mercredi 25 mars 2026

Thriller - Sinistre Hameau sur le Danube

En décrivant les agissements des habitants du Hameau sur le Danube, Niko Tackian raconte aussi les errements guerriers de l'Europe.

Deux lieux et trois destins composent le menu de ce thriller signé Niko Tackian. Les lieux : le hameau, réplique d'un village français du XVIIIe siècle et le Danube, immense fleuve traversant toute l'Europe, chemin naturel des guerres et des exils. Les destins : Paul, un Français moyen, rattrapé par son histoire familiale à la mort de son père, Léna, jeune Allemande à la recherche des meurtriers de sa jeune sœur et Dmitri, virtuose russe, obligé d'aller se battre contre les Ukrainiens dans une guerre qu'il va fuir. Ces trois parcours parallèles permettent à l'auteur de donner une grande diversité de ton et de style à ce roman haletant. Le lecteur passe donc des transports en commun parisiens (Paul est chauffeur à la RATP), aux salons de massage de Berlin (Léna survit péniblement en esquivant les propositions salaces des clients et de son patron) au front du Donbass, entre boue, neige fondue, chairs putréfiées et snipers sans pitié, terrifiant quotidien de Dmitri, soldat russe qui a miraculeusement conservé son seul bien de valeur : un violon.

Trois solitaires qui arrivent à un tournant de leur vie. Paul apprend la mort de son père qui l'a abandonné quand il était bébé. Il va hériter d'une fortune. Léna est contactée par la police car sa jeune sœur vient d'être découverte assassinée, son corps malmené après des mois passés dans les eaux du Danube . Dmitri, enfin, n'en peut plus. Il va déserter, troquer son violon contre un passage vers l'Ouest dans une péniche qui remonte le Danube de la Roumanie à l'Allemagne en passant par Vienne en Autriche. Ce fleuve est au centre du roman : « On appelait le Danube le fleuve noir, car son lit, profond et chargé de limon, absorbait la lumière comme une gueule affamée. Dmitri fixait ses eaux, hypnotisé par son mouvement(...) Il se demanda combien de gens comme lui il avait transporté. Combien d'amoureux, de fuyards, de soldats... combien d'espoirs brisés charriait-il dans son ventre d'ombre ? »

Des trois atmosphères décrites par Niko Tackian, celle de la fuite de Dmitri est la plus prenante. En se plongeant dans la détresse, les doutes et la détermination du soldat russe déserteur, on comprend mieux cette guerre qui ravage le sol européen, à quelques centaines de kilomètres de chez nous.

Finalement, ces trois errants solitaires, ballottés par les événements, vont s'échouer sur une petite île isolée du Danube, pas loin de Vienne en Autriche. Là où a été construit la réplique du Hameau de Marie-Antoinette, petit village édifié dans le parc du château de Versailles, lieu où elle aimait jouer à la paysanne avec ses amis de la Cour. Une partie historique du roman, comme pour démontrer que la folie guerrière des peuples européens est une constance de notre Histoire

« Le hameau » de Niko Tackian, Calmann Lévy, 360 pages, 20,50 €

jeudi 19 mars 2026

True crime - Le feuilleton Eugène Weidmann en quatre fascicules chez 10/18

Le genre du « true crime » associé au feuilleton : simple mais il fallait trouver la matière pour transformer l'idée en expérience éditoriale et littéraire convaincante. Cyril Gay a relevé le défi et inaugure une nouvelle collection chez 10/18. Un fait divers raconté dans quatre fascicules hebdomadaires. 

Découvrez « L'affaire Eugène Weidmann » qui a passionné le public avide de morts violentes à la fin des années 30. Cet Allemand, parlant parfaitement l'anglais et le français, a tué plusieurs personnes à Paris et dans les environs. Pour des butins dérisoires la plupart du temps. Des femmes seules trop naïves et des hommes attirés par de fausses opportunités financières. 

Le texte est incisif, direct, entre récit journalistique et historique. Il est renforcé par une importante iconographie : photos des tueurs, des victimes et des lieux des drames. Un tout petit prix (4,95 euros chaque numéro), pour  se souvenir que côté délinquance et meurtres gratuits, non, ce n'était pas mieux avant.

mercredi 18 mars 2026

Thriller - Confinement puissance 1000 dans ce thriller de Michaël Mention


Le Covid et le confinement ? La bonne blague ! Pour s'en persuader il vous suffit de lire « Qu'un sang impur », thriller horrifique signé Michaël Mention. Dans ce thriller, la France (comme le reste de la planète), est frappé par un mal mystérieux. Les arbres sont les premiers à souffrir en perdant leurs feuilles. Mais quand les humains se transforment en tueurs assoiffés de sang, le gouvernement décrète... le confinement. 

Le roman raconte ces quelques jours de folie meurtrière en suivant une famille française basique, Matt, Clem et leur fils Téo de quatre ans. Entre belle solidarité, trahison, opportunisme, sacrifices et coups tordus, ce sont tous les aspects de l'Humanité qui sont passés à la moulinette par le romancier, imaginant le pire de jour en jour. Les survivalistes vont adorer, les amateurs de frissons se poser bien des questions.

« Qu'un sang impur » de Michaël Mention, Belfond noir, 336 pages, 20 €  L'auteur fait partie des invités du Festival Méditerranée polar et imaginaire du 12 au 14 juin sur le Lydia au Barcarès.



jeudi 5 mars 2026

Roman - Les couleurs envoûtantes de Montréal

Voyage fantastique dans le temps avec « L'incroyable histoire de Mary Gallagher », roman signé du Canadien francophone, Eric Dupont.

Découvrez la ville de Montréal comme vous ne l'avez jamais vue. La cité canadienne est la véritable héroïne de ce roman, inédit en France, d'Eric Dupont. Une ville racontée à deux époques différentes. D'abord à la fin du XIXe siècle, quand la vie dans cette colonie française ressemblait plus à celle du moyen âge européen. Puis en 1967, quand Montréal accueillait le modernisme triomphant lors de l'exposition universelle. Avec pour se retrouver dans ces méandres du temps deux guides : Mary Gallagher et Aimé Sanschagrin. Personnages touchants, aux parcours hors normes, ballottés par leur problème (pouvoir ?) provoqué par leur sensibilité extrême aux couleurs, notamment le rouge. Entre roman historique et fable fantastique, « La couleur du temps » parle aussi de melon, de prostituées, d'ordres religieux et d'avortement clandestin. C'est foisonnant, riche et très réussi.

Tout commence véritablement en 1879. Mary Gallagher, jeune prostituée au parcours riche en péripéties, est retrouvée sauvagement assassinée. Pour comprendre pourquoi, l'auteur retrace toute sa vie qui a débuté... dans un melon. En ces temps où l'exploitation des enfants était la base de toute la société (on ne vivait pas vieux, mieux valait vite rentabiliser les bouches à nourrir), un agriculteur du cru produit un succulent melon. Mais pour qu'il mûrisse malgré le froid de l'Amérique du Nord, il faisait dormir des enfants autour des fruits. Et un matin, dans un melon, un bébé a poussé son premier cri : Mary. Passionnée de jardinage, elle sera victime de du patriarcat, obligée de fuir sa famille d'accueil et de se prostituer.

Vortex temporel

Toujours à Montréal, mais en 1967, Aimé Sanschagrin est le fils d'une descendante de la famille de Mary et d'un sauvageon reconverti en médecin, spécialiste de l'avortement. Il a été recueilli par un autre médecin, homosexuel caché.

L'occasion pour Eric Dupont de décrire ce milieu bourgeois et francophone, dans les années 60, encore très conservateur et prude. Aimé souffre d'une étrange maladie. Il est hyper sensible au rouge. Quand il visite un pavillon de l'expo universelle de 1967, il est pris dans un vortex temporel et débarque dans le Canada des premiers colons. Il va y croiser Mary.

Loin de se réduire à ces deux trajectoires, le roman part dans tous les sens au grand bonheur du lecteur qui n'en demandait pas tant. On ira aux USA dans une communauté hippies bizarre (que des roux), au sein d'une procession religieuse pour demander de l'aide à Dieu face à une invasion de doryphores ou dans une salle de tribunal, véritable série Netflix d'avant l'invention de la télévision.

« La couleur du temps ou l'incroyable histoire de Mary Gallagher », Eric Dupont, éditions 10/18, 360 pages, 8,90 €