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jeudi 13 mars 2014

Cinéma - Education rime avec émotion dans "La cour de babel" de Julie Bertuccelli

Souvent le système éducatif français est source de toutes les critiques. Pourtant il est exceptionnel quand on découvre La cour de Babel, documentaire sur une année scolaire dans une classe d'accueil.


Aller à l'école, apprendre, s'éduquer. Ce qui nous paraît une évidence en France est loin d'être évident ailleurs. Pourtant critiquer le système éducatif français est quasiment un sport national. Les mauvaises langues n'auront plus d'argument après avoir vu « La cour de Babel », documentaire de Julie Bertuccelli qui sort aujourd'hui en salle. Une année scolaire en compagnie de ces élèves de 24 nationalités différentes et de leur professeur de français Brigitte Cervoni balaie toutes les critiques, ouvre les yeux et prend carrément aux tripes à plusieurs reprises. Une émotion au cœur de l'éducation de ces gamins aux parcours parfois cabossés, enfin considérés, écoutés et aidés dans cette exemplaire école de la République.

Naminata, Oksana, Xin, Rama, Maryam... Quand Brigitte Cervoni, professeur de français dans un collège parisien fait l'appel de sa classe d'accueil, c'est toute la diversité de la planète qui défile. Des prénoms et autant « d'histoires incroyables » qui ont touché Julie Bertuccelli, la réalisatrice. L'idée du film vient d'une rencontre dans un festival de films scolaires. Présidente du jury, la réalisatrice de « L'arbre » s'intéresse au travail de Brigitte Cervoni qui lui explique le principe des classes d'accueil destinées à permettre aux étrangers de vite progresser en français pour intégrer un cursus éducatif normal. « A la rentrée suivante, j'avais l'intention de faire des repérages. Mais je suis vite tombée amoureuse de ce groupe avec plus de 20 nationalités représentées. »

Julie Bertuccelli va se fondre dans le décor et filmer des heures de cours, les rencontres parents-profs, une sortie à la piscine et des examens d'évaluation. Jamais elle ne rentre dans l'intimité familiale des enfants. Ce parti-pris de resserrer son travail sur le groupe d'élèves lui permet de suivre une dizaine d'élèves. Oksana, la Roumaine, venue en France rejoindre son père pour apprendre la comptabilité et s'ouvrir des horizons nouveaux. Maryam, libyenne en provenance d'Égypte, attend que sa mère obtienne enfin son statut de réfugiée politique. Felipe apprend le français mais consacre l'essentiel de ses journées au violoncelle. Ce Chilien virtuose a obtenu son admission au conservatoire de Paris. Et puis aussi Xin, la Chinoise, Rama la Mauritanienne ou Luca l'Irlandais. Une classe arc-en-ciel qui va apprendre à se connaître et se souder grâce à l'enseignement tout en douceur et intelligence de Brigitte Cervoni. Des cours où la parole est libre, tous les sujets sont abordés, de la politique à la religion, dans une liberté de parole que seule l'école laïque permet. Ils réaliseront aussi un film, sur la différence, dont des extraits sont utilisés dans le film, notamment les scènes d'interview ou les élèves présentent leur parcours.
Après un remarquable travail de montage, le film raconte ces histoires individuelles dans une histoire commune, avec des plans de la cour de récréation, vide ou animée, sous la pluie ou la neige en fonction des saisons qui passent. Et à la fin de l'année scolaire et du film, quand le groupe se sépare, la boule dans le ventre est communicative, l'émotion submerge les « acteurs » et le spectateur.
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Financement compliqué 
Lors de la présentation en avant-première de « La cour de Babel » la semaine dernière à Paris, Julie Bertuccelli, avant de remercier son équipe, a chaleureusement salué toutes les chaînes de télévision qui... lui ont refusé tout financement. Pourtant elle croyait en ce projet. Et elle a déjà fait ses preuves, tant dans les documentaires que dans la fiction. Mais cela n'a pas suffit. Personne n'a voulu s'engager. Seule sa productrice habituelle lui a fait confiance. Le film a donc débuté presque en catimini, sans savoir si ces premiers rushes serviraient à quelques chose... C'est en les visionnant que tout s'est débloqué. Par le plus grand des hasards, le directeur de la société de distribution Pyramide a vu quelques séquences. Il a adoré et s'est engagé à diffuser ce documentaire au cinéma puisque les télévisions n'en voulaient pas. Et pour boucler le financement, il crée en son nom propre une société de production et investit dans sa première œuvre. Par la suite, Arte France Cinéma a aussi rejoint le projet et « La cour de Babel » a convaincu d'autres partenaires.
Achevé depuis de longs mois, le film a été montré à quelques enseignants et les réactions ont été très favorables. Au point que Vincent Peillon, ministre de l'Éducation, est venu le soutenir lors de sa présentation. Une séance qui a vu se reformer la classe d'accueil. Les adolescents se sont retrouvés, pour la première fois depuis des mois pour certains, avec une joie non dissimulée. Heureux aussi de retrouver leur professeur, Brigitte Cervoni qui depuis a cessé de s'occuper des jeunes pour devenir inspectrice et chapeauter des enseignants, d'autres grands enfants dans leur genre. 

mardi 11 mars 2014

Cinéma - "La cour de babel", le documentaire qui fait aimer l’école

“La cour de Babel”, film de Julie Bertuccelli qui sort mercredi en salle, suit les 25 élèves étrangers d’une classe d’accueil sur une année scolaire. 

En Une du point cette semaine, l’hebdomadaire s’interrogeait « Peut-on encore confier nos enfants à l’Éducation nationale ? » Pour répondre, pas besoin de chiffres ni de programme politique. Il suffit d’aller voir “La cour de Babel”, documentaire de Julie Bertuccelli à l’affiche mercredi prochain. La réalisatrice a suivi avec sa caméra durant une année scolaire complète les 25 élèves de la classe d’accueil d’un collège parisien. Le résultat est une démonstration époustouflante de l’importance de l’école et de sa formidable puissance d’intégration.

En captant ces tranches de vie scolaire, dans toutes leurs candeurs, violences ou difficultés, Julie Bertuccelli met à nu un système souvent critiqué mais pourtant essentiel. Et humain surtout. Cette humanité qui parfois a tant fait défaut dans l’existence de ces étrangers, ballottés au fil des mutations ou des exils forcés de leurs parents.

La genèse du film est d’une simplicité... enfantine. Après avoir réalisé des fictions (“L’Arbre” avec Charlotte Gainsbourg en Australie), « j’avais envie de vivre avec des enfants, confie la réalisatrice parisienne. Quand j’ai découvert l’existence des classes d’accueil, réservées aux enfants étrangers ne maîtrisant pas bien le français, j’ai débuté des repérages. Mais je suis tombée amoureuse de la classe de Brigitte Cervoni. Les enfants venaient de tous les continents. C’était plein d’histoires extraordinaires. » Une fois toutes les autorisations obtenues, Julie Bertuccelli filme des heures et des heures de cours. Beaucoup de discussions à bâtons rompus aussi, une des trouvailles pédagogiques de la prof pour permettre aux plus timides de s’exprimer, aux autres de les corriger et surtout de façonner une cohérence à ce groupe si disparate. .
Du réfugié au concertiste
On découvre les inquiétudes de Maryam, la Libyenne en attente de la décision sur son statut de réfugiée politique, Oksana, l’Ukrainienne à la voix d’or, Luca, l’Irlandais bourru, Andromeda, la Roumaine pour qui la réussite à l’école est une question vitale, Marko, originaire de Serbie, juif persécuté par des néo-nazis, Felipe, le Chilien violoncelliste virtuose venu en France pour intégrer le conservatoire ou encore Xin, adolescente chinoise, en France pour rejoindre sa mère après une séparation de 10 ans. « Il y a des classes heureuses partout, même en banlieue dans les zones difficiles, selon Julie Bertuccelli. Moi je défends l’école laïque, l’école républicaine. Et j’ai plaisir de voir cette école faire émerger des doutes sur la religion. »
Cela ne l’empêche pas de critiquer certaines lourdeurs. « Cette école est un peu sclérosée » regrette-elle, se souvenant de la simplicité de l’accueil anglo-saxon de ses propres enfants quand elle a tourné en Australie. La clé, souvent, réside dans la personnalité du professeur. Brigitte Cervoni, que l’on voit peu mais que l’on entend beaucoup, incarne cette enseignante à l’écoute, pleine d’empathie mais aussi d’autorité.
Cette osmose parfaite, on la vit au fil des mois, avec pour repères temporels les arbres de la cour de récréation. L’apprentissage de la langue passe aussi par le rapprochement entre les élèves. Des amitiés se nouent, des drames aussi. « Il faut que chaque scène fasse avancer le récit » résume la réalisatrice. Et le film réussi ce tour de force de faire partager au spectateur toute l’émotion des liens créés entre ces jeunes déracinés. Une superbe leçon donnée par des élèves...