Quelques chroniques de livres et BD qui méritent d'être lus et les critiques cinéma des dernières nouveautés. Par Michel et Fabienne Litout
mercredi 12 septembre 2018
Chronique - Montrez ce Noir que je ne vois pas
Une grande école française (Emile-Cohl à Lyon) vient d’en faire les frais, victime d’une agence de communication américaine peu regardante sur l’utilisation des logiciels de retouche photographique. Désireuse de s’implanter outre-atlantique, l’école demande à l’agence de réaliser une plaquette sur ses enseignements. Et de l’illustrer avec des photos d’élèves.
Sur ces fameuses photos figurent bien quelques Asiatiques mais pas un seul Noir. Pas grave, un coup de palette graphique et voilà trois ou quatre étudiants devenus beaucoup plus basanés. Les Américains n’y auraient vu que du feu mais la photo trafiquée est revenue en France. Et certains élèves se sont reconnus. Non ils n’ont pas abusé des UV. Oui il s’agit d’un trucage.
Embarras du côté de l’école. Le contrat avec l’agence est suspendu.
Reste que la réalité, si elle ne nous saute pas aux yeux, était flagrante pour les Américains. Pas un seul étudiant issu des minorités sur cette photo qui présentait pourtant toute une promotion de première année. Le scandale n’apparaît finalement pas forcément à cause de la tricherie des communicants américains. Mais du manque criant de diversité sociale des fabriques de la future élite française.
(Chronique parue en dernière page de l'Indépendant le 12 septembre 2018)
lundi 4 septembre 2017
De choses et d'autres - Des cartables descendra la lumière
Rentrée des classes ce lundi. Parmi les nouveautés incontournables les cartables à led. Les petites diodes électroluminescentes font une entrée en force dans la panoplie des écoliers.
Déjà, depuis deux ans, les baskets lumineuses avaient la cote. Conséquence, cet ordre surréaliste donné par une maîtresse à l’un de ses élèves: «Kevin, s’il te plaît, quand on est en classe on éteint ses chaussures.» Donc cette année on aura droit à «Dylan, une fois que tu as pris tes cahiers, tu es tenu d’éteindre ton cartable.» Certaines sacoches reprennent l’effigie de célèbres voitures d’un dessin animé récent et arborent des phares qui s’allument ou changent de couleur. D’autres permettent même à l’heureux propriétaire de régler la fréquence de clignotement de l’éclairage. On ne parle plus cartable, mais boîte de nuit.
Quelques fabricants, fieffés filous, ont pris pour argument la sécurité routière. Un cartable bien visible est un atout la nuit. Mais point trop n’en faut. Certains automobilistes pourraient, découvrant au détour d’un virage trois écoliers luminescents, se méprendre sur cette vision. Au risque de provoquer l’éclosion sur le net d’une nouvelle série d’articles sur «les extraterrestres sont parmi nous, je les ai croisés un soir sur une petite route, comme David Vincent».
Mode éphémère (le temps de la durée de vie des piles), les cartables à led ne doivent pas nous faire oublier l’essentiel. C’est en fréquentant l’école que l’on devient plus intelligent et lumineux, pas l’inverse. Le monde des lumières est certes à portée du premier cartable venu. Mais comme de juste, le véritable trésor est caché dedans.
mardi 23 mai 2017
De choses et d'autres - Ce nouveau truc nous fait tourner en bourrique
Ces jouets, formés d’un roulement à billes central et de trois branches, sont à la base des objets destinés à certains autistes. Ils agissent comme « un exutoire moteur aux tensions et désirs de mouvement » pour les « enfants et adultes hyperactifs ou ayant des troubles de l’attention et de la concentration. » En le faisant tourner le plus longtemps possible et si possible en équilibre sur un doigt, on apprend, en théorie, « dextérité, agilité, motricité et force cinétique."
Problème, aux USA d’où vient la mode, plusieurs écoles ont interdit le hand spinner et en France certains profs aussi commencent à en avoir ras-le-bol. Car loin de se limiter aux récréations, la toupie virevolte en cours. Résultat les élèves n’écrivent plus, écoutent encore moins et quand le jouet tombe, cela déclenche un brouhaha immédiat. A mon avis, le hand spinner ne présente qu’un avantage : il oblige son utilisateur à choisir entre lui et son portable. Moins d’écran ne peut pas nuire à la jeunesse…
(Chronique parue le 23 mai en dernière page de l'Indépendant)
mercredi 4 janvier 2017
Cinéma - Enseigner avec tout son cœur
Lieu préservé entre tous, l’école primaire doit être protégée. Pour s’en persuader, il suffit d’aller voir « Primaire », en salles ce mercredi. Un film qui fait du bien, d’où l’on ressort les yeux baignés de larmes, rempli d’émotion, le cœur plein d’espoir. De ces œuvres qui ne paient pas de mine mais dont on se souvient longtemps car elles nous font mieux comprendre la chance que l’on a de vivre dans un pays qui fait beaucoup pour sa jeunesse. Florence (Sara Forestier) est professeur des écoles. Institutrice dans sa tête. Elle est jeune mais n’a pas encore accepté le nouveau verbiage de l’Éducation nationale. Cette année elle a la classe de CM2. Difficiles les CM2 car c’est leur dernière année dans ce cocon qu’est l’école primaire. La rentrée suivante se fera au collège. Là, rien ne sera pareil.
■ Émouvant spectacle de fin d’année
Alors Florence, sans trop s’attacher, donne le maximum pour qu’ils ne soient le mieux formés possible. Dans cette classe, il y a Denis. Il lève toujours la main pour répondre. Elle ne l’interroge jamais. Denis en veut à sa maî- tresse. Encore plus à sa mère quand il la voit, dans l’appartement de fonction qu’ils occupent au-dessus des classes, préparer ses cours ou corriger sa copie. La très bonne idée du film est d’opposer cette maîtresse exemplaire à son fils qui se sent dé- laissé. Au point qu’il fait des pieds et des mains pour rejoindre son père qui travaille en Indonésie. De père, Sacha n’en a pas. Sacha quasiment abandonné par sa mère et qui au bout d’une semaine de vie en solitaire est confié à Mathieu (Vincent Elbaz) l’ancien petit ami de la mauvaise mère. Une relation particulière va s’instaurer entre Florence et Sacha, comme si elle avait besoin de s’occuper de cet enfant dé- laissé alors qu’elle n’arrive pas à voir que son fils a besoin de plus de présence maternelle. Denis va repousser Sacha dans un premier temps, puis devenir son meilleur ami quand il comprendra que sa mère est attirée par Mathieu.
Un embryon de romance qui n’enlève rien à la force du scénario, axé essentiellement sur la vie dans cette classe de CM2. On se régale de leurs préparatifs du spectacle de fin d’année, notamment quand intervient Carlie, une autiste intégrée au groupe. Ce film, véritable plaidoyer en faveur du corps enseignant, nous permet de retrouver nos années de primaire, quand la maîtresse (ou le maître) était le centre de notre petit univers.
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Dans ses notes de production, Hélène Angel explique pourquoi elle a rapidement choisi Sara Forestier pour interpréter cette institutrice, si fragile dans sa vie privée, si forte face à ces gamins. « J’ai eu le coup de foudre. Sara, c’est un animal sauvage ! En tant que femme, elle n’est pas dans des rapports de séduction codés. En tant qu’actrice, elle ne « fabrique » pas. Elle vibre, elle a donné force et souffle au personnage. » Un portrait que ne doit pas renier la principale intéressée.
Cette comédienne de 30 ans, dans le métier depuis ses 15 ans, a déjà deux césar à son palmarès. Sa fraîcheur lui permet de tout oser. Du drame social comme « La tête haute » au mauvais film d’horreur « Humains » en passant par le polar psychologique « L’amour est un crime parfait », elle a déjà touché à tous les genres. Même les plus inclassables quand elle interprète une jeune femme qui se bat avec son partenaire et amant (souvent dans de la boue) dans « Mes séances de lutte » de Jacques Doillon. Sans oublier ses débuts fracassants dans « L’esquive » d’Abdellatif Kechiche.
Mais la belle ne se contente pas d’un seul côté de la caméra. Après une première expérience sur un court-métrage, elle s’est lancée dans la réalisation de son premier long-métrage. « M », dont elle signe aussi le scénario, est l’histoire d’une fille bègue qui s’épanouit au contact d’un pilote kamikaze. Le film est en cours de montage et pourrait sortir pour la fin de l’année.
vendredi 8 mai 2015
DE CHOSES ET D'AUTRES - Prénoms impropres
La grossièreté, cette mère maîtrise parfaitement. Elle habite à côté de chez une amie qui m'a raconté l'anecdote. Depuis l'arrivée des beaux jours, chacun vit les fenêtres ouvertes. Les deux maisons mitoyennes ne laissent que peu d'intimité côté conversation. La voisine a deux enfants de 2 et 5 ans.
Mon amie, bien involontairement, s'est rendu compte récemment qu'elle ne prononçait jamais leur prénom. Elle les appelle Hé ou Ho. Cela donne ce genre de dialogues (invectives exactement) : « Hé, tu vas arrêter ! » « Ho, ça suffit ! » « Hé, tu l'as pas volée celle-là ! » « Ho, tais-toi ! » (là aussi j'édulcore). Depuis, les enfants ont hérité du prénom de Hé et Ho quand mon amie nous donne de leurs nouvelles. Si par hasard la maman irascible donne naissance à une troisième cible, le futur bébé héritera-t-il du sobriquet de Ha ? Ou bien Hisse, pour aller avec son frère Ho ?
On peut en rire, mais le quotidien des petits Hé et Ho ne ressemble pas précisément à un chemin bordé de roses. Et pour clore ce chapitre de prénoms impropres, une colle pour Robert Ménard, grand ordonnateur des statistiques ethniques cachées : dans quelle religion va-t-il bien pouvoir caser Hé et Ho ?
vendredi 22 mars 2013
Billet - Les corrections à la chaîne de Petit Prof
Et pourtant Petit Prof aime son métier. Pourquoi , Réponse dans ce tweet : « Vu ancien élève. À l'époque, renfermé et transparent. Maintenant, épanoui. "Vous m'avez fait aimer les livres." »




