Rachel Casanova est grand reporter dans un grand journal australien. Dans ce futur proche jamais véritablement défini par l’auteur, elle se rend dans l’ancienne zone contrôlée par Daesh en Syrie et libérée des islamistes par les rebelles kurdes. Elle doit faire un reportage sur les femmes qui ont combattu contre les extrémistes religieux.
Arrivée à Kobané, passé sous le contrôle des forces turques, elle découvre qu’il n’existe quasiment plus de traces de la bataille menée par des femmes pour libérer la ville. Et dans le cimetière, toutes les tombes des femmes guerrières ont été vandalisées. Toutes sauf celle abritant Tekochine et Gulistan, ensemble jusque dans leur dernière demeure. Qui étaient-elles ? Comment sont-elles mortes ? Rachel décide que ce sera l’angle de son reportage, le cœur de l’histoire à raconter. Patrice Franceschi, l’auteur de ce roman avec de nombreux passages authentiques, a voulu rendre hommage à ces femmes qui ont autant mené le combat pour libérer leur pays que du patriarcat de la région. En plaçant son roman dans le futur, il alerte aussi sur ce qui est en train de se passer sur place. La coalition, une fois Daesh éliminée, abandonne ses alliés, notamment les Kurdes, qui risquent de se faire exterminer par les Turcs après avoir plus que participé à la victoire contre l’obscurantisme de Daesh.
Dans ce roman, sélectionné pour le Goncourt, on se passionne pour le travail d’enquête de Rachel. Les faits sont prescrits et se sont déroulés dans une partie du pays désormais interdite aux Kurdes. Elle devra passer par l’Irak et les maquis dans les montagnes pour retrouver quelques rares témoins de la fabuleuse histoire de Tékochine et Gulistan.
Comme une tragédie
La première est une combattante kurde. Elle a rencontré Gulistan quand son bataillon est allé sauver des dizaines de Yézidies sur le point de se faire massacrer par les islamistes. Des combats d’une rare violence. Mais comme l’explique à la journaliste une ancienne responsable de la révolte kurde, « les islamistes veulent notre disparition ou notre soumission totale à leurs lois - ce qui pour un peuple libre revient au même. Nous n’avons pas d’autre choix que de vaincre ou de ne plus exister. » Les deux femmes vont s’illustrer sur les champs de bataille, portant fièrement leur féminité guerrière. Jusqu’à la mort. Rachel comprend alors que ce n’est pas un reportage qu’elle écrit, mais une tragédie. Le roman lui aussi prend ce chemin, devenant de plus en plus sombre, sans espoir. Pourtant qu’elles étaient belles ces Amazones des temps modernes. Pour elles, la liberté, leur liberté de femme, était plus importante que tout. Et le roman de nous faire réfléchir sur nos renoncements : « Chez vous en Occident les libertés disparaissent petit à petit mais ce n’est pas par la force d’un destin contraire comme chez nous ; c’est seulement parce qu’il y a en vous une érosion de la volonté de vivre libre. Cela ne ferait-il pas de vous des sortes d’animaux domestiques ? » Un splendide hymne à la liberté.
« S’il n’en reste qu’une » de Patrice Franceschi, Grasset, 19,50 €

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire