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jeudi 9 septembre 2021

Roman - En « Zone blanche » de l’enfance

Ecrit pour rendre hommage à Rémi Fraisse, jeune militant tué lors d’un assaut des gendarmes mobiles à Sivens dans le Tarn, ce roman de Jocelyn Bonnerave est cependant plus qu’une description minutieuse de la vie quotidienne dans une ZAD (Zone à défendre). Une ZAD qui est également une « Zone blanche », dénomination officielle de ces campagnes de la France profonde où les ondes passent mal. Ou pas du tout. Sans doute la raison qui a poussé une multinationale à construire un complexe pour y déposer les déchets nucléaires ultimes. Tout un symbole que ces ordures radioactives dont on ne sait plus quoi faire après des années passées dans les entrailles des centrales nucléaires

Avant de plonger dans cette zone humide qui abrite une espèce d’écrevisse très rare, raison de la lutte des écologistes aux côtés des quelques centaines de locaux qui voient leurs habitations perdre toute valeur, on fait connaissance avec Maxime, le narrateur. Personne ne le connaît sous ce nom. Cela fait quelques années qu’il a adopté un pseudonyme pour assumer la célébrité de son statut de leader de groupe rock en vogue. Il est sur le point de partir en tournée quand il reçoit l’appel d’Émeline. C’est la compagne de son petit frère Christophe. 

Cela fait quelques années qu’ils ne se parlent plus. Christophe a disparu la nuit précédente, en pleine baston avec les gendarmes mobiles. Christophe vit sur la ZAD. Maxime, fonce vers cet Est de la France froid et humide et va voir sa vie changer en quelques heures. 

Toilettes sèches et éoliennes

Arrivé sur place, il découvre la maison (exactement la cabane) de son frère, « l’espace au sol n’est pas bien grand, mais le plafond est un dôme formé d’une structure en bois très savante, qui donne une vraie sensation de volume ». Le travail d’Émeline, compagne de Christophe et mère de sa fille, Lilia. Maxime se retrouve bombardé tonton d’une fillette adorable dont il ne soupçonnait pas l’existence. 

Alors que les recherches ne donnent rien, le chanteur se surprend à se souvenir des moments de joie, quand il découvrait la musique et le rock avec son frère à la batterie, lui à la basse. Maxime a percé, tiré un trait sur sa famille et son passé, Christophe aussi a coupé les ponts, mais pour fonder une famille dans ce village d’irréductibles, avec toilettes sèches et éoliennes autonomes. Le roman donne une occasion en or au lecteur pour lister toutes ces petites actions qui le transforme au quotidien en fossoyeur de la planète. Maxime en prend conscience mais se sent totalement impuissant : « Toute ma musique est électrique, alimentée par le nucléaire, cernée de déchets pour des millénaires. »

Un roman prise de conscience mais aussi très sensible sur la fraternité. Les souvenirs entre les deux frères, longtemps complices, donnent un petit côté Guerre des boutons à l’ensemble, quand la vie était simple, que les petits garçons ne se posaient pas de questions sur la finalité de leurs actions. Une cabane dans un arbre restait la meilleure façon de se croire maître du monde.    

« Zone blanche » de Jocelyn Bonnerave, La Brune/Rouergue, 19 €

mardi 28 mars 2017

Roman - Dans la tête d’une femme amoureuse

Gilda a un gros défaut : tomber follement amoureuse des hommes à problème. En plein été, lors d’une soirée chez sa sœur, Patrick entre dans sa vie. En plein divorce, il lui avoue être assez pessimiste. Et si c’était lui le grand amour de sa vie ?
Elle le recontacte, malgré les avertissements de Lady, son double qui « vit dans sa conscience ». Ce roman de Géraldine Barbe, au ton léger et désinvolte, parfois naïf, permet aux hommes de comprendre comment fonctionnent les femmes. Ces dernières se reconnaîtront certainement dans les aventures sentimentales de Gilda. Ensuite, dans ce roman, on ne peut que se demander quelle est la part de fiction et de vécu. La réponse vient de la bouche de Lady : « Les auteurs sont une race à part. Tout ce que je peux en dire c’est que contrairement à la croyance populaire, ils ne vivent pas d’amour mais de fantasmes. »
Alors, à vous de tenter de démêler le vrai du faux, de rire ou pleurer, de croire ou d’être sceptique sur les amours de Gilda. 
➤ « Tous les hommes chaussent du 44 » de Géraldine Barbe, Éditions du Rouergue, 14,50 €



mardi 14 février 2017

Roman noir - Causse toujours

Sur le Causse, balayé par le vent et le froid, seules les bêtes vous entendent hurler, de solitude ou de terreur.

Là-haut sur le Causse, la vie semble s’être arrêtée. Longtemps les petits villages étaient suffisamment peuplés, malgré les rigueurs de la météo et de la terre. Mais inexorablement les familles sont clairsemées, les jeunes sont partis, les derniers résistants se sentent de plus en plus seuls.

« Seules les bêtes », roman noir de Colin Niel, aborde de façon frontale ce problème. La campagne française se meurt. Est morte plus exactement. Cela n’empêche pas les faits divers. Le roman propose la version de quatre personnes qui tournent autour de la disparition d’une jolie bourgeoise. Une fille de la ville qui a dit oui à un notable du cru, assez intelligent pour délaisser les troupeaux pour la politique. Même s’il est toujours question de moutons…
Première intervenante Alice. Fille d’exploitant, elle a repris l’exploitation de son père. Exactement elle s’est mariée avec l’ouvrier agricole qui a prolongé le travail d’élevage d’un beau troupeau d’aubrac. Alice est l’assistante sociale de la région. Elle va de ferme en ferme, renseigne sur les évolutions des directives européennes. Fait beaucoup d’écoute. Des vieux.
Des hommes seuls aussi comme Joseph. Célibataire, il a perdu sa mère il y quelques années. Depuis, à part Alice, il ne voit plus personne à part sa centaine de brebis. Il raconte avec une étonnante perspicacité sa situation. « Je sais pas comment c’est pour les autres, mais moi la solitude, je dirais pas que je l’ai voulue. Et elle m’est pas tombée dessus du jour au lendemain. Non, c’est venu lentement, j’ai eu le temps de la voir arriver avec les années, de la sentir m’entourer comme une mauvaise maladie. » Alice, comme pour tenter de le sauver, s’offre à lui. Une relation adultère qui détonne et ne sera pas sans conséquence sur la suite de l’intrigue.
Car l’auteur, qui a déjà signé plusieurs romans se déroulant en Guyane, dans la troisième partie quitte le Causse pour des cieux plus exotiques. Drame de la mondialisation et de l’omniprésence des réseaux sociaux. Le mari d’Alice, sous des airs de brute épaisse, est un cœur d’artichaut. Il est amoureux fou d’Amandine, jeune femme avec qui il converse par ordinateurs interposés. Amandine qui raconte son quotidien, à mille lieues des mensonges à destination de l’agriculteur français.
De polar rural, le roman de Colin Niel bascule dans le glauque. Par l’intermédiaire de Joseph, mais aussi d’Amandine, la surprise de taille de ce texte particulièrement actuel par ses thèmes abordés.
➤ « Seules les bêtes » de Colin Niel, éditions du Rouergue, 19 €