lundi 28 juin 2010

Polar - Ça chauffe entre flic et tueur

Alors que la canicule décime les personnes âgées en ce mois d'août 2002, le commissaire Mistral tente d'arrêter un tueur s'attaquant aux femmes seules.


Les thrillers français, s'ils n'ont pas la dramaturgie et le rythme des américains, ont l'avantage d'être beaucoup plus ancrés dans le réel. De ce fait, l'identification du lecteur est facilitée. Quand, en plus, le roman est l'œuvre d'un policier encore en activité, on a presque l'impression qu'être au cœur de l'enquête, avec tout ce qu'elle peut avoir d'exaltante mais aussi de pénible quand l'administration prend le dessus. Jean-Marc Souvira, commissaire divisionnaire, 25 ans d'activité au sein de la police judiciaire, est un expert. Il a mis son savoir-faire au service de ce récit se déroulant durant la canicule de l'été 2002. Après « Le magicien », il signe « Le vent t'emportera » seconde aventure de son héros récurrent, le commissaire Mistral.

Femmes défigurées

Grièvement blessé dans le final du précédant roman, le policier reprend du service en plein cœur de l'été. Alors que les premiers morts de la canicule commencent à accaparer pompiers, médecins, policiers et service des pompes funèbres, la découverte à quelques jours d'intervalles des cadavres de deux femmes célibataires sort son service de la routine. Les femmes ont été sauvagement tuées et violées. De plus, le tueur s'est acharné sur leur visage, le lacérant avec des bouts de miroirs. A chaque fois, c'est l'odeur et les mouches qui ont alerté les voisins. Quand les policiers arrivent sur la scène du crime, ils doivent faire abstraction de tout pour supporter le spectacle : « Indépendamment de l'odeur intenable et de la chaleur étouffante, il y avait ce bourdonnement incessant. Des milliers de mouches affairées sur le corps. Attirées par l'odeur du cadavre, elles étaient venues pondre leur œufs. Des larves étaient déjà apparues. Elles se transformeront en mouches, qui, à leur tour, viendront pondre. Les policiers, au bord de la nausée, chassaient ces insectes qui se posaient sur eux et repartaient vers le cadavre. »

Un réalisme saisissant

Ce thriller n'y va pas avec des pincettes. Il est cru et réaliste. A tous les niveaux. On suit le commissaire Mistral dans son enquête, mais également le tueur, l'auteur s'ingéniant à ne pas trop en dire pour maintenir le suspense. Côté police, on en apprend beaucoup sur les différentes techniques scientifiques pour identifier les suspects, retrouver des indices. On touche aussi le côté psychologique de ce métier éprouvant. Mistral, mal remis de son agression, souffre d'insomnie. Au bord de l'épuisement, il n'a pourtant pas d'autre solution que de continuer, le mois d'août voyant les effectifs fondre comme neige au soleil. Il reçoit le renfort de Dalmate, un bon flic en provenance des Renseignements généraux. Mais ce dernier ne semble pas encore prêt pour se coltiner avec ce tueur en série machiavélique et particulièrement ingénieux. Et tordu, dans sa tête. 

Par moment, le roman a des airs de documentaire. A d'autres, essentiellement quand le tueur agit, c'est un véritable cauchemar qui prend vie. Un second roman probant. Jean-Marc Souvira s'affirme comme un solide conteur. Si son héros, tout en étant humain, est un peu fade, ses « méchants » ne manquent pas d'attrait pour le lecteur en recherche de sensations fortes.

« Le vent t'emportera », Jean-Marc Souvira, Fleuve Noir, 19,90 € 

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