lundi 5 juillet 2021

SF - La crème du space opéra

Brandon Sanderson, auteur US originaire du Nebraska, a déjà publié quantité de romans. Il est devenu une des plumes les plus lues de la fantasy. Mais visiblement il avait fait le tour des mondes imaginaires des Fils-des-Brumes ou de Cœur-d’Acier (tous publiés au Livre de Poche) puisqu’il s’est essayé à un autre genre : le space-opéra. Ainsi est né l’univers d’Astrevise dont le second tome vient de sortir.

On retrouve la suite des aventures de Spensa, jeune humaine qui a un don pour piloter les vaisseaux spatiaux. Dans ce futur très lointain, les derniers hommes, quelques milliers, ont été exilés sur la planète Détritus. Là, privés de technologie, ils sont en train de s’éteindre sous la coupe des aliens de la Supériorité.

Au cours de 630 pages palpitantes, bourrées de combats dans l’espace décrits avec minutie, Spensa va découvrir pourquoi on inflige tel traitement à son peuple. Et se dressera pour prendre la tête de la Résistance

« Astrevise, Skyward » (tome 2), Le Livre de Poche, 20,90 € 

dimanche 4 juillet 2021

BD - Chroniques hospitalières


Voilà un album qui a failli ne jamais voir le jour. Nicolas Keramidas l’avait dans un coin de sa tête. Dessinateur de BD (notamment de Luuna ou d’Alice au pays des singes), il désirait raconter comment, encore bébé, il avait été opéré du cœur. Un témoignage qui a grossi, naturellement, quand ses médecins lui annoncent qu’il va devoir retourner sur la table d’opération.

Très justement intitulé À cœur ouvert, ce roman graphique de 200 pages, au format comics, est d’une étonnante force. Une fois les détails médicaux de la maladie d’origine expliqués, le lecteur plonge dans l’esprit d’un homme qui sait que l’intervention est très risquée. Un journal hospitalier, tenu avec rigueur et détachement, comme pour laisser une trace, au cas où.

Finalement, malgré de nombreuses complications, le dessinateur a pu rejoindre sa maison, sa famille et terminer cet album unique en son genre. Comme un hommage, avant l’heure (la pandémie n’existait pas encore), au travail des personnels soignants

« À cœur ouvert », Dupuis, 17,50 € 

samedi 3 juillet 2021

Polar - La 40e enquête de l’inspecteur Higgins

Rares sont les séries policières affichant une telle longévité. En très peu de temps qui plus est. Christian Jacq a délaissé l’Égypte de ses premiers succès pour imaginer les enquêtes de l’Inspecteur Higgins.

Ce vieux garçon anglais semble tout droit sorti de l’univers d’Agatha Christie. Encore plus dans cette 40e aventure intitulée Le crime d’une nuit d’été. Belle et riche, Audrey Wani invite six prétendants pour les tester lors d’un week-end. Pragmatique, elle veut choisir sa moitié, comme elle recrute un cadre supérieur.

Mais si le jour venu les maris potentiels sont là, pas Audrey qui a disparu. Comme c’est une voisine de l’inspecteur Higgins, il va prendre l’affaire en main sur les conseils de sa gouvernante, l’autre personnage qui fait le succès de cette suite de polars. Mais, comment démasquer un meurtrier quand il n’y a pas de cadavre ? 

« Le crime d’une nuit d’été », Christian Jacq, XO Éditions, 13,90 € 

vendredi 2 juillet 2021

Thriller - Mari beaucoup trop violent

Nora Linde, tout en étant procureure en Suède, n’est pas toujours consciente de la réalité de la société dans laquelle elle vit. En lançant une enquête sur Andreis Kovac, elle veut simplement faire tomber le mafieux d’origine bosniaque pour fraude fiscale. Mais l’homme cache aussi un mari très violent.

Quand l’héroïne découvre qu’il vient de frapper Mina, la jeune mère de son fils, Nora rajoute aux charges l’accusation de violences conjugales. Mina est mise à l’abri, sous protection, provoquant la rage de Kovac. Il tient Nora pour responsable et va en faire une affaire personnelle. Ce nouveau roman de Viveca Sten décrit un pays de plus en plus en proie à la violence. Nora va vite se rendre compte qu’elle vient de s’attaquer à forte partie. Heureusement Thomas Andreasson, son collègue, veille.

Un thriller nerveux et imprévisible, comme le caractère de Kovac dont on espère ne jamais croiser la route dans la vraie vie.

« Sous protection », Viveca Sten, Albin Michel, 21,90 € 

jeudi 1 juillet 2021

Polar - San-A aurait cent ans

Il a poussé son premier cri, le 26 juin 1921. Il y a 100 ans, Frédéric Dard venait au monde. Quelques années plus tard, San-Antonio prenait la relève et marquait de son délire et de son inventivité la littérature française.

Pour ce centenaire, Pocket sort de nombreux titres, en plus des deux rééditions mensuelles (N°78 et N°151) des 200 romans du commissaire de police, toujours accompagné de Bérurier, l’infâme affamé qu’on aime, tant il personnifie une certaine idée de la France.

Pour découvrir qui était cet écrivain, plongez dans Frédéric Dard se raconte, sans fard, son succès après ses années de galère, sa vie amoureuse, compliquée, forcément compliquée. Le meilleur reste cette. Du grand n’importe quoi, mais sur des faits véridiques. San-Antonio, dans toute sa splendeur, entre ironie, outrance et message politique subliminal.  

jeudi 3 juin 2021

De choses et d’autres - Le numéro de trop ? 

Il y a toujours eu dans les gouvernements des ministres plus médiatiques que les autres. Par contre c’est la première fois depuis longtemps que des personnalités ne sont connues que pour leur sorties médiatiques et jamais pour leur travail gouvernemental. La championne toute catégorie reste Marlène Schiappa.

 

Plus forte que Nicolas Sarkozy, celui qui a élevé au rang d’art l’omniprésence médiatique quand il était au ministère de l’Intérieur ou Gérald Darmanin, élève du premier et un peu supérieur hiérarchique de la Ministre délégué, chargée de la Citoyenneté.

Une starification qui lui donne l’occasion, en tant que candidate aux régionales en Île de France, de lancer un service tout simplement baptisé « Allô Marlène ». Un numéro de téléphone où on tombe, en théorie, directement sur la ministre et candidate.

Mais contrairement au célèbre « Allô Macha » qui ne fonctionnait que la nuit à la radio, c’est 24 h sur 24 que l’on peut joindre Marlène.

Évidemment elle ne vous répondra pas. C’est surtout un répondeur qui permettra aux équipes d’En Marche de prendre connaissance du climat électoral. Car je crains qu’il n’y ait plus de critiques sur ce numéro que d’encouragements ou de véritables questions.

Marlène Schiappa qui est une seconde fois au centre d’une nouvelle affaire médiatique. BFM a révélé qu’on lui a dérobé le disque dur d’un de ses ordinateurs au ministère de l’Intérieur. Un cambriolage chez le premier flic de France, cela fait toujours mauvais genre.

Et qui a osé faire ça ? D’autant que c’est pour rien selon Marlène qui a précisé qu’il n’y a « absolument aucune donnée importante » dans la mémoire dérobée. Mais alors qu’y a-t-il dans ce disque dur ?

Sur les réseaux sociaux beaucoup se sont amusés à imaginer les fichiers piratés : Les messages enregistrés pour le répondeur d’Allô Marlène ? Sa recette pour avoir de beaux cheveux bien lissés ? Le manuscrit de son prochain livre intitulé « Marlène 2027 » ? Le plus méchant reste cet abonné de Twitter qui prétend qu’il n’y a rien en dehors des enregistrement des milliers de parties de démineur.

mercredi 2 juin 2021

De choses et d’autres - Adieu à un pionnier du net

Si l’Humanité est un nouveau-né qui n’a pas encore poussé son premier cri en comparaison à l’apparition de la vie sur la planète Terre, qu’en est-il d’internet ? Cet incroyable « machin » a pris une place prépondérante dans notre vie alors qu’il y a à peine 40 ans il n’existait pas pour 98 % de la population.

Une jeunesse qui n’empêche pas les premières morts de vieillesse.

Microsoft, la société tentaculaire qui a imaginé Windows, vient d’annoncer officiellement que son navigateur Internet Explorer ne serait plus développé et cesserait définitivement de fonctionner en juin 2022.

Pourtant, en 2000, Internet Explorer occupait 96 % du marché. Il avait terrassé son concurrent Netscape et régnait en maître absolu dans les foyers de plus en plus accros au net. Une position dominante et un manque d’adaptation aux nouvelles découvertes lui ont été fatals.

Firefox, le premier, a titillé le monstre. Même si à l’époque le débit était très lent, on constatait immédiatement une rapidité accrue quand on passait sous le pavillon du renard de feu. Et quand Chrome est apparu, la messe était dite. Car, en plus d’être vieillot, Internet Explorer plantait régulièrement.

J’ai basculé, comme d’autres, quand, travaillant au service internet du journal, j’ai dû répéter des dizaines de fois à des lecteurs mécontents que « si, lindependant.fr fonctionne parfaitement. Mais pas sous Internet Explorer. Passez sous Chrome, Firefox ou Safari et vous retrouverez tous les articles et commentaires du jour. »

Ainsi je recommande une dernière fois aux hommes de Cro-Magnon qui surfent toujours sous Internet Explorer de changer de crémerie. Vous verrez votre horizon virtuel se dégager comme par miracle. 

mardi 1 juin 2021

De choses et d’autres - Les ministres aussi ont des chagrins d’amour

Samedi soir, au concert d’Indochine à Paris, en plus de 5 000 cobayes composant le public, on dénombrait quelques personnalités dans l’assistance. La ministre de la Culture, Roselyne Bachelot (qui avait obtenu un passe-droit, puisque le spectacle était normalement interdit aux plus de 45 ans), et son collègue Olivier Véran, chargé de la Santé.

Ce dernier a publié une petite vidéo sur son compte Twitter, tournée durant le spectacle, où on le voit de dos rejoindre les premiers rangs de spectateurs et parler quelques secondes avec une fan (tatouée à l’épaule gauche). Un aparté masqué, mais très éloigné de la distanciation sociale préconisée par ses services.

Un œil averti remarquait même qu’il s’approchait très très près de la jeune femme.

Pas si étonnant, cependant, si l’on est un habitué des chroniques potins des journaux people. Car, vendredi, on apprenait que le ministre, à peine âgé de 41 ans (lui, avait parfaitement le droit de se trouver au concert), venait de rompre avec Coralie Dubost, députée de l’Hérault. La belle histoire d’amour, avec coup de foudre réciproque, a donc pris fin en plein déconfinement. Ils avaient divorcé, tous les deux, pour pouvoir s’afficher en public.

La romance au pays des marcheurs aura finalement duré trois ans. Comme l’affirme la maxime populaire.

En réalité, samedi, au concert d’Indochine, le ministre, tout content de laisser les chiffres de la pandémie au vestiaire, le temps d’une soirée, vivait sa première sortie en célibataire depuis des années. Tout le monde l'a bien remarqué.

mercredi 21 octobre 2020

Cinéma - “Adieu les cons” : la cavale ultime

Toujours aussi acerbe, Albert Dupontel brocarde de nouveau notre société devenue folle.

Le suicidaire (Albert Dupontel), la condamnée (Virgine Efira) et l’aveugle (Nicolas Marié), le trio improbable de la cavale du film Adieu les cons.  Jérôme Prébois - ADCB Films


Depuis toujours, Albert Dupontel a un faible pour les ratés, les oubliés de la vie, les imparfaits et autres inadaptés à notre société du toujours plus beau, toujours plus brillant. Il puise dans ces personnages des idées de scénario où toute sa loufoquerie couplée à un anarchisme radical permet de transformer le banal en extraordinaire. Adieu les cons n’échappe pas à cette règle, avec cependant de plus en plus de tendresse pour ces handicapés de la vie sociale.

Tout débute dans le cabinet d’un médecin. Suze Trappet (Virginie Efira) découvre les radios de ses poumons. Elle trouve ça très joli. Le toubib, lui, s’égare en circonvolutions pour ne pas avouer de but en blanc qu’elle est condamnée. JB (Albert Dupontel), informaticien austère, est mis au placard pour laisser la place à un jeune diplômé plus dynamique. Désespéré, il décide de se suicider. Cela tourne mal et le voilà en fuite avec Suze, qui va lui demander de retrouver le fils qu’elle a abandonné quand elle était adolescente. Pour cela ils vont avoir besoin de l’aide de M. Blin (Nicolas Marié), un archiviste rendu aveugle après une bavure policière. Ces Pieds Nickelés vont déjouer tous les pièges des forces de l’ordre et localiser le médecin qui a accouché Suze. Le docteur Lint (Jackie Berroyer), souffre de démence sénile, mais cette histoire lui permet de retrouver un peu de lucidité et finalement, après bien des péripéties improbables (qui font tout le sel du film), le trio va enfin mettre la main sur ce fils disparu et l’aider à mieux gérer sa vie sentimentale de geek coincé et introverti.

Trio équilibré

Cela semble touffu résumé de cette façon, et pourtant le film est d’une fluidité absolue. Les désespoirs de Suze, l’honnêteté de JB, les bravades de M. Blin permettent à chacun de tirer le meilleur de l’autre. Une réelle complicité, tendresse aussi, se noue entre les trois. A noter que dans le rôle de la petite amie du fils de Suze, Marilou Aussiloux, comédienne originaire de Narbonne, prouve qu’elle est aussi à l’aise en tailleur chic qu’en robe d’époque qu’elle porte dans La révolution série diffusée sur Netflix. Autre petit rôle remarqué (et remarquable), Terry Gilliam des Monty Python interprète d’un vendeur d’armes à feu qui pourrait faire de l’ombre à Trump. 

Et la morale de l’histoire me direz-vous ? Elle se résume par le titre du film : Adieu les cons !

Film français d’Albert Dupontel avec Virginie Efira, Albert Dupontel, Nicolas Marié



mercredi 9 septembre 2020

Cinéma - Isabelle Huppert, daronne au pays des dealers

Isabelle Huppert joue à la Daronne qui berne flics et dealers dans ce film dont l’autre héros est le Paris populaire.


Ce film de Jean-Paul Salomé devait sortir initialement en mars. La Daronne bénéficie finalement d’une meilleure exposition puisque, depuis deux semaines, la fréquentation des salles de cinéma repart nettement à la hausse. Et cette comédie policière tirée d’un roman d’Hannelore Cayre devrait logiquement remplir les salles tant son côté drôle et irrévérencieux arrive à point nommé après une séquence de plusieurs mois de sinistrose sanitaire.

La Daronne, c’est Patience Portefeux (Isabelle Huppert). Interprète judiciaire, elle doit retranscrire en français les écoutes téléphoniques des dealers parisiens originaires du Maghreb. Sa parfaite connaissance de l’arabe lui permet de tout savoir sur les mouvements de cannabis entre Maroc et région parisienne.

Le début du film la montre lors d’une intervention au petit matin. Une descente où elle doit être au plus près pour indiquer aux policiers ce que se disent les suspects. Le reste de son travail est tout ce qu’il y a de plus tranquille. Très routinier même. Écouter les conversations de petits dealers n’est pas la chose la plus épanouissante. Mais c’est très instructif. Surtout quand on a quelques dettes laissées par un défunt mari.

Un rôle en or

Si Patience franchit toutes les lignes jaunes, c’est avant tout pour aider Khadidja (Farida Ouchani), l’aide-soignante qui s’occupe très bien de sa mère souffrant de la maladie d’Alzheimer. Son fils va être interpellé au cours d’une opération où plus d’une tonne de cannabis va être saisie. Patience va faire échouer l’opération et récupérer la marchandise.

A la tête de ce véritable trésor, elle va mettre au point une stratégie audacieuse pour le transformer en petites coupures pour assurer une fin de vie digne à sa mère et retrouver un peu de luxe dans sa vie. Patience va se transformer en Daronne (surnom donné par les policiers qui surveillent les trafics), une femme forte qui va devoir se faire une place dans ce milieu de machos qui n’apprécient que moyennement cette concurrence soudaine.

Fidèle au roman, le film offre un rôle en or à une Isabelle Huppert impeccable, entre petite-bourgeoise effacée quasiment fonctionnaire et dealeuse sans foi ni loi. Un film qui baigne dans le Paris populaire, où les communautés coexistent tant bien que mal dans une ville bigarrée et foisonnante. Avec notamment une superbe scène dans les rayons de Tati, grand magasin parisien qui depuis a fermé ses portes. Film sur le réveil d’une femme, on ressort de La Daronne avec des envies de bousculer le train-train du quotidien.

Film français de Jean-Paul Salomé avec Isabelle Huppert, Hippolyte Girardot, Farida Ouchani.