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mardi 30 juillet 2024

Cinéma - “Les pistolets en plastique”, rire caustique

Pire que Mocky dans le genre anarcho-sarcastique, Jean-Christophe Meurisse sort la sulfateuse dans « Les pistolets en plastique » pour massacrer la mode médiatique autour des faits divers.

L’affaire Dupont de Ligonnès, après avoir fait vendre beaucoup de journaux ou de magazines et assuré des audiences records aux émissions de faits divers, a beaucoup inspiré les romanciers. Voilà que le cinéma s’y met. Mais pas dans le genre à faire froid dans le dos. Normal, c’est Jean-Christophe Meurisse qui s’y risque, cinéaste iconoclaste qui a déjà offusqué quelques censeurs après son Oranges sanguines, brûlot à l’opposé du politiquement correct.

Le fil rouge du film est la traque d’un tueur en série, Paul Bernardin (Laurent Stocker), disparu après avoir assassiné sa femme, ses quatre enfants et le chien. Zavatta, le « ninja de la police française » croit le reconnaître à Roissy à l’embarquement d’un vol pour le Danemark. Le début du cauchemar pour Michel Uzès (Gaëtan Peau), danseur amateur de country, transformé en quelques heures en ennemi public numéro 1.

Léa (Delphine Baril) et Christine (Charlotte Laemmel), enquêtrices Facebook, sont elles aussi sur les traces de Bernardin. Deux ménagères de moins de 50 ans, fascinées par le personnage, capables de casser la porte de la villa de Bernardin pour aller inspecter la cave et critiquer la décoration intérieure. Le film, forcément un peu foutraque par manque de budget, a ce côté amateur avec effets spéciaux gore à la petite semaine qui le transforme en farce à la Grand Guignol. On a parfois l’impression d’une succession de sketches, quelques humoristes invités s’en donnant à cœur joie dans l’improvisation.

La scène d’ouverture avec Jonathan Cohen en médecin légiste donne le ton. Il se surpasse dans la surenchère quand il fait le panégyrique de Zavatta. Nora Hamzawi, femme enceinte obnubilée par ses accouchements (et sa dernière épisiotomie dont elle donne tous les détails) est irrésistible. Le meilleur restant les dialogues, totalement surréalistes, entre les deux enquêtrices, sorte de concentré de toutes les inepties lues sur Facebook. Quant au tueur, on ne dira pas où il se cache. Mais ce n’est pas demain la veille que Léa et Christine risquent de lui mettre la main dessus…

Film de Jean-Christophe Meurisse avec Laurent Stocker, Delphine Baril, Charlotte Laemmel, Gaëtan Peau, Jonathan Cohen, Nora Hamzawi

jeudi 14 mars 2024

Cinéma - Noir absolu “Dans la peau de Blanche Houellebecq”

Film Guillaume Nicloux avec Blanche Gardin, Michel Houellebecq, Luc Schwarz

Le jury (Michel Houellebecq et Blanche Gardin) en pleine délibération… ou descente après avoir consommé beaucoup trop de drogue.  Bac Films

Comment rentabiliser un voyage d’agrément en Guadeloupe ? Y tourner un film par exemple. Ou à l’inverse, comment transformer un tournage aux Antilles en voyage d’agrément ? Guillaume Nicloux réussi le coup du siècle en proposant Dans la peau de Blanche Houellebecq, long-métrage tourné en grande partie en Guadeloupe avec des comédiens qui n’ont pas grand-chose à prouver puisqu’ils jouent leur propre rôle. 

Un film à l’économie, mais qui décoiffe. Du début à la fin. Michel Houellebecq, avec son ami Luc Schwarz, accepte de faire partie du jury du concours de sosies de… Michel Houellebecq. Originalité, la compétition se déroule en Guadeloupe et le jury est présidé par Blanche Gardin. Après quelques scènes d’introduction, alibi pour faire passer un puissant message anticolonialiste (la Guadeloupe, comme la Corse ou les Catalans, réclame l’indépendance), c’est enfin la rencontre entre deux enfants terribles de ce XXIe siècle. Michel et Blanche, quel beau couple !

 Ils s’accordent rapidement sur l’importance, pour surmonter l’épreuve de ce concours bêtifiant, de consommer un maximum de drogue en un minimum de temps. On rit beaucoup aux saillies de Blanche Gardin et à l’air de plus en plus naturel de cocker neurasthénique d’un Houellebecq en pilotage automatique. Le meilleur de ce film très sombre reste la séance de torture infligée aux « Blancs » par le chauffeur « Noir » d’une énorme limousine. Vitres fermées, sans climatisation, les supposés descendants des esclavagistes vont suer sang et eau comme les Africains déracinés il y a quelques décennies. Le tout sans le moindre effet spécial.     



dimanche 10 septembre 2023

Cinéma - “Club Zéro”, allégorie sur la faim des jeunes

Film angoissant sur la manipulation des jeunes par une prof extrémiste, "Club Zéro" de Jessica Hausner était en compétition au dernier festival de Cannes.

Certains films, sans la moindre goutte de sang, de monstre avide de chair humaine ou de tueur en série machiavélique, font encore plus peur au spectateur que ces productions formatées pour effrayer. C’est exactement ce qui se passe quand on voit Club Zéro, film de Jessica Hausner.

Une histoire toute simple entre une prof et une poignée de ses élèves. Un problème de manipulation et d’influence sur fond de mysticisme et de trouble alimentaire. Recrutée pour enseigner la diététique, Miss Novak (Mia Wasikowska), fascine certains élèves d’une très réputée (et coûteuse) école privée. Un petit groupe sensible à ses cours expliquant qu’il faut manger en pleine conscience. Pour moins manger, ne plus avoir faim, retrouver la forme.

Les jeunes l’écoutent comme un gourou, tentant sans cesse d’aller plus loin que ce qu’elle leur demande. Ne plus ressentir la faim, comme pour se réapproprier son corps, ses sensations, sa vie. Le film décortique le travail de sape de l’enseignante, entraînant le groupe dans une dérive nihiliste jusqu’à le persuader que l’avenir appartient à ceux qui intègrent le Club Zéro, celui des « élus » qui cessent complètement de s’alimenter. Une folie qui n’alerte pas la chef d’établissement (Sidse Babett Knudsen) ni certains parents (Elsa Zylberstein).

C’est à partir de ce moment, quand le retour en arrière semble impossible, que le film devient effrayant. Car des potentiels membres d’un Club Zéro, on en connaît tous, dans notre entourage proche, jeunes et moins jeunes. Un film brillamment intelligent sur les risques de la manipulation d’esprits influençables.

Film de Jessica Hausner avec Mia Wasikowska, Sidse Babett Knudsen, Elsa Zylberstein

 

jeudi 16 février 2023

Cinéma - L’amour à sens unique de “La femme de Tchaïkovski”

Marié pour faire taire les rumeurs sur son homosexualité, Tchaïkovski a fait vivre un véritable enfer à la femme qui, elle, l’adorait à la folie.

La célébrité n’autorise pas tous les excès. Ce qui est vrai aujourd’hui, l’actualité récente nous le prouvant par le tragique, l’était également au XIXe siècle. Kirill Serebrennikov, cinéaste russe, propose le biopic d’Antonina Milioukova (Alyona Mikhailova), La femme de Tchaïkovski.

Le musicien russe, de plus en plus célèbre vers 1877, cherche un moyen de faire taire les rumeurs circulant sur son compte. Quand il reçoit une lettre d’amour enflammée de cette jeune étudiante en musique, il se laisse tenter. Tout en la prévenant qu’il sera un très mauvais mari, sans passion ni amour, il accepte de l’épouser. Elle est aux anges, ne soupçonnant pas que l’artiste utilise ce stratagème pour persuader admirateurs et mécènes qu’il n’est pas homosexuel.

Le film, qui débute par une scène oppressante sur les obsèques du musicien, raconte comment cette femme, idéaliste, sans doute trop bercée de jolis contes, persuadée que la prière lui permettra d’arriver à ses fins, est aveuglée par un amour à sens unique. Car elle l’aime ce grand compositeur. Elle l’admire. Mais lui semble de plus en plus méfiant, hostile. Mariée, elle croit que tout va s’arranger. Mais Tchaïkovski comprend chaque jour son erreur. Non seulement il n’arrive plus à composer, mais il est gagné par une haine tenace de cette femme. Il demande le divorce quelques mois plus tard. Antonina refuse, ne le verra jamais plus mais restera sa femme jusqu’à la mort du musicien.

Dans l’esprit de l’épouse 

Ce film, très classique dans sa reconstitution historique, novateur par des effets de temps et d’espace, raconte les faits, sans trop les montrer (notamment la vie privée de Tchaïkovski comme si ce n’était pas le plus important du problème), tout en invitant avec subtilité et grâce le spectateur dans l’esprit de cette femme. On l’accompagne dans sa longue descente aux enfers. La comprenant en grande partie quand le réalisateur explique par petites touches les conditions de vie des femmes russes à cette époque.

Être mariée c’est souvent la solution pour se sortir de la misère, même si c’est toujours au détriment de sa liberté. Et si la femme de Tchaïkovski, au début, ne voulait pas divorcer par passion, au fil des années y a essentiellement vu un avantage financier impossible à remettre en cause.

Le film, qui s’arrête à la mort du mari, ne montre pas la fin de vie de l’épouse. Elle a terminé ses jours dans un asile pour fous. C’est compréhensible tant elle a subi, dès son plus jeune âge, une existence hors normes qui en aurait brisé plus d’une avec beaucoup plus de rapidité. Un film d’une rare intensité sur un amour impossible.


Film russe de Kirill Serebrennikov avec Odin Lund Biron, Alyona Mikhailova
 

lundi 5 septembre 2022

Cinéma - “Sans filtre” massacre le capitalisme et le luxe

Palme d’or à Cannes, Sans filtre est une féroce satire des dérives de la société capitaliste et consumériste

Le dîner du commandant (Woody Harrelson) va virer à la farce macabre. Plattform-Produktion


Rarement un film aura aussi bien démasqué les dérives de notre société capitaliste occidentale. Sans filtre, de Ruben Östlund, est d’une méchanceté qui n’a d’égale que sa justesse. Un pamphlet féroce qui est reparti de Cannes avec la Palme d’or. Méritée, même si le long-métrage (2 h 30) est parfois inégal. 

La première partie, sur la relation déséquilibrée entre deux mannequins (une femme et un homme), tout en abordant le problème des inégalités salariales, inversées dans ce cas précis, est un peu répétitive. Le final, sur une île déserte, avec quelques rescapés d’un naufrage, aurait mérité un film à lui tout seul. Certains regretteront, d’ailleurs, une fin un peu trop ouverte.  Reste la prouesse de ce Sans filtre, toute la partie se déroulant sur un yacht de luxe réservé à des croisières destinées aux ultra-riches. On retrouve, à bord, les deux mannequins, par ailleurs influenceurs, Carl (Harris Dickinson) et Yaya (Charlbi Dean Kriek). 

Ils vont côtoyer un oligarque russe, fier de clamer partout qu’il a fait fortune en « vendant de la merde » (il commercialise des engrais), le patron très coincé d’une start-up ou un couple de vieillards anglais, charmants, polis et prévenants, si ce n’est qu’ils ont gagné des milliards en vendant des mines antipersonnel à toutes les dictatures de la planète. Sur ce bateau, loin du bruit du monde et surtout des pauvres, les clients ont tous les droits. Quand la femme du Russe décide que les employés doivent aller se baigner, la décision est immédiatement validée par la responsable du personnel. 

Un monde feutré, où Carl et Yaya font un peu figure de tâches car, eux, ne sont pas encore riches à millions. La croisière leur est offerte, en échange de photos et de vidéos dithyrambiques. Un seul problème sur ce bateau : le capitaine (Woody Harrelson). Lors du classique et très attendu repas du commandant, il reçoit à sa table les plus riches. Mais ce soir-là, la mer est démontée. 

Rapidement, caviar, champagne, poulpe et autres mets raffinés se transforment en jets de vomis à l’effet burlesque absolument réjouissant. Ruben Östlund semble prendre beaucoup de plaisir à filmer ces très distingués capitalistes transformés en simples outres nauséeuses, glissant et roulant tels des ballots à l’abandon dans le roulis de la coursive répugnante de dégueulis et de merde. 

Le capitalisme dans toute son horreur. Sans filtre.

Film de Ruben Östlund avec Harris Dickinson, Charlbi Dean Kriek, Dolly de Leon, Woody Harrelson, Jean-Christophe Folly


vendredi 4 mars 2022

Cinéma - De multiples énigmes à tiroir dans “Murder Party”

Jeanne (Alice Pol) soupçonne tout le monde. Même l’héritier si mignon, Théo (Pablo Pauly). Kazak Productions

Un peu accro aux médicaments (calmants et autres anxiolytiques), Jeanne (Alice Pol), est une architecte d’avenir. Elle vient de finaliser un gros projet : transformer le manoir d’un millionnaire du jeu de société en vaste complexe à la gloire… du jeu. Quand elle arrive dans cette propriété reculée du centre de la France, elle découvre la famille très déjantée du patriarche César (Eddy Mitchell). Il y a ses enfants, Théo et Léna, sa seconde femme, Salomé, sa sœur, directrice financière (Miou-Miou) et un majordome (Gustave Kervern). Quand César est retrouvé mort empoisonné, ils se retrouvent tous dans la peau de suspects. Et la Murder Party débute. Tous enfermés dans le manoir, ils doivent participer à des épreuves pour gagner des indices qui leur permettront de démasquer le meurtrier. Cela les libérera. Mais si un joueur se trompe, c’est la mort. 

Cette comédie policière a parfois des airs de Squid Game, la série coréenne trash et gore de Netflix, l’humour et le décalage en plus. Car rien ne semble très sérieux dans ce jeu. Jeanne, qui se retrouve coincée à ses dépens, est persuadée que c’est une farce. Jusqu’à ce qu’il y ait un second meurtre. Elle panique, tente de sortir, abuse de médicaments puis décide de s’en passer. Par contre les autres membres de la famille, qui ont toujours baigné dans l’univers du jeu, semblent véritablement s’amuser et participer à cet escape game dangereux avec un ravissement de tous les instants.

Premier long-métrage de Nicolas Pleskof, Murder Party, écrit avec la collaboration d’Elsa Marpeau (la créatrice de l’inspecteur Marleau), est loufoque et iconoclaste. L’action semble de dérouler dans les années 70, mais dans des décors des années 50 avec des évolutions techniques actuelles comme les smartphones et la réalité virtuelle. Un monde étrange et irréel qui renforce les effets de surprise quand le scénario part de plus en plus loin, multipliant les coups de théâtre et les énigmes à tiroir pour finalement offrir pas moins de trois fins successives aux amateurs de polars tordus.  

Film français de Nicolas Pleskof avec Alice Pol, Miou-Miou, Eddy Mitchell




samedi 9 octobre 2021

Cinéma - Sacrifices de soldats dans « Mon légionnaire »

Louis Garrel, officier impeccable.  ML/Cheval deux trois/Wrong Men



Film de femme sur les soldats, Mon légionnaire raconte le front, mais aussi le quotidien des épouses et compagnes restées à la caserne. Le premier film de Rachel Lang porte donc sur l’armée. Un milieu qu’elle connaît parfaitement, la jeune réalisatrice étant, par ailleurs, soldat de réserve. Certaines scènes ressemblent quasiment à des prises de documentaires. Pourtant, tout est reconstitué et ce sont des acteurs qui endossent les uniformes. Louis Garrel, dans le rôle de l’officier complètement investi dans sa mission au Sahel, est étonnant de vérité. Plus habitué aux films d’auteurs évoluant dans le milieu intellectuel parisien, il dévoile une partie de sa palette d’acteur que peu de personnes soupçonnaient. Camille Cottin est sa femme. Une avocate indépendante, qui a un peu de mal avec les rigueurs de ce milieu. Son mari s’est engagé, pas elle. 

Pour donner un côté plus dramatique et actuel au film, le scénario suit également l’intégration d’un jeune légionnaire d’origine russe. Sa petite amie, interprétée par Ina Marija Bartaité (décédée dans un accident de la circulation, cet été, chez elle, en Lituanie), est déracinée en Corse. Elle tente de se fondre dans ce milieu très partial, mais va s’émanciper. Le film, sans faire l’apologie de l’armée, montre avec honnêteté toutes facettes de la vie des militaires et plus spécialement des légionnaires. 

Film français de Rachel Lang avec Louis Garrel, Camille Cottin, Ina Marija Bartaité

 


mercredi 1 février 2017

Cinéma - « Jackie », la veuve ensanglantée

Jackie Kennedy était à côté de son mari quand une balle lui a explosé la tête. Le film de Pablo Larrain raconte ce drame du point de vue de la First Lady, interprétée par Natalie Portman.


Trois jours. Le film de Pablo Larrain présenté comme un biopic ne couvre en réalité que trois jours de la vie de Jackie Kennedy, celle qui reste la plus célèbre des First Lady. Du 22 novembre 1963, date de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy au 25, date de ses obsèques.

Les amateurs de grandes histoires romantiques avec sanglots et bonheur pour ponctuer les grandes dates d’une vie en auront pour leurs frais même si quelques flash-backs permettent un peu de contextualiser la vie du couple Kennedy à la Maison Blanche, notamment lors d’un concert prestigieux de Pablo Casals. Le cinéaste chilien, pour son premier film en anglais, tourné en grande partie à Paris, a pris le parti de se concentrer sur la vision de cette femme, à qui tout réussit, adulée des foules, qui voit sa vie s’écrouler en trois jours. Non seulement elle perd son mari dans des conditions abominables (elle a tenté de remettre le cerveau en miettes de son époux dans le crâne ouvert alors que la décapotable filait à vive allure vers un hôpital), mais elle devra quitter dans l’urgence cette Maison Blanche qu’elle aimait tant, se retrouvant quasiment à la rue si la famille Kennedy ne lui était pas venue en aide.

■ Confessions
Le film débute par l’arrivée d’un journaliste américain chargé de recueillir la première interview de Jackie Kennedy (Natalie Portman) une semaine après les obsèques de son mari. Une femme qui fume cigarettes sur cigarettes, qui se confie sans peine mais ponctue chacune de ses déclarations par un intransigeant « Vous ne publierez pas cela ». Elle entend conserver jusqu’au bout l’imprimatur de sa vie, comme pour mieux préserver la mémoire de son mari, éphémère président qui n’a pas eu le temps de réaliser ses projets, obligé, dans l’urgence, de gérer la crise des missiles à Cuba. Natalie Portman incarne la partie la moins connue de la vie de Jackie, l’épouse et mère, soumise et dépendante d’un homme devenu trop puissant et éloigné d’elle. Elle reste longtemps dans le tailleur rose Chanel, taché du sang de son mari, à tenter de comprendre, de réaliser ce qui s’est passé. C’est dans cette tenue souillée qu’elle assiste à la prestation de serment du vice-président Johnson dans l’avion présidentiel. Elle ne se changera qu’une fois revenue, seule, dans la Maison Blanche qu’elle a considérablement embellie durant ses deux années de présence.
Dès le lendemain, il faut qu’elle organise les obsèques avec le frère Bobby (Peter Sarsgaard) mais aussi qu’elle fasse ses cartons : la femme de Johnson est déjà dans les couloirs en train de donner des ordres pour changer la décoration et les tapisseries. Grâce à des images d’archives, l’intérieur de la bâtisse a été reconstitué, permettant à Natalie Portman de déambuler, en veuve nostalgique, dans ces pièces chargées d’histoire. Un dernier tour dans son royaume de Camelot comme elle l’explique au journaliste.
Solide au niveau reconstitution historique, le film de Pablo Larrain évite les trémolos, gommant toute émotion, comme si face à ce bouleversement mondial d’ampleur, les sentiments s’effaçaient au profit de la raison d’État. 

samedi 7 mai 2016

Cinéma - Tu ne seras pas un vendeur mon fils !


Premier film de Sylvain Desclous, "Vendeur" permet au spectateur de plonger dans le monde impitoyable de la vente de cuisines. Présenté comme ça, le film n'est pas très alléchant. Et pourtant il ne manque pas d'intérêt grâce à ce décalage entre un sujet peu vendeur (justement !) et une réflexion beaucoup plus profonde sur le monde du travail et la transmission de père en fils. Comme pour "La loi du marché", il s'agit d'un long-métrage social, entre dénonciation et résignation d'un modèle économique aliénant, tant pour les vendeurs que les acheteurs. On n'en sort pas indemne, plein de questionnement sur sa propre utilité (ou nuisance) dans ce monde à bout de souffle et totalement dénué d'humanité.



Serge (Gilbert Melki) est le meilleur. Ce vendeur fait exploser les chiffres. Il propose ses services aux plus offrants, allant de magasin en magasin, au volant de sa voiture sportive, comme une légende transformée en réalité. La journée il cajole les clients, les persuadant d'acheter des cuisines forcément trop chères pour leur budget. Mais le crédit à taux variable n'a pas été inventé pour les chiens. Les pigeons par contre...
Le soir, il brûle son pactole dans des bars huppés, en champagne et cocaïne, fréquentant des prostituées qui lui donnent un semblant d'amour. Pourtant Serge a dû avoir une vie normale dans le passé. Il a un fils, Gérald (Pio Marmai) qu'il voit occasionnellement. Gérard n'a pas suivi les traces de son père que l'on devine très absent dans sa jeunesse. Il a ouvert un restaurant avec sa compagne. Mais l'Urssaf l'a rattrapé. Criblé de dettes, il doit fermer son établissement et demande à son père de le recommander pour devenir, comme lui, vendeur dans un magasin de cuisines.

Vendre ou ne pas vendre ?
Autant Serge n'a aucun scrupules à gruger ses clients, autant Gérald refuse de vendre pour vendre. Conséquence, ses résultats sont mauvais et le patron (Pascal Elso) le vire. Serge intervient pour lui sauver la mise, donne des conseils et le fils, excellent comédien, se met dans le rôle du vendeur, multipliant les contrats. Avec les dérives classiques : alcool, filles faciles et perte de la notion de réalité. Serge, malade, se désespère de voir son fils devenir, comme lui, un bloc d'égoïsme et d'arrivisme. Mais comment empêcher la mauvaise graine de pousser quand c'est soi-même qui l'a semée et renforcée à grands coups de conseils comme de l'engrais puissant ?
Bourré d'anecdotes sur ce monde très particulier de la vente, le film est parfois un peu lent. Par contre il n'est jamais manichéen. S'il y a des vendeurs, c'est qu'il y a des acheteurs. Les dérives ne sont que les conséquences de patrons avides de chiffres d'affaires, de records et autres "performances" pour plastronner dans les foires et salons. Le film dénonce ces pratiques, mais se penche surtout sur l'incompréhension entre un père et son fils. Sa force est de ne pas faire la morale ni l'apologie d'une pratique contre une autre. Chacun est libre. La rédemption, si elle existe, n'est que le fruit d'une prise de conscience personnelle.
La fin du film est optimiste. Elle aurait tout aussi bien pu être dramatique.

mardi 1 mars 2016

Cinéma - "Je ne suis pas un salaud" mais tout prouve le contraire


Dans la catégorie 'film social', il y a les réalisations optimistes (majoritaires) et puis d'autres qui ne font aucunes concessions avec la dure réalité. 'Je ne suis pas un salaud' d'Emmanuel Finkiel est le prototype de cette seconde catégorie. Le monde décrit durant ces 1 h 50 est sans espoir. Le personnage principal, Eddie (Nicolas Duvauchelle), chômeur, alcoolique, violent, imbu de sa personne et colérique atout contre lui. Sa belle gueule est ses jolis tatouages ne suffisent pas à le sauver d'une société de plus en plus sans pitié pour les ratés. Ce qui pourrait le auver, c'est ce qui reste de sa famille : un fils et la mère de cette dernière qui n'a pas complètement abdiqué malgré tous les coups (parois au sens premiers) vaches qu'il lui a infligé.

Un soir, très aviné, il est pris à partie par un groupe de jeunes. L'alcool aidant, il les provoque. Bagarre, coup de tournevis dans le dos... Réveil aux urgences. Eddie devient presque un héros. Pour la première fois il est du côté des victimes. Quand on lui présente plusieurs supsects potentiels, il reconnait Ahmed. Ce n'est pas lui, il le sait parfaitement, mais il persiste dans ses déclarations. Le réalisateur, dans ce film d'une noirceur absolue, focalise l'attention du spectateur sur Eddie. Plus le temps passe moins il ne trouve grâce aux yeux du public. Et de prouver sans cesse l'inexactitude du titre. Le film déroute par le point de vue très noir d'Eddie. Cela en devient parfois insupportable. Preuve que Nicolas Duvauchelle, dans le rôle principal, a plus que donné vie à cet homme dont le seul problème reste sa propension à essayer d'être parfait.

jeudi 26 février 2015

Cinéma - “Hungry Hearts” ou les déchirements d’une famille

Ils s’aiment à la folie mais l’arrivée d’un enfant change tout.

Les histoires d’amour finissent mal, en général », chante Catherine Ringer. Cette alchimie qu’est le coup de foudre est parfaitement décortiquée dans la première scène, absolument géniale “de “Hungry Hearts”, film de Saverio Costanzo. Mina (Alba Rohrwacher), jeune Italienne, se retrouve bloquée dans les minuscules toilettes d’un restaurant chinois de New York en compagnie de Jude (Adam Driver). 
Dix minutes plus tard, ils s’aiment. A la folie. Jusqu’à vivre ensemble, se marier et rapidement Mina se retrouve enceinte. Là, tout bascule. Mina, au contraire de Jude qui est ingénieur, est sensible à l’invisible. Elle consulte une voyante qui lui annonce que son enfant sera unique. Autant Jude se réjouit de l’arrivée de ce bébé, autant Mina s’interroge sur son avenir et celui de sa famille. Après l’accouchement, par césarienne, Mina veut protéger son enfant des ondes négatives. Un refus du progrès qui risque de transformer le beau bébé en petite chose rachitique. Jude va devoir réagir.

Trop amoureux
Ce drame, entièrement tourné à New York, est porté par les deux acteurs principaux. Alba Rohrwacher, l’Italienne, joue avec réalisme la dérive de cette femme apeurée, affolée, impuissante à protéger sa progéniture. Adam Driver, l’Américain, campe un père responsable mais encore trop amoureux de la mère de son enfant pour prendre des décisions irrévocables. L’un comme l’autre s’aiment, s’opposent puis s’affrontent dans les affres d’une famille déchirée.