Françoise Xenakis, dans ce recueil de nouvelles, raconte le destin étrange des veuves blanches de Sologne.
Une France qui n'existe plus, une France du passé, de la tradition, est au centre de ces nouvelles signées François Xenakis. La romancière y raconte le destin des veuves blanches. En Sologne, après la première guerre mondiale, « chaque village avait ses veuves blanches, des jeunes femmes qui avaient perdu leur fiancé ou leur bon ami officiel à la guerre 14-18. » Un phénomène qui s'est reproduit après la guerre de 39-40. Elles ont été logées par la commune durant toute leur existence. A une condition : « Elles se devaient d'être des vierges irréprochables. » Ce sont quelques unes de ces existences, imaginaires mais fort plausibles, que Françoise Xenakis raconte dans des textes entre reportage social et vagabondage nostalgique dans la mémoire de femmes qui ont, pour la plupart, « connu une vie de recluses. »
Adrienne Couvreur écrit à Bernard Pivot
Dans les premiers textes, l'auteur mêle description minutieuse du phénomène et souvenirs personnels. « Mes veuves blanches habitaient, le plus souvent, de minuscules maisons d'une seule pièce, renfermant la cheminée où elles cuisinaient et le lit », se souvient Françoise Xenakis. « J'aimais leur foyer conçu d'évidence pour une personne. Oui, j'aimais ces vieilles maisonnettes et la chèvre, souvent blanche elle aussi, attachée à un piquet qu'elles déplaçaient chaque jour. »
Le texte principal est une longue lettre d'Adrienne Couvreur, fille de l'assistance publique, à Bernard Pivot. La veuve blanche s'adresse à l'animateur de télévision (on est en 1988), car elle estime qu'il peut comprendre son parcours à sa juste valeur. Tombée amoureuse, dès l'école, de Marcel Quenot, elle s'installe et se met en ménage avec lui, contre l'avis de leurs parents. Ils sont à peine sortis de l'adolescence.
Une petite période de bonheur avant que la guerre n'éclate en 1939. Marcel est mobilisé. Monte au front. Et disparaît... « J'attends donc Marcel et j'ai soixante-cinq ans » explique Adrienne. Jamais elle n'a abandonné l'espoir de son retour. Une certitude puis une obsession, voire une folie.
Elle allait tous les soirs à l'arrêt de bus, persuadée qu'il serait là, à l'attendre, un peu perdu après toutes ces années retenu prisonnier en Allemagne ou en Russie. Des années au cours desquelles elle s'est desséchée sur place, à oublier de vivre pour soi. Une lettre parfois pathétique et touchante.
Marcel et ses deux veuves
La nouvelle « Comment Marcel Lemoine épousa une veuve blanche. L'impensable arriva et tourna mal » elle aussi devrait prendre le lecteur aux tripes. Marcel, 42 ans, vieux garçon prend un jour son courage à deux mains et se rend chez Émilie, une veuve blanche qui lui a tapé dans l'œil. Elle n'est pas là. Mais sa voisine, Bernadette, veuve blanche elle aussi, discute un peu avec Marcel. Rapidement ils seront mariés et auront une petite fille Marilyn. Marcel, Bernadette et Émilie formeront un triangle amoureux sur plusieurs dizaines d'années, cherchant ou repoussant le bonheur au gré de leurs humeurs.
Un texte d'une vingtaine de pages qui aurait sans problème pu être développé pour devenir un roman dense et passionné.
« J'aurais dû épouser Marcel », Françoise Xenakis, Éditions Anne Carrière, 17 €
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