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vendredi 21 avril 2023

Cinéma - “Les âmes sœurs” face aux souvenirs enfouis


 Blessé au Mali, un militaire français est soigné par sa sœur. Il est amnésique. Elle voudrait ne plus se souvenir. Un film d'André Téchiné qui sort ce mercredi 12 avril 2023 au cinéma. 

André Téchiné, malgré ses 80 ans, continue de tourner. Toujours un projet sur le feu, un film à lancer ou à finaliser. Alors qu’il vient de terminer à Perpignan, un film sur la police avec Isabelle Huppert en vedette, son précédent long-métrage sort sur les écrans. Le réalisateur s’attaque aux rapports entre un frère et sa sœur. Un sujet sensible tourné en Occitanie, dans une vallée ariégeoise, avec quelques scènes finales sur la plage et dans les Pyrénées-Orientales. Un grand écart d’atmosphère, l’essentiel de l’intrigue se déroulant dans des bois touffus et verdoyants, le final devenant solaire entre mer et ciel.

David (Benjamin Voisin) est militaire dans l’armée française. Il est dans un blindé qui participe à pacifier le Sahel face aux menaces terroristes. Une mine et c’est le retour en urgence aux Invalides à Paris. Grièvement brûlé et dans le coma, voilà comment Jeanne (Noémie Merlant) sa demi-sœur le découvre. Elle débarque de son Ariège natale. Elle vivote dans un petit village qui dépérit, garde des entrepôts la nuit en compagnie de son berger allemand, Flambeau. Quand David se réveille, les médecins découvrent qu’il a perdu la mémoire. Incapable de parler ni de savoir qui il est. Après de longs mois de rééducation, il peut enfin quitter l’hôpital. Sa sœur décide de s’occuper de lui. Il va habiter avec elle dans son petit appartement, dépendance d’un domaine appartenant à un ami, Marcel (André Marcon). David gagne en autonomie. En caractère aussi. Il devient de plus en plus irritable, refuse que Jeanne lui parle du passé, ne se projette que dans l’avenir. Même s’il ne pourra jamais plus être soldat.

Le titre du film, Les âmes sœurs, donne une indication au spectateur sur la complicité qui existait entre Jeanne et David. Ils étaient très proches enfants, partageaient tout, surtout cette mère qui n’est plus là aujourd’hui. David se raccroche à sa sœur alors qu’elle semble de plus en plus redouter ce rapprochement. Quels secrets, enfouis dans la mémoire de Jeanne, David aimerait retrouver une fois son amnésie disparue ? 

Le film, faisant la part belle à la complicité des deux jeunes comédiens, tourne un peu trop autour de son sujet principal. Il se perd parfois dans des détails (exode rural, chômage, différence) mais retombe sur ses pieds dans les ultimes scènes tournées près de Perpignan.

Film français d’André Téchiné avec Noémie Merlant, Benjamin Voisin, Audrey Dana et André Marcon.

 



mercredi 28 juillet 2021

Cinéma - “Profession du père” : fou à enfermer

Tiré du roman de Sorj Chalandon, le film de Jean-Pierre Améris offre un rôle sur mesure à un Benoît Poelvoorde survolté. 

André (Benoît Poelvoorde), un père un brin mythomane et assez paranoïaque avec son fils Émile (Jules Lefebvre).  Caroline Bottaro

Pour captiver leur fils, certains pères aiment raconter des histoires, enjoliver la réalité et se donner le beau rôle. Un jeu innocent, sauf si le fameux père est complètement fou, mythomane et paranoïaque. Sorj Chalandon a raconté sa drôle d’enfance dans un récit paru chez Grasset en 2015.

Jean-Pierre Améris l’a adapté à l’écran, avec Benoît Poelvoorde dans le rôle du papa raconteur d’histoires. Le réalisateur a déjà dirigé à deux reprises l’acteur belge. Il a donc, logiquement, pensé à lui pour endosser l’habit de ce mythomane, paranoïaque, violent et secret. Un fou que, de nos jours, on enfermerait au regard de sa dangerosité.

Pourtant, pour Émile, son père André est simplement le héros d’histoires captivantes qu’il lui raconte à grand renfort de mise en scène. Il a été parachutiste, champion de judo, est même devenu l’ami d’un soldat américain qui désormais est affecté à la sécurité du président Kennedy. En réalité, c’est un fils d’ouvrier au chômage qui vit aux crochets de sa femme, comptable. 

Délire dangereux

L’action se déroule, en 1961, à Lyon. Émile gobe toutes les fanfaronnades de son papa. Sa mère (Audrey Dana), douce et aimante, essaie de le protéger, mais, à l’époque, le mari était tout-puissant au sein du foyer. Tout se complique quand des généraux tentent un putsch en Algérie. Profondément patriote, André prétend faire partie de l’OAS et veut enrôler son fils de 11 ans dans son combat. Émile, prenant tout au pied de la lettre, va se mettre en danger ainsi qu’un de ses camarades d’école. Car, la folie du père, même si elle ne dépasse que rarement les murs du foyer, n’est pas sans conséquence. 

Un film puissant sur le mensonge et l’endoctrinement en famille. Les trois acteurs sont parfaits dans des rôles pourtant très différents. Benoît Poelvoorde, grandiloquent, colérique, mais aussi lâche parfois, signe une de ses plus belles performances. Audrey Dana apporte cette touche de douceur qui permet à la famille de continuer vaille que vaille. Quant à Jules Lefebvre, dans le rôle du petit Émile, c’est la véritable révélation du film.

Film français de Jean-Pierre Améris avec Benoît Poelvoorde, Audrey Dana, Jules Lefebvre