L’Aveyron, ses forêts sauvages, ses villages reculés et un curé unique sont au menu du nouveau film dérangeant d’Alain Guiraudie titré fort justement « Miséricorde ».
Un film d’Alain Guiraudie ne peut pas laisser indifférent. Sa vision de la province tranche avec les comédies caricaturales. Même s’il force sans doute le trait en ce qui concerne les penchants sexuels de ses héros. Nouvelle pierre à l’édifice avec Miséricorde, présenté en compétition à Cannes.
À l’automne, alors que les cèpes sortent, Jérémie (Félix Kysyl), la trentaine, revient dans le petit village de Saint-Martial, dans l’Aveyron, à quelques kilomètres de Millau, sur ces causses couverts de forêts. Il arrive de Toulouse pour les obsèques du boulanger, son ancien patron qui lui a appris le métier. Il est hébergé par la veuve, Martine (Catherine Frot) et retrouve le fils du couple, son copain de toujours, Vincent (Jean-Baptiste Durand).
Jérémie, que personne n’attend à Toulouse, décide de rester quelques jours à Saint-Martial. Il en profite pour faire de longues balades en forêt, croise la route du curé local (Jacques Develay) et de Walter, autre copain d’enfance, ermite vivant seul dans sa ferme presque en ruines. Comme souvent dans les films d’Alain Guiraudie, une fois les acteurs du drame présentés, on découvre leurs jeux troubles. Jérémie est-il attiré par Walter ? Quelle était sa relation avec le boulanger mort ? Vincent le soupçonne de vouloir coucher avec sa mère : véritable crainte ou simple jalousie ?
Tout est étrange dans ce village. Notamment les frontières entre les attirances. Beaucoup d’hommes, peu de femmes, des rituels étonnants et parfois la violence qui sort d’un coup, comme ces champignons que tout le monde cherche dans ces bois encore plus fréquentés qu’un quai de métro aux heures de pointe. Rapidement, la tension va monter, les mensonges se multiplier, la mort s’inviter au festin des sens.
Drame de la solitude sexuelle des campagnes, Miséricorde n’a pas la folie douce des précédentes réalisations d’Alain Guiraudie. C’est plus apaisé, mais toujours aussi ambigu. On suit les errances, remords, doutes, cauchemars et embrasements de Jérémie, fascinés par ce jeu de faux-semblant avec en point d’orgue l’intervention, quasi divine, du curé, manipulateur suprême, pour son propre intérêt même si c’est au prix de sa réputation.
Une histoire humaine, faite de chair et de sang. Avec en contrepoint apaisant, les arbres gigantesques, immuables et majestueux de cette forêt aveyronnaise, superbement filmée par un réalisateur toujours très à l’aise dans les grands espaces.
Film d’Alain Guiraudie avec Félix Kysyl, Catherine Frot, Jean-Baptiste Durand, Jacques Develay, David Ayala
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