samedi 12 août 2017

De choses et d'autres - Vacances barbantes

Par tradition, la France se met quasi à l’arrêt autour du 15 août. C’est vrai pour la majorité des salariés mais aussi pour les politiques. Le gouvernement, malgré son planning très chargé, a posé une semaine de congés payés. Mais les ministres ne sont jamais partis très loin, disponibilité oblige. A part la ministre des Outre-mers qui rentre chez elle à Saint-Pierre et Miquelon, les autres ne quittent pas la France.

Nicolas Hulot, après quelques jours en Corse, se rendra en Bretagne. Le Premier ministre prendra ses quartiers dans le Sud-Ouest alors que Gérard Collomb, si l’actualité le permet, se contentera d’un court séjour sur la côte d’Azur. Emmanuel Macron aussi a droit à quelques moments de détente, mais malgré sa politique de transparence absolue, il a préféré ne pas dévoiler sa destination ni les dates exactes.

Vacances courtes pour certains, interminables pour d’autres. Après la longue sé- quence électorale du début d’année, on compte beaucoup plus de perdants que de gagnants. Ceux qui ont été éliminés éprouvent beaucoup moins de scrupules à s’octroyer de longues siestes, loin de l’agitation et des regrets. On ne sait pas si François Fillon profite enfin, en famille, de son manoir de la Sarthe. Il est très occupé en ce moment (et aussi d’une discrétion absolue) à tenter de prouver la véracité du complot qui l’a abattu.

Ce n’est pas le cas de Nicolas Sarkozy. L’ancien président est à la retraite forcée depuis très longtemps. Trop d’après lui. Il en a touché un mot à Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement, le 14 juillet à Nice. « Je vous vois à la télé, lui a-t-il dit. Je la regarde beaucoup. Vous savez, je m’emmerde ! » Le cri du cœur d’un battant en mal de son shoot d’adrénaline quotidien. 

vendredi 11 août 2017

DVD et blu-ray - « Osiris », sacrifice dans l’espace


L’Australie doit son développement au travail des forçats exilés sur l’île-continent par la Grande-Bretagne. Cette histoire, peu glorieuse, se retrouve un peu en filigrane de « Osiris - La 9e planète », film de science-fiction de Shane Abbess.
Aux confins de la galaxie, Osiris est peuplée par quelques colons, aidés par le travail forcé des détenus. Mais derrière ces murs, sous couvert de rédemption de fortes têtes, les autorités profitent de l’éloignement pour réaliser des expériences génétiques. Les plus récalcitrants sont transformés en monstres sanguinaires quasi indestructibles. Une bonne façon pour dépeupler des planètes avant à l’arrivée des Terriens. Quand ces monstres sont libérés lors d’une mutinerie, il ne reste plus beaucoup de solution pour rétablir l’ordre : détruire Osiris dans le feu nucléaire.
Un militaire, Kane Sommerville (Daniel MacPherson) quitte la station spatiale en orbite contre les ordres de sa hiérarchie pour tenter de sauver sa fille Indi âgée de 10 ans, restée au sol. Découpé en chapitres, le film offre l’avantage de ne pas s’embarrasser de scènes de transition. Quand la petite équipe de Kane dit, on va aller secourir Indi, deux secondes plus tard cela tire de partout.
Des créatures très réussies, avec de véritables acteurs à l’intérieur. Il y a un petit côté Mad Max, avec barjots crados et désert à gogo. Et les passionnés se délecteront du making-of très détaillé.
➤ « Osiris - La 9e planète », Wild Side, 19,99 € le DVD, 24,99 € le blu-ray


De choses et d'autres - Big Brother réincarné en GPS

Dans le roman « 1984 » George Orwell a imaginé un Big Brother qui nous observe et sait tout de nous. Ce monstre existe, il tourne en permanence au-dessus de nos têtes : ce sont les dizaines de satellites qui composent la couverture GPS de la majeure partie de la planète. Mais ils sont aveugles si on ne leur permet pas de nous localiser. Orwell, s’il était toujours vivant, aurait immédiatement compris le danger de s’équiper de télé- phones portables équipés de géolocalisation. C’est la meilleure façon d’autoriser les contrôleurs éventuels à plonger dans nos poches, sacs et secrets les plus intimes.

J’en ai fait l’expérience lors de mes vacances. Pour cause de route compliquée, j’ai activé la fonction géolocalisation de mon téléphone, transformé de la sorte en GPS grâce à Google. Mais une fois arrivé à bon port, j’ai évidemment oublié de redevenir invisible. Résultat, où que j’aille, mon télé- phone (Google exactement) me demandait dans la foulée « d’évaluer » la visite du restaurant où je venais de manger, d’une librairie remplie de milliers de BD, d’un bar ouvert très tard le soir voire d’une boulangerie. Particulièrement désagréable quand on tente de passer inaperçu (notamment sur les escales inopinées dans les boulangeries alors que je prétends à ma femme suivre drastiquement mon régime).

Le touriste en vacances dans la région va-t-il se faire piéger quand, sous prétexte d’aller acheter des cigarettes au Perthus, il se retrouve avec une notification pour savoir s’il a apprécié « un peu, beaucoup, à la folie » sa visite au « Paradise » ? Sa (son) partenaire va apprécier en découvrant son petit détour...

Mais le GPS n’a pas que des défauts. C’est grâce à une balise intégrée à sa voiture de location que le suspect de l’attaque de Levallois-Perret a été localisé et interpellé. Et là pour le coup, on dit merci Big Brother. 

jeudi 10 août 2017

Cinéma - Si Dieu pardonne, pas les policiers dans "Que Dios nos perdone"


Le cinéma espagnol a fait son trou dans la production européenne. Abandonnant son image folklorique ou de genre, il est désormais largement au niveau des productions les plus ambitieuses de France, Allemagne ou Italie. Nouvelle preuve avec « Que Dios nos perdone » de Rodrigo Sorogoyen, thriller se déroulant dans Madrid écrasé de chaleur et en tension perpétuelle avec la tenue des Journées mondiales de la jeunesse en présence du pape, des contre-manifestations de plus en plus violente et l’émergence du mouvement des Indignés.

■ Meurtres et viols
Dans cette ville sur les nerfs, Alfaro (Roberto Alama), flic à l’ancienne, ami avec les prostituées, sanguin, dragueur et parfois à la limite de la légalité, vient de purger une suspension pour s’être battu avec un collègue moqueur. Il fait équipe avec Velarde (Antonio de la Torre), son total opposé. Bègue, célibataire et solitaire, il voit le mal partout. Quand une vieille femme est retrouvée morte chez elle, la police locale conclu au cambriolage qui a mal tournée. Mais Velarde ose regarder sous les jupes de la personne âgée et prouve qu’elle a été violée. Un second cas découvert dans la foulée, il se met sur la piste de ce qu’il considère comme un tueur en série. Initiative peu goûtée par sa hiérarchie qui préfère étouffer l’affaire : le pape est en visite officielle.

Le film, en trois parties, montre au début les deux policiers en action. On apprécie ce duo, plein de contradictions mais qui se soutient et se comprend. Ensuite le spectateurs se retrouve du côté du tueur. L’angoisse monte d’un cran. La scène finale, dantesque, tragique, tranche avec le reste du film mais prouve que le jeune réalissateur espagnol sait manier les genres, les ambiances et la caméra à la perfection.
Peut-être le thriller de l’été tant on transpire avec les héros dans cette ville en pleine effervescence.
➤ Thriller de Rodrigo Sorogoyen (Espagne, 2 h 06) avec Antonio de la Torre, Roberto Álamo, Javier Pereira.


De choses et d'autres - Le secret des pâtes aux œufs

Rions un peu des ratés de l’alimentation moderne. Les compositions des produits sont de plus en plus détaillées sur les emballages, mais cela n’empêche pas les surprises.

Sara Errani, joueuse de tennis italienne, vient d’écoper de deux mois de suspension pour dopage. Deux mois seulement car son explication n’a convaincu qu’à moitié les juges. Ses analyses contenaient de la létrozole, médicament utilisé pour masquer la prise de testostérone. Mais d’où peut bien venir cette létrozole ? Réponse de la sportive : « des tortellinis préparés par ma mère ». Elle aussi a été dopée « à l’insu de son plein gré ». Atteinte d’un cancer du sein, la mama, par ailleurs excellente cuisinière, prend de ces remèdes. Or, au moment de préparer le plat pour sa fille, elle a laissé tomber par inadvertance un comprimé dans la casserole. Cela n’a pas gâté le goût des pâtes mais mis au chômage forcé la championne italienne qui pour le coup remporte le prix de l’explication la plus étonnante pour se disculper.

Autre affaire alimentaire, mais à une plus grande échelle, cette histoire d’œufs contaminés par un insecticide aux Pays-Bas. Le fipronil utilisé pour traiter des milliers de poules pondeuses infectées de poux et de tiques, se retrouve dans les coquilles des œufs commercialisés. Et si, au lieu de s’alarmer des conséquences négatives sur la santé des consommateurs, on découvrait les vertus de ces œufs ? Car si ça se trouve, les touristes néerlandais en vacances du côté d’Argelès (ils sont des milliers chaque été) consommateurs de mayonnaise montée à partir de ces œufs, constatent que les moustiques préfèrent piquer leurs voisins ch’tis cette année. Un scientifique me rirait au nez, mais je rêve « d’œufs répulsifs », solution miracle contre ces suceurs de sang porteurs de maladies. 

mercredi 9 août 2017

Cinéma - La jeunesse corse face à la violence

UNE VIE VIOLENTE. L’indépendantisme corse entre lutte armée, théorie politique et pratique mafieuse.


Paradoxe du cinéma, parfois en avance sur la société, d’autres fois en parfait décalage avec l’actualité. « Une vie violente » de Thierry de Peretti se trouve à mi-chemin entre ces deux concepts. Ce biopic romancé d’une certaine jeunesse corse rebelle et violente, sort au moment même où les Insulaires ont porté au Palais Bourbon, à la représentation nationale, deux élus nationalistes. De ceux qui gravitaient peut-être à l’époque dans les milieux décrits dans le film.

La violence dans le film n’est pas montrée de façon ostentatoire. Pourtant elle est bien présente dès la première scène. Deux voitures s’arrêtent au bord d’un verger où s’activent des travailleurs immigrés. Deux hommes descendent de la seconde, prennent place à l’avant de la première pour être abattus à bout portant. Un jerrycan d’essence et une allumette plus tard, les deux hommes ne sont plus que des cadavres méconnaissables. Deux morts de plus dans la guerre que se mènent les différentes factions d’indépendantistes, souvent alliés avec des mafieux eux-mêmes en concurrence.

■ Engrenage de la violence

Pour les obsèques à Bastia, Stéphane décide de revenir au pays. Depuis des années il vit loin de cette agitation, à Paris, en sécurité. Car Stéphane sait qu’avec son retour, il signe presque son arrêt de mort. Le film, d’une précision clinique, uniquement interprété par des acteurs corses, pour la plupart amateurs, raconte comment Stéphane en est arrivé là. Il profite de la vie, fait la fête avec des amis et parle politique. Il voudrait que les choses changent.

Étudiant, il accepte de convoyer sur le continent des armes pour des nationalistes amis. Pris, il passe quelques mois en prison, découvrant la politique et se mettant au service d’un leader qui prône plus de fermeté. Un engrenage de la violence sur fond de pression de la mafia et d’argent facile.

Aujourd’hui, les armes se sont tues en Corse. Les bombes n’explosent plus. Les nationalistes ont évolué et rejettent la violence. Ils ont une partie du pouvoir. Thierry de Perretti n’en parle pas dans son long-métrage, le second de sa carrière après « Les Apaches ». Il préfère voir dans « Une vie violente » un « hommage à tous ces jeunes gens perdus ou assassinés ». Un constat. Sans jugement. Pour un film plus historique que naturaliste mais d’une puissance politique redoutable.

➤ "Une vie violente", thriller de Thierry de Peretti (France, 1 h 53) avec Jean Michelangeli, Henry-Noël Tabary, Cédric Appietto.

De choses et d'autres - Nus, au soleil... et filmés !

L’été, les vacances, le soleil : la trinité parfaite pour se dévêtir et s’essayer un peu au naturisme. Pas forcément en public, nombre de personnes se contentent de quitter le haut et le bas dans leur jardin à l’abri des regards. A l’abri... Du moins ils le croient. Car parfois des voyeurs arrivent à contourner les barrières et autres palissades érigées pour protéger notre intimité.

Premier exemple en Angleterre. Un ancien policier vient d’être condamné à un an de prison pour avoir filmé un couple dans tous ses ébats et une jeune femme faisant bronzette, les trois dans leur jardin respectif ainsi qu’un couple nu, allongé sur des chaises longues. Pour arriver à ses fins, il a sorti les grands moyens, utilisant un hélicoptère chargé de surveiller la circulation et profitant de vols stationnaires très haut dans le ciel pour réaliser ses petits films personnels avec un bon zoom, au grand dam des acteurs involontaires. D’autres ont parfois tenté de détourner l’usage des drones pour le même genre de tournage illicite. Mais la discrétion des petits engins à hélices est assez limitée.

Autre affaire de voyeurisme dévoilée cette semaine, à Barcelone cette fois. Un père de famille loue une chambre de son appartement à des touristes. Deux jeunes femmes du Nord de la France en profitent. Mais quand elles utilisent la salle de bain, elles remarquent un smartphone placé étrangement. L’objectif tourné vers la douche, il filme en continu ceux et celles qui s’y rendent. L’astuce démasquée, elles ont dénoncé le malotru à la police.

Deux voyeurs qui auraient été mieux inspirés de postuler à Street View de Google Maps. Des employés sont chargés de « gommer » des prises de vue toutes les scènes filmées par mégarde dans les jardins des rues explorées. Et parfois, il paraît que c’est du gratiné... 

mardi 8 août 2017

BD - Sur la route des enfers


Harold a un secret. Il voit les fantômes, ces âmes bloquées sur terre avant de rejoindre l’enfer. Une malédiction qu’il combat en roulant sans cesse au volant de son camion. Mais quand il apprend que sa fille de 16 ans vient de mourir dans un accident de voiture, il se précipite pour tenter de l’apercevoir avant son départ vers le paradis. Mais Jasmine n’a pas été exemplaire et Harold a juste le temps de la sauver des griffes d’un démon chargé de la ramener d’urgence en enfer. Une série prévue en trois tomes écrite par David Boriau et dessinée par José Garcia, illustrateur mexicain passionné de japanimation et qui a déjà de nombreuses collaborations avec des éditeurs US à son actif.

➤« Death Road » (tome 1), Ankama, 13,90 €

De choses et d'autres - Dessine-moi une voiture

 

La poésie du Petit Prince a du plomb dans l’aile. L’aviateur en panne rencontre le gamin qui lui demande simplement « Dessine-moi un mouton ». Aujourd’hui, un président de la République en visite dans un centre de vacances rencontre des enfants et l’un d’entre eux, fasciné par sa voiture, le bombarde de questions. « C’est une Lamborghini ? Une Ferrari ? Un transformers ? » Pour cette dernière question, par chance nous avons désormais un président jeune connaissant ses classiques des années 2000. Un Jacques Chirac aurait été aussi interloqué que lorsqu’on lui a expliqué qu’une « souris » permettait de piloter un ordinateur. Macron, moins de 40 ans, est parfaitement dans la tranche d’âge de ces hommes et femmes qui sont passés de l’enfance à l’adolescence au rythme des mutations de ces voitures en gros robots combattants. Sourire amusé du président face à tant d’insistance.

Et cassant le protocole, sous les objectifs de dizaines de caméras, il conduit le minot sur le parking et lui fait dé- couvrir sa Peugeot 5008. Du rêve à la réalité. « C’est une voiture française » tente de vendre le président à l’enfant intéressé mais pas complètement persuadé. Et de lui faire admirer sur le hayon arrière les armoiries RF comme République française avec les couleurs bleu blanc rouge. Mais en futur expert, le jeune préfère s’accroupir et regarder sous la voiture. Le président, de plus en plus hilare, constate : « il vérifie le châssis...» Après une inspection de la portière blindée, le jeune vacancier ose : « Je peux monter dedans ? » Accord immédiat du « président cool » qui n’a pas de secret pour son peuple. Même pour ses représentants pas encore en âge de voter pour lui. 

lundi 7 août 2017

BD - Plutonia, rêves de super-héros


Cette bande dessinée de Jeff Lemire et Emi Lenox aurait pu être sous-titrée « De l’influence des exploits des super-héros dans l’imaginaire des adolescents américains ». Plutona est la plus forte. Au service de la police, elle intervient dès que le commissaire principal la sollicite.
Sauf durant sa journée de travail comme simple serveuse dans un restaurant, sa couverture. Mais au détriment de sa vie de mère de famille. Elle doit faire face à White Wasp, le pire méchant de la région. Un combat homérique dessiné par Jeff Lemire et dispatché entre les chapitres de la véritable histoire, dont il n’assure que le scénario, Emi Lenox se chargeant du dessin. Ils sont cinq adolescents. Amis ou ennemis. Diane, l’enrobée cocoonée par sa mère, Ray, le dur, se vengeant son père, alcoolique, Teddy, le passionné qui compile dans son carnet secret toutes les apparitions de Plutona, Mie et Mike son petit frère. Ensemble, ils vont découvrir par hasard le corps de Plutona dans un bois. Visiblement la plus forte des super-héros n’était pas imbattable. Sur cette idée, Jeff Lemire signe une histoire sensible, beaucoup plus portée sur les jeunes et leurs réactions que sur les malheurs de Plutona. Une analyse très fine des dérives provoquées par une trop grande passion pour des phénomènes qui nous dépassent. Un petit bijou de psychologie que l’on peut plaquer sur de nombreuses autres situations beaucoup plus réelles.

➤« Plutona », Futuropolis, 20 €