jeudi 30 septembre 2021

BD - Monde éternel


La fin du monde ? Pure spéculation de colapsologues mal embouchés selon l’homme du couple de cet album de gags imaginés par Tronchet. La femme par contre est persuadée qu’il faut se préparer. 

Cette dualité permet des confrontations aussi ubuesques que tragicomiques entre M. et Mme. Lui, ce qui lui importe c’est que la connexion internet soit bonne. Et qu’il y a toujours que papier toilette. Elle sait qu’il faudra vivre à la campagne en autosuffisance. Alors si la fin du monde est inéluctable, êtes-vous prêt pour en rire ? 

« Les catastrophobes », Fluide Glacial, 12,90 €

Série Télé - Cobayes de luxe dans « Nine perfect strangers »


Les centres de remise en forme ont le vent en poupe. Parfois très efficaces, ils permettent aussi à quelques escrocs de faire de substantiels bénéfices avec quelques artifices. Et puis il y a Tranquillum, lieu à l’écart de tout, imaginé et dirigé par la très intrigante Masha (Nicole Kidman). Nine Perfect strangers, série, diffusée actuellement sur Amazon Prime Vidéo au rythme d’un épisode par semaine, raconte le séjour à Tranquillum de neuf personnes venues de différents horizons. Un couple, une famille (parents et fille) et des individus, souvent mal dans leur peau, cachant des secrets inavouables. 

Neuf « cobayes » sélectionnés par Masha qui est persuadée que c’est l’alchimie du groupe qui va permettre à chacun d’aller mieux. Mais rapidement l’ambiance se dégrade, les accrochages entre patients se multiplient et seuls les smoothies servis au petit-déjeuner (et bourrés de drogues psychotropes), permettent de poursuivre l’expérience. Si Nicole Kidman en grande prêtresse est moyennement convaincante, par contre tous les autres participants de la série sont formidables dans leurs interprétations de ces grands écorchés vifs. 

Melissa McCarthy, comique de service, sait jouer la romancière désespérée. Bobby Cannavale, en ancienne gloire du foot tombée dans l’oubli après une blessure, est très convaincant. Regina Hall, l’enthousiaste de service, toujours partante pour les activités et résolument optimiste cache au fond d’elle une violence sans limite. Reste le cas de Lars (Luke Evans). Ce journaliste d’investigation tente de découvrir qui se cache derrière Tranquillum. Mais lui non plus n’est pas forcément équilibré dans sa tête. Au fil des épisodes, cela devient de plus en plus extrême. Une tension savamment orchestrée par le concepteur de la série, David E. Kelley

mercredi 29 septembre 2021

BD - Les monstres de la brume


Suite de "Créatures", cette très réussie série fantastique écrite par Betbeder et dessinée par le très doué Canadien Djief. Entre Seuls et Stranger Things, découvrez le New York d’après l’apocalypse


Une brume transforme les adultes en zombies en quête de sucre. Les enfants sont parfois épargnés. La petite bande menée par Chief tente de survivre. Mais l’origine de la brume, une sorte de créature alien, semble très attirée par Minus, un gamin aux pouvoirs encore insoupçonnés. C’est passionnant, plein de rebondissements et chaque album court sur 72 pages. 

« Créatures » (tome 2), Dupuis, 12,50 €

BD - Poésie postale des "Lettres perdues" de Jim Bishop


On oublie parfois combien la bande dessinée est adaptée aux récits poétiques. Lettres perdues de Jim Bishop est un long poème surréaliste sur l’enfance. Iode, jeune adolescent, vit seul en bord de mer. Il attend une lettre de sa mère. 

Mais comme tous les jours, le facteur (un poisson clown), n’a rien pour lui. Iode, persuadé que la lettre s’est égarée, va aller tenter de la retrouver à la Poste. Ce périple, étonnant, nous raconte aussi le futur de la planète. Les Humains ayant pollué les mers, les poissons ont été obligés de muter pour vivre sur la terre. Il y est aussi question de policières infiltrée dans la mafia locale, dirigée, littéralement, par une pieuvre.

« Lettres perdues », Glénat, 22 €

Netflix - Horreur, une série avec des chatons !


Défenseurs des animaux, ne vous risquez pas à jeter un œil sur la dernière mini-série horrifique mise en ligne par Netflix. Dans Brand new cherry flavor, vous pourrez voir la naissance de quelques chatons. Le miracle de la vie ? Non, une sorte d’enfantement dans la douleur de boules de poils synonymes de malheur et de drames à venir.

Mais avant que ces chatons horrifiques n’entrent en scène, on fait la connaissance de Lisa Nova, le personnage principal de cette histoire tirée d’un roman de Todd Grimson et adaptée par Nick Antosca et Lenore Zion. Dans les années 90, cette apprentie cinéaste arrive à Hollywood avec dans ses valises les bobines de son court-métrage tourné en noir et blanc. Le petit film d’horreur a tapé dans l’œil de Lou Burke (Eric Lange), célèbre producteur. Lou est dans une mauvaise passe. Il n’a pas produit le moindre succès depuis quelques années. Il flaire dans cette histoire une opportunité d’exploser le box-office. Lisa signe un contrat avec lui. Mais qui finalement s’avère un piège pour la jeune fille. Le filou récupère les droits du film et demande à un de ses protégés de le réaliser. 

Lisa, désespérée et très énervée décide de se venger. Vengeance qui prend forme quand elle croise la route de Boro (Catherine Keener), une sorcière qui va deviner dans Lisa un potentiel magique insoupçonné. C’est à ce moment que les chatons font leur apparition. Chatons qui sortent de la bouche de Lisa et servent de monnaie d’échange dans la vengeance mise en place par Boro.

Cette simple mise en bouche plante le décor d’une série qui flirte avec l’ambiance des films de David Lynch. Mais les créateurs ont fait le choix de ne pas occulter les parties résolument gore et de pimenter le tout avec quelques scènes de sexe soft. Bref, Brand new cherry flavour va vous surprendre de bout en bout, à l’opposé de tout formatage vu et revu dans des productions plus ternes et consensuelles qui prolifèrent sur les plateformes de streaming par abonnement. 

mardi 28 septembre 2021

Roman - L’Ouest violent du "Gangstern" de Robert Pico

« Gangstern comme on dit… Western ! »… Du saloon aux casinos, l’éditeur Carcassonnais Jean-Marc Savary publie le nouveau roman de Robert Pico dans une Amérique racontée par ses gangsters. Une foisonnante fresque cinématographique, par un auteur tiraillé des deux côtés de l’Atlantique.  Robert Pico fait parler la poudre. 

Écrivain, musicien, compositeur pour Delon, Régine, Bourvil et bien d’autres…, l’écrivain originaire de Montauban sort un vingtième livre qui ne vous laissera pas de marbre. Dans la Dépêche, l’auteur explique que « cette biographie historique, qui tient de la fresque cinématographique, raconte les diableries du gangster Kenny Braco (1880-1938) personnage Américain haut en couleur, né d’un viol, en Louisiane, abandonné par sa mère et adopté par un couple qui, de Louisiane, s’est fixé au Nouveau-Mexique, à Santa Fe. »

 En 58 ans, il a connu et vécu la Révolution mexicaine, la Prohibition et la guerre des gangs dans les régions du Rio Grande.

« Gangstern » de Robert Pico, Jean-Marc Savary éditeur, 23 €

 


DVD et bluray - « L’étreinte » de la cinquantaine


Pour son premier film, Ludovic Bergery a donné le rôle principal à une femme de 50 ans. Dans « L’étreinte » (Pyramide Vidéo), Margaux, interprétée par Emmanuelle Béart, vient de perdre son mari. Elle doit faire son deuil et commencer une nouvelle vie de veuve. Mais que veut dire « être veuve ? » Il y a la mort dans cette expression alors que cette femme, au contraire, découvre que rien n’est terminé. Elle décide de reprendre des études en littérature et fait face à une forte envie de ressentir de nouvelles émotions, d’aimer tout simplement. Un film sensible sur le deuil, l’absence et l’instinct de survie

Le DVD offre dans ses bonus un entretien avec l’actrice et le réalisateur et le court-métrage « L’accara rouge », premiers pas de Ludovic Bergery à la réalisation. 

BD - Fantômes roumains


Suite et fin de la première enquête d’Angel, héros imaginé par Christophe Bec dont les aventures sont dessinées par Claudio Montalbano

Ce journaliste roumain tente de découvrir qui vit dans un château abandonné de la petite bourgade de Bräncvastel, au cœur des Carpates. Fantôme ou mauvais plaisantin ? Entre Histoire, légendes, fantastique et triste vengeance, cet album pose les bases de ce qui pourrait être une série promise à un bel avenir. 

« Le sanctuaire des hérétiques » (tome 2/2), Soleil, 14,50 €

lundi 27 septembre 2021

Thriller - "Si j'étais toi", une dangereuse homonymie


Dans une petite ville de Californie, Kelly Molina découvre qu’une autre femme porte le même nom. Femme au foyer, s’ennuyant depuis que son fils unique Aaron est parti poursuivre ses études, elle se transforme en détective amateur. Elle finit par retrouver l’autre Kelly, une jeune femme de 20 ans, vivant seule avec son bébé de quelques mois. La première Kelly décide d’aider la seconde. Ce thriller d’Amber Garza, son premier roman, débute comme une sorte de roman social sur la vie d’une épouse (le mari passe la semaine au travail ne revenant que, parfois, le week-end) désœuvrée. On a droit aux brunchs, cours de yoga et manucures avec les copines. Mais cette réalité clinquante va se craqueler. La vieille Kelly n’est pas ce qu’elle affirme. La jeune non plus. 

« Si j’étais toi » d’Amber Garza, Lattès, 21,90 €

Cinéma - La douce petite musique d’une bande de faux durs

Presque truands, les personnages de Cette musique ne joue pour personne ont aussi un cœur tendre et un fond poétique.

Jeff (François Damiens) et sa « bande » de méchants : Bouli Lanners, JoeyStarr, Ramzy Bedia et Gustave Kervern. David Koskas pour Single Man Productions


Sur le port de Dunkerque, Jeff (François Damiens) fait ses petites affaires, pas toujours légales. Il a pris la succession de son père et a dans sa petite bande quatre gros durs au cœur tendre. Un peu bras cassés aussi. Bref, une belle brochette d’Humanité qui tente de survivre tant bien que mal. Cette musique ne joue pour personne de Samuel Benchetrit fonctionne un peu comme une série composée de plusieurs arcs. Au début, on découvre comment Jacky (Gustave Kervern), armé d’une hache, vient régler son compte au comptable de Jeff. Mais, ce dernier est mort et il est accueilli par sa veuve, Suzanne (Vanessa Paradis). Les milliers d’euros manquant dans la caisse ont servi à financer la pièce de théâtre où Suzanne interprète Simone de Beauvoir

Seconde intrigue, la boom de la fille de Jeff. Un peu boulotte, personne dans son lycée ne veut venir. Ce sont Poussin et Jésus (Bouli Lanners et JoeyStarr) qui vont aller persuader ces jeunes un peu trop sectaires. Enfin, on découvre que Jeff, participe à un atelier de poésie. Il tente de séduire une jolie caissière de supermarché avec ses poèmes. Totalement abscons, la belle y est insensible. Par contre, elle est irrésistiblement attirée par la gaucherie de Neptune (Ramzy Bédia), chargé de lui apporter les poèmes. Neptune est quasiment le demi-frère de Jeff à qui il sert de chauffeur et d’homme à tout faire. Dont porter des poèmes. Puis à les écrire. 

Ces histoires sont reliées entre elles par la concurrence devenue de plus en plus ardue sur le port. Des petits jeunes assez violents. Mais Jeff, en plein trip poétique, préfère laisser couler. Si l’on ajoute au milieu un court-métrage avec Vincent Macaigne, le spectateur en a pour son argent. 

Au final, chacun sera plus ou moins touché par ces héros du quotidien. Les rieurs adoreront les dialogues entre Poussin et Jésus, sorte d’hommage aux films de gangsters. D’autres se fascineront pour le personnage de Suzanne, bègue qui retrouve une élocution parfaite quand elle interprète Simone de Beauvoir. Les plus jeunes riront des saillies de la fille de Jeff et de ses méchantes amies. Enfin, les plus romantiques ont l’embarras du choix entre l’idylle de la caissière et Neptune ou le coup de foudre de Jacky pour la veuve comédienne. Un film d’amours, au pluriel.

"Cette musique ne joue pour personne", film de Samuel Benchetrit avec François Damiens, Vanessa Paradis, Valeria Bruni Tedeschi



De choses et d’autres - Un influenceur + un influenceur = zéro

En tant que Boomer (ça y est, j’ai passé le cap des 60 piges), je ricane en découvrant l’audience calamiteuse d’une série télévisée portant sur le monde des influenceurs. Vous savez, ces jeunes qui revendiquent des millions d’abonnés sur les réseaux sociaux et qui feraient, désormais, la pluie et le beau temps dans l’opinion publique, selon eux.

NRJ12, la chaîne de la TNT qui s’illustre essentiellement par ses programmes de téléréalité, décide de se lancer, elle aussi, dans le feuilleton avec, tous les soirs à 18 h, un épisode de la série « Influences ». La vie au quotidien d’une agence d’influenceurs.

On est dans le cœur de cible du public visé, avec cependant cette nuance : la série entend raconter les coulisses de ce monde nouveau. Comment on fabrique une star ? Comment elle peut gagner des millions, sans avoir le moindre talent ? Comment une fausse histoire d’amour peut relancer deux carrières en berne ?

La chaîne n’a pas un gros budget, plusieurs rôles sont, donc, confiés à des… influenceurs. Et comme le scénario ne fait pas dans la délicatesse, l’ensemble semble étrangement plus factice que les émissions de téléréalité déjà très éloignées de la vie quotidienne.

Voilà comment le feuilleton, après de timides débuts à moins de 30 000 téléspectateurs (sur l’ensemble de la France), a signé lundi un record peu enviable. Seulement 3 000 personnes selon Médiamétrie pour regarder « Premier succès », l’épisode 6 qui portait très mal son nom. La fameuse part d’audience est donc de 0 % tout rond pour cause de chiffre inférieur à la marge d’erreur.

Comme quoi ces influenceurs ne sont finalement pas la panacée.

dimanche 26 septembre 2021

Cinéma - “Tout s’est bien passé” derniers mots d’une vie

Diminué après un AVC, un père demande à sa fille de l’aider à en finir. François Ozon signe un film fort en émotion.

Emmanuelle (Sophie Marceau), par amour, organise le suicide de son père (André Dussollier) en Suisse. Carole BETHUEL/Mandarin Production/Foz

Quand André (André Dussollier), cloué dans son lit d’hôpital après un AVC demande à sa fille de « l’aider à en finir », la vie d’Emmanuelle (Sophie Marceau) bascule dans une lutte incessante entre espoir et résignation. Ce film de François Ozon, tiré du roman Tout s’est bien passé d’Emmanuelle Bernstein, inspiré de sa propre expérience, raconte le cheminement de la famille face à l’idée de suicide, de mort. On a tous, à un moment de notre vie, après avoir passé le cap de la trentaine, pensé à la vieillesse. Jusqu’où on peut s’accrocher ?  

André, 85 ans, a déjà eu plusieurs ennuis de santé. Mais cet AVC semble beaucoup plus grave. Quand il se réveille, il a le côté droit paralysé. Les risques de récidives sont importants. Emmanuelle et sa sœur Pascale (Géraldine Pailhas) se relaient à son chevet. Contre toute attente, son état s’améliore un peu. Il quitte le service de neurochirurgie où il a demandé à sa fille de l’aider à mourir pour un hôpital plus humain. Il fait des progrès, mais, à chaque visite d’Emmanuelle, il relance la discussion sur le sujet, lui demande si elle s’est renseignée, comment faire, quand, où ?

Par des touches subtiles et des flash-back distillés à bon escient, on comprend qu’entre Emmanuelle et son père cela n’a jamais été le grand amour. Il était méchant avec elle. Elle le détestait. Elle avoue à un moment, « c’était un mauvais père, mais j’aurais adoré l’avoir comme ami. » Et telle une petite fille qu’elle est un peu restée, elle se renseigne à l’Association pour le droit de mourir dans la dignité et contacte une structure en Suisse pour la dernière étape. Avec une réalité crue, Tout s’est bien passé raconte dans les détails les modalités de ce suicide assisté dans un pays qui le tolère. En France, c’est encore un sujet tabou. Voire dangereux : les personnes n’ayant pas agi pour empêcher un suicide risquent la prison pour non-assistance à personne en danger. 

Le sujet, grave et morbide, ne manque pas d’émotion, mais n’en fait pas trop. François Ozon est parvenu à mettre un soupçon de drôlerie ou d’humour dans ces scènes essentiellement tournées dans des chambres d’hôpital. Enfin, il faut saluer la performance de tous les comédiens, les deux principaux évidemment, Sophie Marceau prouvant que c’est une grande actrice, André Dussollier capable de toutes les transformations, sans oublier Géraldine Pailhas, parfaite sœur à l’écoute et Grégory Gadebois dans le costume d’un énigmatique personnage surnommé par les sœurs « Grosse merde » et qui traîne près de la chambre d’André.

“Tout s’est bien passé”, film de François Ozon avec Sophie Marceau, André Dussollier, Géraldine Pailhas

 



Cinéma - “After Love”, étrange vaudeville post mortem


Entre Calais et Douvres, un homme mène deux vies. Une femme officielle en Angleterre, une maîtresse en France. Ahmed, originaire du Pakistan, cloisonne ses deux vies. Un secret préservé jusqu’au bout. Un soir, il rentre d’une soirée avec son épouse Fahima (Joanna Scallan) et meurt d’un coup d’un seul, une fois installé dans son fauteuil. La veuve, totalement déboussolée, trie les affaires et découvre, dans le portefeuille de son mari, la carte d’identité d’une certaine Geneviève, Française vivant à Calais. La lecture des messages sur le téléphone ne laisse aucun doute sur leur relation. Veuve et cocue. 

After Love, premier film d’Aleem Khan a parfois des airs de vaudeville qui n’ose pas dire son nom. Car, Fahima va se rendre à Calais pour dire la vérité à Geneviève (Nathalie Richard) : elle est la femme d’Ahmed, il est mort. Mais sur le pas de la porte, Fahima est paralysée et Geneviève la prend pour une nouvelle femme de ménage. Fahima va découvrir le second foyer de son mari cachotier. Ainsi que l’existence de Salomon, un adolescent. 

Rapidement, le film prend une dimension humaine très forte avec une multitude de thématiques : le pardon, la jalousie, la renaissance. C’est parfois un peu lent, mais la performance des deux actrices rattrape ces petits trous d’air.

"After love", film d’Aleem Khan avec Joanna Scanlan, Nathalie Richard, Nasser Memarzia

 


De choses et d'autres - Information en perdition

Un jour ou l’autre, on perd tous quelque chose auquel on tient. Une bague qui vient des grands-parents, un livre dédicacé qu’on relit régulièrement ou, c’est souvent plus compliqué pour la suite, ses papiers d’identité avec carte de crédit, clés de la voiture et de la maison.

Et puis il arrive que des objets disparaissent, mais on ne sait pas comment et surtout pourquoi son propriétaire y tient tant. Exemple avec cette information diffusée par France Bleu Creuse à propos d’un Belge venu participer au championnat européen de la coupe mulet. Arrivé à vélo depuis Mons en Belgique (600 km juste pour l’aller), il a perdu « le 7 septembre, entre Châtelus-le-Marcheix et Le Châtenet-en-Dognon », sa perruque mulet fétiche. Il lance donc un appel à la radio pour retrouver ce postiche qui a fait tout le voyage avec lui. Il y tient essentiellement pour sa valeur symbolique car une perruque mulet (c’est peut-être la seule information valable de l’article) coûte à peine 15 euros.

Un peu plus cher et encombrant cet objet perdu le 13 septembre au-dessus des Landes. Un « cylindre de couleur bleu, qui fait 10 cm de diamètre et mesure 1,90 m de long » L’appel est lancé par l’armée de l’air car ce que l’avion militaire, un Mirage 2000, a perdu ce jour-là, c’est tout simplement une bombe.

Cela a fait les gros titres de quelques sites en mal de clics. Sites qui n’ont précisé qu’en tout dernier lieu que la bombe est inerte et factice, ne représentant donc aucun danger. Aux dernières nouvelles, ni la perruque mulet ni la fausse bombe n’ont été retrouvées.

samedi 25 septembre 2021

Roman policier - Les premiers pas de Marie-Bernadette Dupuy

Sans que personne ne s’en aperçoive, Marie-Bernadette Dupuy est devenue une des romancières les plus lues en France. Ses sagas familiales se vendent à des millions d’exemplaires. Pour faire patienter les fans, elle ressort ses premiers écrits des années 90. Voici donc les deux premières enquêtes de Maud Delage, policière basée à Angoulême. Presque du polar local, mais avec cette petite touche qui fait la différence. 

Maud, jeune et célibataire, va résoudre deux affaires. La première voit un couple retrouvé égorgé dans une caverne isolée, la seconde se déroule dans le milieu des bolides d’antan participant au Rallye des Remparts, célèbre course charentaise.  

« Les enquêtes de Maud Delage », Calmann-Lévy, 18,90 €

De choses et d’autres - Capsules trompeuses

Je me dois de partager avec vous mon fou rire du jour. D’autant que je me suis un peu reconnu dans le portrait peu flatteur que cette femme fait de son mari.

Elle publie une petite annonce sur le net et explique que « pour cause de mari débile » elle vend une « boîte de 30 capsules Nescafé Dolce et Gabano ou je sais plus quel truc qui rime en O ». Elle lui avait demandé des capsules Nespresso et précise un poil énervée : « Ça fait 8 ans qu’on a la machine ! »

Chère madame, je me permets de vous faire remarquer que malheureusement, les hommes ont souvent des problèmes avec les listes de courses. Moi en particulier. J’ai deux problèmes quand je suis seul au magasin en mission commandée : je ne trouve pas ce qui est demandé et quand je crois l’avoir déniché, je me trompe.

Presque une malédiction sous le signe du beurre doux à la place du demi-sel, de la pâte brisée à la place de la feuilletée. J’avoue, seul en courses, je suis catastrophique. Pas au point du mari aux mauvaises capsules, cependant.

Dans la petite annonce, l’épouse en remet une couche : « L’autre fois je lui demande un pot de gommage moussant et il m’a ramené un pot de houmous. » Le meilleur pour la fin, le mari, pour justifier son achat argumente : « C’est dommage, on aurait pu en donner à notre fils de 8 ans au petit-déjeuner ».
Réponse définitive de madame : « Le 7, c’est l’intensité du café, pas une recommandation de jeu vidéo, pauvre nouille ! ». Les nouilles, c’est quel rayon déjà ? 

Chronique parue en dernière page de l’Indépendant le lundi 27 septembre 2021

vendredi 24 septembre 2021

BD - Lady S en prison


Lady S, personnage créé par Van Hamme et dessiné par Aymond sait désormais qui elle est. Le premier cycle a permis de dévoiler ses véritables origines. Mais elle reste une espionne en or, toujours prête à aider le monde libre. Dans cette 15e aventure, elle est en Indonésie. En vacances avec sa tante. 


Avant de rejoindre Bali elle est l’invitée d’un diplomate américain qu’elle a connu dans sa jeunesse. Quand elle surprend une conversation prouvant que c’est un traître, elle décide d’agir. Mais rien ne va se dérouler comme prévu et Lady S se retrouve en prison, sa tante aux mains des services secrets chinois

L’album, en plus de mettre en lumière la puissance de la Chine dans cette région du monde, montre l’enfer des prisons indonésiennes. Un album édifiant. 

« Lady S » (tome 15), Dupuis, 12,50 €

De choses et d’autres - Rire, mais en duo avec Poiret et Serrault

Ils étaient la coqueluche de Paris dans les années 50. Le duo Poiret et Serrault a débuté au cabaret en interprétant des sketches où la fantaisie se battait en duel avec l’absurde. Des sketchs parfois oubliés retrouvés et publiés dans ce livre que tous les humoristes d’aujourd’hui devraient lire de toute urgence. Leur spécialité au début étant la parodie d’interview. Ainsi en cette période de prix littéraires, le sketch sur les œuvres (et la prétention) du romancier Stéphane Brineville semble encore tout à fait d’actualité en pleine résurgence de l’autofiction

Mais le plus flagrant est le sketch sur M. Schnops, réfugié politique venu demander l’asile en France. Poiret, en bon journaliste demande à Serrault s’il a fui l’URSS ou un pays communiste (on est en pleine guerre froide), mais ce dernier avoue qu’il est Suisse. Mais pourquoi quitter ce pays démocratique et pacifique ? 

« Car la tyrannie du régime helvétique pèse sur tout… Toutes les libertés sont réduites à néant. » 

Vous ne trouvez pas que la parodie ressemble à l’actualité d’aujourd’hui ?

« Poiret et Serrault, les sketchs », chez Calmann-Lévy, 18,90 €  

Chronique parue en dernière page de l’Indépendant le samedi 25 septembre 2021

jeudi 23 septembre 2021

BD - La Fantasy en bande


La fantasy se permet parfois d’être impertinente. C’est le cas d’Orépia scénariste par Fabien Dalmasso. La série raconte les aventures d’une bande de mercenaires. Dans le premier tome, ils sont au service d’un noble mais décident finalement de détaler face aux attaques de l’armée d’un mage très puissant. 

Leurs pérégrinations dans ce royaume d’Orépia donnent l’occasion au lecteur de découvrir les mentalités des différents personnages. 

On salue plus particulièrement Hermine, une fée qui aime massacrer et tuer tout en parlant comme un charretier, ou Fram, un Sylvan aux grandes oreilles détestant les Humains. Il vivait dans les forêts. Mais ces dernières sont devenues très rares. À cause des humains…

« Orépia » (tome 1), Soleil, 14,50 €

De choses et d’autres - Les pubs du monde d’avant sont de retour

Pour ceux qui doutent du retour en force du monde d’avant, il leur suffit d’aller jeter un œil à leur boîte aux lettres. S’ils n’y ont pas apposé l’autocollant « Stop à la pub », ils ont constaté que les prospectus arrivent de nouveau en quantité.

Mercredi, c’est plus d’un demi-kilo de dépliants et catalogues divers qui ont atterri chez moi. Comme si la reprise de la consommation ne suffisait pas, il fallait en plus pousser les Français à acheter encore et encore. Mais que nous conseille-t-on d’acquérir en ces temps sombres entre pandémie et fin du monde pour cause de dérèglement climatique ? Des canapés et des téléviseurs encore plus grands pour les enseignes spécialisées.

La pub s’adresse aussi aux gens dans le coup puisqu’on propose une banquette-lit en palettes pour 300 €. Ce sont de fausses palettes, sans doute plus confortables, mais ne vaut-il pas mieux faire avec le matériau original qui est souvent gratuit ?

Dans les grandes enseignes, les promos touchent surtout ce qui se mange. Des pages et des pages de photos de viande sanguinolente ou de poissons à l’œil éteint. Feuilleter ces prospectus permet de voyager à moindres frais. Saumon de Norvège, agneau de Nouvelle-Zélande, crevettes d’Équateur ou avocats du Kenya, tous les continents s’offrent à nos papilles.

Attention, ces pubs d’un autre âge continuent à plomber notre bilan carbone. Même recyclé ce papier n’est pas neutre. Et savoir que le « trafic est fluide pour la Normandie », jeu de mot approximatif pour promouvoir de la crème légère, ne m’apporte pas grand-chose.

Finalement, je vais moi aussi accoler l’autocollant « Stop à la pub ». Même si j’y perds certainement quelques idées de chroniques…

Chronique parue en dernière page de l’Indépendant le vendredi 24 septembre 2021

mercredi 22 septembre 2021

BD - Radar revient


Bézian fait partie des habitués du festival du disque et de la bande dessinée de Perpignan (le week-end prochain). Sa venue correspond à la sortie du 3e et dernier album des aventures du Dr Radar imaginées par Simsolo


Dans l’esprit des feuilletons du début du XXe siècle, le Dr Radar, tel un Fantomas, sème la mort et le désordre. Il s’attaque à Venise dans cet album avant de tenter de bombarder toutes les grandes capitales européennes depuis une fusée. Heureusement les deux héros, Ferdinand Straub et Pascin, osent tout pour l’empêcher de trop nuire. 

Les planches sont tellement belles que les éditions Glénat ont décidé de les exposer dans leur galerie à Paris. A ne pas manquer jusqu’au 28 septembre. 

« Docteur Radar » (tome 3), Glénat, 19,50 €

De choses et d’autres - Entre Montpellier ou la planète Mars, faut choisir

Ainsi donc, la ligne à grande vitesse entre Perpignan et Montpellier avance. Pas trop et pas trop vite, mais elle avance. Le calendrier est de nouveau mis à plat et au regard des dernières décisions gouvernementales, des délais normaux pour le foncier et, bien évidemment, la phase de construction, on arrive désormais à la date approximative d’après 2040.

Encore près de 20 ans à attendre, telles des vaches dans le pré qui ruminent en regardant passer les tortillards. Mais, attention, 2040 c’est pour la jonction avec Perpignan.

La ligne entre Montpellier et Béziers, elle, pourrait être mise en service beaucoup plus tôt. Enfin, pas tant que ça, les prévisions les plus optimistes évoquant l’année 2033.

Cette ligne est en train de devenir la Sagrada Familia du sud de la France. Un chantier qui n’en finit plus. Chaque année qui passe rajoute deux ou trois ans à la date finale des travaux.

En comparaison, les Américains estiment qu’ils pourront lancer un vol habité vers Mars en 2033 ou, plus certainement, lors de la fenêtre de tir suivante de 2037. Dans tous les cas de figure, il semble plus simple d’aller sur Mars que de prendre un véritable TGV de Perpignan à Montpellier.

De toute manière, si cela continue à ce rythme, les dernières traverses des rails seront posées vers 2070, au moment même où une équipe d’ingénieurs mettra au point la téléportation instantanée rendant totalement caduques toutes ces installations.

Et, à ceux qui me rétorquent que c’est de la pure science-fiction, je répondrais que cette ligne TGV en a aussi tous les airs.

Chronique parue en dernière page de l’Indépendant le jeudi 23 septembre 2021

mardi 21 septembre 2021

Rentrée littéraire - Thomas B. Reverdy et l’aventure du « Climax »

À l’heure de la primaire écologiste avant la présidentielle en France, ce roman devrait faire réfléchir bien plus que les 120 000 inscrits et potentiels participants. Thomas B. Reverdy est parti d’un fait : la Norvège a construit une plateforme pétrolière nommée Ragnarok. Encore plus au nord, vers de nouvelles réserves d’or noir, dans cette mer arctique qui fond comme neige au soleil. Expression qu’on va bientôt modifier par « comme banquise sous l’effet du réchauffement climatique ». 

Loin d’être un pensum scientifique, Climax se présente comme un roman d’aventures. Un premier accident sur la plateforme fait revenir au pays Noah, un ingénieur. Il va de nouveau croiser la route de ses amis d’enfance. Quand ils passaient des nuits à vivre des aventures fantastiques dans des jeux de rôles basés sur les légendes scandinaves. Quand ils escaladaient le glacier qui domine la région. En plus de l’action qui semble conduire inéluctablement vers la fin du monde, des chapitres racontent les animaux menacés de cette région. L’ours blanc, évidemment, « un des seuls prédateurs qui n’avait pas peur de l’homme avec les crocodiles et les grands requins blancs ». L’ours affamé qui est devenu cannibale pour survivre. Les loups aussi sont menacés comme des poissons. Un bestiaire qui va devenir fabuleux, comme celui de la partie jeu de rôle du roman, quand Noah, Anders et Knut s’imaginaient en héros, mages et autres trolls

Ce mélange des genres, des ambiances, des styles, donne une puissance supplémentaire à ce roman dont le message essentiel est résumé en page 227 : « On approchait de la fin du monde. On finissait par s’y attendre - on l’avait tellement attendue. » Vu les dernières prédictions du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), jamais on n’aura été si proche. 

« Climax » de Thomas B. Reverdy, Flammarion, 20 €