mardi 31 août 2021

De choses et d’autres - Le joyeux bruit des enfants

Les libertés individuelles seraient mises à mal ces derniers temps. Du moins si l’on en croit certains manifestants ou quidam croisés dans la rue. Dans cette dernière catégorie, se trouve de plus en plus de personnes qui ne supportent plus les enfants. Ce qui les exaspère exactement ce sont les enfants turbulents. L’enfant parfait pour eux se résume à une image (c’est-à-dire sans le son et le mouvement).

Ayant eu le bonheur de garder à plusieurs reprises nos petits-enfants cet été durant les vacances, mon épouse et moi avons constaté que le seuil de tolérance aux cris de joie est tombé très bas dans notre société. Âgés de 3 et 6 ans, les deux petits diables sont de véritables piles atomiques.

Le trajet (20 mètres) de la porte d’entrée à la voiture est l’occasion de grands cris d’Indiens, d’une course à celui qui touchera le plus vite la portière et, bien évidemment, de rires ou de chamailleries sur le nom du vainqueur.

« Mais arrêtez de crier, je vous l’ai déjà dit 100 fois ! » Ce n’est pas moi et encore moins ma femme qui se plaint mais une voisine, retraitée, qui astique consciencieusement le portail de son petit pavillon.

On la regarde interloqués. Il est 8 h 30 du matin. Elle doit être debout depuis pas mal de temps et les cris ne l’ont certainement pas réveillée. De toute manière cela n’a duré que 10 secondes. Alors pourquoi tant de haine, d’acrimonie et de mauvaise humeur ? Avait-elle l’interdiction de parler trop fort quand elle était petite ? Se rattrape-t-elle maintenant ?

Ce qui est sûr, par contre, c’est que nous, jamais nous ne nous lasserons des cris de joie de nos petits-enfants. Ils resteront dans notre mémoire pour toujours.

Et quand d’autres gamins jouent un peu bruyamment, ce n’est pas l’envie de les faire taire qui nous titille, mais au contraire de crier avec eux pour redevenir, même une poignée de secondes, insouciants et heureux de vivre le moment présent à 100 %. 

Chronique parue en dernière page de l'Indépendant le mardi 31 août 2021

Rentrée littéraire - Longue absence maternelle

Magdalena semble avoir réussi sa vie. Comédienne réputée, elle enchaîne tournages de film et pièces de théâtre. Pourtant ce paraître qui peut faire envie, cache un gouffre sentimental. Magdalena endosse d’autres personnalités uniquement pour oublier son propre monde.

La faute à sa famille, comme souvent dans les traumatismes. Si les dix premières années de son enfance sont de doux souvenirs, à l’adolescence, elle comprend que sa mère, tout le temps alitée ou absente, a un problème.

Jusqu’à ce jour, elle a 14 ans, où son père lui explique que « Maman est partie ». Léonor de Recondo fait démarrer son roman 30 ans plus tard, quand l’agent de Magdalena la prévient : « On sait où est ta mère ».

Ces retrouvailles vont se transformer en une sorte de rituel de dressage entre une petite fille déterminée qui entre dans la cage aux fauves, l’antre d’une vieille femme qui ne veut plus exister.

lundi 30 août 2021

De choses et d’autres - La présidentielle permanente

Il serait temps de réinventer notre société. Les derniers mois ont prouvé que bien des certitudes (comme acheter des jouets pour Noël, manger au restaurant quand on veut, se claquer la bise…) peuvent se transformer en vagues souvenirs. Au lieu d’espérer retrouver le monde d’avant, tentons d’en bâtir un  radicalement différent. Notamment pour l’échéance démocratique essentielle de notre pays : la présidentielle.

En avril prochain, si l’on en croit les déclarations d’intention, il se présentera une pléthore de candidats, de la gauche à la droite en passant par le centre et quelques zones non identifiées entre gilets jaunes et antivax. Comment les départager ? Et si on s’inspirait de ces nouvelles formes de démocraties directes utilisées dans les émissions de téléréalité.

Dès le premier week-end de janvier, au lieu de se fier à des primaires aléatoires au niveau organisation et participation, autant demander à l’ensemble des Français de se prononcer sur toutes les candidatures possibles et imaginables.

À la fin du premier vote, le candidat le moins doté en voix est éliminé. La semaine suivante, tout le monde retourne au combat et rebelote.

Non seulement les sondages s’avéreraient beaucoup plus fiables, mais en plus les alliances seraient évidentes à réaliser vers la fin de la campagne. Une présidentielle perpétuelle où personne ne pourra se plaindre à la fin puisque l’élu aura vaincu tous ses concurrents, les uns après les autres.

Par contre, pas de totem d’immunité, même pour le sortant. À l’inverse, certains risquent de se retrouver avec une extinction de la flamme en cours de route en cas de mise en examen ou gros scandale financier. Et au bout du bout, il n’en restera que deux.

Le problème c’est de demander aux Français de se rendre dans des isoloirs chaque dimanche. Compliqué voire impossible. Reste le QR code, notre ami de tous les jours depuis le pass sanitaire.

Chaque Français a son QR code et toutes les semaines, en allant au restaurant, faire la bamboche en boîte de nuit ou tout simplement en renouvelant son stock de pâtes dans un grand centre commercial, nous choisirons qui nous imposera ses lois pour les cinq années à venir.

Chronique parue le lundi 30 août en dernière page de l’Indépendant.

BD - Légende de l’Ouest réécrite


Bruno Duhamel, auteur complet, aime surprendre le lecteur. Après des récits sur le 3e âge, ou le dérèglement climatique, il se lance dans le western. Fasciné par cet ouest américain, il s’est penché sur une véritable légende : Jake « Wild faith » Johnson. Un shérif qui est devenu, au fil des décennies, le héros d’une reconstitution pour touristes.

Une scène de duel qu’interprète tous les soirs Frank depuis 15 ans. Il s’identifie à ce justicier et tombe de haut quand on lui annonce qu’il n’a plus l’âge du rôle. Viré ! Pour tenter de se remettre de ce coup du sort, il part sur les terres de l’Arizona… dans une excursion touristique.


Là, dans les USA contemporains, il va devoir ressortir son vieux colt pour passer de la fiction à la réalité.

Cette histoire complète, en plus de permettre à l’auteur de dessiner des planches de toute beauté, trace un intéressant parallèle entre présent et passé avec utilisation de la fascination des armes, des fake news et des dérives de la société de consommation.

« Fausses pistes », Grand Angle Bamboo, 17,90 €

dimanche 29 août 2021

Rentrée littéraire - L’épreuve du coma

Le 19 août cette année marque le début du tsunami des romans de la rentrée littéraire. Parmi les centaines de nouveautés, ce premier roman de Natacha Sadoun marque le lecteur pas sa fausse simplicité. Marie vit depuis dix ans avec Paul.

Un simple coup de fil casse irrémédiablement ce bonheur. Victime d’un accident, Paul est dans le coma. Traumatisme crânien. Un légume. Marie va lui parler tous les jours et sombre dans une mélancolie. En fouillant dans leur appartement, elle découvre une blessure cachée. Et si elle ne connaissant pas cet homme qu’elle aime pourtant passionnément ?

Cette quête de vérité, remise en cause de leur relation, passe par un voyage en Italie. Ce sont sans doute les plus belles pages du roman. Une description de Florence et de ses trésors artistiques prolongée par un court séjour aux Cinque Terre, joyau de la côte ligurienne. C’est peut-être là que Marie s’évanouit ?

« L’évanouissement de Marie », Natacha Sadoun, Buchet Chastel, 15 €

samedi 28 août 2021

BD - Les belles histoires des Beaux étés


Cela fait maintenant quelques années qu’on ne peut plus passer de vacances estivales sans se plonger dans le nouvel album de la série BD Les beaux étés de Zidrou (scénario) et Lafebre (dessin). Ce sixième titre se déroule en 1970.

Une nouvelle fois, le père de la famille Faldérault, dessinateur belge de bande dessinée, est en retard. Il doit terminer un album avant de quitter le ciel plombé du plat pays pour le soleil de la Provence


Avec sa femme, enceinte, et ses trois enfants, ils mettent le cap au sud mais doivent faire une longue escale en Bourgogne pour cause de problème mécanique sur la 4L joliment surnommée Mademoiselle Estérel.

Qu’importe ils planteront leur tente dans le pré d’une ferme où chèvres, poules et autres bestioles sont élevées par Esther et Estelle, deux jeunes femmes pleines de ressources. Toujours aussi rafraîchissante, la série offre réflexions sur notre société, la famille et l’enfance. Et toujours avec les dessins fluides et dynamiques du Barcelonais Jordi Lafebre.

« Les beaux étés » (tome 6), Dargaud, 14,50 € 

vendredi 27 août 2021

Roman - Le bruit comme arme par destination

Si vous avez eu des voisins bruyants, vous comprendrez certainement la mésaventure qui va bouleverser la vie du personnage principal de Gog Magog, roman de la Brésilienne Patricia Melo. Professeur de biologie vivant dans un appartement à Sao Paulo depuis 20 ans avec sa femme infirmière, son quotidien serein bascule avec l’arrivée du nouvel occupant dans l’appartement au dessus.

Un voisin bruyant qui tape sur les nerfs de l’enseignant. Cela l’énerve et l’obsède au point qu’un jour, n’y tenant plus, il pénètre dans l’appartement et par un concours de circonstances, tue le voisin. La suite du roman est assez déroutante.

Le professeur, démembre le cadavre, tente de s’en débarrasser puis finalement se fait prendre alors que sa femme vient de lui annoncer qu’elle le quitte. Sa vie devient une lente descente aux enfers, là où il croisera Gog et Magog, monstres mythiques qui se nourrissent de chair humaine.

Une vision très noire du Brésil contemporain.

« Gog Magog », Patricia Melo, Actes Sud, 17,80 €

jeudi 26 août 2021

BD - La revanche du shérif de Nottingham


Difficile de faire toute une carrière avec l’étiquette du méchant de l’histoire. Le shérif de Nottingham a le triste privilège d’être l’ennemi du fameux Robin des Bois. Mais tout a une fin. Brugeac et Herzet, deux scénaristes, ont décidé d’imaginer un récit alternatif où il aurait le beau rôle.

Exactement, par un renversement de situation incroyable, c’est tout simplement lui qui endosse l’habit du célèbre justicier. D’un côté il est complice des manigances de Jean sans terre, mais de l’autre il œuvre pour le maintien de Richard Cœur de Lion à la tête de l’Angleterre.


Un seul homme qui a compris que le pouvoir est souvent issu de compromis. Une série dessinée par Dellac, excellent dans ce travail de reconstitution historique et maître dans l’art des combats. Et pour pimenter le tout, le shérif a une histoire d’amour avec une Saxonne rousse et déterminée.

Une bonne surprise du début d’année dans ce genre de la BD historique toujours en renouvellement.

« Nottingham » (tome 1), Le Lombard, 14,75 €

mercredi 25 août 2021

BD - La Bretagne, terre de fées divers


Après avoir enquêté dans un open space, la commissaire Linguine et son adjoint Pichard, policiers parisiens, vont devoir résoudre une histoire de meurtre en Bretagne.

Les amateurs de thrillers seront déçus. Ceux qui rient à l’évocation des chapeaux ronds des Bretons apprécieront cette série de gags signés James et David de Thuin. Le cadavre, trouvé au milieu d’un pré, semble pourtant décédé après avoir respiré du gaz toxique issu de la décomposition des algues vertes.

Le sujet semble sérieux. Pourtant quand Linguine et Pichard creusent, ils vont rapidement tout faire pour mettre hors de cause les industriels de l’agroalimentaire et les élus. Car en Bretagne, on peut se moquer des traditions (Ankou, tenues, chapeaux), mais interdit de toucher à l’agriculture.

On rit jaune et la morale n’est pas sauve.

« La mort est dans le pré », Delcourt, 9,95 € 

mardi 24 août 2021

Poche - Mally, l’autre Miss de Patricia Wentworth


Délicieusement rétro, ce roman inédit en français de Patricia Wentworth est en réalité presque une œuvre de jeunesse. Publié en 1927 en Grande-Bretagne, Miss Mally se méfie est donc un roman antérieur aux aventures de Miss Silver (1938 à 1961), l’héroïne qui a consacré cette autrice qui a longtemps fait de l’ombre à Agatha Christie.

Mally Lee est une jeune fille qui avant de convoler en justes noces avec son fiancé, accepte de devenir la gouvernante de la fille d’un millionnaire. Active, indépendante, ouverte, Miss Mally s’épanouit dans son rôle. Jusqu’au vol d’un diamant inestimable et de documents confidentiels. Sur la scène du forfait, tout accuse Miss Mally. Mais la jeune héroïne va trouver quelques âmes charitables qui vont croire à son innocence et découvrir qui a manigancé toute cette sombre affaire.

Un polar parfait si vous voulez vous replonger dans une ambiance britannique bourgeoise du début du XXe siècle.

« Miss Mally se méfie », 10/18, 7,80 €

lundi 23 août 2021

Cinéma - “France” lacrymale

Journaliste vedette à la télévision, France De Meurs craque. Des pleurs en direct, c’est bon pour l’audience ça Coco !

France (Léa Seydoux), star du petit écran, aime se mettre en scène lors de ses reportages. Roger Arpajou / 3B

De façon quasi sibylline, Bruno Dumont présente ainsi France, son dernier film, en compétition au dernier festival de Cannes : « C’est à la fois le portrait d’une femme, journaliste à la télévision, d’un pays, le nôtre, et d’un système, celui des médias. » On peut aussi, de façon plus prosaïque, expliquer que « c’est une femme puissante qui découvre qu’elle peut pleurer ». Ceux qui s’attendent à un brûlot contre les médias-spectacles en seront pour leur argent. Le début du film va quand même un peu les contenter, avec un habile trucage qui met France de Meurs (Léa Seydoux), la journaliste télé star, au même niveau que l’interviewé : Emmanuel Macron. En début de conférence de presse, elle papote avec un collègue. Le président la reprend. Elle pose ensuite une question rentre-dedans et jubile dans la foulée au lieu d’écouter la réponse. Ce qui compte dans ce petit monde du buzz et des « pouces en l’air », ce sont les réactions du public à la question, en aucun cas à la réponse.  

La carrière de France est orchestrée par Lou (Blanche Gardin), la femme de l’ombre, celle qui agit pour la vedette, sa star, son produit. Et quand elles voient les courbes d’audience augmenter, elles se lancent des « mains en forme de cœur » comme des collégiennes. Mais en réalité dans ces formes géométriques mimées, on ne voit plus que les orifices des confrères à qui France la met bien profond. 

Le ton du film change quand la journaliste vedette, qui alterne présentation en plateau et reportages en zone de guerre, renverse un deux-roues dans les rues de Paris. Du pain béni pour les journaux people qui aiment salir ce que le public vénère.  Obligée de faire son mea culpa en direct, France craque et pleure à chaudes larmes. Et dès lors à la moindre contrariété, la belle et rayonnante star ne cesse de pleurer, comme horrifiée par son personnage, ses agissements et la misère du monde qui lui permet d’être célèbre. 

Femme multiple

En reportage sous les obus : elle pleure. En plein gala de charité : elle pleure. En cure de remise en forme : elle pleure. Quand elle apprend que son amant de passage l’a trahie : elle pleure. Léa Seydoux a dû produire quelques litres de liquide lacrymal tout au long de ces plus de deux heures parfois déconcertantes tant ses réactions sont en opposition avec l’image de la femme brossée durant la première demi-heure. 

Sans doute moins incisif que les premières réalisations de Bruno Dumont (L’Humanité est un chef-d’œuvre), ce France laisse comme un goût d’inachevé. Car au final, on ne sait pas exactement qui est France. Une femme dévorée par l’ambition, une dépressive qui s’ignore, une bipolaire incontrôlable ? À moins que toutes ces interrogations ne soient le véritable sujet du film et le message du réalisateur porté par une Léa Seydoux inspirée : La femme est naturellement multiple et plus complexe que les hommes si faciles à déchiffrer.

Film de Bruno Dumont avec Léa Seydoux, Blanche Gardin, Benjamin Biolay




BD - Humanité verticale


À la base, La Tour devait se décliner sous forme de série télé. Jan Kounen et Omar Ladgham ont commencé à écrire le script et pour présenter le projet aux maisons de production et diffuseurs, ils ont demandé à Mr Fab de dessiner cet univers post apocalyptique.


Des dessins très poussés qui ont finalement donné l’envie aux deux scénaristes de passer du petit écran au papier. Le premier tome de La Tour vient de sortir et force est de constater que le rendu est excellent. 
Il y a 30 ans, une bactérie a décimé la population. Seuls quelques survivants ont pu trouver refuge dans une tour ultramoderne de Bruxelles, géré par une intelligence artificielle.

30 ans plus tard, la communauté se divise entre ceux qui ont connu le monde d’avant et les autres, qui ont vécu en permanence enfermés dans cette prison verticale de verre et de béton.

L’affrontement donnera l’occasion aux auteurs de décliner ce monde terrifiant en trois tomes.

« La Tour » (tome 1), Glénat, 14,95 €

dimanche 22 août 2021

Cinéma - Quand “Les fantasmes” vont par six

 Karin Viard et Jean-Paul Rouve, du fantasme au jackpot. Gaumont

Faire un film sur les fantasmes n’a pas été évident à mettre en place pour Stéphane et David Foenkinos, passionnés de création qui se révèlent parfaitement complémentaires. Face à la diversité des pratiques abordées, ils ont opté pour un film à sketches. Une solution qui permet en plus d’afficher une distribution de prestige, de Monica Bellucci à Jean-Paul Rouve en passant par Carole Bouquet ou Denis Podalydès. Le film est composé de six sketches sur six fantasmes très spécifiques comme la dacryphilie en passant par la beaucoup moins drôle taphophilie. Les deux réalisateurs ont soigneusement choisi les fantasmes à mettre en scène car ce devait être à la base une comédie. Pas un film graveleux, mais de ces distractions intelligentes qui permettent au public de sortir plus instruit, voire plus ouvert. Car les frères Foenkinos ne sont pas “dans le jugement”. Les spectateurs, seuls ou en couple, pourront apprécier les différentes histoires et se reconnaître (ou pas) dans ces relations parfois compliquées.

 ■ Les pleurs de Bedos 

Parmi les comédiens sélectionnés, on trouve des habitués au monde des Foenkinos (Karin Viard et Jean-Paul Rouve réunis pour un sketch final presque en forme de biopic, aux spectateurs de découvrir de qui), Nicolas Bedos, excellent dans un rôle pour tant très compliqué puisqu’il a passé, littéralement, quatre jours à pleurer toutes les larmes de son corps. Denis Podalydès, dans le premier sketch, prouve l’immensité de son talent dans ces jeux sexuels provoqués par sa femme interprétée par Suzanne Clé ment. Cette dernière, lasse de la routine après 19 ans de mariage, propose à son petit comptable de mari d’interpréter des rôles. Il se prend au jeu, devient policier ou médecin et prouve qu’un homme quelconque peut se transformer en excellent dramaturge s’il y a comme récompense l’excitation de sa compagne. Mais gare aux excès de réalité. 


De l’humour dans Les fantasmes, mais aussi beaucoup de noirceur. Comme dans ces films à sketches italiens que les deux frères, cinéphiles assumés, aiment tant. Et dans cette catégorie, la palme revient à l’histoire portée par Carole Bouquet et Monica Bellucci. Deux icônes  du cinéma, elles-mêmes souvent ramenées à l’image de fantasmes pour quantité de spectateurs, jouant avec les émotions autour de la mort. Des rôles inhabituels dans leurs parcours mais qu’elles ont immédiatement accepté car c’est un bonheur pour ces grandes comédiennes de pouvoir sortir des sentiers battus. Au final le spectateur a droit à une comédie intelligente, émoustillante et inventive qui devrait facilement plaire au public en mal de bon cinéma. 

➤ Film français de Stéphane Foenkinos et David Foenkinos avec Karin Viard, Jean-Paul Rouve, Ramzy Bedia, Carole Bouquet, 



samedi 21 août 2021

Cinéma - “C’est quoi ce Papy ?” : la famille continue à grandir

La famille recomposée de Gabriel Julien-Laferière est de retour. Après la mamy, c’est le Papy qui réapparaît dans les Cévennes

Le papy (Patrick Chesnais) profite de l’aubaine pour donner quelques menus travaux à sa descendance. UGC

Le cinéma français n’échappe pas à la règle du succès. Si une idée, un concept permet de faire des entrées en nombre, dans 90 % des cas il y a une suite. Et si la suite cartonne, on passe à un troisième volet. Quand Gabriel Julien-Laferrière se lance dans le tournage d’un film intitulé C’est quoi cette famille ?, il ne se doute pas en cette année 2015  qu’il sera toujours aux prises avec les aventures de cette improbable tribu six années plus tard. Après la mise en lumière de la mamie (Chantal Ladesou), c’est au tour du papy de faire son entrée dans la ronde délirante. Le réalisateur, entre-temps, a récupéré l’écriture et doit surtout composer avec l’âge des comédiens. Car les ados sont devenus de véritables adultes, en passe de fonder leur propre famille pour certains. Cela densifie encore plus l’histoire, donnant des opportunités nouvelles pour des acteurs ou actrices mais mettant un peu sous l’éteignoir les parents, pris en sandwich entre les enfants et les grands-parents. 

Mémoire brisée

Tout commence par une grosse fiesta. Chez Mamie Aurore. Une grosse chute plus tard, ce n’est pas le col du fémur qui est cassé, mais sa mémoire. Elle ne reconnaît plus ses petits-enfants. Par contre elle parle de plus en plus d’un certain Gégé. La bande de frères et sœurs se lance donc dans une chasse au papy qui les mènera dans les Cévennes. Là, ils vont tomber sur une sorte de vieux baba-cool anciennement rocker anarchiste devenu ermite et éleveur de chèvres (Patrick Chesnais). Mais finalement, le supposé grand-père n’est pas si cool que ça et a tendance à donner des ordres à cette main-d’œuvre inespérée. Car en plus des chèvres il y a des vaches à traire et des poules à nourrir. Une nouvelle occasion pour les enfants de se rebeller et de s’exclamer, en chœur, la phrase qui devient le titre du film : « Mais c’est quoi ce papy ? »

S’il n’a pas la saveur de découverte des deux premiers volets, ce film permet aux fans de retrouver tous les enfants, avec deux ans de plus. Comme des amis perdus de vue qui réapparaissent, mais changés. Certains se sont épanouis, d’autres ont totalement changé de mentalité. Un film choral qui tente ainsi de montrer toute la diversité de la France, du 3e âge ancien combattant de Mai 68 à la jeune fille qui a décidé de faire un bébé toute seule. 

Film français de Gabriel Julien-Laferrière avec Chantal Ladesou, Patrick Chesnais




Polar - Roadtrip entre Argentine et Uruguay

Ils sont trois copains d’enfance. Trois camarades de classe argentins qui ont décidé de passer quelques jours à la mer en Uruguay.

L’occasion de partager des souvenirs car cela fait 20 ans qu’ils se sont perdus de vue. L’idée vient de Wave, persuadé qu’il peut encore devenir un rocker célèbre, malgré sa calvitie qu’il dissimule derrière une perruque. Mario, toujours célibataire, vit encore chez sa mère. Le Nerveux a un surnom explicite.

Dans une vieille Ford Taunus ils vont partir à l’aventure. Mais très vite le week-end de détente se transforme en grosse galère. La faute à Wave. Il a tout manigancé pour passer quelques kilos de cocaïne destinés à un gros dealer. Quand une auto-stoppeuse dérobe la drogue, Wave est obligé de tout avouer à ses anciens amis. Mario et Le Nerveux vont moyennement apprécier.

Ce polar enlevé et dépaysant permet surtout à Roberto Montana de décrire les vies peu reluisantes de ces trois paumé. Une tragédie, toute en ironie.

« Rien à perdre », Métailié, 18 € 

BD - À la croisée de deux vies cabossées


Remarquable histoire que celle développée dans Impact par Gilles Rochier le scénariste. Un récit à deux voix illustré par le trait de Deloupy, sans fioritures et entièrement dévoué à l’intrigue. Impact raconte deux vies.

Deux existences où le malheur l’emporte. Dany vit à la marge de la société. Il se retrouve régulièrement devant les juges. Des histoires de bagarres dans les bars. S’il veut éviter la prison ferme, il doit rencontrer une psy. Il va donc lui raconter son histoire, son traumatisme originel, alors que le lecteur en parallèle, découvre la vie de Jean. Cet ouvrier est soigné dans un hôpital. Il n’en a plus pour longtemps.


Lui aussi va raconter sa vie peu reluisante à un copain de perfusion.

Au fil des chapitres, les deux histoires vont se croiser puis se chevaucher pour se terminer dans le cabinet de la psy qui aura le dernier mot. Un grand roman graphique, une œuvre au noir digne de la Série Noire.

« Impact », Casterman, 18 €

vendredi 20 août 2021

Cinéma - “Tom Medina” : jeunesse et Camargue au menu


Tourné en Camargue, l’an dernier, avant et après le premier confinement, Tom Medina raconte, de façon romancée, une partie de l’enfance de Tony Gatlif. Tom Medina, petit délinquant, est placé chez un éleveur de chevaux. Là, il va s’adoucir au contact de la nature et rencontrer une jeune femme qu’il va tenter de faire rire. 

Un film optimiste, avec un David Murgia magistral talent à découvrir Le début du film se déroule dans les arènes d’Arles, Tom quitte les travées du public pour aller braver le taureau dans le cercle de lumière. 


Tom Medina est comme ça : imprévisible, casse-cou, parfois inconscient. Pour une bonne raison : « Tom se bat contre son destin, comme je me suis battu à l’époque pour quitter la misère » justifie Tony Gatlif, le réalisateur. La suite passe par la case réinsertion. Il est confié à Ulysse (Slimane Dazi), propriétaire d’un ranch qui forme les futurs gardians. 

Tourné dans ce delta du Rhône aux « forces telluriques immenses » selon le cinéaste, le film met en va leur les animaux. Chevaux, taureaux, chouette, crapauds, flamants roses et même moustiques. 

« Tom Medina », film de Tony Gatlif, avec David Murgia, Slimane Dazi, Karoline Rose Sun 

Polar - Le petit royaume des people

Envie de soleil, de plage de sable blanc, de mer chaude et de tranquillité ? Tentez le paradis. Sur terre, il n’y a qu’une adresse valable : l’île Moustique. Ce bout de terre dans la mer des Caraïbes est devenu le repaire de toutes les célébrités (très) riches de la planète. Un paradis, mais pour millionnaire.

À défaut d’avoir un ticket d’entrée, plongez dans le roman Meurtres au paradis d’Anne Glenconner. Un polar se déroulant entièrement sur cette île Moustique si célèbre. On suit les tribulations du seul policier de l’île, Solomon, et de Lady Vee, la propriétaire des lieux. Un roman de fiction mais qui est particulièrement bien renseigné puisqu’Anne Glenconner n’est autre que la véritable propriétaire de Moustique.

Achetée en 1958, cette île est devenue mythique grâce aux relations de celle qui fut demoiselle d’honneur de la reine Élisabeth II lors de son couronnement.

Bref, tout est vrai. Sauf les meurtres. Il est impossible de mourir à Moustique…

« Meurtres au paradis », Albin Michel, 19,90 € 

jeudi 19 août 2021

Cinéma - OSS 117 : espion vieillissant mais toujours aussi décalé

Jean Dujardin, en agent secret de plus en plus ringard, doit affronter des révolutionnaires africains et un jeune et brillant espion. 

Deux générations d’espions en compétition entre OSS 117 (Jean Dujardin) et OSS 1001 (Pierre Niney).


En acceptant de réaliser le 3e volet des aventures d’Hubert Bonisseur de la Bath, alias OSS 117, Nicolas Bedos savait parfaitement qu’il s’exposait à de fortes critiques. D’autant que l’espion français est envoyé en Afrique noire pour aider un dictateur, placé sur un trône par l’ancienne puissance coloniale, à rester au pouvoir. L’action se déroule en 1981, quelques mois avant l’arrivée de la gauche au pouvoir, à des siècles de notre époque politiquement correcte, glorifiant la cancel culture. L’humoriste et metteur en scène en a particulièrement conscience, quand il déclare que « le fossé s’est creusé entre ceux qui trouveront toujours qu’un tel film n’est pas suffisamment transgressif et ceux qui, au contraire, lui reprocheront de pratiquer un humour ‘offensant’». S’il place la barre parfois très haut dans les références aux thématiques actuelles comme #MeToo avec une incroyable arrivée d’Hubert au bureau, claquant les fesses de toutes les jolies filles et pérorant sur les rides des autres, le film reste avant tout divertissant et très rafraîchissant pour les Boomers. 

Course burlesque

Après une mission agitée en Afghanistan (occupé par les troupes soviétiques), Hubert (toujours interprété par l’impeccable Jean Dujardin) doit partir en urgence en Afrique pour retrouver Serge (Pierre Niney), jeune agent matricule OSS 1001. Tout oppose 1001 à 117. 

Le premier, décontracté, ouvert, la mèche rebelle, admire pourtant 117, agent auréolé de ses glorieuses missions, mais désormais vieux jeu, qui place De Gaulle dans toutes les conversations et ne jure que par le raffinement français. Vestimentaire. Pas sociétal, car arrivé dans ce pays imaginaire, il multiplie les gaffes racistes, les préjugés et clichés lourdingues. 

Définitivement hors jeu, Hubert ? Oui, quand il doit comparer ses performances à son jeune collègue. C’est d’ailleurs le meilleur du film. Cet affrontement entre deux générations, parfaitement illustré par les deux comédiens que l’on sent très complices, atteint des sommets dans une course-poursuite dans la savane. On frise le burlesque. 

Cela aurait pu continuer ainsi longtemps, mais le scénario a brutalement interrompu la séquence pour revenir au fil de l’histoire : des révolutionnaires, menés par la femme du président (Fatou N’Diaye), vont être stoppés nets par l’efficacité (souvent non volontaire) d’un OSS 117 qui amorce, pourtant, un semblant de mea culpa. Très différente des deux précédents opus, cette Alerte rouge en Afrique noire reste une excellente comédie française, denrée assez rare cet été. 

Film français de Nicolas Bedos avec Jean Dujardin, Pierre Niney, Fatou N’Diaye, Natacha Lindinger, Wladimir Yordanoff.

 


BD - Spoon & White dans le Kentucky


Ils nous ont manqué les deux policiers new-yorkais imaginés par Léturgie, père et fils. Spoon & White sont de retour après un nouveau changement d’éditeur. Lancée chez Dupuis, la série humoristique très caustique a continué chez Vents d’Ouest.

Après 10 ans de silence, elle revient chez Bambo avec une 9e enquête toujours aussi délirante. Spoon, le nain et White, le bellâtre sont amoureux de la journaliste télé vedette Balconi. Quand cette dernière va enquêter à Mudtown dans le Kentucky, Spoon est persuadé que c’est une couverture pour aller demander sa main à son père, un vétéran du Vietnam. En fait elle cherche des preuves contre le scandale du gaz de shit, fabriqué à partir d’une plante dérivée du cannabis.

Une histoire bourrée de références au cinéma, avec du Mad Max, un peu de Bruce Willis et bien évidemment Clint Eastwood, l’idole absolue de Spoon, le pire flic américain jamais imaginé dans une série comique.

« Spoon & White » (tome 9), Bamboo, 12,90 €

mercredi 18 août 2021

BD - La guerre de Tremen


Après un premier album très remarqué, Pim Bos récidive avec cette seconde histoire de Tremen. Un univers grisâtre, où une sorte de gros humanoïde interagit avec d’autres bestioles ou des machines. Cette fois, le dessinateur néerlandais a demandé à Marc Caro, cinéaste, de lui écrire le scénario. 

Tout débute par la découverte de la tête d’un enfant dans un obus. Un enfant qui va prendre la tête d’une rébellion contre des machines. Une guerre absurde, comme toutes les guerres, mais qui dans ce cas précis devient un chef-d’œuvre graphique. 

« Tremen » (tome 2), Dargaud, 15 €

BD - Laurent Bonneau, étreinte bouleversante


De Cadaquès à Narbonne en passant par Saint-Génis-des-Fontaines. Après sept années passées à Narbonne, Laurent Bonneau a déménagé à Saint-Génis-des-Fontaines, au pied des Albères. Entre mer et montagne, au plus près de la nature, il poursuit son chemin dans le monde de la bande dessinée.

La sortie de "L’étreinte", le 1er juillet, roman graphique réalisé en collaboration avec Jim, est un tournant dans sa carrière. Ce pavé de 300 pages se déroulant en partie à Cadaquès, montre toute l’étendue du talent de ce peintre et dessinateur surdoué.

300 pages émouvantes sur le deuil d’un sculpteur. Une émotion qui est toujours au rendez-vous des livres de Laurent Bonneau, que cela soit des retrouvailles de copains d’enfance (On sème la folie) au regard qu’il porte sur son père (Le regard d’un père).



Quand on demande à Laurent Bonneau sa profession, plutôt qu’un réducteur dessinateur de bande dessinée, il préfère une formule plus large englobant toutes les facettes de son travail sur l’image : « peintre, dessinateur, vidéaste ». Il pourrait même ajouter musicien puisqu’il compose et est même passé sur scène pour un concert dessiné aux Moulins de Faugères en juillet près de Béziers. Ce touche-à-tout, qui « met autant de cœur » à réaliser un album tiré à 50 exemplaires qu’une BD à plusieurs milliers, s’est donné le luxe de « jongler avec tous les outils créatifs ».

Originaire de Bordeaux, après des études à Paris, il décide de fuir la grande ville et s’installe à Narbonne et sillonne la Clape. Il y a deux ans, avec sa petite famille, il s’installe à Saint-Génis-des-Fontaines au pied de ces Albères qu’il a découvert en participant au premier festival de BD de Laroque.


Jeune auteur de BD, il a déjà publié une série en trois tomes chez Dargaud, il aime en dynamiter les codes. Découpage, techniques, couleurs : il expérimente, ose. Et les albums s’accumulent, chez Dargaud mais aussi Futuropolis et dans la collection Grand Angle de chez Bamboo.

C’est dans ce cadre que vient de sortir son dernier album. L’étreinte est cosigné avec Jim rencontré il y a quelques années au festival de la BD de Gruissan. Ils ont envie de travailler ensemble, mais Laurent Bonneau n’apprécie pas de n’être que l’exécutant d’un scénario découpé, dans une pagination rigide. « Je ne m’amuse pas », avoue-t-il, démontrant ainsi son exigence dans cet art difficile.

Ils vont donc élaborer ce roman graphique à la façon d’un cadavre exquis. Laurent dessine une séquence d’une dizaine de planches, Jim y colle des dialogues.  Pour camper Benjamin, le personnage principal, Laurent Bonneau, s’inspire d’un ami sculpteur audois, Olivier Delobel

Succès en librairie

La première séquence du livre, plante l’intrigue. Benjamin et sa femme, Romy, rentrent de Cadaquès. Le sculpteur écoute d’une oreille distraite son épouse qui conduit. Il est fasciné par une photo prise sur la plage.

Sur le petit écran de son téléphone portable on y distingue « une femme allongée, un pied en l’air, le corps tout en longueur et le visage caché ».  Et quand il relève la tête, c’est pour voir une voiture en tonneau qui va percuter leur voiture.

La photo a  véritablement été prise à Cadaquès par Jim (elle est reproduite en fin d’ouvrage). Tout le reste est invention de deux auteurs qui voulaient travailler différemment. « On s’est laissé la liberté et le désir de se surprendre », résume Laurent Bonneau. Un processus qui a duré plus d’un an et demi, pour finalement aboutir avec ce livre de 300 pages, dense, émouvant, bouleversant.

Un roman graphique qui se lit comme un tout, le lecteur n’ayant pas conscience que certaines séquences ont été réalisées des mois avant les précédentes.

Les retours sont excellents et le premier tirage a presque été épuisé en un mois, un retirage pour la rentrée sera nécessaire. Une reconnaissance du grand public que Laurent Bonneau reçoit avec plaisir.

Mais il est tout aussi fier quand des lecteurs lui écrivent pour lui expliquer que son autre BD sortie en 2021, Le regard d’un père (Éditions Des Ronds dans l’O), au tirage moindre, les a remués. Pourtant il est là dans une veine très introspective sur ses rapports avec son père, sa famille et la naissance de ses enfants. Artiste libre, ce « peintre, dessinateur, vidéaste » travaille actuellement à une BD sur son épouse et espère retravailler avec Jim. Mais il a tout son temps. 

Roman graphique d’exception



L’album L’étreinte s’ouvre sur une séquence d’accident de la route. Benjamin, le personnage principal, s’en tire avec quelques égratignures, mais Romy est dans le coma. Face à cette situation, il va devenir encore plus obsédé par cette photo, passant son temps, en dehors des visites à sa femme inerte et intubée, à rechercher cette inconnue. Il va aller à plusieurs reprises sur place, à Cadaquès, pour tenter de retrouver cette femme qui la rattache aux derniers instants conscients de sa femme.

Les séquences du récit, alternent ces recherches, souvent vaines et infructueuses, et les séquences dans l’hôpital. D’un côté la vie, les surprises, les rencontres belles ou amères, de l’autre l’antichambre de la mort, Romy, l’épouse accidentée, ne se réveillant pas. A deux reprises, Benjamin est persuadé d’avoir retrouvé l’inconnue de la plage.

Cela donne des scènes oniriques puissantes où il explique à sa femme pourquoi il doit se raccrocher à cette photo pour tenter de survivre, ne pas se laisser submerger par le chagrin. Les deux auteurs, par des dialogues ciselés au cordeau sur des planches d’une fluidité étonnante, parviennent à insuffler des émotions fortes qui prennent le lecteur à la gorge. 

« L’étreinte » de Laurent Bonneau et Jim, Grand Angle, 300 pages, 29,95 € 


Une photo 

Les 300 pages du roman graphique L’étreinte de Jim et Laurent Bonneau trouvent leur source dans une simple photo.

Un cliché pris sur une plage à Cadaquès par Jim. On y voit une femme, étendue sur le ventre, lire en bronzant. Qui est-elle ? D’où vient-elle ? Mariée, célibataire ? En se posant ces questions les deux auteurs ont imaginé la quête de Benjamin, le personnage principal. Dans le roman, c’est lui qui a pris la photo et se demande qui peut bien être cette inconnue. 

Lumière des Albères 


Laurent Bonneau a toujours plusieurs projets en cours. Aux éditions Lauma (créées avec son épouse Marie Demunter, laumaeditions.wixsite.com), il devrait sortir en octobre ou novembre Lumière des Albères. Un petit livre d’illustrations ancré dans son village. Il a demandé à des amis, voisins ou connaissances de venir poser. Il a dressé leur portrait, toujours sous le même angle avec une lumière identique. Portraits qui seront accompagnés des dessins ou peintures de cette région qu’il arpente avec plaisir depuis deux ans.