vendredi 9 juillet 2021

BD - Jeune Lord mais grand policier


Après un premier tome pour présenter le personnage et le contexte, Philippe Charlot au scénario et Xavier Fourquemin au dessin, terminent la première enquête de Lord Harold. Ce jeune noble a décidé de devenir policier. Et il officie dans le pire quartier de cette Londres très malfamée de la fin du XIXe siècle.

Accompagné de ses hommes (ressort de gags incessants tant ils sont stupides), il va tenter de résoudre plusieurs énigmes. Notamment de la mort de plusieurs dizaines de vaches dans le port de la Tamise et l’apparition d’un bateau fantôme. Il soupçonne trois jeunes femmes qui sous des airs innocents semblent diriger d’une poigne de fer tous les voyous du quartier.

Harold va devoir utiliser tous ses atouts pour s’en sortir : sa séduction naturelle mais surtout son flair et esprit de déduction. La parfaite reconstitution des bas-fonds de Londres donne un cachet inégalé à cette série au ton entre Dickens et Sherlock Holmes

« Les enquêtes de Lord Harold » (tome 2), Glénat, 14,50 € 

jeudi 8 juillet 2021

Clap Ciné de Canet : plusieurs "Fantasmes" pour une inauguration

Moment fort de l'inauguration estivale du Clap Ciné de Canet-en-Roussillon : la projection à 20 h 30 ce jeudi 15 juillet en avant-première du film "Les fantasmes" de Stéphane et David Foenkinos, en présence du second. 


Le clap Ciné de Canet-en-Roussillon dans les Pyrénées-Orientales continue vaillamment son parcours. Le complexe du bord de mer, après avoir surmonté quelques obstacles juridiques, a enfin pu mettre en service sa quatrième salle pour offrir un choix plus large aux cinéphiles du littoral. Privé de véritable inauguration, le Clap Ciné a symboliquement choisi cette semaine de juillet pour offrir des animations aux amateurs de bons films. Ce jeudi 15 juillet à 20 h 30, ils pourront découvrir le tout nouveau film des frères Foenkinos, Les fantasmes. Une avant-première exceptionnelle (le film ne sort que le 18 août) en présence de David Foenkinos qui présentera ce 3e film réalisé avec son frère Stéphane. 

Faire un film sur les fantasmes n'a pas été évident à mettre en place pour ces passionnés de création qui se révèlent parfaitement complémentaires. Face à la diversité des pratiques abordées, ils ont opté pour un film à sketches. Une solution qui permet en plus d'afficher une distribution de prestige, de Monica Bellucci à Jean-Paul Rouve en passant par Carole Bouquet ou Denis Podalydès.

A la base, l'idée est tirée d'un film australien. "La proposition est venue de nos producteurs, explique David Foenkinos lors d'une rencontre avec la presse au Clap Ciné. Le concept nous a beaucoup plu, mais nous avons réécrit 80 % des intrigues." Le film est composé de six sketches sur six fantasmes très spécifiques comme la dacryphilie  en passant par la beaucoup moins drôle taphophilie. Les deux réalisateurs ont soigneusement choisi les fantasmes à mettre en scène car ce devait être à la base une comédie.

Pas un film graveleux, mais de ces distractions intelligentes qui permettent au public de sortir plus instruit, voire plus ouvert. Car les frères Foenkinos ne sont pas "dans le jugement". Les spectateurs, seuls ou en couple, pourront apprécier les différentes histoires et se reconnaître (ou pas) dans ces relations parfois compliquées. 

Parmi les comédiens sélectionnés, on trouve des habitués au monde des Foenkinos (Karin Viard et Jean-Paul Rouve réunis pour un sketch final presque en forme de biopic, aux spectateurs de découvrir de qui), Nicolas Bedos, excellent dans un rôle pourtant très compliqué puisqu'il a passé, littéralement, quatre jours à pleurer toutes les larmes de son corps.

Denis Podalydès, dans le premier sketch, prouve l'immensité de son talent dans ces jeux sexuels provoqués par sa femme interprétée par Suzanne Clément. Cette dernière, lasse de la routine après 19 ans de mariage, propose à son petit comptable de mari d'interpréter des rôles. Il se prend au jeu, devient policier ou médecin et prouve qu'un homme quelconque peut se transformer en excellent dramaturge s'il y a comme récompense l'excitation de sa compagne. Mais gare aux excès de réalité. Car les fantasmes, souvent, ne doivent durer que le temps de préliminaires.  

Humour noir

De l'humour dans Les fantasmes, mais aussi beaucoup de noirceur. Comme dans ces films à sketches italiens que les deux frères, cinéphiles assumés, aiment tant. Et dans cette catégorie, la palme revient à l'histoire portée par Carole Bouquet et Monica Bellucci. Deux icônes du cinéma, elles-mêmes souvent ramenées à l'image de fantasmes pour quantité de spectateurs, jouant avec les émotions autour de la mort. Des rôles inhabituels dans leurs parcours mais qu'elles ont immédiatement accepté car c'est un bonheur pour ces grandes comédiennes de pouvoir sortir des sentiers battus. 

Le film, tourné l'été dernier, sort le 18 août partout en France. Une comédie intelligente, émoustillante et inventive qui devrait facilement plaire au public en mal de bon cinéma.

Reste à savoir quels sont les fantasmes des deux frères. Stéphane, qui met en scène à la rentrée Tania de Montaigne au théâtre à Paris, reconnaît un penchant pour le jeu de rôle. Un fantasme qu'il réalise donc très régulièrement. Par contre David est plus proche d'un fantasme qui fonctionnerait à base d'échec. Paradoxal pour quelqu'un qui collectionne les succès dans tous les domaines, de la littérature (prix Renaudot et Goncourt des Lycéens) au cinéma en passant par le théâtre où il avait deux pièces à l'affiche à Paris au moment du premier confinement.

Discussion et rencontre avant le film

La soirée de jeudi débute à 20 h 30 au Clap Ciné de Canet par une prise de parole des élus, soutiens essentiel du cinéma. Le maire de la commune bien évidemment mais aussi Serge Regourg, récemment élu conseiller régional d'Occitanie et qui connait parfaitement le milieu du cinéma.

Ensuite, durant 20 minutes, Jérôme Quaretti, directeur du cinéma canétois, dialoguera avec David Foenkinos. L'occasion d'aborder sa carrière tant littéraire que cinématographique. Après un petit moment de partage autour d'une collation et d'une séance de dédicaces (en collaboration avec la librairie Torcatis), il sera temps pour les spectateurs de plonger dans "Les fantasmes" des frères Foenkinos. 

La séquence d'inauguration du Clap Ciné se poursuivra le vendredi 17 juillet avec une soirée "Réallisateurs d'Aqui". L'équipe du film "Le coin des copains" de Romain Coulougnon sera présente à 20 h 30 pour la projection de ce film tourné en Lozère. 

  

 

mercredi 7 juillet 2021

Littérature de jeunesse - Hermès, voyageur et voleur

Quatrième volet de la série sur l’Enfance des dieux sous la plume d’Évelyne Brisou-Pellen et le pinceau de Thierry Christmann. Après Zeus, Athéna et le duo Apollon et Artémis, c’est Hermès qui a droit au récit de ses premiers exploits. L’autrice, avec simplicité mais aussi fidélité à la mythologie grecque, retrace l’enfance des plus grands dieux de l’Olympe.

Hermès, né de l’union entre Zeus et Maïa, pousse son premier cri dans une caverne. Un peu trop sombre pour le galopin. Il prend vite la poudre d’escampette et commence son périple de dieu des voyageurs. Un peu plus tard, il réalise son premier larcin, un troupeau de dix vaches. Il endosse du coup le titre de Dieu des voleurs. Mais Hermès ne doit pas être réduit à ce dernier. Il est aussi le messager des dieux.

Comme pour les trois titres précédents, en fin de volume, quelques pages factuelles sur les douze dieux de l’Olympe replacent l’histoire d’Hermès dans son contexte. 

« L’enfance des dieux, Hermès », PKJ, 5,50 €

mardi 6 juillet 2021

Roman - Final en apothéose

Quand, la quarantaine entamée, on déprime grave, incapable de se relever après un  chagrin d’amour, quelle peut être la solution face à ce mal-être ? Nicolas Rey, dans son nouveau roman La marge d’erreur a trouvé une solution assez radicale. Le personnage principal, Gabriel Salin, sorte de doppelgänger de l’écrivain, tousse un peu trop.

Après quelques examens poussés le diagnostic tombe : cancer des poumons. Il lui reste trois mois à vivre. Avec une marge d’erreur de quelques semaines. Quand on est dépressif, c’est cette marge d’erreur qui est intéressante.

Alors, il va se souvenir de ses amours, retrouver quelques-unes de ses compagnes, tenter de reconquérir la dernière femme de sa vie et croiser la route d’une nouvelle voisine qui, tout en étant professeur des écoles, est dotée d’une belle franchise très philosophique et va lui offrir un final en apothéose.

On pourrait détester ce mâle blanc qui a trop profité de sa vie de privilégié, mais il fait plutôt pitié et Nicolas Rey nous donne surtout l’occasion de rire de lui.     

« La marge d’erreur », Nicolas Rey, Au Diable Vauvert, 18 € 

lundi 5 juillet 2021

SF - La crème du space opéra

Brandon Sanderson, auteur US originaire du Nebraska, a déjà publié quantité de romans. Il est devenu une des plumes les plus lues de la fantasy. Mais visiblement il avait fait le tour des mondes imaginaires des Fils-des-Brumes ou de Cœur-d’Acier (tous publiés au Livre de Poche) puisqu’il s’est essayé à un autre genre : le space-opéra. Ainsi est né l’univers d’Astrevise dont le second tome vient de sortir.

On retrouve la suite des aventures de Spensa, jeune humaine qui a un don pour piloter les vaisseaux spatiaux. Dans ce futur très lointain, les derniers hommes, quelques milliers, ont été exilés sur la planète Détritus. Là, privés de technologie, ils sont en train de s’éteindre sous la coupe des aliens de la Supériorité.

Au cours de 630 pages palpitantes, bourrées de combats dans l’espace décrits avec minutie, Spensa va découvrir pourquoi on inflige tel traitement à son peuple. Et se dressera pour prendre la tête de la Résistance

« Astrevise, Skyward » (tome 2), Le Livre de Poche, 20,90 € 

dimanche 4 juillet 2021

BD - Chroniques hospitalières


Voilà un album qui a failli ne jamais voir le jour. Nicolas Keramidas l’avait dans un coin de sa tête. Dessinateur de BD (notamment de Luuna ou d’Alice au pays des singes), il désirait raconter comment, encore bébé, il avait été opéré du cœur. Un témoignage qui a grossi, naturellement, quand ses médecins lui annoncent qu’il va devoir retourner sur la table d’opération.

Très justement intitulé À cœur ouvert, ce roman graphique de 200 pages, au format comics, est d’une étonnante force. Une fois les détails médicaux de la maladie d’origine expliqués, le lecteur plonge dans l’esprit d’un homme qui sait que l’intervention est très risquée. Un journal hospitalier, tenu avec rigueur et détachement, comme pour laisser une trace, au cas où.

Finalement, malgré de nombreuses complications, le dessinateur a pu rejoindre sa maison, sa famille et terminer cet album unique en son genre. Comme un hommage, avant l’heure (la pandémie n’existait pas encore), au travail des personnels soignants

« À cœur ouvert », Dupuis, 17,50 € 

samedi 3 juillet 2021

Polar - La 40e enquête de l’inspecteur Higgins

Rares sont les séries policières affichant une telle longévité. En très peu de temps qui plus est. Christian Jacq a délaissé l’Égypte de ses premiers succès pour imaginer les enquêtes de l’Inspecteur Higgins.

Ce vieux garçon anglais semble tout droit sorti de l’univers d’Agatha Christie. Encore plus dans cette 40e aventure intitulée Le crime d’une nuit d’été. Belle et riche, Audrey Wani invite six prétendants pour les tester lors d’un week-end. Pragmatique, elle veut choisir sa moitié, comme elle recrute un cadre supérieur.

Mais si le jour venu les maris potentiels sont là, pas Audrey qui a disparu. Comme c’est une voisine de l’inspecteur Higgins, il va prendre l’affaire en main sur les conseils de sa gouvernante, l’autre personnage qui fait le succès de cette suite de polars. Mais, comment démasquer un meurtrier quand il n’y a pas de cadavre ? 

« Le crime d’une nuit d’été », Christian Jacq, XO Éditions, 13,90 € 

vendredi 2 juillet 2021

Thriller - Mari beaucoup trop violent

Nora Linde, tout en étant procureure en Suède, n’est pas toujours consciente de la réalité de la société dans laquelle elle vit. En lançant une enquête sur Andreis Kovac, elle veut simplement faire tomber le mafieux d’origine bosniaque pour fraude fiscale. Mais l’homme cache aussi un mari très violent.

Quand l’héroïne découvre qu’il vient de frapper Mina, la jeune mère de son fils, Nora rajoute aux charges l’accusation de violences conjugales. Mina est mise à l’abri, sous protection, provoquant la rage de Kovac. Il tient Nora pour responsable et va en faire une affaire personnelle. Ce nouveau roman de Viveca Sten décrit un pays de plus en plus en proie à la violence. Nora va vite se rendre compte qu’elle vient de s’attaquer à forte partie. Heureusement Thomas Andreasson, son collègue, veille.

Un thriller nerveux et imprévisible, comme le caractère de Kovac dont on espère ne jamais croiser la route dans la vraie vie.

« Sous protection », Viveca Sten, Albin Michel, 21,90 € 

jeudi 1 juillet 2021

Polar - San-A aurait cent ans

Il a poussé son premier cri, le 26 juin 1921. Il y a 100 ans, Frédéric Dard venait au monde. Quelques années plus tard, San-Antonio prenait la relève et marquait de son délire et de son inventivité la littérature française.

Pour ce centenaire, Pocket sort de nombreux titres, en plus des deux rééditions mensuelles (N°78 et N°151) des 200 romans du commissaire de police, toujours accompagné de Bérurier, l’infâme affamé qu’on aime, tant il personnifie une certaine idée de la France.

Pour découvrir qui était cet écrivain, plongez dans Frédéric Dard se raconte, sans fard, son succès après ses années de galère, sa vie amoureuse, compliquée, forcément compliquée. Le meilleur reste cette. Du grand n’importe quoi, mais sur des faits véridiques. San-Antonio, dans toute sa splendeur, entre ironie, outrance et message politique subliminal.  

mercredi 21 octobre 2020

Cinéma - “Adieu les cons” : la cavale ultime

Toujours aussi acerbe, Albert Dupontel brocarde de nouveau notre société devenue folle.

Le suicidaire (Albert Dupontel), la condamnée (Virgine Efira) et l’aveugle (Nicolas Marié), le trio improbable de la cavale du film Adieu les cons.  Jérôme Prébois - ADCB Films


Depuis toujours, Albert Dupontel a un faible pour les ratés, les oubliés de la vie, les imparfaits et autres inadaptés à notre société du toujours plus beau, toujours plus brillant. Il puise dans ces personnages des idées de scénario où toute sa loufoquerie couplée à un anarchisme radical permet de transformer le banal en extraordinaire. Adieu les cons n’échappe pas à cette règle, avec cependant de plus en plus de tendresse pour ces handicapés de la vie sociale.

Tout débute dans le cabinet d’un médecin. Suze Trappet (Virginie Efira) découvre les radios de ses poumons. Elle trouve ça très joli. Le toubib, lui, s’égare en circonvolutions pour ne pas avouer de but en blanc qu’elle est condamnée. JB (Albert Dupontel), informaticien austère, est mis au placard pour laisser la place à un jeune diplômé plus dynamique. Désespéré, il décide de se suicider. Cela tourne mal et le voilà en fuite avec Suze, qui va lui demander de retrouver le fils qu’elle a abandonné quand elle était adolescente. Pour cela ils vont avoir besoin de l’aide de M. Blin (Nicolas Marié), un archiviste rendu aveugle après une bavure policière. Ces Pieds Nickelés vont déjouer tous les pièges des forces de l’ordre et localiser le médecin qui a accouché Suze. Le docteur Lint (Jackie Berroyer), souffre de démence sénile, mais cette histoire lui permet de retrouver un peu de lucidité et finalement, après bien des péripéties improbables (qui font tout le sel du film), le trio va enfin mettre la main sur ce fils disparu et l’aider à mieux gérer sa vie sentimentale de geek coincé et introverti.

Trio équilibré

Cela semble touffu résumé de cette façon, et pourtant le film est d’une fluidité absolue. Les désespoirs de Suze, l’honnêteté de JB, les bravades de M. Blin permettent à chacun de tirer le meilleur de l’autre. Une réelle complicité, tendresse aussi, se noue entre les trois. A noter que dans le rôle de la petite amie du fils de Suze, Marilou Aussiloux, comédienne originaire de Narbonne, prouve qu’elle est aussi à l’aise en tailleur chic qu’en robe d’époque qu’elle porte dans La révolution série diffusée sur Netflix. Autre petit rôle remarqué (et remarquable), Terry Gilliam des Monty Python interprète d’un vendeur d’armes à feu qui pourrait faire de l’ombre à Trump. 

Et la morale de l’histoire me direz-vous ? Elle se résume par le titre du film : Adieu les cons !

Film français d’Albert Dupontel avec Virginie Efira, Albert Dupontel, Nicolas Marié