LOU ANDREAS-SALOMÉ. Biopic de la psychanalyste qui a connu Nietzsche, Rilke et Freud.
Certaines vies sont plus passionnantes que des scénarios recherchés et originaux mais qui manquent de ce petit plus qu’est la réalité. Lou Andreas-Salomé était une femme en avance sur son temps. Une intellectuelle qui durant toute sa vie a tenté de mettre en accord ses convictions philosophiques avec sa vie quotidienne. Mais s’il n’existe quasiment plus d’interdit pour les femmes de nos jours dans nos civilisations occidentales, ce n’était pas du tout le cas il y a encore un siècle.
Ce sont ces obstacles à une vie choisie qui sont racontés dans le film de Cordula Kablitz-Post. Née à Saint-Pétersbourg en 1861 dans une famille bourgeoise et aisée, seule fille au milieu de plusieurs garçons, elle a rapidement voulu être l’égal de ses frères. Premier symbole avec l’ascension d’un cerisier couvert de fruits. Ses petites ballerines et sa robe ample l’empêchent de cueillir les fruits défendus. Elle tombe alors qu’elle veut atteindre le sommet de l’arbre. Mal préparée et peu équipée dans ce monde d’hommes, elle prend conscience de la difficulté de sa tâche. Adolescente, son père meurt. Elle renie sa foi et se lance dans des études philosophiques. Obligée de s’exiler en Suisse, seul pays qui autorise les femmes à mener des études universitaires, elle prolonge son périple vers l’Italie.
■ Nietzsche amoureux
C’est là qu’elle rencontre Paul Rée, étudiant en philosophie comme elle, et surtout un certain Nietzsche. Fascinée par ce grand esprit, elle va le persuader d’étudier et de vivre avec lui. Mais en toute amitié. Car Lou a décidé, très tôt, qu’elle ne se marierait pas, n’aurait pas d’enfant et resterait chaste pour ne pas distraire son esprit. Une situation qui rendra à moitié fou Nietzsche, amoureux de la femme dont il a toujours rêvé, alliant beauté et intelligence.
L’essentiel du film se déroule quand Lou est adulte. Elle est interprétée par Katharina Lorenz, actrice qui a compris toute la fougue de cette femme. La pression de la société devenant trop forte, elle accepte d’épouser un homme de 15 ans son aîné, Friedrich Carl Andreas. Un mariage blanc qui ne sera jamais consommé.
Devenue reconnue et célèbre, elle découvre les poèmes d’un jeune auteur: Rainer Maria Rilke. Pour la première fois, à 35 ans révolus, elle tombe amoureuse et cède aux plaisirs physiques dans les bras du poète. Son seul amour, suivi de plusieurs rencontres, uniquement sexuelles. Quand elle tombe enceinte, c’est à nouveau vers un arbre qu’elle se tourne. Elle grimpe à son sommet et saute. Un tournant dans sa vie qui correspond à sa rencontre avec le Dr Freud. De philosophe, elle va devenir psychanalyste jusque dans les années 30.
Sans doute la partie la plus troublante du film. Lou, âgée de 72 ans et interprétée par Nicole Heester, raconte son incroyable vie à un biographe. Et décide de brûler une bonne partie de ses manuscrits et journaux intimes avant les Nazis. Nous sommes en 1933 et les autodafés se multiplient, notamment contre la psychanalyse considérée comme une « science juive ». Ce film, basé sur ses écrits, extrapole aussi certains passages définitivement perdus dans les flammes de la folie du XXe siècle.
Quelques chroniques de livres et BD qui méritent d'être lus et les critiques cinéma des dernières nouveautés. Par Michel et Fabienne Litout
mercredi 31 mai 2017
mardi 30 mai 2017
Livres de poche - Des héros à retrouver avec plaisir
On a raconté beaucoup de choses sur Ilya Kalinine. On a dit que c’était un monstre, un assassin de la pire espèce qui tirait son plaisir de la souffrance de ses victimes. On a dit aussi qu’un seul homme ne pouvait pas avoir tué autant de gens. D’autres ont prétendu qu’il n’existait pas. Et pourtant, Ilya Kalinine a existé. Nathalie Hug et Jérôme Camut offrent un récit très sombre des origines d’Ilya Kalinine, le criminel qui hante la trilogie W3.
➤ « Ilya Kalinine », Le Livre de Poche (inédit), 6,60 €
Du monde d’hier, il ne reste rien, juste les armes, nécessaires à la survie. Alice, 15 ans, vit dans une communauté indépendante. Pour toute école, elle n’a connu que celle du combat. Et elle y excelle. Lors d’une patrouille, elle surprend un mort-vivant muni d’oreilles de lapin roses sortir subitement de terre, puis disparaître. Sans l’ombre d’une hésitation, elle s’engouffre à sa suite. Et chute... Mainak Dhar réinvente Alice au pays des Merveilles.
➤ « Alice au pays des morts-vivants », Pocket, 7,40 €
Le lagon bleu était un petit paradis avant qu’on y trouve un cadavre. Un ingénieur de la base américaine qui serait tombé d’un avion. Dans l’atmosphère de la guerre froide, la police s’intéresse à de mystérieux vols effectués entre le Groenland et l’Islande. En parallèle, l’inspecteur Erlendur (le héros créé par Arnaldur Indridason) enquête sur une jeune fille disparue sur le chemin de l’école quarante ans plus tôt, à l’époque où la modernité arrivait clandestinement en Islande.
➤ « Le lagon noir », Points, 7,90 €
➤ « Ilya Kalinine », Le Livre de Poche (inédit), 6,60 €
Du monde d’hier, il ne reste rien, juste les armes, nécessaires à la survie. Alice, 15 ans, vit dans une communauté indépendante. Pour toute école, elle n’a connu que celle du combat. Et elle y excelle. Lors d’une patrouille, elle surprend un mort-vivant muni d’oreilles de lapin roses sortir subitement de terre, puis disparaître. Sans l’ombre d’une hésitation, elle s’engouffre à sa suite. Et chute... Mainak Dhar réinvente Alice au pays des Merveilles.
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Le lagon bleu était un petit paradis avant qu’on y trouve un cadavre. Un ingénieur de la base américaine qui serait tombé d’un avion. Dans l’atmosphère de la guerre froide, la police s’intéresse à de mystérieux vols effectués entre le Groenland et l’Islande. En parallèle, l’inspecteur Erlendur (le héros créé par Arnaldur Indridason) enquête sur une jeune fille disparue sur le chemin de l’école quarante ans plus tôt, à l’époque où la modernité arrivait clandestinement en Islande.
➤ « Le lagon noir », Points, 7,90 €
De choses et d'autres - Un sou est un sou
Ma femme, qui gère les comptes et donc à ce titre se charge de toutes les dépenses du foyer (façon diplomatique de reconnaître que c’est elle qui fait les courses dans 80 % des cas), s’est étonnée au moment de payer par carte bancaire d’un message sur le lecteur. Il lui proposait d’arrondir le montant à l’euro supérieur et de ce fait reverser le surplus, soit quelques centimes, à une association partenaire de l’enseigne.
Hasard de son shopping, elle a été confrontée à deux reprises à ce phénomène, d’abord à Maisons du Monde puis chez Jules. « L’arrondi » est un programme lancé depuis quelques années par la start-up Microdon. Et justement les deux enseignes viennent de rejoindre le mouvement depuis février dernier. L’objectif, louable, est « d’offrir la possibilité aux Français de faire des microdons de manière spontanée à partir des actes de la vie courante. »
Quand on achète donc mais aussi chaque mois quand on perçoit son salaire ou que la banque fait le décompte mensuel. Dans ces deux autres cas, l’arrondi se fait à la baisse. Les entreprises, après accord des salariés, au lieu de verser, par exemple dans le cas d’un smic, 1480,27 euros au salarié, n’en vire que 1480, les 27 centimes sont collectés pour une association. Individuellement cela ne représente pas grand-chose, mais si l’entreprise est importante, cela chiffre rapidement. Microdon a ainsi collecté 1M€ en 2014 redistribués à 250 associations participantes. Une façon simple de faire des bonnes actions.
L’ancêtre de la boîte à centimes en quelque sorte dans laquelle nous mettions toute notre ferraille et qui, une fois l’an, était donnée au plus méritant des enfants pour convertir le tout en bonbons pour les plus frivoles, en livret A pour les plus prévoyants.
lundi 29 mai 2017
Roman policier - Araignée cachée et secrets enfouis avec Fred Vargas
Adamsberg est de retour en France. Après ses aventures glaciales en Islande, il est appelé en urgence par ses hommes. Une histoire de femme renversée par une voiture. Accident ? Crime finalement. Une première énigme résolue en quelques pages et grâce à une poignée de gravillons par ce policier hors normes imaginé par Fred Vargas, prêtresse du crime et reine des ventes à chaque nouveauté.
Adamsberg est pourtant un Béarnais très commun perçu en ces termes par une mamie spécialiste en araignées : « Un petit homme brun, mince, et des muscles tendus comme du nerf de bœuf. Une tête... mais qu’est ce qu’on pouvait bien dire de sa tête ? Toute irrégulière, les pommettes saillantes, les joues creuses, un nez trop grand, busqué, et un sourire pas droit qui faisait plaisir à voir ». Le sourire d’Adamsberg, voilà sans doute son secret.
Un roman de Fred Vargas ce sont toujours d’étonnantes circonvolutions au début pour planter décor et intrigue. Tout commence quand le policier remarque qu’un de ses hommes, Mercadet, passionné par les animaux, passe de longues heures à se renseigner sur les araignées recluses. Ces bestioles vivent enfouies dans des murailles. Peureuses, elles ne se montrent jamais. Mais en cet été caniculaire, les morsures se multiplient. Et surtout, trois personnes trouvent la mort après leur rencontre avec la recluse. Trois hommes très âgés, plus de 80 ans.
Épidémie ? Coïncidence ? Et si il y avait une affaire criminelle derrière tout cela ? Adamsberg suit son intuition, fouille, gratte, explore et découvre que ces trois hommes, tous de la région de Nîmes, se connaissaient. Depuis très longtemps pour deux d’entre eux. Ils ont vécu dans une institution pour orphelins et y ont fait les 400 coups. Mais est-ce que cela suffit pour ouvrir une véritable enquête criminelle ?
■ Immondes blaps
Dans un premier temps le commissaire présente ses soupçons à ses hommes. Une petite partie le suit. La majorité refuse de se lancer dans une affaire un peu trop tirée par les cheveux. Notamment son adjoint, le très lettré Danglard, comme s’il voulait casser l’harmonie de la brigade, prendre le pouvoir en écartant ce chef trop ténébreux et imprévisible. C’est un des attraits du roman, en plus de l’intrigue, cette lutte de pouvoirs inexplicable dans un premier temps car Danglard doit beaucoup à son chef.
Après, on se laisse emporter par cette histoire de vengeance complexe, entre la « bande des mordus », les « violées » et le « gang des recluses ». Adamsberg doit se lancer dans une course contre la montre et protéger des blaps (on ne vous dira pas ce que c’est, découvrez-le...), un comble pour le commissaire.
➤ « Quand sort la recluse », Fred Vargas, Flammarion, 21 €
De choses et d'autres - Aux mamans oubliées
Hier, des millions d’enfants ont souhaité une bonne fête à leur maman. Une tradition vivace malgré son origine douteuse (imposée par Pétain et son triste « travail, famille, patrie ») et sa récupération mercantile. Ces réserves n’empêchent pas les jeunes et moins jeunes de penser à leur mère au moins un jour par an. Et pour ceux qui ont tendance à l’oublier, les écoles sont là pour maintenir l’habitude. Combien de vases informes en argile ou terre cuite, de dessous de plats en pinces à linge et, champion toutes catégories des cadeaux confectionnés avec amour mais qu’on n’osera jamais porter en public : le collier de nouilles. Des macaronis pas cuits évidemment, peints de toutes les couleurs, enfilés sur une ficelle et transformés dans les yeux des petits en gracieux bijou. Laid et inutile, mais ce ne sont pas les agriculteurs du Lauragais, spécialisés dans le blé dur utilisé dans la confection des pâtes qui s’en plaindront. Rien qu’en colliers de nouilles, ce sont deux exploitations qui écoulent une bonne partie de leur production chaque année.
Des cadeaux pour les mamans, sauf pour celles des élèves de l’école Singelijn en Belgique. Après deux années de réflexion, les professeurs ont décidé de ne pas bricoler les fameux colliers ni d’autres parures en matériaux récupérés. L’explication officielle me semble un peu fumeuse : selon la presse locale, « les classes sont composées de familles hétérogènes : monoparentales, parents décédés, parents qui ne voient plus leurs enfants, couples homosexuels, etc. La confection des cadeaux pouvait donc générer des souffrances chez certains enfants. » En réalité, je suspecte un enseignant brimé qui par ce refus, se venge de sa maman.
Des cadeaux pour les mamans, sauf pour celles des élèves de l’école Singelijn en Belgique. Après deux années de réflexion, les professeurs ont décidé de ne pas bricoler les fameux colliers ni d’autres parures en matériaux récupérés. L’explication officielle me semble un peu fumeuse : selon la presse locale, « les classes sont composées de familles hétérogènes : monoparentales, parents décédés, parents qui ne voient plus leurs enfants, couples homosexuels, etc. La confection des cadeaux pouvait donc générer des souffrances chez certains enfants. » En réalité, je suspecte un enseignant brimé qui par ce refus, se venge de sa maman.
dimanche 28 mai 2017
BD - Les religions de la haine
Nous sommes en état d’urgence pour cause de terrorisme religieux. Certains parlent de guerre. Ils devraient lire cette série historique de Richelle et Wachs sur la persécution des réformistes par les catholiques. En 1557, les écrits de Calvin gagnent en renommée. Le roi de France, Henri II, veut éradiquer l’hérésie. La police pourchasse les réunions clandestines et torture les pasteurs, imprimeurs ou libraires qui diffusent cette pensée.
Dans « Les guerriers de Dieu », un noble désargenté est soupçonné d’hérésie. Il va sauver sa vie, mais ce ne sera pas le cas des autres personnes découvertes avec lui lors d’une réunion dans une cave. Il voulait voir. Il a surtout pris conscience de l’intolérance des Catholiques. On découvre qu’il y a quelques siècles, les « bons » n’étaient pas du même côté et qu’avant de prôner amour et pardon, le clergé aimait torturer et brûler en place publique…
➤ « Les guerriers de Dieu » (tome 1), Glénat, 14,50 €
➤ « Les guerriers de Dieu » (tome 1), Glénat, 14,50 €
samedi 27 mai 2017
BD - Fourmille Gratule dans le sud profond d'Ekho
Des séries imaginées par Christophe Arleston après le succès de Lanfeust, « Ekho monde miroir » est sans doute la plus prometteuse, celle qui permettra au scénariste de multiplier les expériences et inventions. Fourmille Gratule, en route vers New York, a été projetée dans Ekho, le monde parallèle au notre. Là, la géographie est identique, mais la société a évolué différemment : pas d’électricité et beaucoup de magie. Devenue agent d’artistes, elle doit protéger Soledad, une célèbre chanteuse qui part en tournée dans le sud des Etats-Unis. Et malheureusement, dans ce monde miroir, la religion est aussi totalitaire que chez nous. Dans une chanson elle dit que les femmes doivent avoir le choix. Le choix de la maternité. Ce n’est pas au goût du révérend Fox, sorte de télévangéliste bas de gamme qui règne en maître au Texas et en Louisiane. Barbucci au dessin, rend Fourmille et Soledad très sexy, mais cela n’enlève rien au message politique fort de cette histoire qui résonne encore plus fort en ces temps où Trump a pris le pouvoir.
➤ « Ekho » (tome 6), Soleil, 14,50 €
De choses et d'autres - Jean-Christophe Averty, « morveux » de génie
Pour France Culture, le réalisateur des « Raisins verts » et animateur des « Cinglés du Music-hall » revient sur cette immense carrière. Un bouquin terminé au début de l’année et qui parait quelques semaines après la disparition de l’interviewé, mort en mars dernier à 88 ans. Il n’est pas tendre pour lui, ni ses contemporains. Mais raconte avec faconde les grands moments de sa carrière. On retiendra notamment la réalisation du film « Autoportrait mou de Salvador Dali ». A la base, Fellini devait réaliser le film. Ce fut Averty. « Et pourtant, en 1966, entre Fellini et Averty il y avait une sacrée différence ! D’un côté un homme génial et de l’autre, le morveux que j’étais ». Le tournage sera épique. Comme toujours quand il s’agit de Dali. Averty pas encore complètement fou, et Dali qui l’était complètement, le résultat a été ébouriffant. « Au final, ce film sur Dali a été mon heure de gloire, estime Averty. Le reste a ressemblé à une lente décrépitude. »
Pourtant, il en manque aujourd’hui à la télévision des Averty en herbe, « des morveux ambitieux dans mon genre » selon sa terminologie.
➤ « La réalité me casse les pieds », Plein Jour, 14 €
vendredi 26 mai 2017
BD - Sommes-nous tous exceptionnels ?
Paul Baron est moyen. Parfaitement moyen. Taille, poids, QI, endettement… Il est dans la norme. Pas exceptionnel. Pourtant l’exceptionnel est son quotidien. Il est employé du Guide mondial des records, ce livre mis à jour chaque année qui permet à des anonymes d’être distingués en avalant trois hotdogs en 30 secondes ou en faisant tournoyer sept bâtons de majorette en même temps. Ce métier, il l’a aimé au début, mais depuis a perdu la flamme. Car pour un record validé, il y en a des centaines refusés et autant de déception pour ceux qui, un temps, se sont crus exceptionnels. Cette jolie fable écrite par Tonino Benacquista et dessinée par Nicolas Barral prend un tour tragique quand Paul reçoit une lettre d’un lecteur du guide désirant y faire son entrée en battant le record… du tueur de personnes qui le méritent. Une critique intelligente des dérives de notre société du spectacle, du surprenant et de la réussite érigés en règle absolue.
➤ « Le guide mondial des records », Dargaud, 14,99 €
De choses et d'autres - Amazing Trump
Le premier voyage à l’étranger de Donald Trump est une mine pour les observateurs un peu critiques et prêts à relever toutes les gaffes, bévues et autres incongruités que le nouveau président ne manque pas de commettre. Après l’Arabie Saoudite il rejoint Israël. Dès la descente d’avion il se fend d’une déclaration et le fort vent qui souffle sur Tel Aviv suscite les pires craintes pour sa chevelure peroxydée. Baste, grâce à une couche de laque aussi performante qu’un bouclier anti-missiles et de la colle (peut-être la même que pour le dentier), sa coiffure bouge mais ne rompt pas.
On rit beaucoup moins quand il se rend au mémorial de la Shoah après un détour par le mur des Lamentations où tous les visiteurs de marque laissent un message dans le livre d’or. En 2008, Barack Obama avait rempli une page d’un texte poignant, où il insistait sur le besoin de se souvenir de ceux qui ont péri. Trump se contente de quatre lignes et d’une conclusion un peu abrupte et sans la moindre profondeur selon tous les observateurs : « So amazing + Will never forget » soit « C’est dingue + je n’oublierai jamais ! » Le « amazing » est pour le moins déplacé.
Suite du voyage au Vatican. Là, pas de déclaration mais des photos qui interpellent. Entre sa femme et sa fille, vêtues de noir, un crêpe sur les cheveux blonds, et un pape François taciturne, il est hilare. Le contraste entre son sourire et la gravité du pape est frappant. Enfin il rejoint la Belgique pour une réunion de l’Otan. Là aussi il en a sorti une belle, se déclarant particulièrement heureux de découvrir « cette belle ville qu’est la Belgique ».
Hier il a reçu pour la première fois en tête à tête Emmanuel Macron. S’il continue sur sa lancée, Trump pourrait, au choix, croire que Macron est toujours conseiller à l’Élysée, chercher Sarkozy dans la délégation ou draguer Sylvie Goulard la ministre des Armées françaises.
(Chronique parue le 26 mai en dernière page de l'Indépendant)
jeudi 25 mai 2017
De choses et d'autres - La vigne rescapée
L’été est quasi là. Je m’en rends compte tous les jours en allant au travail au guidon de mon scooter. La visière relevée, je profite du paysage et des odeurs. Cinq minutes dans la campagne, cinq autres dans la ville avant de me garer en face du journal.
A ma gauche, des genets, d’ordinaire discrets, éclatent d’un jaune presque fluorescent. A droite des prairies fraîchement fauchées commencent déjà à sentir le foin sec. Les acacias ont perdu leurs grappes de fleurs blanches, mais le parfum des tilleuls de l’avenue d’Espagne arrivent à surpasser les relents de gaz s’échappements dus aux embouteillages.
Et puis il y a les vignes. Vertes, resplendissantes, aux longues tiges encore intactes et non disciplinées. Enfin les rares qui restent dans cette zone péri-urbaine de Perpignan. La semaine dernière, une nouvelle parcelle a été « traitée » définitivement. Un énorme tracteur, des socs et un rouleau. Déracinés tous ces ceps sans doute trop anciens. Longtemps il ont fourni le raisin avec lequel on confectionne ces vins râpeux, pas forcément goûteux ni distingués mais qui ont fait vivre des générations de viticulteurs. Tous arrachés. Tous sauf un pied, un miraculé, seul au milieu de ces « cadavres » qui déjà font le bonheur des particuliers venus les ramasser pour se chauffer dans deux ou trois hivers. Un petit pied rescapé, vaillant, comme un symbole de ce monde agricole en pleine mutation. Ou disparition penseront les plus pessimistes.
(Chronique parue en dernière page de l'Indépendant le 25 mai. Malheureusement le pied de vigne rescapé a disparu quelques jours pus tard...)
BD - Presque mieux que du Jules Verne
Prêts pour la grande aventure au fond des mers ? Embarquez à bord du Fulgur, ancêtre du sous-marin inventé par un savant français et financé par un riche Américain. Avec équipage et explorateurs, ils décident de plonger à plus de 4 000 mètres pour explorer des fosses marines mystérieuses. Cependant ce n’est pas la science qui guide le promoteur de l’expédition mais l’appât de l’or. Il compte renflouer un bateau chargé de tonnes du métal précieux. Mais rien ne se passe comme prévu et le Fulgur, pris dans un tourbillon, est englouti dans des cavernes. Le reste du récit raconte sa dérive, dans des cavernes gigantesques, à chercher une sortie tout en affrontant des animaux monstrueux, du calamar géant au requin préhistorique. Une série prévue en quatre tomes, écrite par Christophe Bec en hommage à Jules Verne et dessinée par le serbe Nenadov.
➤ « Le Fulgur » (tome 1), Soleil, 15,50 €
mercredi 24 mai 2017
BD - "Ter", la « Main d’or » du futur
Dans un futur que l’on imagine très éloigné, quand la civilisation se sera écroulée sur elle-même, une petite communauté survit sur un bout de terre. Pip, adolescent qui améliore l’ordinaire en pillant des tombes la nuit venue, découvre dans un caveau un homme nu. A son contact, il se réveille. Ne sait pas parler, n’a pas de mémoire. Seule indication : il a tatoué sur l’épaule droite le sigle « Main d’Or 1 ». Pip lui donne le nom de Mandor et le ramène à la maison. L’homme a la particularité de savoir réparer les objets cassés. Et même de connaître leur utilité, chose que Pip et sa sœur Yss ne savent souvent pas. Un récit de science-fiction signé Rodolphe, dessiné par Christophe Dubois, éclatant d’imagination dans les costumes ou les bestioles dangereuses qui vivent sur Ter. Un zeste de religion et nous voilà embarqués dans une saga prometteuse d’autant que la dernière image rebat toutes les cartes.
➤ « Ter » (tome 1), Daniel Maghen éditions, 16 €
mardi 23 mai 2017
Roman - La fin des Ferrailleurs
Il existe des livres qui sont un peu plus qu’un assemblage de feuilles de papier remplies de mots. En les ouvrant, on a immédiatement l’impression non pas de pénétrer dans une histoire mais de plonger dans un monde. La saga des « Ferrailleurs » d’Edward Carey interpelle. Gros, il alterne chapitres courts, dialogues inventifs et dessins en noir et blanc. « La ville », troisième et dernier titre de la série, raconte comment les Ferrailleurs, lignée maudite, parviennent à étendre l’obscurité sur la ville de Londres. La capitale anglaise vit dans la peur. Des gens disparaissent, des objets se modifient : rien n’est plus comme avant.
Cela intrigue la jeune Eleanor, d’autant qu’elle voudrait savoir qui sont les nouveaux voisins. Elle va oser frapper chez les Ferrailleurs et croiser la route de Clod. Dernier de la lignée, il sera peut-être le sauveur de la ville. Du moins s’il parvient à échapper à la surveillance de son cousin Rippit. « Rippit le coasseur, le croasseur, l’éructeur, le brailleur qui s’égosillait sous mon nez, avec sa voix perçante, sa voix de porte qui grince, Rippit qui me crie dans les oreilles, s’infiltre dans mes pensées, dans mon esprit affligé, ses yeux jaunes fixés sur moi. Mon fidèle compagnon, mon cousin, mon crapaud de cousin. »
Un roman fantastique, dans tous les sens du terme.
➤ « La ville » (troisième et dernière partie de la saga des Ferrailleurs), d’Edward Carey, Grasset, 23 €
De choses et d'autres - Ce nouveau truc nous fait tourner en bourrique
Depuis quelques semaines, le net regorge d’articles sur les « hand spinners », sortes de toupies manuelles en pleine invasion des cours de récréation. Sceptique sur ces modes souvent dictées par un mercantilisme de bas étage (un hand spinner coûte de 3 à 15 € dans le commerce), j’ai pris conscience du phénomène en croisant trois collégiens à la sortie des cours. Tout en discutant, ils faisaient tournoyer frénétiquement leur petit bidule. Le hand spinner, de virtuel, devenait tout à coup réel sous mes yeux ébahis.
Ces jouets, formés d’un roulement à billes central et de trois branches, sont à la base des objets destinés à certains autistes. Ils agissent comme « un exutoire moteur aux tensions et désirs de mouvement » pour les « enfants et adultes hyperactifs ou ayant des troubles de l’attention et de la concentration. » En le faisant tourner le plus longtemps possible et si possible en équilibre sur un doigt, on apprend, en théorie, « dextérité, agilité, motricité et force cinétique."
Problème, aux USA d’où vient la mode, plusieurs écoles ont interdit le hand spinner et en France certains profs aussi commencent à en avoir ras-le-bol. Car loin de se limiter aux récréations, la toupie virevolte en cours. Résultat les élèves n’écrivent plus, écoutent encore moins et quand le jouet tombe, cela déclenche un brouhaha immédiat. A mon avis, le hand spinner ne présente qu’un avantage : il oblige son utilisateur à choisir entre lui et son portable. Moins d’écran ne peut pas nuire à la jeunesse…
(Chronique parue le 23 mai en dernière page de l'Indépendant)
Ces jouets, formés d’un roulement à billes central et de trois branches, sont à la base des objets destinés à certains autistes. Ils agissent comme « un exutoire moteur aux tensions et désirs de mouvement » pour les « enfants et adultes hyperactifs ou ayant des troubles de l’attention et de la concentration. » En le faisant tourner le plus longtemps possible et si possible en équilibre sur un doigt, on apprend, en théorie, « dextérité, agilité, motricité et force cinétique."
Problème, aux USA d’où vient la mode, plusieurs écoles ont interdit le hand spinner et en France certains profs aussi commencent à en avoir ras-le-bol. Car loin de se limiter aux récréations, la toupie virevolte en cours. Résultat les élèves n’écrivent plus, écoutent encore moins et quand le jouet tombe, cela déclenche un brouhaha immédiat. A mon avis, le hand spinner ne présente qu’un avantage : il oblige son utilisateur à choisir entre lui et son portable. Moins d’écran ne peut pas nuire à la jeunesse…
(Chronique parue le 23 mai en dernière page de l'Indépendant)
lundi 22 mai 2017
Livres de poche - Trois balades au cœur des villes américaines
Quatre fillettes mystérieusement disparues, quatre poupées en porcelaine, sosies des enfants, envoyées à leurs parents un mois plus tard. À Crystal Lake, petite ville paisible sous le coup d’un hiver glacial, non loin de Chicago, Joe Lasko est prêt à tout pour retrouver sa fille de quatre ans, Lieserl. Il engage son amour de jeunesse devenue détective privée pour mener leur propre enquête mais, aidés de la célèbre profileuse Hanah Baxter et son inséparable pendule, ils sont loin d’imaginer l’ampleur des secrets liés à ces disparitions. Ce thriller de Sonja Delzongle surfe entre frisson et fantastique. Le nouveau titre de cet auteur française, « Récidive », toujours avec Hannah Baxter en vedette, vient de paraître chez Denoël.
➤ « Quand la neige danse », Folio Policier, 8,20 €
Eté 1915, New Jersey. Constance Kopp est devenue l’une des premières femmes shérifs adjoints du pays. La terreur des voyous et des scélérats, avec arme et menottes… mais toujours sans insigne. L’époque, la loi et l’opinion publique résistent encore à sa nomination. Au point que le shérif se voit contraint de la déchoir provisoirement de ses fonctions. La voilà reléguée gardienne de prison, trépignant dans l’ennui routinier de la cage à poules en attendant que les critiques se tassent. Jusqu’à ce qu’un étrange Allemand, confié à sa garde, ne prenne la poudre d’escampette. Et que Constance ne se lance dans une chasse à l’homme, bien décidée à retrouver son prisonnier enfui et son honneur perdu.
➤ « La femme à l’insigne », inédit, 10/18, 8,40 €
Pendergast est contacté par Percival Lake, un sculpteur à qui on a volé une collection de vins rares. En compagnie de Constance Greene, Pendergast se rend à Exmouth, petit village de pêcheurs situé au nord de Salem, dans le Massachusetts. En examinant la cave pillée, Pendergast découvre, derrière les rayonnages, une niche secrète ayant abrité un corps. Le vol des précieux flacons ne serait donc qu’un leurre destiné à masquer la disparition du squelette. Quelques meurtres plus tard, le héros imaginé par Preston et Child se trouve face à des sabbats d’adorateurs de Lucifer et du démon Morax… Les amateurs des enquêtes de Pendergast peuvent retrouver leur héros préféré dans « Noir Sanctuaire » qui vient de paraître à l’Archipel.
➤ « Mortel sabbat », J’ai Lu, 8 €
➤ « Quand la neige danse », Folio Policier, 8,20 €
Eté 1915, New Jersey. Constance Kopp est devenue l’une des premières femmes shérifs adjoints du pays. La terreur des voyous et des scélérats, avec arme et menottes… mais toujours sans insigne. L’époque, la loi et l’opinion publique résistent encore à sa nomination. Au point que le shérif se voit contraint de la déchoir provisoirement de ses fonctions. La voilà reléguée gardienne de prison, trépignant dans l’ennui routinier de la cage à poules en attendant que les critiques se tassent. Jusqu’à ce qu’un étrange Allemand, confié à sa garde, ne prenne la poudre d’escampette. Et que Constance ne se lance dans une chasse à l’homme, bien décidée à retrouver son prisonnier enfui et son honneur perdu.
➤ « La femme à l’insigne », inédit, 10/18, 8,40 €
Pendergast est contacté par Percival Lake, un sculpteur à qui on a volé une collection de vins rares. En compagnie de Constance Greene, Pendergast se rend à Exmouth, petit village de pêcheurs situé au nord de Salem, dans le Massachusetts. En examinant la cave pillée, Pendergast découvre, derrière les rayonnages, une niche secrète ayant abrité un corps. Le vol des précieux flacons ne serait donc qu’un leurre destiné à masquer la disparition du squelette. Quelques meurtres plus tard, le héros imaginé par Preston et Child se trouve face à des sabbats d’adorateurs de Lucifer et du démon Morax… Les amateurs des enquêtes de Pendergast peuvent retrouver leur héros préféré dans « Noir Sanctuaire » qui vient de paraître à l’Archipel.
➤ « Mortel sabbat », J’ai Lu, 8 €
De choses et d'autres - La barbe !
La recomposition politique ne présente pas que des avantages. Prenez le nouveau Premier ministre Edouard Philippe, homme de droite passé par le PS, fils spirituel de Juppé, énarque, maire du Havre et… barbu. Ne croyez pas que cet ornement soit anecdotique.
Au contraire, dès le lendemain de sa nomination nombre d’analystes politiques ont relevé ce détail, comme si désormais ses joues plus ou moins velues prenaient autant d’importance que le fond de sa pensée. Signe de virilité assumée pour certains, de paternité bienveillante pour d’autres, ces quelques poils ont beaucoup fait parler d’eux. Jusqu’à dire n’importe quoi sur l’émergence d’une nouvelle génération de décideurs plus au goût du jour, dans le coup. Pas des hipsters ni des métrosexuels, mais des hommes politiques qui se soucient simplement de leur apparence et ne se rasent pas tous les matins minutieusement en pensant au futur poste important qu’ils espèrent conquérir.
La réalité est peut-être moins belle. Edouard Philippe porte la barbe depuis qu’il est devenu maire du Havre en 2010 à la place d’Antoine Rufenach. Pour se vieillir. Il l’a reconnu. Également pour changer de tête. Dans son parti quelques mauvaises langues trouvaient qu’avec sa calvitie naissante et ses joues lisses, il ressemblait de plus en plus à son mentor Alain Juppé. Car malgré ses 46 ans, le Premier ministre a désormais le cheveu rare. Bref, il utilise sa barbe pour détourner les regards de son crâne lisse. Pour l’instant, le subterfuge fonctionne à merveille.
(Chronique parue le 22 mai en dernière page de l'Indépendant)
Au contraire, dès le lendemain de sa nomination nombre d’analystes politiques ont relevé ce détail, comme si désormais ses joues plus ou moins velues prenaient autant d’importance que le fond de sa pensée. Signe de virilité assumée pour certains, de paternité bienveillante pour d’autres, ces quelques poils ont beaucoup fait parler d’eux. Jusqu’à dire n’importe quoi sur l’émergence d’une nouvelle génération de décideurs plus au goût du jour, dans le coup. Pas des hipsters ni des métrosexuels, mais des hommes politiques qui se soucient simplement de leur apparence et ne se rasent pas tous les matins minutieusement en pensant au futur poste important qu’ils espèrent conquérir.
La réalité est peut-être moins belle. Edouard Philippe porte la barbe depuis qu’il est devenu maire du Havre en 2010 à la place d’Antoine Rufenach. Pour se vieillir. Il l’a reconnu. Également pour changer de tête. Dans son parti quelques mauvaises langues trouvaient qu’avec sa calvitie naissante et ses joues lisses, il ressemblait de plus en plus à son mentor Alain Juppé. Car malgré ses 46 ans, le Premier ministre a désormais le cheveu rare. Bref, il utilise sa barbe pour détourner les regards de son crâne lisse. Pour l’instant, le subterfuge fonctionne à merveille.
(Chronique parue le 22 mai en dernière page de l'Indépendant)
dimanche 21 mai 2017
BD - La petite Louve à la manœuvre
Quand Yann, scénariste des Innommables, de Bob Marone ou de Sambre, se lance dans la réinterprétation du monde de Thorgal, il truffe ses récits de références aux légendes et dieux nordiques. Avec Roman Surzhenko (un dessinateur Russe parfait continuateur de la période au trait de Rosinski) il a imaginé la jeunesse de Thorgal et des aventures spécifiques à sa fille, Louve. Cette dernière série est très riche. Déjà le 7e album et peut-être la fin.
La petite fille, accompagnée du nain Tjahzi, se rend dans l’entre-deux-mondes pour persuader le serpent Nidhog de l’aider à chasser les Alfes noirs. Une mission impossible dont elle réchappe de justesse. Pour finalement tomber dans griffes du mage Azzalepston. L’intervention d’Aaricia sera-t-elle suffisante ? Comme souvent pour satisfaire les Dieux et obtenir des faveurs de leur part, il faut faire de grands sacrifices…
➤ « Louve » (tome 7), Le Lombard, 12 €
➤ « Louve » (tome 7), Le Lombard, 12 €
samedi 20 mai 2017
DVD et blu-ray - Insomnies cauchemardesques avec "Nocturnal animals" de Tom Ford
Les scènes d'ouverture ou les génériques de certains films sont déstabilisants, voire répulsifs. Ne tombez pas dans le panneau des premières minutes de « Nocturnal animals » de Tom Ford avec Amy Adams et Jake Gyllenhall. On découvre avec effroi un happening artistique que l’on peut considérer, au mieux de grotesque, au pire, comme le personnage joué par Amy Adams, de médiocre. Médiocre cet art contemporain exposé par une galeriste qui a réussi. Médiocre comme sa vie privée, entre villa de luxe, personnel pléthorique, mari gravure de mode dans la finance et fille prometteuse. Des symboles de réussite qu’elle rejetait du temps de son premier mariage avec un jeune écrivain. 20 ans plus tard, en plein doute existentiel, elle reçoit le nouveau manuscrit de cet homme qu’elle a toujours aimé. Une histoire violente, de viol et de vengeance, dans laquelle elle se reconnaît.
Film troublant et parfois glauque, cette réalisation de Tom Ford, entre thriller et expérience artistique fait partie de ces œuvres qui provoquent plus de questionnement au sein du public que de réponse. Une noria de pistes, de références et de croisement des situations qui en font une œuvre unique, forte et pleine de ces interrogations existentielles qui, malgré tout, nous font mieux comprendre la vie.
➤ « Nocturnal Animals », Universal, 19,99 €
➤ « Nocturnal Animals », Universal, 19,99 €
De choses et d'autres - Le vert ne sied pas aux travestis
(Chronique parue le 20 mai en dernière page de l'Indépendant)
vendredi 19 mai 2017
Série Télé - « The Code », l’Australie entre nature et technologie
Tout commence par la mort d’une adolescente. La voiture a eu un accident. Son fiancé ne se souvient de rien si ce n’est d’un camion croisé en pleine nuit. L’institutrice des deux adolescents veut que la vérité éclate et contacte un journaliste de Canberra. Ce dernier, véritable hé- ros de la série, a un frère autiste, passionné d’informatique qui a déjà été plusieurs fois inculpé de piratage.
On aime dans cette série les paysages gigantesques de Lindara et la beauté glacée de Canberra, stricte et moderne. Les acteurs sont inconnus mais excellents, notamment Ashley Zukerman qui interprète le hacker et la jeune et très belle Adele Perovic, petite amie de ce dernier mais au rôle plus trouble qu’il n’y paraît. Une première saison de six épisodes qui verra sa conclusion dans la saison 2, de six chapitres également et qui sera mise en vente mi juillet.
➤ « The Code », Universal, coffret de deux DVD, 15 €
jeudi 18 mai 2017
De choses et d'autres - Le grand écart de Nicolas Hulot
Habitué à être sur le devant de la scène depuis ses aventures télévisuelles, Nicolas Hulot a finalement décidé de franchir le pas et de passer aux responsabilités. Longtemps agitateur d’idées, inlassable défenseur de la nature, écologiste pur et dur, il agissait dans l’ombre, avait d’excellents rapports avec les présidents (Sarkozy puis Hollande), mais n’avait jamais osé se frotter au difficile rôle de ministre.
Emmanuel Macron (ou Édouard Philippe ?) a décroché la lune en persuadant ce « people » de rejoindre le gouvernement. Avec le titre de ministre d’État en plus. Mais avant de prendre les premières décisions, il va falloir qu’il fasse connaissance avec ses collègues. Il ne sera pas évident pour le ministre Hulot de trouver des points de convergence avec son chef direct, le Premier ministre « homme de droite » qui a longtemps travaillé pour Areva, le géant de l’industrie nucléaire.
De même, si l’ancien présentateur d’Ushuaia est sollicité pour soutenir certains candidats de « La république en marche », il pourrait se retrouver en meeting dans le Gard à faire l'article pour Marie Sara face à Gilbert Collard, la Torera qui « pique » des toros contre l’avocat qui défend les hommes. Un sacré grand écart pour ce pionnier de l’écologie médiatique.
Mais le pire serait qu’Emmanuel Macron, lui demande de se charger de la réouverture des chasses présidentielles, une des nombreuses promesses du candidat Macron quand il est intervenu devant les chasseurs français le 15 mars dernier.
(Chronique parue le 18 mai en dernière page de l'Indépendant)
Emmanuel Macron (ou Édouard Philippe ?) a décroché la lune en persuadant ce « people » de rejoindre le gouvernement. Avec le titre de ministre d’État en plus. Mais avant de prendre les premières décisions, il va falloir qu’il fasse connaissance avec ses collègues. Il ne sera pas évident pour le ministre Hulot de trouver des points de convergence avec son chef direct, le Premier ministre « homme de droite » qui a longtemps travaillé pour Areva, le géant de l’industrie nucléaire.
De même, si l’ancien présentateur d’Ushuaia est sollicité pour soutenir certains candidats de « La république en marche », il pourrait se retrouver en meeting dans le Gard à faire l'article pour Marie Sara face à Gilbert Collard, la Torera qui « pique » des toros contre l’avocat qui défend les hommes. Un sacré grand écart pour ce pionnier de l’écologie médiatique.
Mais le pire serait qu’Emmanuel Macron, lui demande de se charger de la réouverture des chasses présidentielles, une des nombreuses promesses du candidat Macron quand il est intervenu devant les chasseurs français le 15 mars dernier.
(Chronique parue le 18 mai en dernière page de l'Indépendant)
Cinéma - Monica Bellucci se met à nue
Elle illuminera ce soir de sa grâce et de sa beauté la cérémonie d’ouverture du Festival de Cannes. Monica Bellucci est une icône du cinéma moderne. Une actrice internationale, une star dans toute sa splendeur. Mais derrière l’image parfaite, il y a une femme. Sensible. Intelligente.
Guillaume Sbalchiero, journaliste et écrivain, a voulu aller plus loin que les apparences. Un jour il a sollicité un entretien avec la comédienne. À son grand étonnement, elle a accepté. Elle s’est livrée un peu la première fois. Mais comme elle a accepté d’autres rendez-vous (sept au total) elle a totalement cassé l’armure pour se livrer. « Rencontres clandestines » est le récit de ces entretiens, sur plusieurs années, avec quelques pages de liaison où l’interrogateur raconte les circonstances des rencontres et sa vision de ce travail de fond. Un texte magnifique, d’une grande profondeur parfois, qui nous apprend beaucoup sur cette femme libre, mère, épouse et muse de grands cinéastes.
Difficile de tirer des extraits tant tout est intéressant ; mais on peut mettre en lumière cette réponse sur une question portant sur son « raffermissement de caractère » : « Je souffre d’un sentimentalisme exacerbé. Je pardonne beaucoup. Trop... Certaines personnes en ont profité. J’essaie désormais d’être sentimentale sans tomber dans le piège du sentimentalisme ». Ou cette pirouette sur la vieillesse, sur l’âge qui fait que l’on est « moins désirée » : « Je ne sais pas... Il y a toujours de bons gérontophiles ! »
➤ « Rencontres clandestines » entre Monica Bellucci et Guillaume Sbalchiero, éditions l’Archipel, 15 €
Guillaume Sbalchiero, journaliste et écrivain, a voulu aller plus loin que les apparences. Un jour il a sollicité un entretien avec la comédienne. À son grand étonnement, elle a accepté. Elle s’est livrée un peu la première fois. Mais comme elle a accepté d’autres rendez-vous (sept au total) elle a totalement cassé l’armure pour se livrer. « Rencontres clandestines » est le récit de ces entretiens, sur plusieurs années, avec quelques pages de liaison où l’interrogateur raconte les circonstances des rencontres et sa vision de ce travail de fond. Un texte magnifique, d’une grande profondeur parfois, qui nous apprend beaucoup sur cette femme libre, mère, épouse et muse de grands cinéastes.
Difficile de tirer des extraits tant tout est intéressant ; mais on peut mettre en lumière cette réponse sur une question portant sur son « raffermissement de caractère » : « Je souffre d’un sentimentalisme exacerbé. Je pardonne beaucoup. Trop... Certaines personnes en ont profité. J’essaie désormais d’être sentimentale sans tomber dans le piège du sentimentalisme ». Ou cette pirouette sur la vieillesse, sur l’âge qui fait que l’on est « moins désirée » : « Je ne sais pas... Il y a toujours de bons gérontophiles ! »
➤ « Rencontres clandestines » entre Monica Bellucci et Guillaume Sbalchiero, éditions l’Archipel, 15 €
mercredi 17 mai 2017
Cinéma - Le festival de Cannes arrive presque chez vous avec la sortie du film d'Arnaud Desplechin
LES FANTÔMES D’ISMAËL. Le nouveau film d’Arnaud Desplechin en ouverture du festival de Cannes et déjà à l'affiche dans les salles de la région.
Le festival de Cannes, en plus d’être le rendez-vous mondial du cinéma de qualité, est une opportunité forte pour mettre en lumière certains longs-métrages. Une sélection au festival, si elle se combine à une sortie dans la foulée dans les salles françaises, assure une visibilité maximale car ce sont des centaines de journalistes français qui couvrent l’événement. Avec un bémol, l’impossibilité de voir les œuvres avant leur première diffusion au Palais.
C’est le cas des « Fantômes d’Ismaël », film d’Arnaud Desplechin hors compétition mais qui a le grand honneur d’être présenté en ouverture, avant le début des choses sérieuses. Présenté ce mercredi soir, il est aussi à l’affiche dans des centaines de salles. Dans la région il est programmé au Castillet à Perpignan, au Colisée à Carcassonne et au Cinéma (théâtre) de Narbonne. On retrouve en tête de distribution trois vedettes françaises habituées des grands rendez-vous. D’abord la star incontestée, Marion Cotillard, souvent décriée pour ses apparitions dans les grosses productions américaines après le succès de « La Môme », mais qui gère avec une grande classe et un réel talent ses films d’auteurs (Mal de Pierres, Juste la fin du monde). Elle interprète la femme disparue, et qui revient on ne sait d’où. C’est elle qui va hanter Ismaël, le cinéaste qui a refait sa vie avec une femme plus jeune. Mathieu Amalric endosse l’habit du veuf (mais pas trop) torturé. Charlotte Gainsbourg est l’espoir, le renouveau, l’avenir. Un trio classique ? Pas du tout, Arnaud Desplechin est à la manœuvre et le réalisateur de « Trois souvenirs de ma jeunesse » n’est pas un adepte du vaudeville.
■ Cinq films en un
Dans des notes de production, seules indications sur le film résumé par la phrase sibylline « À la veille du tournage de son nouveau film, la vie d’un cinéaste est chamboulée par la réapparition d’un amour disparu… », Arnaud Desplechin explique que « Les Fantômes d’Ismaël » est un film comprenant cinq films. « C’est le portrait d’Ivan, un diplomate qui traverse le monde sans n’y rien comprendre. C’est le portrait d’Ismaël, un réalisateur de film qui traverse sa vie sans n’y rien comprendre non plus. C’est le retour d’une femme, d’entre les morts. C’est aussi un film d’espionnage… Cinq films compressés en un seul, comme les nus féminins de Pollock. Ismaël est frénétique. Et le scénario est devenu frénétique avec lui ! Pourtant, Ismaël dans son grenier essaie de faire tenir ensemble les fils de la fiction… »
Les autres films de Cannes, notamment les étrangers, ne sont pas encore programmés. Par contre deux autres créations hexagonales seront diffusées en salles le jour même de leur présentation au jury présidé par Pedro Almodovar.
Mercredi 24 mai (au Castillet et au Cinéma (théâtre) de Narbonne), découvrez le « Rodin » de Jacques Doillon avec Vincent Lindon et Izia Igelin. Un biopic du célèbre sculpteur dans lequel on retrouvera avec curiosité Séverine Caneele, la jeune Nordiste, ouvrière en usine, qui a débuté sa carrière cinématographique dans « L’Humanité » de Bruno Dumont en remportant, à la surprise générale, le prix d’interprétation féminine.
Enfin à partir du 26 mai (programmé au Castillet) place à « L’amant double » de François Ozon. En compétition, il pourrait faire beaucoup parler de lui pour son côté sulfureux, écopant même d’une interdiction aux moins de 12 ans avec avertissement. Chloé (Marine Vacth), une jeune femme fragile et dépressive, entreprend une psychothérapie et tombe amoureuse de son psy, Paul (Jérémie Rénier). C’est peu de dire que nous sommes impatients de découvrir la nouvelle pépite du réalisateur toujours novateur de « Frantz » (en noir et blanc) ou « Une nouvelle amie » (avec Romain Duris en travesti).
Le festival de Cannes, en plus d’être le rendez-vous mondial du cinéma de qualité, est une opportunité forte pour mettre en lumière certains longs-métrages. Une sélection au festival, si elle se combine à une sortie dans la foulée dans les salles françaises, assure une visibilité maximale car ce sont des centaines de journalistes français qui couvrent l’événement. Avec un bémol, l’impossibilité de voir les œuvres avant leur première diffusion au Palais.
C’est le cas des « Fantômes d’Ismaël », film d’Arnaud Desplechin hors compétition mais qui a le grand honneur d’être présenté en ouverture, avant le début des choses sérieuses. Présenté ce mercredi soir, il est aussi à l’affiche dans des centaines de salles. Dans la région il est programmé au Castillet à Perpignan, au Colisée à Carcassonne et au Cinéma (théâtre) de Narbonne. On retrouve en tête de distribution trois vedettes françaises habituées des grands rendez-vous. D’abord la star incontestée, Marion Cotillard, souvent décriée pour ses apparitions dans les grosses productions américaines après le succès de « La Môme », mais qui gère avec une grande classe et un réel talent ses films d’auteurs (Mal de Pierres, Juste la fin du monde). Elle interprète la femme disparue, et qui revient on ne sait d’où. C’est elle qui va hanter Ismaël, le cinéaste qui a refait sa vie avec une femme plus jeune. Mathieu Amalric endosse l’habit du veuf (mais pas trop) torturé. Charlotte Gainsbourg est l’espoir, le renouveau, l’avenir. Un trio classique ? Pas du tout, Arnaud Desplechin est à la manœuvre et le réalisateur de « Trois souvenirs de ma jeunesse » n’est pas un adepte du vaudeville.
■ Cinq films en un
Dans des notes de production, seules indications sur le film résumé par la phrase sibylline « À la veille du tournage de son nouveau film, la vie d’un cinéaste est chamboulée par la réapparition d’un amour disparu… », Arnaud Desplechin explique que « Les Fantômes d’Ismaël » est un film comprenant cinq films. « C’est le portrait d’Ivan, un diplomate qui traverse le monde sans n’y rien comprendre. C’est le portrait d’Ismaël, un réalisateur de film qui traverse sa vie sans n’y rien comprendre non plus. C’est le retour d’une femme, d’entre les morts. C’est aussi un film d’espionnage… Cinq films compressés en un seul, comme les nus féminins de Pollock. Ismaël est frénétique. Et le scénario est devenu frénétique avec lui ! Pourtant, Ismaël dans son grenier essaie de faire tenir ensemble les fils de la fiction… »
Les autres films de Cannes, notamment les étrangers, ne sont pas encore programmés. Par contre deux autres créations hexagonales seront diffusées en salles le jour même de leur présentation au jury présidé par Pedro Almodovar.
Mercredi 24 mai (au Castillet et au Cinéma (théâtre) de Narbonne), découvrez le « Rodin » de Jacques Doillon avec Vincent Lindon et Izia Igelin. Un biopic du célèbre sculpteur dans lequel on retrouvera avec curiosité Séverine Caneele, la jeune Nordiste, ouvrière en usine, qui a débuté sa carrière cinématographique dans « L’Humanité » de Bruno Dumont en remportant, à la surprise générale, le prix d’interprétation féminine.
Enfin à partir du 26 mai (programmé au Castillet) place à « L’amant double » de François Ozon. En compétition, il pourrait faire beaucoup parler de lui pour son côté sulfureux, écopant même d’une interdiction aux moins de 12 ans avec avertissement. Chloé (Marine Vacth), une jeune femme fragile et dépressive, entreprend une psychothérapie et tombe amoureuse de son psy, Paul (Jérémie Rénier). C’est peu de dire que nous sommes impatients de découvrir la nouvelle pépite du réalisateur toujours novateur de « Frantz » (en noir et blanc) ou « Une nouvelle amie » (avec Romain Duris en travesti).
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