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lundi 23 août 2021

Cinéma - “France” lacrymale

Journaliste vedette à la télévision, France De Meurs craque. Des pleurs en direct, c’est bon pour l’audience ça Coco !

France (Léa Seydoux), star du petit écran, aime se mettre en scène lors de ses reportages. Roger Arpajou / 3B

De façon quasi sibylline, Bruno Dumont présente ainsi France, son dernier film, en compétition au dernier festival de Cannes : « C’est à la fois le portrait d’une femme, journaliste à la télévision, d’un pays, le nôtre, et d’un système, celui des médias. » On peut aussi, de façon plus prosaïque, expliquer que « c’est une femme puissante qui découvre qu’elle peut pleurer ». Ceux qui s’attendent à un brûlot contre les médias-spectacles en seront pour leur argent. Le début du film va quand même un peu les contenter, avec un habile trucage qui met France de Meurs (Léa Seydoux), la journaliste télé star, au même niveau que l’interviewé : Emmanuel Macron. En début de conférence de presse, elle papote avec un collègue. Le président la reprend. Elle pose ensuite une question rentre-dedans et jubile dans la foulée au lieu d’écouter la réponse. Ce qui compte dans ce petit monde du buzz et des « pouces en l’air », ce sont les réactions du public à la question, en aucun cas à la réponse.  

La carrière de France est orchestrée par Lou (Blanche Gardin), la femme de l’ombre, celle qui agit pour la vedette, sa star, son produit. Et quand elles voient les courbes d’audience augmenter, elles se lancent des « mains en forme de cœur » comme des collégiennes. Mais en réalité dans ces formes géométriques mimées, on ne voit plus que les orifices des confrères à qui France la met bien profond. 

Le ton du film change quand la journaliste vedette, qui alterne présentation en plateau et reportages en zone de guerre, renverse un deux-roues dans les rues de Paris. Du pain béni pour les journaux people qui aiment salir ce que le public vénère.  Obligée de faire son mea culpa en direct, France craque et pleure à chaudes larmes. Et dès lors à la moindre contrariété, la belle et rayonnante star ne cesse de pleurer, comme horrifiée par son personnage, ses agissements et la misère du monde qui lui permet d’être célèbre. 

Femme multiple

En reportage sous les obus : elle pleure. En plein gala de charité : elle pleure. En cure de remise en forme : elle pleure. Quand elle apprend que son amant de passage l’a trahie : elle pleure. Léa Seydoux a dû produire quelques litres de liquide lacrymal tout au long de ces plus de deux heures parfois déconcertantes tant ses réactions sont en opposition avec l’image de la femme brossée durant la première demi-heure. 

Sans doute moins incisif que les premières réalisations de Bruno Dumont (L’Humanité est un chef-d’œuvre), ce France laisse comme un goût d’inachevé. Car au final, on ne sait pas exactement qui est France. Une femme dévorée par l’ambition, une dépressive qui s’ignore, une bipolaire incontrôlable ? À moins que toutes ces interrogations ne soient le véritable sujet du film et le message du réalisateur porté par une Léa Seydoux inspirée : La femme est naturellement multiple et plus complexe que les hommes si faciles à déchiffrer.

Film de Bruno Dumont avec Léa Seydoux, Blanche Gardin, Benjamin Biolay




mercredi 21 mai 2014

DE CHOSES ET D'AUTRES - Vivement Quinquin !


Ce mercredi, dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes, Bruno Dumont dévoile sa dernière production, "P'tit Quinquin". Le réalisateur nordiste, déjà primé sur la Croisette en 1999 pour son film "L'Humanité", délaisse le grand écran pour la télévision ; "P'tit Quinquin" est une série policière produite par Arte. La diffusion est annoncée à la rentrée prochaine.

Quatre épisodes de 52 minutes. Soit au total plus de 3 heures de Dumont sur grand écran à Cannes. J'avoue mon admiration pour ce réalisateur hors normes et j'aurais donné cher pour me trouver   dans la salle qui diffuse en avant-première cette pépite. En attendant, on se rabat sur la bande-annonce. Elle plante le décor et met en vedette les principaux personnages d'une enquête policière totalement déjantée dans un petit village côtier du Pas-de-Calais.
P'tit Quinquin, le héros, gamin des rues intrépide est amoureux d'Eve, sa meilleure amie. Sa complice aussi quand il s'agit de faire les 400 coups. Ils atteignent à peine 20 ans à eux deux. L'âge des femmes retrouvées assassinées sur la plage. Dont une sans tête. Un duo de gendarmes est chargé de l'enquête.
Même si la série sera diffusée en prime-time, on est loin d'"Une femme d'honneur" avec Corinne Touzet. Ce sont plutôt "Les hommes d'horreur" qui déboulent. Le genre de personnages qui marquent les esprits, comme dans "Twin Peaks" de David Lynch. Rien que pour l'arrivée de la voiture des gendarmes sur deux roues, à la Belmondo, allez voir cette bande-annonce et ensuite, comme moi, trépignez d'impatience en attendant septembre.

Chronique "de choses et d'autres" parue ce mercredi en dernière page de l'Indépendant