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dimanche 28 juin 2020

BD - JeanLouis Tripp se dévoile


Tuyau d’arrosage en main, JeanLouis Tripp accueille le visiteur du jour avec un grand sourire. Le petit jardin devant la maison qu’il a achetée et entièrement rénovée au centre de Talairan a soif. Le soleil tape sur la garrigue et les pierres ancestrales du village construit autour de l’église. Cela fait cinq ans qu’il est revenu dans l’Aude, département d’origine de sa famille paternelle. « Mon arrière-grand-père avait les tuileries Coudonne à Narbonne. Il a aussi été maire de Laroque-de-Fa. Quand j’avais 40 ans, avec un copain, on faisait du vélo l’été sur ces routes des Corbières. »

Après avoir bourlingué aux quatre coins du monde (pays de l’Est enfant avec son père fervent militant communiste, Afrique, Amérique du Sud, Asie), il a définitivement largué les amarres avec la France pour s’installer au Québec en 2003. « J’ai occupé un poste de professeur de bande dessinée à l’université du Québec. J’ai pris la suite d’Edmond Baudoin. » Un changement radical après un parcours professionnel atypique.

Jeune dessinateur, il place ses premières histoires dans les revues adultes comme Métal Hurlant. Il est publié chez Futuropolis et lance les aventures de Jacques Gallard où il parle de sujets politiques comme l’apartheid en Afrique du Sud. 
Déjà, son envie de liberté le titillait. Se retrouver enfermé dans une série, à dessiner des heures par jour ne lui donne plus satisfaction. Il range ses pinceaux et décide de faire de la sculpture et de la peinture. Une période de vache enragée, mais sans regret. Cette liberté il en avait besoin pour mieux revenir. Au Canada, donc, il réalise un nouvel album au début des années 2000 et retrouve un vieux copain, Régis Loisel. Ils décident de travailler ensemble sur une série se déroulant dans ce Québec qu’ils découvrent, émerveillés. 

L’histoire du petit frère

Ce sera l’aventure du Magasin général (9 tomes chez Casterman), énorme succès de librairie et un travail en duo inédit. « J’avais des difficultés à débuter une planche, Régis Loisel lui peinait à terminer les siennes. Une fois le scénario écrit à deux, il crayonnait la planche et je la finalisais, en amenant mon style de dessin plus doux. » Plus qu’une collaboration, c’est une fusion de styles qui a donné toute sa force à ce Magasin général, qui reste avant tout « l’histoire de l’émancipation d’une femme » tient à préciser Tripp. 

 

Une fois cette belle aventure refermée, lors d’un repas avec Loisel et son éditeur, JeanLouis évoque son envie de dessiner un récit sur la spiritualité. Loisel, « qui a toujours été mon confident », le convainc que ses aventures sexuelles seraient plus pertinentes. Ce sera Extases, premier tome en 2017, le second vient de sortir (lire ci-dessous), un 3e est dans les cartons. 


Mais avant, toujours dans la veine autobiographique, JeanLouis Tripp veut raconter l’histoire de son petit frère, tué à 11 ans par un chauffard. Un roman graphique, plus sombre qu’Extases, dont il a déjà finalisé 88 pages. Il devrait être terminé en 2021.

Entre-temps, quelques scénarios devraient être confiés à des dessinateurs. Notamment un projet autour d’une star de la radio. Un autre, coécrit avec Aude Mermilliod, se déroule dans un petit village du Sud-Ouest, à l’époque de Mai 68 et dans le milieu du rugby amateur. Sans oublier un autre scénario toujours avec Aude Mermilliod. Seulement trois personnages pour un one-shot ayant pour décor Talairan. L’œil de Tripp frétille de malice en l’évoquant. Il n’en dit pas plus, mais on devine qu’on est à mille lieues du roman de terroir. 

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« Extases » : livre politique et sans tabou

Tout, tout, tout, vous saurez tout sur JeanLouis Tripp ! Une phrase à scander sur l’air du Zizi de Pierre Perret car le dessinateur de la série Magasin Général (avec Régis Loisel) s’est lancé dans une longue et copieuse autobiographie dessinée portant en grande partie sur sa vie sexuelle. Il faut oser se dévoiler ainsi à 60 ans passés.
En noir et blanc, avec une grande variété de traitement graphique, on dévore dans le premier tome la découverte de la sexualité par ce gamin à peine pubère. La suite est dans les 370 pages du tome 2, l’âge adulte mais aussi celui des « Montagnes russes ». Après 8 années de vie commune avec sa première compagne, la lassitude brise le couple. Alors qu’elle ambitionne de rentrer dans le rang pour une vie normale JeanLouis aspire à une existence aventureuse. Il va bien profiter de sa vie de célibataire, mais reste le romantique qui espère le grand amour.

Le coup de foudre frappe en plein festival de BD. Capucine est le rayon de soleil qui lui permet de repartir. Dans ces pages sans la moindre censure, il raconte l’explosion des sens des premières fois, puis la routine et les accrocs, quand en festival, le dessinateur cède aux avances d’une lectrice qui aime, « vraiment beaucoup » ce qu’il fait. Une remise en cause est nécessaire. Elle passe par de nouvelles séparations et une phase de dépression suicidaire.


L’auteur se met à nu physiquement mais intellectuellement aussi. S’il parle à la première personne, chaque lecteur, quel que soit son sexe ou sa situation sentimentale, se reconnaît un peu. Forcément : il n’y a rien de plus universel que la sexualité. Et d’expliquer que ce bouquin est avant tout politique. « Je fais une proposition, dit-il dans un texte liminaire : et si l’on essayait de parler du sexe comme d’une chose naturelle et normale ? De dédramatiser le droit au plaisir ? Dédramatiser. Dire que nous avons le droit de choisir ce que nous faisons avec nos corps. » Et de conclure que sa BD, en « montrant des sexes en action » est « une démarche politique ».  L’histoire va crescendo dans la découverte de la sexualité et l’exploration des tabous. Rien n’est occulté tant qu’il s’agit de pratiques « entre adultes consentants et désirants ».
La dernière partie est consacrée aux premiers pas de JeanLouis et Nathalie (sa petite amie du moment) dans un club échangiste. Le brillant dessinateur casse les codes graphiques de la BD sur la dernière séquence. Sur des doubles pages très sombres, il fait tout pour que le lecteur « entre dans la ronde des corps. Qu’il soit au plus près de l’expérience, au milieu de la chair. » L’effet est saisissant. On ne ressort pas de cette séquence, la dernière du tome 2, sans souhaiter ardemment connaître la suite.
 

« Extases » (tome 2), Casterman, 27,95 €
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Le chalet de Mont-Louis 


La montagne a occupé une grande importance dans l’enfance de JeanLouis Tripp. En fait tout a débuté dans les Pyrénées. Son grand-père avait un chalet à Mont-Louis dans les Pyrénées-Orientales. Dans les années 50, le père de Tripp, jeune élève pilote faisant son service militaire, y passe quelques jours de permission. Arrive un camion camping-car qui se gare devant le chalet. A bord, une jolie Montalbanaise qui va craquer pour le jeune en uniforme. La future maman du dessinateur. Une belle histoire d’amour qui se prolonge par un mariage et la naissance d’un garçon. Il sera baptisé Jean-Louis, en souvenir du chalet.


Le Cambre d’Aze à 7 ans 


Montagne toujours avec un rituel familial des Tripp. Pour les 7 ans des enfants, tout le monde escalade le Cambre d’Aze. JeanLouis Tripp a conservé cet amour de la montagne même si cela fait quelques années qu’il n’est plus retourné à Mont-Louis. Et si le temps le permet, il ne manque pas de photographier le Canigou depuis la garrigue des Corbières. 


L’amour du rugby 


Au Canada, ce qui a le plus manqué à Tripp c’est le rugby. « J’y ai un peu joué gamin, puis le club de mon village près de Montauban a fermé. Je me suis tourné vers le foot. Mais on suivait tous les matches en famille. Je me souviens d’une rencontre entre Narbonne et Montauban. La voiture était décorée aux couleurs des deux clubs, un de chaque côté. Mon père était de Narbonne, ma mère de Montauban. » Montauban dont il se souvient de la victoire en championnat de France en 1967. Il était au match après avoir vu toute la phase finale avec les parents.  Supporteur du Stade Toulousain, quand il est au Québec, il regarde tous les matches du top 14 en streaming.

La Talariane 

Plus qu’un simple restaurant, la Talariane tenue par Sylvie et Benoît est un véritable lieu de vie du village. On s’y retrouve pour un café sous la terrasse ombragée ou pour déguster les superbes entrecôtes à la carte. Tous les midis un menu est proposé avec entrée, plat et dessert. La cuisine est simple et copieuse, avec produits locaux et de saison. 
La Talariane, 8 Avenue du Termenès, 06 78 96 38 32

Le Gourg Goutonnier 


Le Canada, c’est beau, mais un peu lassant. Des forêts, des lacs… Des forêts, des lacs… Se revendiquant « Méditerranéen », Tripp, quand il est dans les Corbières, profite à plein poumons de la garrigue. Variété des paysages et des odeurs avec des endroits magnifiques comme le Gourg Goutonnier. Une résurgence de la rivière, dans un écrin de verdure. Parfait pour cet amateur de grands espaces qui ne peut jamais se trouver trop éloigné de l’eau. 

Le Banquet de Lagrasse 

Quand il a décidé d’acheter une maison dans les Corbières, JeanLouis Tripp visait Lagrasse. Ami depuis plusieurs décennies avec Jean-Michel Mariou, le créateur du Banquet du Livre, il a dessiné dans sa jeunesse pour le journal éphémère de la manifestation littéraire de référence des Corbières. Lagrasse, pour JeanLouis Tripp, c’est un refuge où il sait qu’il va rencontrer artistes et vie culturelle foisonnante.

 

dimanche 17 décembre 2017

Découverte - Saveurs de la truffe audoise


Qui dit fêtes, dit repas d’exception. Et dans l’imagerie populaire, quelques mets sont associés à ces rendez-vous gustatifs. Champagne, caviar, foie gras... et truffes. Alors pour vous fournir en « diamant noir » favorisez la production locale et n’hésitez pas à arpenter les marchés organisés durant les deux mois de production, qui, heureux hasard, tombent pile au moment de ces fameuses réjouissances de fin d’année.

Dans l’Aude, le début des hostilités a eu lieu hier à Moussoulens, dans les Pyrénées-Orientales : aujourd’hui à Villefranche-de-Conflent, vous pourrez acheter un peu de la fameuse « Tuber melanosporum ».

Le week-end prochain, c’est Talairan qui proposera une partie de la production des trufficulteurs audois dans un marché de plus en plus renommé. La truffe est présente depuis toujours dans la garrigue de cette commune proche de Lagrasse. Un village pionnier depuis les années 80 dans la plantation d’arbres truffiers. Jamais bien grosse en raison de la nature du sol (beaucoup de pierre, peu de pluie), elle n’empêche pourtant pas la dizaine de producteurs de se passionner pour les plantations qu’ils ont effectuées - au total, près de 16 hectares sur la commune. Des parcelles impropres à la culture de la vigne mais qui permettent à ces amateurs éclairés, à défaut de remplir leurs comptes en banque, de se concocter des repas grandioses, en famille ou entre amis.

■ Petite truffe, grand plat

Les marchés de Talairan (les 23 décembre, 13 janvier et 3 février) se déroulent sur la place. Le marché des produits ouvre à 9 heures, avec démonstration de cavage, élaboration de recettes et participation du CFA de Lézignan-Corbières (en janvier). Dès 11 heures c’est le marché aux truffes à proprement parler, avec des champignons triés et préparés, garantis extra. Et pas la peine de sortir les grosses coupures. Là aussi la démocratisation du marché permet aux particuliers de faire de bonnes affaires. Une truffe de quelques dizaines de grammes est largement suffisante pour préparer un excellent plat, parfumé et savoureux, pour 5 à 6 personnes.

Alors n’hésitez plus, craquez pour la truffe audoise et transformez votre Noël en feu d’artifices pour vos papilles. 

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Dans la garrigue, truffes sauvages et de culture

Thierry Mestre, boulanger de Talairan, possède quelques chênes truffiers. Promenade en sa compagnie au pays de ce champignon si mystérieux. « La culture de la truffe reste un véritable mystère ». Thierry Mestre, trufficulteur depuis le début des années 80, n’a toujours pas de certitude sur ces champignons qui parasitent les racines de certains arbres. Le boulanger de Talairan aime partager sa passion. Il a d’ailleurs en projet un sentier de randonnée autour des truffières du village.

Expert et intarissable sur le sujet, il a commencé simplement : « Notre plaisir c’était d’aller dans la garrigue avec un chien. C’est comme ça que j’ai commencé à chercher des truffes. » Il se souvient que dans les années 50 et 60, il était gamin, les vieux l’hiver venu cherchaient des truffes « à la mouche ». « Ils marchaient dans la garrigue à la recherche d’une mouche spécifique qui pond ses œufs sur la truffe. » Mais la mouche ne repère les truffes que quand elle est arrivée à maturité. « En grossissant, elle remonte à la surface, explique le trufficulteur. Une mouche ne la repère que quand elle affleure du sol. Le chien lui peut la renifler même sous dix centimètres de terre ».

Des truffes, à Talairan, il y en a toujours eu. Et beaucoup même. « En pleine saison, il n’était pas rare qu’en une paire d’heures, à la mouche, un ancien ramène un kilo de truffes sauvages. » Alors dans les années 80, il a tenté de se lancer dans la truffe de culture. Il a planté dans des parcelles qui ne pouvaient pas être utilisées pour la vigne quelques centaines d’arbres. Dix années plus tard, première récolte. Mais très aléatoire. En fonction du temps. Et d’autres facteurs encore très mystérieux.

Un tiers des arbres ont produit. Pas de quoi en vivre, mais suffisamment pour donner envie à des voisins. Voilà comment est née l’association des trufficulteurs de Talairan, une dizaine de passionnés qui s’échangent les trucs, comparent et participent aux marchés. Les plantations sont disséminées un peu partout dans la garrigue. Certaines sont irriguées. D’autres trop inaccessibles. Pourtant l’eau est la meilleure garantie pour obtenir de belles truffes. Et parfois deux gros orages en été assurent une production pléthorique en janvier et février, les mois de récolte.

■ Thym et romarin

Cette année, les premières récoltes sont maigres. Notamment par leur taille. Serge Costabella, autre membre de l’association en a trouvé 6 le matin même en compagnie de Fleur, sa chienne. Elles n’atteignent même pas la grosseur d'une balle de ping-pong. Mais cela suffit largement pour parfumer un plat. Suite de la balade avec Thierry Mestre. Direction les environs de l’église Notre Dame de l’Aire. Là, Thierry Mestre a planté ses premiers chênes. Maintenant ils ne produisent plus.

Mais juste au-dessus, la garrigue encore sauvage recèle quelques endroits favorables tenus secrets. Généralement il y a du thym, du romarin et un chêne, souvent petit. Là, tout autour, sous un tapis de cailloux typiques de la région, avec l’aide du chien, il est possible de trouver quelques pépites. Mais les dernières années, très sèches, ont été mauvaises.

Dernière étape un peu plus loin que les Moulins à vent. Au bord du ruisseau du Rémouly, sur l’ancienne décharge en cours de réhabilitation, l’association vient de planter 100 chênes truffiers. Certains n’ont pas résisté aux chevreuils et sangliers, mais ils ont été remplacés, protégés. D’ici quelques années, l’association pourra se réunir, en plein air, dans cette garrigue enchantée, déguster le fruit de leur plantation collective. La truffe a encore le vent en poupe dans la commune. 

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Portrait : Igor, un renifleur d'exception

 

Pas farouche Igor. Ce solide labrador de 4 ans, dressé pour chercher des truffes par Thierry Mestre, quand il sort de son enclos, nous gratifie de trois grands coups de langue bien baveux : nous voilà adoptés. Igor sait parfaitement pourquoi il monte dans le 4X4 : à la clé, une longue balade dans la garrigue aux alentours de Talairan.

Arrivé dans un champ planté de chênes verts, Igor se lance nez au vent. Son flair lui permet de repérer l’odeur des truffes à coup sûr. Il tourne autour des arbres, et tout à coup se met à gratter frénétiquement. Le chien est le seul moyen de détecter les truffes dans cette région où les pierres et cailloux sont légion. Lui seul peut repérer le tubercule enfoui à une dizaine de centimètres de profondeur.

Il marque, mais son maître doit se précipiter. Les griffes de l’animal pourraient endommager la marchandise. Et parfois, certains, tellement fiers d’en avoir déniché une, ne peuvent s’empêcher de la prendre en gueule et de l’avaler. Ça fait cher les croquettes.

Mais Igor est bien élevé. Il a appris très jeune avec des bouts de jambon enterrés. Puis de véritables truffes. Et sans jamais les manger. Intelligence et obéissance sont les qualités essentielles pour un bon chien truffier. Le labrador est idéal. L’épagneul est aussi souvent sollicité dans l’Aude. Mais ses instincts de chasseur le détournent parfois de sa mission première. Car entre une truffe inerte et un perdreau ou un lièvre derrière lequel on peut galoper, il n’y a pas photo.

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Un vin : Domaine Serres-Mazard

 

Idéal avec toute préparation à base de truffes, ne passez pas à côté de l’Origine du Domaine Serres-Mazard. Élevé avec passion par Jean-Pierre Mazard, c’est par excellence « un vin de garrigue, avec des arômes de thym, de romarin. Si vous fermez les yeux, vous vous retrouvez sur le sentier des orchidées. Et au bout du deuxième verre, on peut entendre chanter les cigales...»

➤ Domaine Serres-Mazard, 04 68 44 02 22

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Un lieu : Le lavoir à pétale

Le lavoir public a longtemps été un lieu convivial du village. Il n’est plus utilisé de nos jours, mais est maintenu en état par sa particularité : il est composé de trois pétales. Le bassin, rond, est divisé en trois parties. La très grande permet de laver le linge, une autre pour le rincer et une troisième est réservée aux vêtements des malades. Le lavoir de Talairan fait partie des 100 lavoirs remarquables de ce type en France.