Affichage des articles dont le libellé est mocky. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est mocky. Afficher tous les articles

mardi 15 août 2017

De choses et d'autres - Le don moderne

Mécréant, élevé dans le culte de la laïcité, je n’ai que peu fréquenté les églises. Mes rares visites, en dehors des reportages notamment dans la Collégiale de Castelnaudary, étaient motivées par la curiosité culturelle. Les très beaux vitraux de Conques en Aveyron notamment.

J’ai également poussé systématiquement les portes des édifices religieux des villages où j’ai habité. Je n’y ai trouvé ni Dieu ni bigotes, mais toujours calme et fraîcheur, ce qui est déjà beaucoup en été dans nos régions chaudes et surpeuplées.

Je me suis toujours demandé comment fonctionnait l’achat de cierges. Pourquoi des gros et des petits ? A quel prix ? Les bénitiers m’ont aussi interpellé. Comment dans notre société à l’affût du moindre dérapage sanitaire, permet-on encore ces bouillons de culture ouverts à toutes les contaminations ? Des chercheurs ont-ils osé analyser cette eau, certes bénite, mais aussi grouillant d’une vie propre, enfin si l’on peut dire.

Et puis il y a les troncs. Ces urnes, accrochées à un pilier, où l’on glisse la monnaie utilisée pour le confort matériel des curés. Et les images du film de Jean-Pierre Mocky « Un drôle de paroissien » me reviennent toujours à l’esprit: Bourvil en train de dérober avec dextérité l’argent du Seigneur. Chaque fois que je vais dans une église, je m’attends à voir Bourvil débarquer discrètement pour piller la manne. Et j’espère que Francis Blanche tentera, en vain, de le pincer en flagrant délit.

Un scénario écrit au début des années 60 devenu aujourd’hui totalement obsolète. Les voleurs peuvent remballer leur rouleau de scotch et autres bâtons recouverts de glu. La cathédrale d’Anvers en Belgique vient d’inventer le tronc numérique. Plus de pièces, mais un lecteur de carte bancaire. Les voies du Seigneur sont désormais impénétrables sauf pour les hackers patentés. 

vendredi 13 juin 2014

DVD - Jacky, l'idole des dames

Le dernier film de Riad Sattouf, drôle et caustique, épingle misogynie, intégrisme et féminisme.

Qui ose encore se plaindre du manque d'originalité du cinéma français ? Dans exception culturelle, il y a « exception ». Loin des comédies formatées ou des drames insipides, « Jacky au royaume des filles » est de ces films qui ne peuvent voir le jour qu'en France. Grâce à des producteurs qui font confiance à des créateurs comme Riad Sattouf. Si le film n'a pas marché très fort en salles, sa sortie en DVD chez Pathé doit rendre sa juste place à cette pépite d'originalité.

Il y a un peu du Mocky dans ce film. Le Mocky de la grande époque, quand il foisonnait d'idées et dynamitait allègrement les règles du genre. En imaginant la dictature de Bubunne, Sattouf invite le spectateur dans un voyage incongru et étonnant. Dans ce pays imaginaire (ressemblant à une ancienne république socialiste mâtinée d'intégrisme religieux), les femmes règnent en maîtres absolus. Pas de lutte des classes, juste une domination d'un sexe sur l'autre. La générale (Anémone) règne sur ce pays replié sur lui-même. Les femmes dirigent et font la guerre, les hommes se contentent de tenir leur foyer, bien cachés derrière leurs tuniques les couvrant des pieds à la tête. Sur la télévision de propagande, les mâles célibataires apprennent que la fille de la Générale, la Colonelle (Charlotte Gainsbourg) cherche son « grand couillon ». Jacky (Vincent Lacoste), en a des vapeurs. Il rêve d'être choisit et de donner plein de petites filles à la future dirigeante de la Bubunne.
Cendrillon inversé
Dans le making-of en bonus du DVD, Riad Sattouf qu'il a simplement voulu inverser le conte de Cendrillon. Mais il va beaucoup plus loin dans la satire sociale. Un pari réussi grâce à des acteurs littéralement habités. 


Vincent Lacoste, en jeune enamouré d'une glaciale Charlotte Gainsbourg, prouve qu'il est un véritable acteur en pas un miroir des jeunes d'aujourd'hui. L'ensemble fonctionne aussi en raison des rôles secondaires minutieusement choisis par le réalisateur. Didier Bourdon, en père cupide est génial, Valérie Bonneton, autoritaire et violente, rend totalement crédible la tyrannie de la dictature, William Legbhil, le rival de Jacky est horripilant de suffisance. Sattouf, qui a débuté dans la bande dessinée, a même puisé dans le monde du 9e art pour offrir deux petits rôles à Fred Neidhart et Blutch.
Mais la palme revient à Noémie Lvovsky. Femme autoritaire de Didier Bourdon, elle a cependant une certaine considération pour Jacky, le petit malheureux martyrisé par ses cousins. Malgré l'uniforme et son aspect « hommasse » elle parvient à insuffler une réelle tendresse au personnage. Déjà remarquée dans le rôle de la mère du héros des « Beaux Gosses », premier film de Riad Sattouf, elle s'impose au fil des films comme une « gueule » féminine du cinéma français. Dernier exemple en date son apparition dans « Tristesse Club » de Vincent Mariette toujours en salles.
C'est cette richesse et cette diversité qui fait de « Jacky au royaume des filles » un long-métrage hors normes, de ces OVNI devenus malheureusement en peu trop rares dans un cinéma français souvent convenu.

« Jacky au royaume des filles », Pathé, 19,99 €