Michel, respectable notaire de province, devient le week-end Mylène, la travestie, dans sa maison de campagne. « Les nuits d'été » de Mario Fanfani offre un rôle en or à Guillaume de Tonquédec.
Une maison perdue dans les forêts des Vosges. Derrière les fenêtres, des hommes se réunissent. Ils sont tous habillés en femmes. À la fin des années 1950, dans cette province totalement oubliée par l’évolution des mœurs, ils n’ont pas d’autre solution que de se cacher pour assumer leur différence. Mario Fanfani signe avec « Les nuits d’été » un film à l’ambiance trouble, où les apparences sont trompeuses, les pulsions fortes et les envies tenaces. Une ode à la liberté, à l’amour et la transgression. On en ressort bouleversé et forcément plus compréhensif face à des êtres écorchés vifs, stigmatisés bien qu’ils ne fassent de mal à personne.
Vivons heureux, vivons cachés
Mylène est une bourgeoise chic. Tailleur parfaitement coupé, talons aiguilles, permanente et maquillage soignés, elle est assise sur un canapé, les mains sur les genoux, le buste droit, la poitrine mise en valeur. Mylène veut être parfaite. Comme si elle passait un examen devant son amie Flavia. Et puis Mylène s’énerve, perd sa voix haut perchée, retrouve son ton grave. Michel (Guillaume de Tonquédec) reprend le dessus. Flavia s’efface elle aussi pour redevenir Jean-Marie (Nicolas Bouchaud). Dans cette maison de campagne perdue dans les sombres forêts des Vosges, deux hommes, deux amis, tentent de vivre leur différence le temps d’un week-end. Michel est notaire. Marié à Hélène (Jeanne Balibar), père d’un petit garçon qu’il adore, il se travestit chaque week-end en compagnie de cet artisan tailleur, connu lors de la dernière guerre.
L’idée de ce film est venue à Mario Fanfani en feuilletant un livre de photo américain. Des clichés pris dans la « Casa Susanna », une villa de campagne du New Jersey. Sur ces images, sans le moindre commentaire, des hommes effectuent des activités telles que prendre le thé, faire du jardinage ou jouer au Scrabble. Tous déguisés en femmes, en parfaites ménagères... « Ces photos très denses et romanesques m’ont inspiré, confie le réalisateur. Je les ai beaucoup regardées, elles sont restées près de moi. Ces hommes font des gestes de transgression. Pour l’époque, ils étaient très en avance. Mais aussi en retard car ils se transforment en femmes très traditionnelles. » Cette ambiance il l’a recréée dans cette France de province prise dans le carcan du Gaullisme. Il ajoute à son intrigue les débuts de la prise de conscience contre la guerre d’Algérie. Jeanne, la bourgeoise cloîtrée dans son intérieur cossu, est la plus politisée. Elle dénonce l’envoi d’appelés se faire tuer pour une terre qui n’est pas la France. En écho, Jean-Marie recueille Pascal, surnommé Chérubin, jeune appelé qui préfère déserter.
Le film alterne trois ambiances. L’intérieur bourgeois du couple Michel et Hélène, la salle enfumée d’une boîte de nuit où des travestis chantent en play-back pour les soldats français et américains (l’action se déroule en Alsace) et la maison de campagne, rebaptisée « Villa Mimi » par la petite bande. Paradoxalement, si dans les deux premiers lieux on a en permanence l’impression que chacun joue un rôle, le naturel, le vrai, est évident quand ils se retrouvent tous ensemble loin des jugements de notre société. Un film vivifiant, joyeux et dramatique à la fois, où chacun trouve des clés pour explorer les parts cachées de sa personnalité.
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De Tonquédec, « un acteur bosseur »
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