mercredi 4 août 2021

Polar - Intrigue chez les écrivains

Pasakukoo, polar de Roy Braverman, paru directement en poche chez Hugo, se déroule aux USA. Sur la côte est, là où les écrivains célèbres trouvent l’inspiration, dans de somptueuses demeures en bord de lac.

Deux d’entre eux vivent à proximité. Mais, c’est une troisième plume, prometteuse, qui est retrouvée morte. Une jeune femme qui aurait rédigé un véritable chef-d’œuvre avant d’être assassinée.

Roy Braveman, connaît bien le milieu de l’édition. Et question écrivains, c’est un spécialiste. A lui tout seul. Car, derrière ce pseudonyme se cache un ancien journaliste français, Patrick Manoukian, qui a déjà connu le succès avec une trilogie se déroulant en Islande sous le nom de Ian Manook. Grand voyageur, il a sillonné toute la planète et décrit parfaitement les lieux où il plante ses intrigues.

Ce roman nous fait découvrir une région, le Rhode Island, mais surtout, un milieu peu reluisant malgré l’aura de la gloire et du succès.

« Pasakukoo », Hugo Poche, 7,60 €

mardi 3 août 2021

BD - Monsieur Vadim dans la nasse


Une fois à la retraite, difficile de faire un trait sur son métier, sa spécialité. M. Vadim, alors qu’il espérait terminer ses jours pépère dans une maison de retraite, découvre qu’il a été escroqué. Plus d’économies, il se retrouve à la rue. En découvrant l’identité du malotru, il décide de mettre à profit son expérience professionnelle de… sniper dans la Légion étrangère.


Le premier tome signé Gihef et Morgann Tanco racontait aussi comment le tireur d’élite, pour obtenir un droit de visite de son petit-fils, avait accepté un contrat pour un malfrat belge. Le final de ce polar mouvementé se déroulant sur la côte d’Azur montre un héros dans la nasse. Il a à ses trousses tous les barons du trafic de drogue, les services sociaux et même la police. Il lui faudra beaucoup d’adresse, de précision et un peu de chance pour se tirer d’affaire.

On apprécie la multitude de rebondissements et les nombreuses scènes d’action dignes d’un bon film américain.

« Monsieur Vadim » (tome 2), Bamboo, 14,90 €

BD - Combat spatial et philosophique


Si certaines séries de science-fiction se contentent de faire rêver le lecteur, face à des mondes différents et des combats spatiaux spectaculaires, d’autres cherchent à titiller son imagination, quitte à lui donner le vertige en déballant des concepts philosophiques ardus.

Crusaders, de Christophe Bec et Leno Carvalho, est clairement dans la seconde catégorie. Le 3e tome montre plusieurs races d’extraterrestres s’unir pour combattre les Largans qui ne sèment que ruine et désolation à travers les galaxies.


Mais, les très ambitieux Émanants, à la technologie très avancée, pourraient se révéler tout aussi dangereux. Les quelques humains de l’album tentent de trouver leur place grâce à des références à Descartes, inventeur du solipsisme ou à la « gelée de veau », concept autour de l’espace-temps popularisé par Einstein. Du très haut niveau scientifique. Presque trop…

« Crusaders » (tome 3), Soleil, 14,50 € 

lundi 2 août 2021

Beau livre - Laissez-vous conter les Pyrénées par les plus grands écrivains

 Jean-Paul Azam vient de publier un beau livre intitulé "Les Pyrénées par monts et par mots" sur les grands écrivains et leur vision des Pyrénées. Richement illustré de photographies de l'auteur, on retrouve des textes de Zola, Hugo, Colette et bien d'autres auteurs.

Photographe et passionné de randonnée, Jean-Pierre Azam vient de publier un beau livre sur les Pyrénées. Il a collecté de très nombreux textes célébrant cette montagne singulière. « J’avais publié un livre sur les stations thermales, quand c’était la grande mode et people, artistes et nouveaux riches passaient une semaine de villégiature, explique-t-il. Sur les Pyrénées, il y avait quantité de matière et j’ai du faire des choix. Il y a 60 % de textes du XIXe siècle et 40 % du XXe. »

Parmi ces textes signés Hugo, Flaubert, Blondin, Zola ou Colette, certains sont plus inattendus comme cette lettre de Bismarck racontant son escapade en 1862. Lettre destinée à sa femme, décrivant beauté des cascades alors qu’en réalité ce séjour n’avait qu’un seul but, passer du bon temps avec sa maîtresse, par ailleurs femme de l’ambassadeur de Prusse en France…

Histoire d’amour, triste cette fois, pour Saint-Exupéry. Ayant laissé sa fiancée à Paris, il s’ennuie à Perpignan en cette année 1926. « Perpignan est ce soir absolument lugubre. je me suis baladé dans des petites rues qui montent. Elles étaient peuplées de merceries. Je ne connais rien de plus triste que les merceries. »

Par contre Rudyard Kipling a écrit de très belles choses sur le Canigou : « Je découvris en lui la montagne enchanteresse entre toutes, et je me soumis à son pouvoir. »

Un livre savant, parfait pour les érudits, richement illustré et qui comblera les amoureux de littérature et de montagne.

« Les Pyrénées par monts et par mots », Latitude Sud, 28 €.
 

Jeunesse - Paris livré aux enfants

Michel Bussi vend beaucoup de thrillers. Mais, il aime aussi quitter son monde assez sombre pour raconter des histoires aux plus jeunes. Après des albums pour les petits, il s’est lancé dans une grande saga pour les adolescents.

Le tome 1 de N.É.O., paru chez PKJ, a rapidement été suivi d’une suite intitulée Les deux châteaux. Dans un futur proche, un nuage a tué tous les adultes. Ne restent que les enfants dans un Paris redevenu sauvage. Deux tribus se sont formées et s’opposent dans le premier volume. Pour cette suite, le clan du Château et celui du Tipi ont fait la paix.

Mais, des irréductibles ont préféré faire sécession. Ce sont les Moineaux, sous la férule de Mordélia, « mystérieuse et inquiétante guérisseuse ». Une saga palpitante à découvrir à partir de 12 ans.

Un tome 3 est déjà annoncé en 2022 et ce monde futuriste, déjà adapté en bande dessinée (éditions Jungle, le tome 2 est prévu pour octobre), ferait une série Netflix assurée d’un beau succès.

« N.É.O. Les deux châteaux » (tome 2) PKJ, 19,90 € 

dimanche 1 août 2021

BD - Vengeance de flic


Avant d’inventer le superhéros Imbattable pour le journal Spirou, Pascal Jousselin, avec juste l’étiquette de scénariste, a sévi dans Fluide Glacial. Un humour plus caustique pour une série hommage aux flics US.

Colt Bingers est policier à New York. Un des meilleurs. Mais un soir, après avoir mis sous les verrous de nombreuses racailles, il découvre sa femme morte. L’assassin est toujours sur les lieux du crime. Colt, avant d’être assommé en traître, constate que le meurtrier est borgne et a une jambe de bois. Colt quitte alors la police et se lance dans une vengeance sans pitié. Les histoires courtes dessinées par Lionel Chouin et publiées entre 2009 et 2011, sont reprises dans une intégrale de plus de 110 pages.

Colt, caricature du flic expéditif, devient sans s’en rendre compte, un serial killer très recherché. Ses victimes : des borgnes à jambe de bois…

Un second degré assez fin qui passe d’autant mieux que le dessin est très franco-belge, humoristique avec juste ce qu’il faut de caricature.

« Colt Bingers, l’insoumis », Fluide Glacial, 19,90 €

BD - Tous et toutes après Lucky Luke


Le cow-boy le plus célèbre de la bande dessinée (du moins celui qui a vendu le plus d’albums dans le monde), a des difficultés à rester seul tout en chevauchant Jolly Jumper à travers les grandes étendues de l’Ouest sauvage.

Dans la seconde aventure de ce Lucky Luke plus adulte animé par Matthieu Bonhomme, il est pris pour cible par plusieurs malfrats. C’est l’appât du gain qui les pousse à pourchasser le héros. Car dans la sacoche d’un des tueurs cherchant à le capturer, Luke découvre une affiche où sa tête est mise à prix 50 000 dollars. Lucky Luke traqué mais qui continue à aider la veuve et l’orphelin.


Plus précisément trois sœurs, toutes plus charmantes les unes que les autres et qui tombent immédiatement amoureuses de l’homme qui tire plus vite que son ombre.

Une armée de méchants à ses trousses, trois jolies filles à ses basques… tout le monde veut mettre le grappin sur Lucky Luke dans cet album moins profond que le premier mais très divertissant et osant quelques piques sur le statut de héros viril.

« Wanted Lucky Luke », Lucky Comics, 15 €

jeudi 29 juillet 2021

Cinéma - Accouchez, la vie fera le reste


Film choral avec une ribambelle de têtes connues (Alice Pol, David Marsais, Léa Drucker, Julia Piaton), C’est la vie de Julien Rambaldi est de ces comédies qui tout en faisant rire nous remet les pieds sur terre. Car, à l’heure où un virus mortel terrifie les trois quarts de la planète, l’essence même de la vie est mise en valeur dans un film lumineux. Dès qu’un couple se forme, l’envie de bébé fait son apparition. Le prélude du film montre cinq de ces couples en pleine procréation. Et pas un seul de la même façon. Celle qui veut faire un enfant seule grâce à un donneur qui s’ignore, repéré sur un site de rencontre ; ceux qui tentent de mener la grossesse le plus naturellement possible ; celles qui demandent à un ami de féconder faute de PMA ; ceux qui jonglent avec l’emploi du temps surchargé de la future maman, par ailleurs  patronne d’une entreprise du CAC 40 ; et enfin, celle qui en est à sa 4e fécondation in vitro

Des histoires qui vont permettre de faire passer une journée mémorable aux deux héros du film : un chirurgien obstétricien et une sage-femme. Antoine (Nicolas Maury) arrive le jour même pour prendre ce nouveau poste. 

Dominique (Josiane Balasko), est une dernière fois de garde, avant sa retraite. Les rires se disputent à l’émotion dans ce film vivifiant comme un accouchement, avec ou sans péridurale.

Film français de Julien Rambaldi avec Josiane Balasko, Nicolas Maury

Josiane Balasko, parfaite en sage-femme très humaine. Récifilms

mercredi 28 juillet 2021

Cinéma - “Profession du père” : fou à enfermer

Tiré du roman de Sorj Chalandon, le film de Jean-Pierre Améris offre un rôle sur mesure à un Benoît Poelvoorde survolté. 

André (Benoît Poelvoorde), un père un brin mythomane et assez paranoïaque avec son fils Émile (Jules Lefebvre).  Caroline Bottaro

Pour captiver leur fils, certains pères aiment raconter des histoires, enjoliver la réalité et se donner le beau rôle. Un jeu innocent, sauf si le fameux père est complètement fou, mythomane et paranoïaque. Sorj Chalandon a raconté sa drôle d’enfance dans un récit paru chez Grasset en 2015.

Jean-Pierre Améris l’a adapté à l’écran, avec Benoît Poelvoorde dans le rôle du papa raconteur d’histoires. Le réalisateur a déjà dirigé à deux reprises l’acteur belge. Il a donc, logiquement, pensé à lui pour endosser l’habit de ce mythomane, paranoïaque, violent et secret. Un fou que, de nos jours, on enfermerait au regard de sa dangerosité.

Pourtant, pour Émile, son père André est simplement le héros d’histoires captivantes qu’il lui raconte à grand renfort de mise en scène. Il a été parachutiste, champion de judo, est même devenu l’ami d’un soldat américain qui désormais est affecté à la sécurité du président Kennedy. En réalité, c’est un fils d’ouvrier au chômage qui vit aux crochets de sa femme, comptable. 

Délire dangereux

L’action se déroule, en 1961, à Lyon. Émile gobe toutes les fanfaronnades de son papa. Sa mère (Audrey Dana), douce et aimante, essaie de le protéger, mais, à l’époque, le mari était tout-puissant au sein du foyer. Tout se complique quand des généraux tentent un putsch en Algérie. Profondément patriote, André prétend faire partie de l’OAS et veut enrôler son fils de 11 ans dans son combat. Émile, prenant tout au pied de la lettre, va se mettre en danger ainsi qu’un de ses camarades d’école. Car, la folie du père, même si elle ne dépasse que rarement les murs du foyer, n’est pas sans conséquence. 

Un film puissant sur le mensonge et l’endoctrinement en famille. Les trois acteurs sont parfaits dans des rôles pourtant très différents. Benoît Poelvoorde, grandiloquent, colérique, mais aussi lâche parfois, signe une de ses plus belles performances. Audrey Dana apporte cette touche de douceur qui permet à la famille de continuer vaille que vaille. Quant à Jules Lefebvre, dans le rôle du petit Émile, c’est la véritable révélation du film.

Film français de Jean-Pierre Améris avec Benoît Poelvoorde, Audrey Dana, Jules Lefebvre




mardi 27 juillet 2021

Cinéma - “Kaamelott” : le roi Astier en sauveur du cinéma

Préventes records, avant-premières complètes : la sortie du 1er volet de la saga d’Alexandre Astier est déjà un succès.

Les fans ont attendu dix ans pour découvrir la suite des aventures du Roi Arthur, version Alexandre Astier.  Regular


Ce 21 juillet 2021 pourrait devenir une étape marquante du cinéma français. La sortie de Kaamelott - Premier volet d’Alexandre Astier, devrait copieusement remplir les salles. Le film, annoncé depuis huit ans, terminé depuis deux, sort enfin au cœur de l’été, comme un gros blockbuster américain, preuve que les distributeurs français ont compris que le public n’est pas complètement en vacances, en juillet et août. 

Avant même sa première projection sur des écrans (hier soir lors d’avant-premières, partout en France, affichant souvent complet), Kaamelott a battu un premier record : celui des préventes. En 24 heures, plus de 60 000 places ont été vendues. Il n’a fallu que 5 minutes au Grand Rex de Paris pour écouler ses 3 000 places. Repoussée à trois reprises, la première partie de cette trilogie est très attendue. Un grand film (pour le budget et la durée, 14 millions et 2 heures) mais, surtout, une plongée dans un monde original qui est entré dans la culture populaire, depuis la diffusion sur M6 des premiers épisodes de la série. 

Arthur, le dépressif

Parler de culte pour Kaamelott n’est pas superfétatoire. « C’est pas faux » répondrait Perceval (Franck Pitiot), infatigable ressort comique, avec son compère Karadoc (Jean-Christophe Hembert). Lancée comme une pastille humoristique mêlant anarchiquement anachronismes et débilité de ces chevaliers de la Table Ronde, tout sauf héroïques, la série a évolué vers une histoire plus sombre. Lancelot (Thomas Cousseau) a endossé le rôle du super méchant et le roi Arthur, dépressif chronique, désabusé et fatigué de cette quête du Graal qu’il n’a pas décidé, a perdu sa joie de vivre et sa volonté de faire évoluer son pays vers plus de modernité. 

À la fin de l’ultime épisode, il cède son trône et tente de se suicider. Dans le résumé fourni par l’auteur : « Dix ans plus tard, le royaume de Logres souffre toujours sous le joug de Lancelot, qui fait régner la terreur avec l’appui de mercenaires saxons. La résistance tente de s’organiser, tandis qu’Arthur Pendragon, que beaucoup croient mort, fait son retour. » Pour Alexandre Astier, répondant à l’Agence France Presse, « C’est un ‘road movie’, l’histoire d’un mec qui revient de très loin. On a tourné sur des bateaux, dans le désert, dans la neige…, c’est un long parcours. »

Comédie doublée d’un film d’action, avec combats et trahisons, sans oublier un zeste de fantastique avec l’apparition de la Dame du Lac, toujours interprétée par Audrey Fleurot, la comédienne qui vaut 10 millions de téléspectateurs. On retrouve dans le film tous les personnages principaux d’origine et quelques nouveautés, comme ce Saxon interprété par Sting ou Guillaume Galienne en chasseur de primes. Le seul adversaire de Kaamelott risque d'être le pass sanitaire. Mais, rire deux heures pourrait être une excellente motivation pour certains jeunes à se faire vacciner. 

Film d’Alexandre Astier avec Alexandre Astier, Lionnel Astier, Joëlle Sevilla, Franck Pitiot, Jean-Christophe Hembert, Alain Chabat, Sting, François Rollin