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vendredi 18 octobre 2024

Cinéma - Comment s’en sortir “Quand vient l’automne” ?

Thriller à la Simenon, « Quand vient l’automne » de François Ozon offre un superbe premier rôle à Hélène Vincent, 81 ans.


L’automne dont il est question dans ce film de François Ozon, c’est d’abord la saison, quand la campagne humide se prépare à se mettre en sommeil. Mais c’est aussi métaphoriquement l’automne de la vie des deux personnages principaux, Michelle (Hélène Vincent) et Marie-Claude (Josiane Balasko).

Elles vivent dans la même petite ville de Bourgogne, entourée de bois et de champs. La première dans une grande bâtisse avec un immense jardin, la seconde dans un petit pavillon. Deux femmes seules, qui ont un même secret lié à leur passé. Michelle a une fille, Valérie (Ludivine Sagnier) et Marie-Claude un garçon, Vincent (Pierre Lottin), tous les deux adultes.

La première est mariée, en instance de divorce, mère d’un jeune Lucas qui adore sa mamie. La situation est plus compliquée pour Marie-Claude. Vincent, après quelques « bêtises », se retrouve en prison. Quand il sort, il retourne chez sa mère et accepte de travailler dans le grand jardin de Michelle. Le début du film, pose les bases de l’histoire et se révèle déjà très intrigant. La réalisation, toute en délicatesse, en non-dits, plante l‘ambiance, renforcée par une musique obsédante de Evgueni et Sacha Galperine.

Le premier choc vient quand Valérie manque de mourir. Un midi, chez sa mère, elle a mangé des champignons ramassés la veille dans les bois. Elle seule en a mangé. Et frôle la mort. Elle quitte le soir même la maison de sa mère, refusant de lui laisser Lucas durant les vacances comme convenu. C’est aussi à partir de ce moment que l’on doute. Accident ou acte délibéré ? Michelle, sous ses airs de mamie gâteau ne cache-t-elle pas de profondes fractures psychologiques ?

L’explication viendra peut-être du métier qu’elle exerçait à Paris avant de se retirer à la campagne. Un climat, un sentiment de doutes et de soupçons, renforcés par l’attitude de Vincent. Le spectateur se pose beaucoup de questions au sujet de cet être, a priori frustre, joué avec naturel par Pierre Lottin. Un condensé de violence contenue d’où affleure une gentillesse désarmante.

La suite du film, surprenante, voire déconcertante tant François Ozon pousse loin le curseur de la rupture avec le politiquement correct, nous entraîne dans ces limbes de l’automne, quand la nature s’endort et que de sous les feuilles mortes sortent les champignons. Bons ou mauvais.

Film de François Ozon avec Hélène Vincent, Josiane Balasko, Ludivine Sagnier, Pierre Lottin.

lundi 20 février 2023

Cinéma - “L’astronaute” veut aller toucher les étoiles

Seul, aux commandes d’une fusée qu’il construit dans son garage, Jim veut aller dans l’espace.

Il a pris la chanson La quête de Brel à la lettre. Jim (Nicolas Giraud) veut atteindre « l’inaccessible étoile ». Mais au lieu de rêver, ce célibataire de 40 ans construit sa propre fusée et compte devenir le premier astronaute amateur à avoir réalisé un vol au-delà de l’atmosphère et une sortie dans l’espace.

Fou, doux rêveur ou scientifique pragmatique ? L’interrogation est vite levée car Jim, dans le civil, est ingénieur en aéronautique. Un spécialiste des moteurs de fusée, employé par ArianeGroup. L’espace, c’est sa passion depuis tout petit, quand son grand-père, agriculteur aujourd’hui décédé, se distrayait en construisant des fusées miniatures qu’il expédiait au-delà des nuages.

Cela fait huit ans que Jim mène son projet en total secret. Ne sont dans la confidence que sa grand-mère (Hélène Vincent) - la ferme abrite le hangar de construction de la fusée et le pas de tir - et un ami chimiste (Bruno Lochet) qui a mis au point un nouveau carburant, très puissant, mais aussi très instable. Pour assembler le moteur, Jim subtilise des pièces commandées en double dans le cadre de son travail. Une discrétion absolue obligatoire car l’entreprise est parfaitement illégale.

La mathématicienne et l’expert 

À quelques mois du lancement, Jim décide de renforcer l’équipe. Il contacte une jeune mathématicienne qui sera chargée de calculer la trajectoire de la fusée et un ancien astronaute français, Alexandre Ribbot (Mathieu Kassovitz) qui a failli mourir lors d’une sortie en scaphandre de la station spatiale internationale. Écrit, interprété et réalisé par Nicolas Giraud, ce film de science-fiction est plus science que fiction.

Tout semble crédible et même si on se doute qu’un tel projet est de l’ordre du travail pharaonique, on se prend au jeu. Quand la fusée, au nom très anecdotique mais si significatif de l’esprit français, est dressée sur son pas de tir, le film prend une autre dimension. Cela devient une sorte de thriller spatial car le temps presse, la menace est partout, le risque omniprésent. La jolie mathématicienne précise d’ailleurs en toute franchise que la fusée a 32 % de chances d’exploser au lancement.

Réalisation finalement très terre à terre, L’astronaute n’est pas un film se déroulant dans l’espace mais un film sur un désir d’espace. Ces étoiles qui font rêver, cette Terre si belle vue d’en haut. La synthèse parfaite de l’excellence technologique, la débrouille et la poésie des promesses enfantines.

Film français de et avec Nicolas Giraud ainsi que Mathieu Kassovitz, Hélène Vincent, Bruno Lochet

mercredi 4 octobre 2017

Cinéma - Mariez-vous, ils font tout le reste

LE SENS DE LA FÊTE. Immense éclat de rire avec le nouveau film d’Éric Toledano et Olivier Nakache.


Devenus des incontournables du cinéma français depuis « Intouchables », Éric Toledano et Olivier Nakache reprennent la veine de la comédie pure et dure dans « Le sens de la fête » qui raconte l’organisation d’un mariage, de A à Z. Un film choral avec Jean-Pierre Bacri en vedette qu’ils ont présenté l’été dernier dans une longue tournée de 40 dates dont Perpignan et Narbonne. Avant-premières concluantes. Beaucoup de rire dans les salles, les gags s’enchaînant comme une belle mécanique bien huilée au gré des péripéties de ce mariage où rien ne se passe comme prévu.

■ Bacri chef d’orchestre

Le rôle principal, celui de l’organisateur, est tenu par Jean-Pierre Bacri. Un personnage créé sur mesure par les deux réalisateurs et scénaristes. Bacri en petit patron, angoissé par un possible contrôle de l’Urssaf, les demandes de dernière minute d’un marié tatillon et à l’ego surdimensionné ou la mésentente chronique entre son adjointe et le disc-jockey. Sans compter les défections de certains serveurs, la fronde des autres refusant de porter des perruques ou les crises du photographe officiel, ne supportant plus la vue d’un smartphone, cet engin du diable synonyme de la fin de son métier. 

Un film choral avec un chef d’orchestre qui mène son petit monde à la baguette, même quand il semble complètement dépassé. D’autant qu’il a de son côté des problèmes personnels : son couple bat de l’aile, sa maîtresse le plaque et la vente de sa société reste à finaliser. De la mise en place des tables, à la répétition du discours en passant par la cuisine, le bal et le feu d’artifices, c’est toute la nuit qui est condensée dans ces deux heures de folie. Car en coulisses, les catastrophes s’accumulent et l’équipe, malgré son sens de la fête, sa solidarité et son professionnalisme, frôle à plusieurs reprises le fiasco complet.

■ Casting royal

Les deux réalisateurs ont mis trois ans à monter ce projet. Ils se sont entourés de comédiens d’horizons très divers. Du monstre sacré Jean-Pierre Bacri, aux vieux routiers Jean-Paul Rouve ou Gilles Lellouche en passant par la valeur sûre Hélène Vincent, le sociétaire de la Comédie française Benjamin Lavernhe, le « théâtreux » exigeant Vincent Macaigne, le comique en devenir Alban Ivanov (lire ci-contre) et la totale inconnue (débutante mais très talentueuse) Eye Haidara. Avec tous ces ingrédients, divers et variés, mais soigneusement choisis, Éric Toledano et Olivier Nakache ont concocté une savoureuse comédie, promise à un beau succès. 

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Alban Ivanov, le rire venu du Narbonnais

Ils ont tous « Le sens de la fête », mais parmi les acteurs du film d’Olivier Nakache et Éric Toledano, deux nouvelles têtes crèvent l’écran : Alban Ivanov et Eye Haidara. Le premier connait bien Narbonne. « Je suis né à Narbonne. J’ai quitté la ville à 4 ans, mais ma mère avait un appartement à Narbonne plage, j’y ai donc passé tous mes étés ». Surtout, celui qui a l’humour chevillé au corps, passé par le Jamel Comedy club, a été saisonnier plusieurs étés d’affilée. « Serveur au Tahiti, se souvient-il, tous les soirs on sortait et la journée je suais de la vodka ».

Dans le film, il interprète le cousin d’Adèle (Eye Haidara), l’adjoint du patron. Elle lui promet de lui trouver une place dans la brigade. En extra. Il se révèle une véritable calamité. Un rôle de composition pour Alban Ivanov, même s’il avoue avoir fait quelques gaffes à Narbonne plage. « Je me souviens d’une paella renversée sur un client », se remémore-il en souriant. Pourtant ce n’est pas pour ses talents de gaffeurs qu’Alban Ivanov s’est retrouvé au générique du film. « Jamel Debbouze nous l’a vendu, avec conviction, explique Olivier Nakache. Pourtant les essais n’ont pas été très concluants, mais Alban a besoin de se mettre en danger pour donner le meilleur de lui-même ».

Le danger c’est de se retrouver face à des grands du métier. « Je suis passé direct en ligue des champions, confirme l’acteur d’origine audoise. Bacri ou Hélène Vincent, c’est comme si je jouais avec Zizou ou Deschamps ». Son personnage de grand enfant rêveur légèrement ignare est une source inépuisable de gags. Sa composition ne passera pas inaperçue et s’il revient à Narbonne plage, ce ne sera certainement pas en tant que serveur. 

➤ "Le sens de la fête", comédie d’Éric Toledano, Olivier Nakache (France, 1 h 57) avec JeanPierre Bacri, Jean-Paul Rouve, Gilles Lellouche.