Affichage des articles dont le libellé est nothomb. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est nothomb. Afficher tous les articles

dimanche 17 septembre 2017

Rentrée littéraire - Ouvre, c’est là qu’est sans doute le génie

Un titre saisissant. Une interview fracassante. Chère Amélie, vous n’avez pas lésiné sur les moyens pour donner au lecteur l’envie irrépressible de se jeter sur votre titre dès sa sortie en librairie. Et vous avez bien fait, quoi qu’après ces confidences au Monde sur de douloureux épisodes de votre passé, les lecteurs que nous sommes avons été un peu déconcertés, avides (avec un côté voyeur, je dois vous l’avouer) de découvrir ce qui s’annonçait comme une biographie.

Dès les premières pages cependant, le doute nous envahit : comment imaginer Marie, la mère de Diane, (vous ?) sous un jour aussi peu glorieux car jalouse de sa propre fille ? Alors que par ailleurs chacun sait l’amour que vous portez à vos parents. Les naissances successives de Nicolas et Célia, adulés, eux par Marie (décidément, non, pas votre mère), renforçaient ce sentiment perturbant. Cette petite Diane, bien seulette, recherchait une seule chose, et de toute son âme, l’amour de sa mère. « Chaque nuit, elle se rappelait cette étreinte sublime qu’elle avait connue quand maman avait Nicolas dans son ventre : comment sa mère l’avait serrée, les mots d’amour qu’elle lui avait dits et avec quelle voix. Ce souvenir la transissait de bonheur ».

■ Fuite en avant

A l’adolescence, bousculade hormonale en plus que cérébrale, Diane décide d’aller vivre chez ses grands-parents. S’ouvre alors une seconde page, qui se poursuivra avec la rencontre charnière de son existence. La magnifique, la brillante étudiante en médecine Diane dé- jeune désormais chaque jour avec Olivia, chargée de cours à l’Université.

Et là, chère Amélie, une autre de vos interviews, donnée en 2010 celle-là, me revient à l’esprit. Vous y parliez de Tintin en Amérique, votre première lecture (à 3 ans !) de la métamorphose de la vache à un bout de la machine, transformée en corned beef à l’autre bout. Métamorphose, manipulation, vous répondiez qu’en effet ces thèmes étaient récurrents dans vos livres. Particulièrement dans celui-ci, si je puis me permettre.

Vous avouez également « être ce personnage un peu naïf que je décris si souvent. Je crois que cela vient de cette phrase de la Bible qui est pour moi fondamentale : « Si on frappe à ta porte, ouvre ». Et bien nous, chère Amélie, avec les notes de résilience que nous chante ce nouveau roman, vous nous avez frappés le cœur. 

➤ « Frappe-toi le cœur », Amélie Nothomb, Albin Michel, 16,90 €

mardi 5 septembre 2017

De choses et d'autres - L’origine de tous les maux

La réflexion d’un écrivain, spécialisé dans la science-fiction m’a fait sourire et cogiter. En substance, il demande aux auteurs français de ne surtout pas s’intéresser à la fantasy et de retourner à leurs problèmes avec leur mère... Caricatural mais finalement pas si idiot. 

Je me remémore les quelques titres de la rentrée littéraire passés entre mes mains. Il ne s’agit plus de romans, mais d’arbres généalogiques assortis de considérations d’une opportunité contestable, depuis le génial « Famille je vous hais » d’André Gide dans « Les nourritures terrestres ». Prenez le nouveau roman d’Amélie Nothomb, elle y explore la relation mère-fille sous toutes ses coutures. La narratrice souffre de ne pas avoir été aimée par sa mère. Qui au contraire se montra beaucoup trop possessive avec sa petite dernière. Déjà des tonnes de grains peuvent être moulus sur un tel sujet, mais la romancière belge y rajoute une autre mère tout aussi problématique. 

Des mères compliquées, des filles tordues, rien de bien exceptionnel. Mais sous la plume d’Amélie, le sujet devient aussi passionnant qu’un thriller. 

Patrick Deville dans «Taba-Taba » parle également des siens. Il les suit à la trace partout en France, de Saint-Nazaire à Bram. Premier opus, premier règlement de compte chez Eric Romand. Avec son père cette fois. Quant au héros de Jean-Michel Guénassia, il raconte lui ses démêlés avec ses... deux mères. 

Mais les problèmes familiaux ne sont pas l’apanage des romanciers. Le 13 septembre sort « Mary », film américain. Il y est question d’une fillette surdouée orpheline. Une mère décédée, une grand-mère possessive opposée à un oncle aimant. La famille reste et restera le meilleur terreau des histoires simples. Peut-être moins compliquées que de la fantasy mais dans lesquelles on se reconnaît toujours un peu. Ou beaucoup. 

jeudi 25 août 2016

Rentrée littéraire - Le vilain canard et la belle endormie d'Amélie Nothomb

Amélie Nothomb s'aventure sur les terres du conte pour une nouvelle fable sur la différence.

Rendez-vous incontournable de la rentrée littéraire, le nouveau roman d'Amélie Nothomb s'aventure sur les terres du conte. En intitulant son roman « Riquet à la houppe », elle plante clairement le décor. Deux héros aux prénoms bizarres, comme toujours avec la romancière belge. Déodat, laid et savant. Trémière, belle et mutique.

Le livre se déroule de leur naissance à leur rencontre. Bébés, puis obligés d'aller à l'école, source de toutes les brimades. Premier sujet de plaisanterie : leur prénoms. Déodat devient dans la bouche des caïds vulgaires de la cour de récré « Déodorant ». Trémière, pour les petites pestes, futures lectrices de magazines spécialisés dans les ragots, se transforme en « la crémière ». Mais il en faut plus à ces deux introvertis pour être déstabilisés. Leur force intérieure est bien supérieure aux mesquineries du quotidien.
Surdoué, Déodat s'intéresse à tout, jusqu'au jour où un événement cocasse lui fait lever les yeux aux ciel et qu'il découvre l'existence des oiseaux. Il se passionne, ne vit plus que par eux, devient de fait un ornithologue renommé.

La trop belle Trémière
Malgré sa laideur, comme dans le conte de Perrault, il plait beaucoup aux femmes. Femmes dont il ne comprend pas toujours les demandes d'attention quand elle sont amoureuses. « A la réflexion, l'insatisfaction et la vulgarité pouvaient s'interpréter comme les versions féminines et masculine d'une force identique : le désir. Celui-ci constituait le socle, la définition, le magma originel. » Visage ingrat et de plus quasi bossu. Heureusement la médecine moderne le redresse, au prix de quelques années coincé dans un corset métallique et de deux années de massages par une charmante kinésithérapeute qui malheureusement n'est pas sensible aux charmes de celui qui est surnommé « Riquet à la huppe » par ses facétieux collègues.
A l'opposé du jeune homme, Trémière paraît idiote. Sa mère la confie à la grand-mère, cartomancienne fascinée par les bijoux et les pierres précieuses. Trémière, belle mais bête ? Non, simplement contemplative, passive. C'est comme ça qu'elle supporte les moqueries de ses méchantes camarades, par l'indifférence. Car souvent, la trop grande beauté est tout aussi moquée que la laideur.
Le roman d'Amélie Nothomb est construit comme un double miroir inversé. Les itinéraires parallèles de Déodat et Trémière finissent par se rejoindre et la fin de l'histoire, si elle avait fait partie de la Comédie humaine de Balzac, serait dans la petite minorité (6 % des cent quarante sept ouvrages) mise en lumière par Amélie Nothomb qui parvient une nouvelle fois à nous distraire tout en nous apprenant quantité de choses sur l'art, la vie et l'amour.
« Riquet à la houppe » par Amélie Nothomb, Albin Michel, 16,90 €.

mercredi 28 août 2013

Littérature - Japons made in France par Amélie Nothomb et Thomas B. Reverdy

Si Amélie Nothomb nous emmène dans le Japon de son enfance, Thomas B. Reverdy explore un pays marqué par la catastrophe de Fukushima.

Le Japon fascine toujours autant les écrivains français. Deux exemples en cette rentrée littéraire avec le nouveau roman d'Amélie Nothomb et celui de Thomas B. Reverdy. Si le premier est très subjectif, emmenant le lecteur dans les pas d'une star de la littérature revenant sur les lieux de son enfance, le second, implacable de réalité, montre un pays écartelé entre traditions et malédiction scientifique.

« La nostalgie heureuse », titre du roman d'Amélie Nothomb, est la traduction d'une notion typique au japonais. L'écrivain a passé son enfance au Japon. Fille de diplomate, elle maitrise la langue et les mœurs de ce pays si étonnant pour l'esprit cartésien d'un Occidental de base. Elle a puisé dans ses souvenirs pour signer quelques uns de ces romans emblématiques, « Stupeurs et tremblement » ou « Ni d'Eve ni d'Adam ». A l'occasion du tournage d'un documentaire sur cette célèbre plume francophone, la télévision française veut la mettre en scène sur les lieux de son enfance. C'est ce tournage qui est raconté, sans détours, dans un récit méritant de moins en moins le titre de roman. Amélie Nothomb raconte comment elle vit réellement ce retour au Pays du Soleil levant, à mettre en parallèle avec les images qu'elle offre à la caméra. Elle joue un rôle. Son rôle d'écrivain fantasque et hyper sensible. En réalité elle est souvent indifférente à ces décors et surtout perdue. Pour avoir des séquences encore plus fortes, la réalisatrice filme ses retrouvailles avec sa nounou. Une vieille dame un peu gâteuse. Elle ne sait même pas que son pays a été frappé par une catastrophe nucléaire sans précédent. Et l'auteur de la laisser dans l'ignorance. « Si son cerveau n'a pas enregistré le drame, c'est que sa capacité de souffrance était saturée. A quoi bon infliger Fukushima à cette femme qui a vécu les bombardements de la Seconde Guerre mondiale ? » La ville martyre est incontournable. Il faut y filmer l'écrivain. Mais c'est au-dessus des forces d'Amélie Nothomb, malade physiquement face à « des moignons de maisons qui se dressent dans le néant. »
Le Japon de 2012 (année du voyage) n'a plus rien à voir avec le pays de l'enfance, réinventé dans les souvenirs d'une romancière beaucoup plus sensible que l'image propagée auprès du public. Finalement, tout à l'air factice, même cette « nostalgie heureuse »...

Le pays interdit

Le Japon de Thomas B. Reverdy est lui beaucoup plus réel. Mais tout aussi dramatique. Fukushima a causé des mutations profondes dans ce pays. « Les évaporés », titre du roman, ce sont ces hommes et femmes qui disparaissent du jour au lendemain. Dettes, chômage... les raisons sont souvent économiques. Ils préfèrent changer de vie et d'identité plutôt que d'infliger l'infamie à leur famille. Kaze, employé dans une société de courtage financier, quitte son foyer en pleine nuit. Il n'emporte qu'une valise. Il rejoint les parias dans une banlieue sordide. Sa fuite st causée par les menaces de la mafia. Il a été un peu trop curieux sur certains transferts de fonds. Dans sa nouvelle vie, il devient ferrailleur, il vide les caves de maisons inhabitées. Mais les Yakusas retrouvent sa trace.
Il part donc au nord, dans cette zone interdite où nul ne le retrouvera. Il deviendra un de ces ouvriers chargé de « nettoyer » la zone ravagée par le tsunami et contaminée par la fuite. « Ils allaient faire ce qu'ils faisaient déjà à Tokyo, ils seraient même mieux payés pour le faire : débarrasser les choses que personne ne voulait toucher. » L'histoire de Kaze est vécue à travers la recherche de Yukiko, sa fille, revenue des USA avec Richard, un détective privé chargé de retrouver le père « évaporé ». La richesse du roman est dans cette triple évocation. La vision japonaise est donnée par Kaze, l'occidentale par Richard alors que Yukiko, immigrée de retour au pays, nuance l'impression d'ensemble. Un roman remarquable de finesse dans l'analyse des sentiments des uns et des autres.
Michel LITOUT
« La nostalgie heureuse », Amélie Nothomb, Albin Michel, 16,50 € (disponible au format poche au Livre de Poche)

« Les évaporés », Thomas B. Reverdy, Flammarion, 19 € (disponible au format poche chez J'ai Lu)