jeudi 4 juin 2009

Nouvelles - Les pollueurs de vie

Quarante portraits, quarante « insupportables ». Vous en avez certainement dans vos relations. A moins que vous n'en soyez un vous aussi...


Ce petit livre pourrait devenir, dans quelques dizaines d'années, un témoignage criant de vérité sur les années 2000. Un nouveau millénaire qui a vu le développement de l'individualisme, de la solitude, du culte de la réussite et surtout de l'apparence. Sven Ortoli, journaliste et écrivain, s'est associé à Michel Etchaninoff, professeur de philosophie pour dresser le portrait de cette génération en quarante personnages, caricaturaux, typiques, bien de notre temps.

Ces sont les Insupportables car leurs avis ou attitudes sont entre l'abject et le répugnant. Vous en connaissez certainement certains exemplaires. Et attention car parfois vous pourriez vous reconnaître (en partie ou en totalité) dans ces textes courts. De « La reine du monde », impériale sur les trottoirs en conduisant sa poussette à « L'amoureux du monde », bavard impénitent, sachant tout sur tout et qui fait fuir tout le monde avec ses connaissances encyclopédiques.

Je glande donc je suis

Parmi les portraits les plus réussis, retenons le paresseux d'entreprise. Avant de le suivre dans une matinée de non-travail, découvrons comment les auteurs le décrivent : « Il est universel. Publique ou privée, multinationale ou régionale, aucune entreprise n'échappe à sa présence : c'est le ninja de la flemme, le Napoléon de la cosse, l'experts n° 1 dans l'art de ne rien foutre ; au nom de la fin de toutes les illusions, excepté celles qu'il entretient à son sujet. » Chaque portrait débute par cette présentation générale. Mais ensuite les deux auteurs donnent de la chair et du liant à ces exemples tous théoriques. Et pour donner encore plus de corps à l'ensemble, les Insupportables se croisent, parfois, au gré d'une réunion de travail ou d'un dîner en ville.

Souvent c'est dans la bourgeoisie que les pires spécimens se trouvent. Il est vrai que rien ne vaut un peu d'aisance pour malmener ses congénères. Ainsi « L'esclavagiste soft » trouve normal d'employer, au noir, Lovely, une Philippine, 10 heures par jour, sept jours sur sept. Une grande bourgeoise qui n'a qu'une inquiétude : que cette nounou servile et illettrée ait trop d'influence sur ses enfants. Comment est-elle arrivée là : « Julienne, la Capverdienne d'avant, déclarée, se servait dans le frigo et tombait malade toutes les deux semaines. Un calvaire. A peine si elle ne menaçait pas de se mettre en grève. Avec Lovely, c'est plus facile : elle vient même quand elle a 40 de fièvre. »

Irréprochable et immonde

Des portraits qui prêtent souvent à rire. On les plaindrait presque. Pourtant il y a également des monstres dans cette galerie. « L'irréprochable » détonne un peu dans ce livre. Pourtant c'est là aussi bien vu et certainement plus fréquent qu'on ne le pense. Cet irréprochable, père de famille exemplaire, a son jardin secret. Chaque mercredi après-midi, alors que femme et enfants sont sortis, il s'enferme dans son grenier et se plonge dans son monde virtuel. Il surfe sur les sites internet montrant des petites filles « qui font des choses vilaines, très vilaines. Et en général il coupe le son parce qu'il n'aime pas les cris. Quelquefois, quand il a fait sa petite affaire, il se regarde dans la glace et se trouve un peu limite. Mais enfin, il mate, c'est tout ! Ça compte pour du beurre. » Celui-là, il est un peu plus qu'insupportable.

« Les insupportables », Sven Ortoli et Michel Etchaninoff, Seuil, 15 € 

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