » sa trilogie Jean-Patrick Manchette. Presque une œuvre de jeunesse pour cet écrivain français mort en 1995. Ce roman a reçu en 1973 le grand prix de littérature policière. Un choix polémique tant la prose de Manchette, pour l'époque, était moderne, dérangeante et ouvertement de gauche. Sur 90 pages en noir et blanc, Tardi réinvente la cavale à travers toute la France de Julie, la nurse au lourd passé psychiatrique et de Peter, un gamin capricieux, insupportable mais riche héritier. Julie est accusée d'enlèvement. En fait c'est un coup monté par l'oncle pour hériter. L'intrigue ne semble être qu'un alibi pour mettre en scène des personnages sortant résolument de l'ordinaire. Julie, bien évidemment, femme fragile, allergique au mot « police », mais capable de tout pour continuer à avancer dans le sinistre théâtre de la vie. Il y a aussi Thompson, le tueur. Vieux, fatigué, souffrant de maux de ventre épouvantables, il va aller au bout de sa logique : tuer atténue la douleur.

« Ô dingos, ô châteaux ! », Futuropolis, 19 €


De choses et d'autres - Paranoïa dans un open space : l'œil dans le dos

Si par malheur vous avez une légère tendance à la paranoïa, ne lisez pas ce qui va suivre. Vous pourriez décider de jeter votre ordinateur à la poubelle. Car si George Orwell a imaginé Big Brother dans son roman « 1984 », internet l'a fait sans même que l'on s'en rende compte. Pire, on est consentant et souvent on y prend du plaisir.

L'espionnage numérique est devenu monnaie courante et d'une facilité déconcertante. Les exemples ne manquent pas, dans les entreprises notamment. Après une « journée de merde au boulot » à supporter des « petits chefaillons qui jouent aux grands », certes cela soulage de le dire sur Twitter, mais il y aura forcément un « gentil » collègue pour le rapporter à votre direction. Vous vous retrouverez alors, comme cette employée d'un centre d'appel, poursuivie pour injure devant le tribunal correctionnel.

De même, si vous utilisez votre ordinateur au bureau pour faire vos courses de Noël, méfiance. L'entreprise a parfaitement le droit de vérifier les sites visités durant votre temps de travail. Et de vous reprocher (parfois jusqu'au licenciement), le fait que vous passez un peu trop de temps à faire du shopping.

D'une façon générale, dites-vous que tout ce que vous faites sur internet peut-être vu par vos supérieurs. Il existe même un espionnage interne. Pour plus de sûreté, gardez vos idées dans un coin de votre tête. Les mettre en ligne, c'est prendre le risque de les retrouver dans la bouche du collègue qui guigne votre place...