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lundi 20 février 2023

Cinéma - “L’astronaute” veut aller toucher les étoiles

Seul, aux commandes d’une fusée qu’il construit dans son garage, Jim veut aller dans l’espace.

Il a pris la chanson La quête de Brel à la lettre. Jim (Nicolas Giraud) veut atteindre « l’inaccessible étoile ». Mais au lieu de rêver, ce célibataire de 40 ans construit sa propre fusée et compte devenir le premier astronaute amateur à avoir réalisé un vol au-delà de l’atmosphère et une sortie dans l’espace.

Fou, doux rêveur ou scientifique pragmatique ? L’interrogation est vite levée car Jim, dans le civil, est ingénieur en aéronautique. Un spécialiste des moteurs de fusée, employé par ArianeGroup. L’espace, c’est sa passion depuis tout petit, quand son grand-père, agriculteur aujourd’hui décédé, se distrayait en construisant des fusées miniatures qu’il expédiait au-delà des nuages.

Cela fait huit ans que Jim mène son projet en total secret. Ne sont dans la confidence que sa grand-mère (Hélène Vincent) - la ferme abrite le hangar de construction de la fusée et le pas de tir - et un ami chimiste (Bruno Lochet) qui a mis au point un nouveau carburant, très puissant, mais aussi très instable. Pour assembler le moteur, Jim subtilise des pièces commandées en double dans le cadre de son travail. Une discrétion absolue obligatoire car l’entreprise est parfaitement illégale.

La mathématicienne et l’expert 

À quelques mois du lancement, Jim décide de renforcer l’équipe. Il contacte une jeune mathématicienne qui sera chargée de calculer la trajectoire de la fusée et un ancien astronaute français, Alexandre Ribbot (Mathieu Kassovitz) qui a failli mourir lors d’une sortie en scaphandre de la station spatiale internationale. Écrit, interprété et réalisé par Nicolas Giraud, ce film de science-fiction est plus science que fiction.

Tout semble crédible et même si on se doute qu’un tel projet est de l’ordre du travail pharaonique, on se prend au jeu. Quand la fusée, au nom très anecdotique mais si significatif de l’esprit français, est dressée sur son pas de tir, le film prend une autre dimension. Cela devient une sorte de thriller spatial car le temps presse, la menace est partout, le risque omniprésent. La jolie mathématicienne précise d’ailleurs en toute franchise que la fusée a 32 % de chances d’exploser au lancement.

Réalisation finalement très terre à terre, L’astronaute n’est pas un film se déroulant dans l’espace mais un film sur un désir d’espace. Ces étoiles qui font rêver, cette Terre si belle vue d’en haut. La synthèse parfaite de l’excellence technologique, la débrouille et la poésie des promesses enfantines.

Film français de et avec Nicolas Giraud ainsi que Mathieu Kassovitz, Hélène Vincent, Bruno Lochet

samedi 7 octobre 2017

Cinéma - La mort aussi est une « Happy end »


Revenu bredouille du festival de Cannes, « Happy End » de Michael Haneke est pourtant un très grand film, abouti et d’une inexorable évidence. Un drame sur la vie et surtout ce qui la conclue, cette « happy end » que les pessimistes nomment « mort ».

Le film emprunte au début aux nouvelles techniques de narrations. Un prélude sous forme de petites séquences tournées au smartphone, commentées sous forme de sms par Eve (Fantine Harduin), une jeune adolescente de 13 ans. Elle filme sa mère dans son quotidien de femme seule et dépressive. On sent beaucoup d’amertume chez Eve. De rage aussi. Une petite expérience plus tard sur le hamster de la famille, et la jeune fille se retrouve chez son père, à Calais. Ce dernier a refait sa vie. Il n’a pas le temps, sa nouvelle femme vient d’avoir un bébé. Aussi il confie Eve à sa sœur Anne (Isabelle Huppert).

Le film débute véritablement avec cette plongée dans le quotidien de cette famille bourgeoise. Une réminiscence de l’ancien temps.

■ Esclaves modernes

Anne vit dans un hôtel particulier en compagnie de son père Georges (Jean-Louis Trintignant) et de son fils adulte, devenu directeur de la société de travaux publics qu’elle préside. Leur quotidien est rythmé par le travail et les repas sinistres, servis par un couple de Maghrébins, « les esclaves de la maison » comme les appelle par provocation en public le fils quand il n’en peut plus de cette vie de faux-semblant. L’arrivée de la fillette va bouleverser le fragile équilibre.

Le fils va craquer et tout envoyer balader, la mère vendre la société. Mais ce qui va surtout se passer c’est la rencontre entre Eve et Georges. La petite fille secrète et le grand-père presque grabataire. Ils vont avoir en commun de vouloir tous les deux de mettre fin à leurs jours. La première en avalant une forte dose des médicaments de sa mère. Le second en empruntant une voiture de la société de sa fille et en embrassant volontairement un platane en bord de route.

Alors que les adultes, dans leur pitoyable comédie tentent de continuer à faire semblant de vivre dans une société qui les a complètement formatés, le vieil homme et la fillette, après un long travail d’apprentissage mutuel, se comprennent. Se soutiennent et s’aident même pour obtenir cette « Happy end » tant désirée. Loin d’être un film plombant et sinistre, ce nouvel opus de l’œuvre de Michael Haneke est un regard lucide sur le présent de notre société. Un plaidoyer pour le droit de choisir comment mener sa vie. Ou, dans le pire des cas, de choisir sa mort.

➤ "Happy end", drame de Michael Haneke (France, 1 h 48) avec Isabelle Huppert, Jean-Louis Trintignant, Mathieu Kassovitz.