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samedi 14 octobre 2023

Cinéma - La double rédemption de “Marie-Line et son juge”


Notre époque dénigre trop souvent les films qui affichent des « bons sentiments ». Pourtant, ils font un bien fou en ces périodes troubles. Marie-Line et son juge de Jean-Pierre Améris est l’exemple parfait. Une jeune fille, de milieu modeste, peu cultivée, se retrouve au tribunal pour une affaire de violence (elle a bousculé son amoureux). Marie-Line (Louane Emera) écope de prison avec sursis et d’une amende.

Sentence prononcée par un juge (Michel Blanc), taciturne et sinistre. Il va pourtant lui donner une chance et lui proposer de se transformer en chauffeur personnel durant un mois. Ce duo improbable va confronter ses différences, tenter d’apprivoiser l’autre et finalement comprendre que la rédemption peut être plus facile avec l’aide d’un tiers.

Marie-Line va tout faire pour décider enfin de son existence, quant au juge, il va oser regarder son passé avec courage pour tourner la page. Un film attachant, comme les deux comédiens, excellents dans ces rôles de composition.

Un film français de Jean-Pierre Améris avec Michel Blanc, Louane Emera et Victor Belmondo.


mardi 17 mai 2022

Cinéma - “Les folies fermières” : un joyeux cabaret rural

De la botte de paille au flacon de paillettes, tout est bon pour sauver l’agriculture française.


Le monde agricole se meurt. Cette réalité impitoyable, si bien expliquée dans Petit Paysan, est au cœur d’un autre film sur ce sujet. Mais le réalisateur, Jean-Pierre Améris, dans Folies fermières, traite le sujet avec une bonne dose d’optimisme en s’inspirant d’une histoire vraie.

Dans le Cantal, l’exploitation de vaches laitières  de David (Alban Ivanov) est sur le point d’être placé en liquidation judiciaire. Il obtient du juge une ultime chance, deux mois de sursis au cours desquels il doit prouver la rentabilité de l’affaire. Très déprimé, après une tournée des bars d’Aurillac, il tombe par hasard sur une petite salle de spectacle proposant magie et danseuses. C’est l’illumination pour ce trentenaire trop longtemps considéré comme un rêveur par son grand-père (Guy Marchand). Il va transformer la grande grange inutilisée en cabaret, le premier implanté en pleine campagne. Ce seront les Folies fermières, mais il va falloir aller vite et surmonter nombre d’obstacles.

Casting improbable

Pour la partie artistique, il persuade  Bonnie (Sabrina Ouazani) de s’impliquer dans l’aventure. Sans doute la partie du film la plus comique. Car cette danseuse, toujours en minijupe et talons hauts, découvre boue, fumier et toiles d’araignée. Ce n’est pas son monde. David devra batailler pour la persuader. Et c’est ensemble qu’ils vont recruter les « talents » locaux qui vont constituer l’affiche du spectacle. Une magicienne muette, des danseuses jumelles désaccordées, un hypnotiseur souffrant de narcolepsie et un travesti qui chante du Dalida, mais que les chansons tristes car il trouve trop kitsch la période disco (un comble…). 

Bref il y a du travail, mais à force de répétitions, de sacrifices et de volonté, la mayonnaise va prendre et David va pouvoir entraîner dans son projet sa mère (Michèle Bernier) et son ancienne petite amie, Laetitia (Bérengère Krief), coiffeuse à domicile. Alban Ivanov domine de la tête et des épaules ce film humain et positif. Sa bonne bouille de candide est parfaitement adaptée à ce personnage d’agriculteur, fier de son métier, mais conscient que pour s’en sortir, de nos jours, il faut forcément s’adapter et faire des concessions. Une évolution inacceptable pour le grand-père, seul grain de sable dans la belle mécanique, dernier représentant de cette vieille école paysanne rétrograde et hostile à tout changement.

"Folies fermières", film français de Jean-Pierre Améris avec Alban Ivanov, Sabrina Ouazani, Michèle Bernier, Bérengère Krief

mercredi 28 juillet 2021

Cinéma - “Profession du père” : fou à enfermer

Tiré du roman de Sorj Chalandon, le film de Jean-Pierre Améris offre un rôle sur mesure à un Benoît Poelvoorde survolté. 

André (Benoît Poelvoorde), un père un brin mythomane et assez paranoïaque avec son fils Émile (Jules Lefebvre).  Caroline Bottaro

Pour captiver leur fils, certains pères aiment raconter des histoires, enjoliver la réalité et se donner le beau rôle. Un jeu innocent, sauf si le fameux père est complètement fou, mythomane et paranoïaque. Sorj Chalandon a raconté sa drôle d’enfance dans un récit paru chez Grasset en 2015.

Jean-Pierre Améris l’a adapté à l’écran, avec Benoît Poelvoorde dans le rôle du papa raconteur d’histoires. Le réalisateur a déjà dirigé à deux reprises l’acteur belge. Il a donc, logiquement, pensé à lui pour endosser l’habit de ce mythomane, paranoïaque, violent et secret. Un fou que, de nos jours, on enfermerait au regard de sa dangerosité.

Pourtant, pour Émile, son père André est simplement le héros d’histoires captivantes qu’il lui raconte à grand renfort de mise en scène. Il a été parachutiste, champion de judo, est même devenu l’ami d’un soldat américain qui désormais est affecté à la sécurité du président Kennedy. En réalité, c’est un fils d’ouvrier au chômage qui vit aux crochets de sa femme, comptable. 

Délire dangereux

L’action se déroule, en 1961, à Lyon. Émile gobe toutes les fanfaronnades de son papa. Sa mère (Audrey Dana), douce et aimante, essaie de le protéger, mais, à l’époque, le mari était tout-puissant au sein du foyer. Tout se complique quand des généraux tentent un putsch en Algérie. Profondément patriote, André prétend faire partie de l’OAS et veut enrôler son fils de 11 ans dans son combat. Émile, prenant tout au pied de la lettre, va se mettre en danger ainsi qu’un de ses camarades d’école. Car, la folie du père, même si elle ne dépasse que rarement les murs du foyer, n’est pas sans conséquence. 

Un film puissant sur le mensonge et l’endoctrinement en famille. Les trois acteurs sont parfaits dans des rôles pourtant très différents. Benoît Poelvoorde, grandiloquent, colérique, mais aussi lâche parfois, signe une de ses plus belles performances. Audrey Dana apporte cette touche de douceur qui permet à la famille de continuer vaille que vaille. Quant à Jules Lefebvre, dans le rôle du petit Émile, c’est la véritable révélation du film.

Film français de Jean-Pierre Améris avec Benoît Poelvoorde, Audrey Dana, Jules Lefebvre