mardi 13 février 2018

De choses et d'autres - Messages d'amour

Dans deux jours, les amoureux de toute la France vont se bécoter en toute impunité. La Saint-Valentin, fête mercantile pour certains, est avant tout une occasion unique de célébrer l’amour. Et mine de rien, on a bien besoin en ce moment de quelques câlins. J’en ai déjà parlé ici, mais je profite de l’occasion pour une nouvelle fois saluer l’initiative de ma commune. Accrochés au mobilier municipal, de gros cœurs de couleur rouge distillent des messages, souvent de jolis extraits de poèmes, autour de l’amour. Certains sont installés vierges de toute inscription. Aux locaux de profiter de cet espace pour faire passer leurs messages. Quelques déclarations enflammées (désormais tout le monde sait que Poupette est follement aimée par Ramon), mais aussi des phrases plus passepartout. 

Juste devant chez moi, un anonyme plein de bonnes intentions a repris ce classique « Je t’aimais, je t’aime, et je t’aimerai ». Simple mais incompréhensible quand on conjugue le premier verbe à l’infinitif, « Je t’aimer » ? Je raconte l’anecdote à une amie et me moque ouvertement de cet amoureux cancre en orthographe. Mais cette dernière ne retient que la beauté du message. « C’est un vers célèbre d’un poème connu. Du Baudelaire je crois ». Et de se plonger dans son smartphone pour vérifier si sa culture générale est toujours aussi bonne. Et là, c’est le drame... Elle éclate de rire en avouant, honteuse de sa méprise : « Non, c’est pas du Baudelaire... C’est le titre d’une chanson de Francis Cabrel »

Reste à savoir ce qui est le plus grave : commettre une faute d’accord ou confondre un des maîtres de la poésie française avec un chanteur de variété à accent ? Dans les deux cas, personnellement, ça me fait bien rigoler. Et puis on parle toujours d’amour non ? 

De choses et d'autres - Votre télévision cache peut-être un espion

Depuis quelques mois, comme beaucoup de Français, je me suis abonné à Netflix. Ma consommation télévisuelle a radicalement changé. Terminées les chaînes, les coupures pub et surtout les rendez-vous à heures fixes. On passe du statut de « zappeur » à celui de programmateur.

Au début, je me contentais de l’ordi ou de la tablette pour regarder les sé- ries. Depuis l’achat d’une télévision connectée à internet, c’est directement sur le grand écran haute définition que je savoure à haute dose les nouveautés de la plateforme.

Mais une anecdote découverte récemment m’a un peu refroidi. Netflix a fait savoir que ses services techniques, inquiets pour sa santé, ont contacté un client. Car le service vidéo sait exactement qui regarde quoi et à quel moment. Une spécialité de ces mastodontes mondiaux. Facebook espionne nos statuts, Google mémorise et analyse nos recherches, Netflix connaît en direct live le succès de ses centaines de séries. En constatant que cet abonné venait de regarder quasiment non stop en moins d’une semaine les 188 épisodes de «The Office », Netflix a réagi en lui envoyant un mail pour lui demander si ça allait.

Réponse courtoise de l’intéressé. Il profitait d’une semaine de vacances et comme il se sentait un peu déprimé, il est resté au fond de son canapé à se refaire l’intégralité de sa série préférée. Paradoxe de ces nouvelles technologies. On a le sentiment d’être plus libre, plus autonome. Mais ce n’est qu’une impression. Tout en restant chez vous, sans le moindre contact avec l’extérieur, à l’abri des regards, vous risquez de tout dévoiler au monde entier. Un commentaire Facebook, une recherche Google, quelques heures devant Netflix, pire que si vous vous mettiez tout nu place de la Concorde à Paris

dimanche 11 février 2018

Roman - Une folle jeunesse indifférente à la vie

Il est toujours intéressant de tenter de comprendre le mode de fonctionnement des jeunes. Même si ce n’est pas une science exacte. Car des jeunes, il y en des centaines de types. Julien Dufresne Lamy, dans son roman, tente de décrypter le clan des « Indifférents ». Ils se sont eux-mêmes trouvé ce surnom. A la base ils sont trois, Théo, Daisy et Léonard, deux garçons et une fille. Tous issus de la grande bourgeoisie du bassin d’Arcachon. Lycéens, ils sont dans leur monde, plein de dérision, de m’en foutisme et de provocation. Indifférents aux modes. Indifférents à l’ordre. Indifférents aux normes.

L’histoire débute quand Justine arrive dans la région. Elle va intégrer le trio, le rééquilibrant. Sa mère vient d’être embauchée comme comptable personnelle du père de Théo, Paul Castillon. Un emploi s’accompagnant de l’hébergement dans la grande villa familiale. Justine a d’abord l’impression de faire partie du clan Castillon, encore plus quand elle intègre les Indifférents et que Théo lui déclare sa flamme.

■ Présent tragique

On apprécie dans ce roman la description sans pincettes de ces jeunes. Justine, mal dans sa peau, trouve ses frères de mélancolie. Et elle ne comprend pas les autres élèves du lycée, les filles notamment, «Elles sont belles et répugnantes. Elles ont des sourcils qui ressemblent à de la ponctuation. Des yeux de biches faméliques et une peau de neige. Elles m’approchent en s’esclaffant. Des compliments sur mes cheveux emmêlés et mon vieux bracelet en macramé. Elles me disent que je suis vintage et que j’ai l’air de m’y connaître. Je réponds merci sans savoir si je dois me sentir humiliée. » Justine s’intègre grâce aux Indifférents. Et se retrouve exclue, à cause d’eux. La force romanesque de cette histoire est dans sa construction et son suspens. Julien Dufresne Lamy ne se contente pas des errements des adolescents. Par des chapitres courts, il annonce le drame. L’arrivée de Justine, les parties de surf, les jeux nocturnes, c’était il y a longtemps. Aujourd’hui ce que Justine raconte c’est autre chose. C’est la mort qui va frapper le groupe. Car un des Indifférents va mourir.

Le suspense est total, permanent et la révélation finale vous bouleversera. Un très grand roman, ample et précis, à l’écriture fluide et aux personnages d’une rare vérité. 

➤ « Les Indifférents » de Julien Dufresne Lamy, Belfond, 19 €

BD - La foi par les reliques


Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, après des collaborations remarquées au cinéma et dans le documentaire, s’unissent pour écrire le scénario d’une BD confiée à Eric Libergé. Trois tomes, trois époques, un objet central : le « Suaire de Turin ». 

En 1357, en France, Lucie, d’origine noble, a voué sa vie aux pauvres. Notamment aux malades de la peste. Elle se retrouve malgré elle au centre de « l’invention » du suaire. Une version romanesque de la foi, ses dérives et son incompatibilité avec les intérêts personnels. Edifiant et parfaitement dessiné dans un noir et blanc puissant.

➤ « Le Suaire » (tome 1), Futuropolis, 17 € 

BD - Autruches et femme encombrantes


Dans les autruches, comme pour le cochon, tout est bon. Josep Pla, éleveur le sait depuis des années. Il a transformé sa ferme en Catalogne Sud en vaste élevage de ces oiseaux originaires d’Afrique. Pas très intelligentes les autruches. Mais mauvaises parfois. Comme la femme de Josep. À la différence que les autruches, il peut les zigouiller régulièrement pour passer ses nerfs. Pour sa femme c’est moins évident. Quoique… 

La scène d’ouverture de ce roman graphique imaginé par Zidrou, dessiné par Benoît Springer et mis en couleur par Séverine Lambour est d’une violence extrême. Car Josep a craqué. Avec une masse il vient de fracasser le crâne de sa moitié. Du sang partout et un corps qu’il fait disparaître au fond d’un puits sec. De sa voiture, sur le chemin du retour, il téléphone à sa maîtresse pour la rassurer : « C’est fait. » Problème, arrivé dans la cuisine, il y retrouve sa femme, rayonnante (si l’on oublie les bigoudis) et bien en vie. 

Ce récit atypique, mêlant violence, fantastique et animaux est très dérangeant. Contrairement à l’autruche, il n’y a rien de bon dans les personnages du récit, du mari à la maîtresse en passant par l’épouse coriace.

➤ « La petite souriante », Dupuis, 14,50 €

Histoire - De la Retirada aux camps d’étrangers

Docteur en histoire et journaliste, Grégory Tuban reprend dans ce livre sa thèse de doctorat sur « le contrôle des réfugiés venus d’Espagne (1939 - 1944) » Ces « Camps d’étrangers », ont ouvert en février 1939, quand près d’un demi-million de réfugiés venus d’Espagne ont franchi la frontière pour fuir la prise de la Catalogne par les forces franquistes. 300 000 d’entre eux sont placés dans des camps où ils sont comptabilisés et identifiés par les services de la Sûreté nationale. Ces camps, créés par la République française, serviront de modèle à ceux mis en place sous l’Occupation par Vichy. Au-delà des faits, Grégory Tuban retrace dans ce travail novateur, tant dans l’historiographie de la Retirada que dans celle des camps d’étrangers ; le parcours de ces indésirables entre 1939 et 1944.

 ➤ « Camps d’étrangers » de Grégory Tuban, Nouveau Monde Éditions, 21 €.

Livres de poche - L'Amérique réelle et romanesque

Le journalisme et bien plus encore…


Tom Wolfe, pionnier du « nouveau journalisme «, cette manière inédite – et très libre – d’évoquer le temps présent. Tom Wolfe, aux premières loges pour témoigner de la phénoménale explosion du rock et de l’affirmation de la jeunesse triomphante. Retrouvez dans ce volume quelques-unes de ses chroniques où en plus d’inventer un nouveau journalisme, il témoignait au plus près de la naissance d’un nouveau monde.

➤ « Où est votre stylo ? », Pocket, 8 €.

Goolrick, brûlant

Dans ce roman se déroulant en Virginie, dans une magnifique propriété, digne d’Autant en emporte le vent, Robert Goolrick offre au lecteur une fable sur l’amour, la dette et le poids du péché de nos pères.

➤ « Après l’incendie », Editions 10/18, 7,50 €

BD - Mercenaires en Méditerranée


La Méditerranée du XIe siècle est encore plus la fameuse « Mare Nostrum » que de nos jours. Depuis l’avènement de l’empire romain, elle est le théâtre d’affrontements sans fin entre peuples aux religions antagonistes mais qui se rejoignent sur l’amour de l’or. 

En Sicile, Harald tente de reprendre l’île aux guerriers maures. Il reçoit le renfort de mercenaires normands. Tancrède, chef défiguré, propose ses services à Harald. Il est accompagné d’un étrange prêtre aux missions obscures. Tancrède qui sous cette identité est en train de venger un défunt noble normand. 

Du grand spectacle pour cette série historique écrite par Brugeas et dessinée par Toulhoat au trait comparable à celui de Hermann, période Tours de Bois-Maury

➤ « Ira Dei » (tome 1), Dargaud, 13,99 €  

BD - Sexe et tatouage


En rencontrant Guillem March, Jean Dufaux a trouvé le dessinateur parfait pour ses histoires les plus érotiques. Ce nouveau triptyque conduit le lecteur en Californie. La patrie du cinéma mais également du porno à tous les coins de rue. Jude, personnage principal de ces 56 pages très chaudes, est un travailleur du sexe. 

Tous les soirs, avec sa compagne, il se donne en spectacle sur la scène d’un théâtre particulier. Il fait fantasmer toutes les clientes et devient parfois le favori d’une riche héritière comme Sina Songh. Mais Jude est surtout repéré par une société de production de films. Il passe des tests avec une partenaire au corps recouvert de tatouages et est embauché. Pour le meilleur et le pire. 

Entre polar, société secrète et fantastique, cette série se regarde autant qu’elle se lit.

➤ « The Dream » (tome 1), Dupuis, 14,50 €

vendredi 9 février 2018

Bande dessinée - La jolie « Boite à musique » de Bénédicte Carboneill, alias Carbone


Quatre nouvelles séries ! Bénédicte Carboneill, venue de la littérature jeunesse, vient de signer pour quatre nouvelles séries de bande dessinée avec les éditions Dupuis, celles qui publient les grands classiques Spirou ou Gaston, mais aussi les succès plus récents comme Largo Winch, Les Nombrils ou Seuls. Tout a commencé en 2016. Cette Catalane, enseignante en maternelle, après avoir publié plusieurs livres en littérature jeunesse, a décidé de changer de registre narratif en écrivant un scénario tournant autour d’une boîte à musique magique permettant à une petite fille de rejoindre un monde merveilleux (lire ci-contre).Dessiné par Gijé, cet album a véritablement été inspiré par un de ses dessins. Bénédicte a repéré sur internet ce dessin montrant une petite fille soufflant les bougies de son gâteau d’anniversaire. En face d’elle un adulte, son père sans doute. Accroché sur un mur, la photo d’une jeune femme, peut-être sa mère.

Il n’en a pas suffi de plus à Bénédicte pour imaginer toute l’histoire.Et la proposer à Gijé. Ce jeune artiste a essentiellement officié dans l’animation. La BD il ne connaissait pas. Mais il s’est laissé séduire par les arguments de Bénédicte qui au passage a pris le pseudonyme de Carbone. Le projet est envoyé à quatre éditeurs. Les retours quasi immédiats. Tous positifs.

Scénariste à plein-temps

Ce sont les éditions Dupuis qui sont les plus convaincantes pour le duo. L’album est sorti fin janvier, pour le festival d’Angoulême, après une prépublication dans les pages du journal de Spirou, exceptionnelle vitrine pour une première œuvre. Angoulême où l’accueil a été enthousiaste. Et les questions des jeunes fans ont fusé : « Est-ce qu’on reverra l’herboriste ? ». « C’est quand la suite ? » Justement la suite, elle est déjà écrite : « le scénario du tome 2 est terminé, je finalise le découpage du 3 et je sais à peu près où je vais jusqu’au 6 », explique Bénédicte.

Car « La boîte à musique » est prévue pour durer. Et Carbone ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Elle travaille sur trois autres séries, toujours chez Dupuis, dans des styles différents. Au point qu’elle n’enseignera plus à la rentrée, devenant scénariste de BD à plein-temps.