dimanche 1 octobre 2017

Trois romans d’apprentissage en poche

Dans le brouillard de l’existence, Raphaël évolue joyeusement au radar. Un peu auteur, un peu comédien, un peu bouquiniste, il brûle la nuit, le théâtre et l’amitié par les deux bouts. Jusqu’à sa rencontre avec Viktor, le vieux juif russe du bar d’à-côté. Dans ce roman de Xavier Durringer, Viktor initie peu à peu Raphaël à la seule carte au trésor qui vaille : le sens de la vie

➤ « Sfumato », Pocket, 7,40 €

Wendy, treize ans, vit à Brooklyn. Le 11 septembre 2001, sa mère part travailler et ne revient pas. Après une prise de conscience lente et terrible, Wendy et sa famille tentent de continuer à vivre. Son chemin mène la jeune fille en Californie chez son père biologique qu’elle connaît à peine. Ces semaines californiennes l’aideront-elles à aborder la nouvelle étape de sa vie ? Un superbe roman signé Joyce Maynard.

➤ « Les règles d’usage », 10/18, 8,80 €

Par une belle journée d’août 1969, une famille emménage à Tromøya, dans le sud de la Norvège. Le fils cadet, Karl Ove Knausgaard, va y passer son enfance, rythmée par les expéditions à vélo, les filles et la musique. Ce troisième opus est le portrait d’un enfant sensible, à la personnalité complexe. Knausgaard, l’auteur, y dépeint cette période de la vie où chaque victoire et chaque défaite est ressentie avec violence, et toute tentative de se construire vouée à la frustration.

➤ « Jeune homme », Folio, 8,20 €

BD - La bête au fond des bois


Depuis quelques semaines, des hommes et femmes sont attaqués dans les forêts de cette région du nord des USA ou peut-être même du Canada. La psychose s’installe. La shérif tente de trouver le coupable et une rançon est promise à celui qui ramènera des indices. Laney Griffin aimerait toucher la prime. Cela permettrait de tenter un dernier traitement coûteux pour son fils atteint de leucémie

Il va aller à la chasse et croiser la bête. Un loup-garou qui pourrait lui permettre de trouver une solution pour son fils condamné à mourir à brève échéance. Une enquête policière, des méchants idiots, un monstre qui souffre, un père prêt à tout : Mike Moreci au scénario, Riley Rossmo et Colin Lorimer (deux Canadiens justement) signent une pépite d’horreur au final déconcertant.

➤ « Curse », Ankama, 14,90 € 

BD - Le premier Robin de Batman a bien changé


Il a fait ses débuts de super-héros sous le masque de Robin. Puis il a volé de ses propres ailes sous le nom de Nightwing. Après une remise en question où il a officié comme espion, Dick Grayson revient à des histoires plus classiques, ressuscitant Nightwing pour de nouvelles aventures. 

Après un prologue où Tim Seeley (scénario) et Javier Fernandes (dessin), reprennent la genèse du personnage, il plonge dans le grand bain de l’aventure, de la Méditerranée à la Russie, en compagnie de son redoutable coéquipier Raptor. C’est rythmé, un peu manichéen par moments, mais diablement efficace, notamment quand Batman entre en jeu et que Nightwing doit faire des choix cruciaux pour le sauver. Urban Comics propose pour cette rentrée plusieurs « DC Rebirth » de héros légendaires, de Batman à Flash.

➤ « Nightwing », Urban Comics, 15 €

BD - Couple en cavale : garçon naïf et fille dangereuse


L’un, Duncan, est la risée de tout le lycée, un geek, timide, tabassé par les caïds et son père, alcoolique. L’autre, Maddie, est une fille adoptée, d’origine asiatique, jolie mais mal intégrée. Le premier, en rébellion, vole le pistolet de son père et se rêve en gros dur à qui on ne la fait pas. La seconde tente de séduire le capitaine de l’équipe de foot. Pour être la plus belle et la plus admirée au bal de l’école. 

Pourtant rien ne se passe comme prévu. Le sportif tente de violer Maddie. Duncan intervient. Le début d’une amitié. Mais Maddie a un secret. Que Duncan découvre. Quand elle est stressée, elle devient très forte. Au point de soulever une voiture. Ou de tuer le père de Duncan d’un simple coup-de-poing. 

Ce comics écrit par Matthew Rosenberg et Patrick Kindlon est dessiné par Josh Hood. Un peu de fantastique mais surtout beaucoup de jeunesse fougueuse qui n’en peut plus de vivre dans des stéréotypes aliénants.

➤ « Never Go Home », Glénat Comics, 15,95 €


Roman : Les mots de Joann Sfar

Il est rare de réussir tout ce que l’on entreprend. Joann Sfar fait partie de ces artistes multicartes. Multi-talents aussi. BD, cinéma et maintenant littérature : il fait partie des voix qui comptent. «Vous connaissez peut- être » est l’histoire de sa rencontre avec une certaine Lili, inscrite sur Facebook et que le réseau social a proposé à Sfar comme amie. Une histoire d’amour d’aujourd’hui. Virtuelle et sans véritable consistance.

Un regard éclairé sur notre société contemporaine par un homme qu’on devrait plus souvent écouter. Quand il dit par exemple que « si l’on pouvait s’aimer autant qu’on aime son chien, cela résoudrait non seulement les problèmes de racisme mais aussi beaucoup de problèmes de couple. » Il est donc question de Lili, mais aussi de Marvin, ce chien bouée de sauvetage. Et comme l’auteur est un grand séducteur, d’autres femmes illuminent ce texte par leur intelligence et leur beauté. 

➤ « Vous connaissez peut- être » de Joann Sfar, Albin Michel, 18,50 €

mercredi 27 septembre 2017

Cinéma - Un Petit Spirou très romantique


Les personnages de bande dessinée franchissent de plus en plus le pas pour s’animer sur grand écran. Parfois en gardant leurs traits dessinés, mais de plus en plus souvent en devenant des humains en chair et en os. Alors que l’adaptation du Spirou adulte est en tournage (avec Alex Lutz dans le rôle titre), la série dérivée de gags humoristiques sort sur les écrans. Difficile de retrouver l’esprit de la BD originale. 

Les auteurs avaient pris le parti de brosser le portrait d’un gamin facétieux, farceur et très intéressé par les mystères de la vie. Avec souvent des allusions sexuelles compréhensibles uniquement par les adultes. Un ton très coquin, avec belles images à la clé comme les tenues affriolantes de Melle Chiffre, la maîtresse du héros et des copains. Un volet de la BD qui est conservé dans le film, avec quelques plans très olé olé de Gwendolyn Gourvenec, parfaite dans ce rôle. Mais dans l’ensemble, le volet audacieux de la BD est mis de côté pour transformer le tout en spectacle très familial un peu trop gentillet, manquant de mordant et de cet esprit irrévencieux qui, quoi qu’on en dise, a fait le succès de la série des éditions Dupuis vendue à des millions d’exemplaires.

Le fil conducteur est la prochaine entrée du Petit Spirou dans l’école des grooms. Un métier exercé de père en fils, ce qui explique l’uniforme rouge. Mais Spirou ne veut pas passer sa vie dans un ascenseur. Il se rêve en aventurier, allant par monts et par vaux, sauvant la veuve et châtiant les méchants.

■ Mes chers copains

En plus cela signifierait la séparation d’avec ses copains de toujours, Vertignasse, Cassius et Ponchelot. Sans compter la disparition de sa vie de Suzette, l’adorable fillette dont il est amoureux en secret. Alors avant de tout perdre, il se lance dans la fabrication d’un vélo side-car et entraîne sa chérie dans un vaste tour du monde. Si l’ensemble manque parfois de rythme, on retrouve cependant dans les personnages secondaires le côté loufoque et extrême de la BD. François Damiens personnifie à merveille M. Mégot, le prof de sport le plus calamiteux de la planète. Philippe Katerine, en Abbé Langélusse aurait pu être plus trash. Quant à Pierre Richard (lire ci-contre), il agrège parfaitement le côté déluré et sentimental de Grand-Papy, meilleur ami du Petit Spirou.

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Pierre Richard, un Grand Papy génial

« Le Petit Spirou « est l’occasion de retrouver Pierre Richard dans un registre loufoque, proche des rôles qu’il a interprétés dans les années 70 : « Ça ne m’intéresserait pas de jouer un papy tout gentil, tout mièvre. Quand j’accepte, c’est parce que le vieux du film est anar, chieur et surtout pas affublé d’un déambulateur ! », dit l’acteur, 83 ans cet été, candidat pour une suite. « J’ai assez de métier pour savoir que rien n’est jamais garanti. Mais franchement, je serais très étonné que le film ne marche pas : il va plaire aux enfants, mais les parents y trouveront aussi de quoi se faire plaisir...», dit Pierre Richard. « Il y a comme une alchimie entre les gags, la vérité des rapports entre les personnages et un côté presque surréaliste, poétique à certains moments... J’ai adoré ça ! », affirme-t-il. Un Pierre Richard qui n’arrête pas de tourner malgré ses activités de viticulteur dans l’Aude. Comme si le Grand Blond était soudainement revenu à la mode après un passage à vide. Pourtant il n’a pas changé et on retrouve toujours dans sa bonne bouille le farfelu un peu maladroit, jamais méchant et si humain. Déjà à l’affiche de « Un profil pour deux », il sera de nouveau à l’honneur à la fin de l’année avec « Mrs Mills », troisième long-métrage de Sophie Marceau. Et puis en 2018, champagne : on le verra dans le nouveau Dany Boon (Une ch’tite famille) et l’adaptation de la BD « Les vieux fourneaux » contant les facéties de retraités peu ordinaires. Un rôle en or pour Pierre Richard.

 ➤ Comédie de Nicolas Bary (France, 1 h 26) avec Sacha Pinault, Pierre Richard, François Damiens

Cinéma - « Money », un engrenage infernal


Avec les vrais codes du polar à l’ancienne, Gela Babluani nous emporte dans un thriller inattendu. Car si « Money » souffre parfois de quelques incohérences dans le scénario, avec ce secrétaire d’État à l’Intérieur corrompu (Louis-Do de Lencquesaing), victime d’un cambriolage de trois jeunes paumés, il n’en reste pas moins un film qui vous tient en haleine. Tant les rebondissements, avec cette histoire parallèle de meurtre d’une escorte girl, assorti d’un chantage de la mafia locale, rythment cette descente nocturne aux enfers.

Aussi n’y voyez pas seulement une énième quête de grisbi par trois pauvres Pieds nickelés, dont le désir de quitter au plus vite les docks embrumés du Havre nourrit les audaces les plus folles. Même celles de braquer sans le savoir un politique pourri. Car la caméra de Babluani a su saisir la fragilité, la faiblesse de Danis (George Babluani), Éric (Vincent Rottiers, photo) et Alexandra (Charlotte Van Bervesselès) mais aussi leur détermination. Souvent irrationnelle au regard des risques mortifères. Mais à 20 ans, ne pense-t-on pas être invulnérable ? L’homme de main du ministre Mercier, le magistral Benoît Magimel reconverti en tueur à gages empâté, se chargera bien vite de les ramener à une réalité plus grise. Même s’il ne fait qu’une partie du sale boulot.

La violence est en effet commune à d’autres seconds rôles, portés par un joli casting (Olivier Rabourdin, Anouk Gringberg ou Féodor Atkine la voix française de Hugh Laurie dit Dr House). « J’ai cherché à faire un film qui parle des hommes tels qu’ils sont et non tels qu’on a envie qu’ils soient » expliqués le réalisateur qui se joue de la psychologie de ses personnages mais aussi de la lumière de la ville portuaire du Premier ministre, Édouard Philippe, pour nous convaincre que « le sens de la morale se trouve aussi dans des actes immoraux ».

➤ Thriller de Gela Babluani (France, 1 h 30) avec George Babluani, Vincent Rottiers, Charlotte Van Bervesselès

Cinéma - L'apprentissage du jeune Karl Marx


Le film de Raoul Peck « Le jeune Karl Marx » parle d’un temps où se battre pour ses idées était périlleux. Quand on ne rêvait pas d’améliorer le monde mais de le changer. Radicalement. En Allemagne, dans un journal progressiste, le jeune journaliste Karl Marx (August Diehl) ne se contente pas de cette eau tiède. Ses articles sont chauds bouillants. Des brûlots qui ne passent pas. Le journal est interdit interdit mais il est contacté par un éditeur qui lui propose de s’installer à Paris, pays a priori plus tolérant. Il accepte et s’y rend avec sa femme, Jenny (Vicky Krieps), et sa petite fille. Paris, ses ouvriers et son leader de l’époque : Proudhon (Olivier Gourmet).

Il croise aussi Friedrich Engels (Stefan Konarske) à Paris. Deux jeunes idéalistes sur la même longueur d’onde unis aussi dans des écrits de plus en plus critiques contre la société bourgeoise qui aliène les prolétaires. Le biopic de Raoul Peck se concentre longuement sur cette période parisienne au cours de laquelle Marx et Engels apprennent à s’apprivoiser au cours de parties d’échecs, de beuveries et de courses poursuites avec la police. Des années formatrices, essentielles pour leur future complicité. Contraint à un nouvel exil, Marx s’installe en Belgique puis à Londres. C’est là, en créant la Ligue des Communistes, qu’il rédigera avec son ami le célèbre « Manifeste du parti communiste », sans oublier l’apport des deux femmes des philosophes.

Un film intelligent et fougueux où on est pris par la passion, l’envie de progrès et surtout d’utopie. Car si le communisme est aujourd’hui dé- crié par nombre d’intellectuels, à cette époque, cela restait une formidable avancée pour les plus démunis.

 ➤ Biopic de Raoul Peck (France, 1 h 58) avec August Diehl, Stefan Konarske, Vicky Krieps

DVD et blu-ray - Saisonniers insoumis et guerre de Corée

La révolte des saisonniers américains

Il n’y a pas que les philosophes allemands pour penser révolte du prolétariat. D’autres ont aussi été les détonateurs de grèves. Dans « Les Insoumis », film de James Franco, l’acteur raconte comment un homme, en se faisant embaucher comme saisonnier dans un verger de pommiers en Californie, va réveiller les consciences des exploités et faire plier les propriétaires. Un film hautement politique avec une distribution de luxe, Selena Gomez, Ed Harris, Vincent d’Onofrio et même Zach Braff

. ➤ « Les Insoumis », Universal

 



 La Corée, sa guerre et ses héros

Voilà le film qu’il ne faut surtout pas montrer à Donald Trump en ce moment. Il serait capable de vouloir récidiver. En 1950, la Corée est divisée. Et en guerre. Côté américain, le général MacArthur (Liam Neeson) prépare un vaste débarquement. Au même moment, des soldats infiltrent les rangs nord-coréens pour dérober les plans de la contre-offensive. Ce film coréen (du Sud, on s’en doute...) raconte un pan ignoré de cette histoire récente. Un film de guerre par excellence, spectaculaire et poignant, avec en bonus un making-of de 35 minutes.

➤ « Memories of war », Wild Side Vidéo, 19,99 € le DVD, 24,99 € le blu-ray

BD - Les secrets bien cachés de l’Amazonie


Suite du périple de l’espionne anglaise Kathy Austin au cœur de l’Amazonie à la recherche d’un être étrange. Dans un dispensaire, loin dans la forêt impénétrable, elle doit faire face aux agissements d’anciens nazis aux méthodes expéditives et trouve heureusement une aide inespérée auprès d’un agent des renseignements brésiliens

Rodolphe, Léo et Marchal, dans cette 3e saison des aventures de la belle anglaise, ne la ménagent pas. Elle se fait tirer dessus, assommer et doit plonger dans une rivière infestée de piranhas. Sans compter la longue traversée de la jungle hostile. Mais elle s’en tire car l’être étrange semble veiller sur elle.

➤ « Amazonie » (tome 2), Dargaud, 11,99 €