Ce premier roman de Jean-François Chabas, a la froideur d'une lame acérée. De ces lames si aiguisées qu'il est impossible de ne pas se couper en la maniant. Le narrateur, un adolescent sans histoire, revient sur le grand bouleversement de sa vie. Ses parents, un réparateur de cycles et une postière, partent en randonnée dans cette vallée des Alpes où ils ont toujours vécu. Une descente mal négociée, une voiture incontrôlable et une double mort frappe Antoine, orphelin à 16 ans.
Recueilli dans un premier temps par ses grands-parents maternels, il découvre aux obsèques que son père avait un frère jumeau : Ismaël. Cet oncle qui tombe du ciel est une véritable bénédiction pour Antoine qui supporte mal la vie étriquée de ses grands-parents et leurs petites mesquineries. Quand Ismaël demande à Antoine de venir vivre avec lui, le jeune orphelin n'hésite pas longtemps. Regrettable erreur. Cet oncle, toujours bien habillé, PDG d'une société informatique en Suisse, semblant
très aisé, cache en fait une double vie. Mystérieuse, dangereuse. Antoine en a une première idée quand il découvre dans une cache au grenier un revolver parfaitement graissé. Mais Ismaël sait également séduire le jeune garçon en l'amenant dans des boîtes de nuit à Annecy. D'autant qu’il y rencontre une jeune serveuse rebelle, aux yeux couleur de violettes. Une fascination que se transforme en amour. Quand il trouve enfin le courage de l'aborder, elle le repousse violemment, comme si c'était le diable en personne. Antoine, déconcerté, arrive à comprendre, à force de persuasion, que c'est l'oncle qui la terrorise.
Cet homme affable et rigoureux peut par ailleurs être d'une cruauté sans mesure. La preuve quand des jeunes accrochent la voiture d'Ismaël sur l'autoroute. Sans coup férir, l'oncle se dirige vers le conducteur et avant qu'il ne puisse dire quoi que ce soit, lui casse une jambe. Constat affolé d'Antoine : « Mon oncle venait de réduire en miettes la jambe d'un homme sans que cela lui valût un battement de cœur de plus ou de moins. Il l'avait fait comme on casse une branche morte sur son genou. Toujours aussi calme, il avait menacé les deux hommes et ni eux ni moi n'avions cru qu'il pût s'agir de bluff. » Pour la première fois, Ismaël montre son véritable visage à Antoine qui commence à regretter d'avoir accepté si vite de vivre avec lui.
Par la suite, Jean-François Chabas aurait pu transformer son roman en polar classique, avec jeune victime face au tueur. Mais il a conservé au récit la même narration linéaire, sans artifices ni effets spectaculaires. Une platitude qui paradoxalement donne toute sa force et son intérêt à ce roman hors norme.
« Les violettes » de Jean-François Chabas, Calmann-Lévy, 14 € (Egalement disponible au Livre de Poche, 6 €)
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