Quelques chroniques de livres et BD qui méritent d'être lus et les critiques cinéma des dernières nouveautés. Par Michel et Fabienne Litout
vendredi 17 novembre 2017
De choses et d'autres - Ardisson sans cédille
mardi 14 novembre 2017
De choses et d'autres - Effacement cinématographique
Après le BalanceTonPorc, voici venu le temps du EffaceTonPorc. Dénoncer un harceleur ne semble plus suffire dans notre société intransigeante, il faut carrément l’effacer des mémoires collectives. Les nombreux scandales remontant à la surface, avant même d’être jugés, marquent la fin de carrière d’artistes portés au pinacle il y a peu.
Prenez Kevin Spacey. L’acteur, en plus de nombreux films devenus des classiques (il a remporté deux Oscars), a crevé l’écran dans son interprétation de Frank Underwood dans la série « House of cards » pour la plate-forme Netflix. Son personnage n’est pas spécialement sympathique. Un politique prêt à tout pour obtenir le pouvoir absolu. Dans la vraie vie, Kevin Spacey ne semble guère plus sympathique. Plusieurs personnes l’ont accusé de harcèlement sexuel. Des employés de Netflix, mais aussi de jeunes acteurs. Face aux rumeurs, il décide de reconnaître les faits et, au passage, fait son coming out. Résultat, il est exclu de la série, même si on se demande comment les scénaristes vont se tirer de ce mauvais pas.
Plus grave, il sera carrément « gommé » du prochain film de Ridley Scott (Alien). Exactement, toutes ses scènes seront rejouées par un autre acteur, Christopher Plummer. Comme le film doit sortir dans un mois, il faudra ensuite multiplier les effets spéciaux pour effacer Kevin Spacey et réintroduire Christophe Plummer à sa place.
Comme au grand temps du stalinisme, on va bidouiller des images, cacher un homme devenu persona non grata dans le cinéma hollywoodien. D’ici quelques années, Kevin Spacey n’existera plus. On pourrait même imaginer que tous ses films soient trafiqués. En supprimant ses personnages quand ils ne sont pas importants, en y intégrant les images d’un autre acteur pour les rôles principaux.
lundi 13 novembre 2017
Bande dessinée - Itinéraires artistiques parallèles
Même si l’ordre de lecture importe peu, les deux récits étant totalement indépendants, mieux vaut débuter par « Je ne suis pas d’ici ». Une jeune dessinatrice sud-coréenne raconte son arrivée en France pour y suivre des études. Directement inspiré de sa propre histoire, ce récit montre une jeune femme déboussolée, perdue dans des pratiques sociétales radicalement différentes de son pays d’origine. Elle raconte sans détour ses mésaventures. Avec les Français, mais aussi ses compatriotes, eux aussi exilés. Un dessin très sensuel donne un tour intimiste à cette BD. Yunbo, après ses études à Angoulême, est retournée au pays. Même si elle a rencontré chez nous et aimé un étudiant au parcours un peu identique.
Samir Dahmani, en plus de ses doubles racines (né en France de parents maghrébins), a décidé d’apprendre le coréen pour rejoindre sa bien-aimée en Asie. Mais dans « Je suis encore là-bas », il ne raconte pas sa plongée dans cette civilisation différente. Il se base en fait sur le ressenti de son amie pour raconter la suite du voyage. Isnook est de retour en Corée après dix ans passés en France. Elle travaille pour une grosse société. Chargée d’accueillir et de servir d’interprète à un client français, elle va se replonger avec délice dans cette langue. Mais surtout elle va se rendre compte que c’est à cet étranger, qui ne la juge pas qu’elle va raconter tout son mal-être.
➤ « Je ne suis pas d’ici », Warum, 16 €
➤ « Je suis encore là-bas », Steinkis, 15 €
Livres de poche - Redécouvrir deux classiques de la science-fiction
Lagash est une planète dont les habitants ne connaissent pas la nuit puisque leur système solaire est composé de six soleils. Or, voici venir un événement terrifiant : le crépuscule tombe sur Lagash. « Quand les ténèbres viendront » est souvent considéré comme le meilleur recueil d’Isaac Asimov. Une somme qui permet de découvrir ou redécouvrir l’extraordinaire talent de ce géant de la science-fiction.
➤ « Quand les ténèbres viendront », Folio SF, 9,80 €.
Toronto, ville tentaculaire. Au cœur de cette métropole se niche une petite librairie plutôt étrange : Finders. Vous y trouverez sans aucun doute les livres que vous cherchiez depuis toujours et aussi, qui sait ?, certains que vous n’imaginiez même pas. Avec ce recueil de neuf nouvelles, Robert Charles Wilson nous offre une œuvre très personnelle, véritable déclaration d’amour à la science-fiction.
➤ « Les Perséides », Folio SF, 8,20 €
De choses et d'autres - Nutella originel
Il y a des monuments auxquels il est risqué de s’attaquer. Je ne parle pas du général De Gaulle mais de la recette du Nutella, célèbre pâte à tartiner au chocolat. Il est de bon ton de la critiquer ouvertement, notamment en raison de la forte teneur en huile de palme dans la recette. Mais en secret, tout le monde aime en tartiner un morceau de pain frais, voire plonger le doigt dans le pot et le lécher avec gourmandise. Bref, comme tout ce qui est bon sur le moment mais aux conséquences désastreuses sur le long terme, le Nutella déclenche des passions souvent injustifiées et encore moins compréhensibles.
Dernier épisode en date, des consommateurs allemands au palais particulièrement fin, ont trouvé que le goût du produit avait quelque peu changé. Une saveur un rien moins chocolatée selon ces experts. Alors ils ont regardé sur l’étiquette et ont déchiffré la liste des ingrédients et ont constaté en comparant avec un vieux pot, que le pourcentage de lait écrémé en poudre est en nette hausse. De 7,5 % elle passe à 8,7 %. En conséquence, la teneur en sucre est plus importante alors que la matière grasse est en légère baisse.
Toute recette doit évoluer, mais cela semble un peu trop pour les accros au Nutella. Ils ont commencé à ruer dans les brancards, regrettant que la pâte soit moins foncée, que le cacao ait forcément diminué. Bref, que c’était mieux avant... Reste à connaître l’élément déclencheur de cette modification de la recette. Pour des spécialistes, la gastronomie n’y est pour rien. Il s’agit simplement de réduire les coûts de fabrication en augmentant la part du produit pas cher (le lait) au détriment de celui qui augmente (le chocolat). D’ordinaire, le consommateur ne remarque même pas ces variations. Sauf certaines papilles allemandes exigeantes en matière d’authenticité.
Roman - Les dérives des utopistes dans "Islanova"
La littérature aborde souvent des sujets politiques. Mais pas frontalement. les auteurs préfèrent s’inspirer de la réalité pour mieux dérouler leur intrigue étonnante, forcément étonnante. « Islanova » est de cette veine. Ce pavé conséquent de près de 800 pages est un thriller sans le moindre temps mort, mais nourri de l’actualité. On retrouve un peu de Sivens avec un soupçon de Notre Dame des Anges dans la formation d’une utopie au prix de nombreux sacrifices.
Sans doute car ils aiment travailler ensemble, car ils sont en couple, Jérôme Camut et Nathalie Hug placent toujours la cellule familiale au cœur de leur histoire. Une famille recomposée dans le cas de Julian et Vanda. Un ancien policier devenu garde à l’ONF. Une femme active, responsable de la sécurité au parlement européen de Strasbourg. Julian a une fille, Charlie. Vanda un garçon, Leny. Ils vivent tous les quatre ensemble depuis 10 ans. Les deux gamins, devenus adolescents se considèrent comme frère et sœur. Pourtant, un matin, Julian les dé- couvre au lit. L’amour est plus fort que les remariages.
Un début un peu déstabilisant mais essentiel pour comprendre pourquoi Charlie et Leny fuient et partent se cacher sur l’île l’Oléron, au cœur d’une ZAD (zone à défendre) contre un gigantesque complexe touristique chinois. Si Leny est sceptique sur l’utopie des membres de l’armée du 12 octobre, Charlie s’enflamme pour eux. Et quand les CRS chargent, tout dégénère ; la jeune fille fait le choix de la résistance armée.
■ Dictateurs cachés
Multitude de personnages, scènes chocs, un peu de science-fiction (avec une intelligence artificielle qui pourrait tout à fait déjà exister), des trahisons et de la folie collective : « Islanova » est de la veine des grands thrillers. Sa longueur et sa richesse de situations contrastées en fait la base d’une série possible.
Reste en filigrane le message passé part les auteurs. Compréhensifs pour les zadistes idéalistes, ils sont sans pitié pour ceux qui en fait n’y voient qu’une autre façon de s’approprier le pouvoir. Certains leaders charismatiques sont des dictateurs cachant leur jeu. Au contraire, la police peut parfois se révéler très humaine. Rien n’est blanc ou noir. Le mal comme le bien prospère dans toutes les couches de la société.
➤ « Islanova » de Jérôme Camut et Nathalie Hug, Fleuve Noir, 22,90
samedi 11 novembre 2017
De choses et d'autres - Shocking or not shocking ?
Première en Angleterre : une femme va pouvoir franchir le seuil du très select Savile Club et participer aux réunions. Les féministes déchantent cependant, ce n’est pas une décision de mixité qui va permettre à cette femme d’une trentaine d’années de participer aux réunions et soirées de ce très réputé club de gentlemen londoniens. La règle est simple : entre hommes depuis toujours, entre hommes pour toujours.
En réalité la femme qui aura l’insigne honneur de rejoindre le gratin british, était déjà adhérente depuis quelques années. Adhérent exactement. Car à l’époque, elle était il. Le nouveau membre en jupe, il y a quelques temps, était un homme. Il vient de changer de sexe. Face à ce dilemme, le comité de direction a décidé que ce père de deux enfants, avait le droit de rester au sein du club à l’issue de son processus de transformation. Une première mais qui ne changera pas les us et coutumes du Savile Club. Il est toujours totalement interdit à une femme de rejoindre ce cercle créé par des artistes londoniens de l’époque dont quelques écrivains mondialement célèbres comme Kipling ou Wells. La parité, donc, on attendra. Et sans doute très longtemps.
Par contre il n’est pas sûr et certain que la nouvelle membre soit la première à se rendre au club en jupe. Particularité britannique, les hommes restent entre eux mais n’ont pas peur de dé- laisser les pantalons pour des tenues plus aérées. Un Écossais, tout en restant très viril, peut se balader en jupe. En kilt plus exactement. Reste la dernière interrogation en plein dans l’actualité. La seule femme du club risque-t-elle d’être harcelée par ses collègues hommes, même s’ils savent à quoi elle ressemblait auparavant ?
mercredi 8 novembre 2017
DVD - Le meilleur du bouquet télé Groland
Depuis un peu plus d’un an, le Groland se décline tous les samedis soirs sur Canal +, en clair, sous forme d’un zapping. Le Zappoï, nom de la pastille hebdomadaire concoctée par Jules-Edouard Mostic et ses camarades déjantés (Benoît Delépine, Gustave de Kervern…). Pour ces fêtes de fin d’année, offrez-vous ce petit bonheur de passer 90 minutes devant les sketches et parodies d’émissions. Que du très bon puisque c’est le meilleur qui a été repris.
■ Un Grométrage en bonus
Le pire aussi, dans le bon sens du terme car les hommes du Groland n’ont pas froid aux yeux. Non seulement ils se moquent de leur patron Vincent Bolloré (Grolloré dans le Zapoï), mais aussi de la politique française. On apprécie ces pastilles sur la campagne des présidentielles. Un peu de Hollande, une bonne louche de Fillon et ce sketch d’anthologie de « Jupépé chez les nudistes » qui résume à lui tout seul tout le drame de la désignation du candidat de droite.
En bonus dans le premier DVD, la maquette de la première émission du Groland. Un conseil des ministres où on retrouve le président Salengro mais aussi Moustic et Delépine. Avec en plus quelques visages connus comme le professeur Rollin en Premier ministre obséquieux, Alexandre Pesle, ministre de la Culture lèche-bottes et Jean-Marie Gourio à l’Intérieur, qui l’eut cru ?
Enfin, cerise sur le gâteau (ou plutôt, étron sur le rôti de porc si l’on veut rester dans l’esprit Groland), découvrez le « Grométrage », sorte de comédie foutraque avec deux allumés en vedette (Gérard Touillon et François Neycken), chômeurs professionnels testant tous les métiers possibles et imaginables, de lobbyistes à journalistes localiers en passant par empailleurs.
Ce n’est pas du grand cinéma, mais c’est dans l’esprit : gros et gras. Succulent quoi.
➤ « Le Zapoï », Studiocanal, 19,99 € le coffret.
De choses et d'autres - Le zoo de nos campagnes
Nos campagnes vont-elles devenir des zoos ? Avec en attraction les derniers paysans exhibés comme les indigènes des colonies françaises lors de l’Expo universelle de Paris au début du XXe siècle. Ou, plus proche de nous, tels les peuples reculés de pays encore plus perdus, confrontés à la visite d’une « célébrité » française durant une semaine, avec une armée de cameramen chargés de mettre en boîte l’émission «En territoire inconnu». Frédéric Lopez, sans doute lassé de prendre l’avion (ça lui fait gonfler les chevilles. Au moins autant que la tête), a décidé de décliner son émission… en France.
Le journal « Le Parisien » a présenté hier en exclusivité un reportage sur le tournage du premier numéro de « Nos terres inconnues » diffusé, en principe, au printemps prochain sur France 2. Le concept est le même, mais au lieu de propulser le « people » chez les Pygmées, les Inuits ou sous les huttes d’une tribu perdue du fin fond de l’Amazonie, il est immergé dans une région française en voie de désertification. Pour la première, un comique issu de la banlieue, Malik Bentalha, se trouve mis en présence d’une famille de paysans lozériens.
En fils d’ouvrier agricole qui a longtemps conduit les vaches au pré le matin en partant à l’école, je me sens tout à coup du mauvais côté de la barrière. Si l’émission avait été tournée il y a 40 ans, j’aurais été ce curieux spécimen. Capable de traire une vache, de conduire un tracteur pour rentrer les foins, de dépecer un lapin, de trouver des champignons, de me contenter de châtaignes grillées pour tout repas à l’automne et, comble de l’exotisme, de me satisfaire de toilettes en bois au fond du jardin. Je ne regarderai certainement pas cette émission. La nostalgie, ça n’a jamais été mon truc. Le voyeurisme encore moins.
Récit - Anny Duperey, artiste complète grâce à sa mère
Préparez les mouchoirs. Le nouveau livre d’Anny Duperey est très personnel. Très émouvant aussi. La comédienne, également peintre à ses heures et depuis quelques années écrivain à succès, dévoile un pan secret de son enfance. Un drame. A l’âge de 9 ans, elle découvre ses parents morts asphyxiés dans la salle de bain. Un traumatisme qui la torture longtemps. Mais lui donne aussi la force pour se lancer dans des défis artistiques. Essentiellement pour suivre la voie de sa mère. Cette femme, belle et artiste dans l’âme, avait quantité de projets. Forcément inaboutis.
C’est pour elle donc qu’Anny Duperey a dansé, chanté, joué la comédie et même imaginé des romans. Comme pour conjurer cette mort tragique et précoce, marcher sur les traces du succès hypothétique de cette maman qui n’a pas eu sa chance. Un texte sensible et poignant, richement illustré de photos de la longue carrière d’Anny Duperey.
➤ « Le rêve de ma mère », Anny Duperey, Seuil, 24,90








