mercredi 6 septembre 2017

Cinéma - A la recherche du père perdu

ÔTEZ-MOI D’UN DOUTE. De l’importance de la filiation dans le film de Carine Tardieu


Pas facile, quand à 40 ans passé, alors qu’on est sur le point de devenir grand-père, on découvre que l’on a deux pères. Erwan (François Damiens) découvre le pot aux roses lors d’une consultation médicale. Son père, étant porteur d’une maladie rare héréditaire, des analyses sont nécessaires avant la naissance de la fille de Juliette (Alice de Lencquesaing). Mais au moment du compte-rendu final, le généticien révèle que l’enfant ne peut pas être porteur de la maladie pour la bonne et simple raison qu’il n’y a aucun lien de filiation entre Erwann et son père.


Remue-méninges dans la tête de ce veuf, propriétaire d’une société de déminage des bombes découvertes. Car son père (Guy Marchand) il l’adore. Vieux pêcheur qui refuse de partir à la retraite, il se désespère de le voir seul. Après bien des hésitations, Erwann contacte une détective privée. Dans un premier temps il veut qu’elle découvre qui est le père de l’enfant que porte sa fille (tout ce qu’elle sait de lui, c’est que c’était un soir de beuverie et qu’il était déguisé en Zorro...), mais finalement met aussi son cas personnel dans le contrat. Et rapidement il découvre que son géniteur est un ancien bénévole de la MJC fréquentée par sa mère, avant son mariage. Un certain Joseph (André Wilms), par ailleurs père d’Anna, médecin.
Le film de Carine Tardieu devient un extraordinaire sac d’embrouilles car Erwann et Anna ont récemment fait connaissance et le démineur a craqué pour la blonde toubib. Et comme cette dernière n’est pas insensible à son charme maladroit, la situation, de quasi vaudevilesque au début, se transforme en possible catastrophe incestueuse.

■ Beaucoup plus qu’une simple comédie
Alors simple comédie bourrée de quipropos ? Que nenni. La réalisatrice va beaucoup plus loin dans l’exploration des rapports familiaux. Car en plus de cet amour compliqué entre deux êtres qui pourraient avoir le même père, il y a aussi une belle et profonde ré- flexion sur le rôle de père.
Et dans l’affaire, il y en a quatre. Le supposé, qui sait mais n’a jamais rien révélé à cet enfantt qu’il a élevé comme s’il était de lui ; le probable, qui n’était au courant de rien et qui regrette le temps perdu ; Erwann en plein doute, ayant sacrifié sa vie sentimentale pour élever sa fille à la mort de sa femme et le dernier, le mystérieux, celui qui a mise enceinte Juliette décidée à élever son enfant seule.
Il y a beaucoup de pistes de réflexion dans ce film simple, interprété avec sensibilité par une distribution brillante et au diapason.
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Estéban, comique né

Le film de Carine Tardieu s’appuie sur trois couples. Un classique (Damiens - De France), un générationnel (Marchand -Wilms, les deux pères) et un improbable formé par la fille du démineur (Alice de Lencquesaing) et le stagiaire (Estéban). La fille d’Erwann, enceinte jusqu’aux yeux, travaille dans une association d’insertion de personnes en difficultés sociales. Le stagiaire, Didier, c’est elle qui l’a placé dans l’entreprise de son père.
A ses risques et périls, car il est une véritable catastrophe ambulante. Maladroit, lâche, idiot et à la dégaine rendant élégant Quasimodo, il a aussi une forte propension à aimer les déguisements. Il aime bien celui de Zorro. Or, la future mère n’a absolument aucune idée de l’identité du père si ce n’est qu’il a été conçu un soir de beuverie, avec un homme déguisé en Zorro...
Il est toujours difficle au cinéma d’interpréter les idiots. Pierre Richard a placé la barre très haut depuis le Grand Blond. Mais Estéban s’en tire à merveille. Ce jeune homme, à l’élocution si particulière (on dirait qu’il a deux fois trop de dents dans la bouche) et aux longs cheveux noirs aime tromper son monde. Si quand il fait du cinéma, il se fait appeller Estéban, quand il monte sur scène avec son groupe rock, il devient David Boring.
En réalité son véritable état-civil est plus simple. Pour l’administration il se nomme Michael Bensoussan. Et il a de qui tenir pusique son père n’est autre que le cinéaste Philippe Clair. Qui lui aussi a changé de nom pour signer la floppée de films mémorables dont «Par où t’es rentré, on t’a pas vu sortir» avec le regretté Jerry Lewis. Estéban, hillarant dans le film de Carine Tardieu, a hérité de son père cette dérision à toute épreuve.
➤ Comédie de Carine Tardieu (France, 1 h 40) avec François Damiens, Cécile de France, André Wilms

Beau livre - Corps nus dans «Pulp» de Romain Duris

Acteur emblématique du nouveau cinéma français, Romain Duris se destinait pourtant à une autre voie. Depuis l’âge de 15 ans le dessin est sa passion. Le hasard de la vie a voulu qu’il s’exprime différemment, mais il a toujours dessiné, peint et imaginé des scènes fantasmagorique dans des carnets. Il a décidé de sélectionner quelques œuvres pour en faire ce beau livre. 

Dans une courte préface il explique toute la difficulté de cette création solitaire : « il faut souvent s’y remettre, se recentrer, tenter d’échapper au syndrome du peintre du dimanche ou bien justement l’accepter et en profiter...» Avec ce « Pulp » rempli de corps voluptueux, de femmes désirables et de couples en fusion, Romain Duris change de registre. Ses créations, très personnelles, dévoilent un artiste à l’imaginaire foisonnant.

➤ « Pulp » de Romain Duris, Éditions Textuel, 168 pages, 29 €

De choses et d'autres - Menuisiers à l’œuvre

« T’as pas 5 euros ? » est en train de supplanter le célèbre « T’as pas 100 balles ? » des années 70. Cinq euros comme la baisse des APL (aides personnalisées au logement) votée par le gouvernement. Cinq euros ne représentent pas grand-chose pour certains. Pour d’autres il équivaut à un gouffre difficile à combler dans un budget familial déjà très riquiqui.

L’Insoumis Mélenchon s’est rendu à l’Assemblée nationale cet été avec un sac de courses d’une valeur de 5 € soit des paquets de nouilles, de riz, des boîtes de conserve et un sachet de pain de mie.

Et c’est sans compter sur Jean-François Copé qui lui, avec cette somme, aurait pu apporter 50 pains au chocolat puisqu’il était jusqu’à récemment persuadé qu’ils ne coûtaient que 10 centimes pièce.

Le Premier ministre s’est rapidement défendu : « C’est une mesure de rabot, les mesures de rabot ce n’est jamais de bonnes mesures. » Et d’expliquer que la baisse des APL a été votée par le précédent gouvernement. Un petit coup de rabot d’un côté qui pourrait être compensé facilement selon Emmanuel Macron. Hier, il a demandé aux propriétaires de baisser les loyers de 5€. Visiblement le président a bien retenu la leçon de maths à laquelle il a assisté lundi, jour de rentrée scolaire en Moselle. Cinq moins cinq égale zéro. On aurait pu faire plus simple : zéro plus zéro par exemple. Mais expliquer une non-mesure par la tête à Toto ne fait pas sérieux. Et surtout, différence de taille, la baisse des APL est obligatoire alors que la réduction du loyer est laissée au libre arbitre des propriétaires.

Un coup de rabot d’un côté, une mesure en contreplaqué de l’autre, nos hommes politiques feraient mieux de se reconvertir en menuisiers

mardi 5 septembre 2017

Rentrée littéraire - Travestissements avec Eric Romand et Jean-Michel Guénassia

Comment s’affirmer quand on est enfant et que l’on sent sa différence ? Cette interrogation est au centre de ces deux romans de la rentrée littéraire, avec deux cas très particuliers qui ont pourtant quelques points communs. Là où Éric Romand se nourrit de sa propre histoire pour raconter l’enfance de ce petit garçon émerveillé par les tenues de Sheila et irrésistiblement attiré par ses copains de classe, Jean-Michel Guenassia imagine le personnage de Paul, androgyne que l’on prend pour une jeune fille mais qui est tout sauf gay. Malgré l’évolution des mœurs et l’ouverture de notre monde, cela fait quand même à l’arrivée des cabossés de la vie, perpétuellement en recherche d’amour et de reconnaissance.


Eric Romand, venu à l’écriture par le théâtre, signe un premier roman très poignant. Déroutant aussi. Il raconte, presque avec ses mots d’enfants, comment il se découvre homosexuel, « tantouse », comme lui crie son père. Un père compliqué, intolérant. Jamais il ne se comprendront. Ce roman, en plus de l’exploration de ses premiers émois sexuels, est aussi une sorte de mise au point de son histoire familiale. Comme le titre l’indique si bien, mettant au même niveau père, mère et Sheila. Un texte fort, cru et révélateur d’une certaine époque, le jeune Romand vivant dans un milieu populaire durant les années 70-80.

Beaucoup plus actuel et distrayant le récit de Jean-Michel Guenassia. De nos jours, Paul est élevé par ses deux mamans. Il y a Léna, la mère naturelle, tatoueuse et Stella, la compagne, patronne d’un restaurant réservé aux lesbiennes.

■ Père invisible
Dans ce milieu exclusivement féminin, Paul, imberbe, a presque l’impression d’être lui aussi une fille. Et quand on lui donne du mademoiselle, il ne fait rien pour rétablir la vérité. Sa philosophie est d’une simplicité absolue : « L’ambiguïté me va comme un gant. C’est la preuve que l’important, ce n’est pas ce que vous êtes vraiment, ça les autres s’en foutent, l’important c’est l’image que vous donnez, ce qu’ils croient que vous êtes. » Et finalement être pris pour une fille, cela arrange Paul. Car les filles il adore et rien de tel que de faire croire qu’on est comme elles pour les approcher. Le problème : il tombe amoureux de lesbiennes qui elles aussi l’adorent jusqu’à la découverte de sa petite différence. Paul qui de plus a le malheur de n’avoir qu’un ami au collège, un premier de la classe qui est bleu amoureux de lui. Comment vivre son hétérosexualité dans ces conditions d’autant que Léna considère cette orientation sexuelle comme la pire des tares. La solution passe peut-être par la découverte de la vérité sur l’identité du père, l’absent, le fantôme.
➤ « Mon père, ma mère et Sheila » d’Eric Romand, Stock, 14,50 €
➤ « De l’influence de David Bowie sur la destinée des jeunes filles » de Jean-Michel Guenassia, Albin Michel, 20 €


De choses et d'autres - L’origine de tous les maux

La réflexion d’un écrivain, spécialisé dans la science-fiction m’a fait sourire et cogiter. En substance, il demande aux auteurs français de ne surtout pas s’intéresser à la fantasy et de retourner à leurs problèmes avec leur mère... Caricatural mais finalement pas si idiot. 

Je me remémore les quelques titres de la rentrée littéraire passés entre mes mains. Il ne s’agit plus de romans, mais d’arbres généalogiques assortis de considérations d’une opportunité contestable, depuis le génial « Famille je vous hais » d’André Gide dans « Les nourritures terrestres ». Prenez le nouveau roman d’Amélie Nothomb, elle y explore la relation mère-fille sous toutes ses coutures. La narratrice souffre de ne pas avoir été aimée par sa mère. Qui au contraire se montra beaucoup trop possessive avec sa petite dernière. Déjà des tonnes de grains peuvent être moulus sur un tel sujet, mais la romancière belge y rajoute une autre mère tout aussi problématique. 

Des mères compliquées, des filles tordues, rien de bien exceptionnel. Mais sous la plume d’Amélie, le sujet devient aussi passionnant qu’un thriller. 

Patrick Deville dans «Taba-Taba » parle également des siens. Il les suit à la trace partout en France, de Saint-Nazaire à Bram. Premier opus, premier règlement de compte chez Eric Romand. Avec son père cette fois. Quant au héros de Jean-Michel Guénassia, il raconte lui ses démêlés avec ses... deux mères. 

Mais les problèmes familiaux ne sont pas l’apanage des romanciers. Le 13 septembre sort « Mary », film américain. Il y est question d’une fillette surdouée orpheline. Une mère décédée, une grand-mère possessive opposée à un oncle aimant. La famille reste et restera le meilleur terreau des histoires simples. Peut-être moins compliquées que de la fantasy mais dans lesquelles on se reconnaît toujours un peu. Ou beaucoup. 

lundi 4 septembre 2017

De choses et d'autres - Des cartables descendra la lumière

Rentrée des classes ce lundi. Parmi les nouveautés incontournables les cartables à led. Les petites diodes électroluminescentes font une entrée en force dans la panoplie des écoliers.

Déjà, depuis deux ans, les baskets lumineuses avaient la cote. Conséquence, cet ordre surréaliste donné par une maîtresse à l’un de ses élèves: «Kevin, s’il te plaît, quand on est en classe on éteint ses chaussures.» Donc cette année on aura droit à «Dylan, une fois que tu as pris tes cahiers, tu es tenu d’éteindre ton cartable.» Certaines sacoches reprennent l’effigie de célèbres voitures d’un dessin animé récent et arborent des phares qui s’allument ou changent de couleur. D’autres permettent même à l’heureux propriétaire de régler la fréquence de clignotement de l’éclairage. On ne parle plus cartable, mais boîte de nuit.

Quelques fabricants, fieffés filous, ont pris pour argument la sécurité routière. Un cartable bien visible est un atout la nuit. Mais point trop n’en faut. Certains automobilistes pourraient, découvrant au détour d’un virage trois écoliers luminescents, se méprendre sur cette vision. Au risque de provoquer l’éclosion sur le net d’une nouvelle série d’articles sur «les extraterrestres sont parmi nous, je les ai croisés un soir sur une petite route, comme David Vincent».

Mode éphémère (le temps de la durée de vie des piles), les cartables à led ne doivent pas nous faire oublier l’essentiel. C’est en fréquentant l’école que l’on devient plus intelligent et lumineux, pas l’inverse. Le monde des lumières est certes à portée du premier cartable venu. Mais comme de juste, le véritable trésor est caché dedans. 

dimanche 3 septembre 2017

Livre de poche - Des amours pour la vie et la mort

Mon premier maquille les gens de jour comme de nuit jusqu’au paradis et s’appelle Ambroise. Mon deuxième est la malicieuse Beth, grand-mère du premier. Mon troisième est une jolie auxiliaire de vie prénommée Manelle, dont mon quatrième, le vieux Samuel, est le patient favori (mais ne le dites surtout pas à Ghislaine, elle risquerait de se fâcher). Mon tout est une histoire d’amour, un hymne à la vie. Roman choral de Jean-Paul Didierlaurent.

➤ « Le reste de leur vie », Folio, 7,20 €

À l’automne 1963, deux inconnus grimpent la petite route en lacets qui mène au village de Sarrola, en Corse. Romain Gary, le héros de la résistance et de la littérature, épouse Jean Seberg, la star de la Nouvelle Vague, loin des paparazzis. De cette cérémonie secrète, il ne reste que deux photographies en noir et blanc, encore auréolées d’un parfum de secret et de maquis. Ariane Chemin, grand reporter au Monde, raconte ces noces.

➤ « Mariage en douce », Points, 6,20 €

C’est décidé, la jeune et innocente Betty va épouser à Hong Kong le juge Feathers. Orpheline dans les camps japonais, jeune fille non conformiste recrutée pour casser les codes à Bletchley Park pendant la Seconde Guerre mondiale, Betty a ses passions secrètes, et sa vie avec le juge Filth ne sera pas épargnée par de grands tourments. Humour très british, excentricité, finesse psychologique… avec ce 2e volume des Orphelins du Raj, Jane Gardam continue de régaler ses lecteurs.

➤ « Le choix de Betty », Le Livre de Poche, 7,60 €

jeudi 31 août 2017

Cinéma - « Patti Cake$», ronde et rugueuse


Avoir un esprit artistique et créatif n’est parfois pas suffisant. Dans notre société moderne glorifiant l’apparence, une intelligence supérieure sans une enveloppe corporelle « normale » a toutes les chances de passer à côté de sa vie.

Patricia Dombrowski (Danielle Macdonald) est une jeune américaine comme tant d’autres. Pleine de rêves de gloire. Comme sa mère dans sa jeunesse qui espérait percer dans la chanson. Mais Patricia, « Patti Cake$» pour les amis, a pour ambition de faire carrière dans le rap. Une drôle d’idée pour une Blanche, en surpoids qui plus est. Mais elle s’accroche, vit en permanence avec des rimes dans la tête, de ces répliques cinglantes qui clouent au pilori tous les moqueurs et empêcheurs de rêver en paix.

Sa vie sociale est assez limitée. Une mère, Barb, seule, alcoolique et toujours prête à se jeter dans les bras du premier cow-boy venu, propriétaire d’un petit salon de coiffure et chanteuse de karaoké des fins de soirées trop arrosées. Une grand-mère, Nana, handicapée clouée dans une chaise roulante, grande fumeuse et toujours partante pour faire les 400 coups avec sa fille.
Enfin il y a Jheri, son meilleur ami, le seul qui croit en son talent. Lui aussi fait de la musique et rêve de disques vendus à des millions d’exemplaires. En rencontrant Basterd, un SDF vivant dans une cabane au fond des bois, mais très outillé en matériel d’enregistrement, ils vont atteindre un premier graal : enregistrer quelques titres sur une maquette et tenter de trouver un producteur.

■ Personnage entier
Le film de Geremy Jasper a parfois des airs de film d’initiation. Il y a la Patti du dé- but, talentueuse mais trop accro aux stars du rap, incapable de trouver sa voie personnelle. Puis la Patti qui redescend sur terre, qui veut tout abandonner, persuadée qu’elle n’est qu’une usurpatrice. La troisième partie du film, lumineuse, permet de laisser le spectateur sur une bonne note, regonflé par ces airs et paroles (judicieusement traduites) d’une fille ronde en apparence mais rugueuse quand elle le veut et qui ne se laisse pas facilement abattre.
Ce genre de film, pour être convaincant, doit s’appuyer sur une distribution irréprochable. En repérant Danielle Macdonald, le réalisateur a tiré le gros lot. Deux années de préparation pour cette actrice australienne qui ne connaissait rien au rap et encore moins à l’accent typique du New Jersey où se déroule l’action. Sa présence, énorme, donne une pêche et une sensualité débordante à un personnage entier que l’on ne peut qu’aimer et apprécier.

➤ « Patti Cake$» drame de Geremy Jasper (USA, 1 h 48) avec Danielle Macdonald, Bridget Everett, Siddharth Dhananjay

De choses et d'autres - L’arche de Noé nouvelle version

Étonnant parfois comme l’information se focalise sur un thème précis. Hier, en consultant sites d’informations, fil de l’Agence France Presse et réseaux sociaux, plusieurs histoires d’animaux m’ont interpellé.

A Houston, la montée des eaux après les pluies diluviennes de la tempête Harvey a réveillé la crainte des... alligators. Alors que des milliers et des milliers de naufragés campent dans des gymnases, cette menace est prise au sérieux. Imaginez un instant : vous récupérez votre maison et, surprise ! un alligator squatte votre salon.

Autre star du moment, l’hippopotame Jumbo (comme son nom ne l’indique pas). Propriété d’un cirque isérois, des associations de défense des animaux ont porté l’affaire devant les tribunaux car la piscine du mastodonte ne serait pas assez spacieuse. J’imagine la tête du juge du tribunal administratif obligé de se rencarder en plein été sur les conditions de vie des hippopotames avant de rendre une décision irréprochable. Qui a penché en faveur du cirque : il pourra continuer à exhiber Jumbo comme c’était le cas il y a peu à Narbonne et Gruissan.

Nouvelle affaire de maltraitance d’animaux, plus généraliste cette fois. Hier trois militantes de l’association « One Voice » ont réalisé un happening devant l’agence d’Air France pour convaincre la compagnie de ne plus transporter en soute des macaques destinés aux laboratoires. Deux grimées en singes, la troisième le corps peint aux couleurs du tigre, symbole de l’association. Une sacrée tigresse en l’occurrence.

J’ai gardé le « meilleur » pour la fin, le titre d’ouverture en une du journal belge « La nouvelle Gazette » de Charleroi d’hier : « Le chat de Marc a été violé. Il est mort ». Je n’ai pas le détail de l’histoire. Pas sûr que j’en meure d’envie. 

mercredi 30 août 2017

Cinéma - La grosse déprime du "petit paysan"


La maladie frappe souvent à l’aveugle. Pour les humains mais aussi chez les animaux. Pierre (Swann Arlaud), la trentaine, a repris la ferme de ses parents qui vivent toujours sur place. Célibataire, il consacre tout son temps à son troupeau de vaches laitières. Quand il entend à la télévision que certains animaux en Belgique sont atteints d’une mystérieuse fièvre hémorragique (maladie aussi mystérieuse que la vache folle à ses débuts), il redoute le pire. Alors au moindre signe inquiétant, il appelle son vétérinaire pour être rassuré. Pascale (Sara Giraudeau) joue alors un double rôle. Elle rassure l’éleveur sur la santé de ses vaches et s’enquiert de sa propre santé, de son équilibre, les amours, la solitude car elle reste avant tout sa petite sœur.


Le film, qui s’ouvre par une scène de cauchemar, raconte dans un premier temps cette vie simple, près de la nature, si exigeante aussi. Mais la passion et l’osmose forte entre Pierre et son troupeau font qu’il se sent très à l’aise. Jusqu’au jour où une de ses bêtes se met à saigner du dos. Le premier signe de la fameuse maladie. Le monde de Pierre s’écroule, toute sa vie bascule. Fils de paysan (des éleveurs de vaches laitières), Hubert Charuel a directement puisé dans ses souvenirs pour écrire ce film, son premier.
Dans les années 90, quand des dizaines et des dizaines de troupeaux contaminés par la maladie de la vache folle étaient abattus en prévention, ses parents vivaient dans une tension permanente. Il raconte que sa mère, toujours en activité, lui a confié «Si ça arrive chez nous, je me suicide. » Le suicide dans le monde paysan. Cela aurait pu être le sujet particulièrement d’actualité ces dernières années de ce film.

■ Réalisme
Mais Hubert Charuel est un indécrottable optimiste. Son héros, face à la maladie, ne veut pas baisser les bras. Il tente dans une sorte de pied de nez au destin de cacher la maladie de la vache. Il l’isole du troupeau, persuadé qu’il n’y aura pas de contagion. Inéluctablement, la vache meurt. Il fait disparaître la carcasse (les paysans solitaires sont pleins de ressources) et déclare simplement à la gendarmerie, comme c’est obligatoire, que sa vache s’est échappée. A la mort d’une seconde bête, il va jusqu’à voler un animal chez un voisin qui a totalement robotisé son exploitation.
Finalement ce sera sa sœur qui va réussir à lui faire entendre raison. La fin a des airs de documentaires. Comme certaines scènes pas simulées comme l’auscultation du cul d’une vache par Sara Giraudeau ou le vêlage délicat mené de main de maître par Swann Arlaud. Un film dans le concret, le réel, le difficile. Car l’agriculture traverse une grave crise. La seule solution pour s’en sortir reste la force morale des hommes et femmes qui la façonnent depuis des siècles. S’il est une « morale » à retenir de ce long-métrage qui a remporté la semaine dernière le grand prix au festival du film francophone d’Angoulême, c’est bien celle-là. 
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Petite entreprise et histoire familiales

Comment, quand on est fils de paysan, devient-on réalisateur de cinéma ? Facile. Il suffit d’avoir des parents cools et un réel talent. Hubert Charuel a donc réussi le concours de la Femis (école nationale du cinéma, section production) avec la bénédiction de ses parents et a utilisé une partie de sa propre histoire pour ce premier film d’une forte humanité. Comme pour définitivement tirer un trait sur ce futur auquel il semblait promis comme trop de fils de paysan. Il a fait un autre choix.
Une histoire familiale qu’il assume et revendique. Pour preuve, quand il cherche un décor pour le film, il va naturellement dans la ferme de ses parents. Même si la salle de traite est très exiguë, au point de faire cauchemarder le directeur de photographie et encore plus le cameraman. De même c’est avec une sorte d’évidence qu’il a demandé à ses parents de jouer dans le film. Son père dans le rôle du père de Pierre, sa mère endosse le costume strict d’une contrôleuse de qualité. Le plus cocasse étant le grand-père, interprétant un vieux voisin qui semble un peu zinzin bien qu’il comprenne tout ce qui se passe dans l’exploitation de Pierre.
Pour interpréter ce dernier, Swann Arlaud a fait plusieurs séjours d’immersion dans des exploitations en activité. Il a découvert un monde inconnu mais a tiré son épingle du jeu, les éleveurs formateurs regrettant même son départ tant, en quelques jours, il était devenu efficace et travailleur. Conséquence, il a remporté le prix du meilleur acteur au festival du film d’Angoulême
➤ « Petit Paysan », drame de Hubert Charuel (France, 1 h 30) avec Swann Arlaud, Sara Giraudeau, Bouli Lanners.