jeudi 23 avril 2009

Nouvelles ordinaires par Mark Greene

Vies simples ou vies ratées ? Les personnages très ordinaires de ces nouvelles, signées Mark Greene, se posent forcément la question.


Mon meilleur ami de mes jeunes années est-il toujours aussi abordable ? Mon premier amour pense-t-il encore à moi, parfois ? Que garderai-je de mon père quand il sera mort ? Ces questions, bêtes questions, les héros imaginés par Mark Green dans ce recueil de nouvelles se les posent. Ils s'interrogent d'autant plus qu'en filigrane se dessine la carte de leurs réussites, sociale, professionnelle, personnelle.

Des histoires de tous les jours, banales mais qui parfois correspondent à un moment clé de l'existence du principal protagoniste. Comme quand cet homme d'affaire, Parisien distingué, fasciné par sa coiffeuse et ses ongles démesurés, décide de la suivre, un soir, dans les transports en commun desservant la banlieue. Il ne rentrera pas chez lui et décide même d'éteindre son portable. « C'est l'heure de vérité, pensai-je. Dans un sens, ma vie n'avait été qu'une longue suite de préparatifs, une mise en place méthodique des conditions de basculement. Ce soir, j'en eus subitement la conviction, j'allais atteindre le point de non-retour. »

Premier amour

Mark Greene explore des solitudes comme il y en a tant autour de nous. Pas évidentes, pas forcément subies. Cécile est responsable du contentieux dans une grande société. Un poste important lui offrant une certaine aisance financière. Mais elle est seule à en profiter. Aujourd'hui elle a 40 ans. Ses rares amis ne lui souhaiteront pas un joyeux anniversaire. Il y a longtemps qu'elle leur a fait comprendre qu'elle n'aimait pas les anniversaires. Oui mais ce jour-là, « elle a quarante ans, et elle voudrait ne plus y penser. Elle aura beau tourner les choses dans tous les sens, elle sait qu'elle n'obtiendra ni réponses à ses interrogations, ni réconfort d'aucune sorte. » Elle se lance dans le nettoyage de la salle de bain. « Lorsqu'elle a terminé, elle se demande s'il reste encore un peu de travail. Les vitres sont propres, malheureusement. Elle a passé l'aspirateur il y a deux jours. » Le jour de ses 40 ans, elle se met à penser à son premier amour. Le jeune lycéen qui l'a embrassée pour la première fois. Elle va tenter de le retrouver, comme pour retrouver cette fougue qui l'a irrémédiablement désertée. Mais 25 ans ont passé...

Meilleur ami

Solitaire également cet homme, absorbé par son travail. Ses amis d'enfance il les a perdus de vue, petit à petit, sans raison, simplement par lassitude. « Je vivais comme un moine. Ma dernière petite amie m'avait quitté six mois plus tôt. Je n'avais même pas essayé de la retenir. » Quand il croise par hasard dans la rue son meilleur ami, ce dernier l'invite au restaurant. Toute la bande, quinze ans plus tard, se retrouve autour d'un repas bien arrosé. Il n'était pas invité, il partira le dernier.

Ces chroniques de la vie courante sonnent juste. L'auteur a beaucoup observé ses contemporains, devinant leurs doutes et espoirs dans des silences parfois lourds de sens. Il leur donne la parole, mais au final c'est un peu chacun nous qui parle.

« Les plaisirs difficiles », Mark Greene, Seuil, 16 €

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