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mercredi 21 janvier 2026

Science-fiction - Les « Sbires » se rebiffent

Il y a les super-héros. Et dans l'ombre, les sbires, factotums interchangeables. Mais si ces derniers décidaient de s'unir ? 

Les bons contre les méchants, les super-héros contrant les vilains : durant trop longtemps l'univers fantastique façonné par les comics américains depuis l'invention de Superman n'a été qu'une caricature grossière du manichéisme. Il a fallu quelques décennies pour que les auteurs mais aussi le public, proposent un peu plus de complexité dans ces histoires à l'imagination débridée. Une lente évolution pour « humaniser » des êtres peut-être indestructibles, mais pas toujours insensibles. Une évolution qui semble avoir guidé la Canadienne Natalie Zina Walschots dans l'écriture de son premier roman, « Sbires », traduit dans un premier temps chez l'éditeur Au diable Vauvert et repris récemment en format poche au Livre de Poche. 

Un sbire c'est un peu la chair à canons des officiers de la première guerre mondiale. Ils ont de petits pouvoirs mais ne font que rarement le poids face aux vedettes. Dans le monde décrit par la jeune autrice, les sbires sont souvent au chômage et font souvent la queue dans les halls des agences d'intérim en espérant décrocher un petit contrat. Anne Tromedlov vivote depuis quelques années en faisant prospérer son seul et unique pouvoir : savoir interpréter des données en nombre collectées dans des milliers de tableurs du type Excel. Un drôle de pouvoir. Pas très utile quand elle doit se rendre sur le terrain. 

En devenant la secrétaire particulière d'un vilain assez renommé (l'Anguille électrique), elle croit enfin voir le bout du tunnel. Quand son patron décide de prendre le fils du maire en otage, il utilise Anna comme garde du corps. Ou plus exactement comme potiche pour le direct à la télé. Supercolisionneur, le plus puissant des héros de ce monde, intervient et c'est la débandade. Anna, simple sbire, se trouve au mauvais endroit. Le super-héros la pousse pour tenter de capturer l’Anguille. Résultat une hanche et une jambe en mille morceaux. Elle mettra des mois à s'en remettre. Et va devenir obsédée par ce héros qui cause trop de dégâts quand il intervient pour le bien. 

Elle va faire des calculs et démontrer qu'au final, un super-héros cause plus de mal qu'un vilain. Notamment Supercollisionneur. Elle en tire une théorie qu'elle baptise « Le rapport des préjudices ». Une étude qui attire l'attention de Léviathan, le plus terrible des vilains. L'ennemi absolu de Supercollisionneur. Comme ils sont à armes égales, impossible pour Léviathan de s'imposer. A moins de donner carte blanche à Anna, la sbire qui pourrait dépasser le maître. 

Ce roman, plus psychologique qu'héroïque, est un régal. Les clichés sont mis en pièces. Anna, blessée, faible, rancunière, choisit le camp du mal par défaut. Quand les masques tombent, Anna gagne ses galons et devient l'Auditrice. Reste à savoir quel camp elle va choisir ? Et s'il reste encore véritablement deux camps...      

« Sbires » de Natalie Zina Walschots, Le livre de Poche, 544 pages, 9,90 €