dimanche 27 août 2017

De choses et d'autres - Vacances, on vous regrettera

Voilà, c’est fini. Les vacances touchent à leur terme. Le cahier quotidien de l’Indépendant présente demain sa dernière livraison. Les touristes vont déserter la région, occupés à préparer la rentrée scolaire des enfants ou leur reprise au boulot. Mais quel est l’état d’esprit des vacanciers au moment de mettre le cap au Nord ? 

Les clubs de vacances Belambra (il y en a un à Gruissan dans l’Aude) ont sondé leurs pensionnaires. Sans surprise, la grande majorité a pleinement profité du séjour au soleil, les pieds dans l’eau. Ils sont une très large majorité à s’estimer « heureux » et « en pleine forme ». Dans le même ordre d’idée, 49% sont déprimés de retourner aux dures réalités de la vie. Mais ce n’est quand même pas le monde des Bisounours car ils sont 24 % à être « soulagés ». Un quart de la population française (même si le sondage n’est pas représentatif), a finalement avoué ne pas regretter farniente, piscine, grillades, parties de pétanque et soirées karaoké. 24 % qui avouent être contents de passer à autre chose. Je les comprends parfaitement. L’inaction n’est supportable qu’à petite dose. 

Même si on considère avoir bien travaillé les 11 mois, ce 12e de repos est justifié mais parfois bien long. Et puis parfois les vacances ne se passent pas comme on aurait voulu. Impossible de séduire cette belle voisine de mobilhome, pas gagné la moindre partie de pétanque contre Marcel, le Ch’ti qui pointe et tire comme un Marseillais, malade comme un chien après la soirée paella à gogo, quelle idée aussi de se resservir quatre fois alors que les moules ne paraissaient pas honnêtes... De toute manière, « Koh-Lanta » débute le 1er septembre sur TF1. Et les meilleures vacances ce sont celles des autres vues à la télé. Surtout quand ils souffrent. 

samedi 26 août 2017

BD - Artemisia, première académicienne



Des nombreuses biographies de peintres en bande dessinée (nouvelle mode du moment, en BD comme au cinéma), celle d’Artemisia Gentileschi a l’avantage de la nouveauté. Gauguin ou Manet, on connaît quasiment tout de leur vie. Par contre cette artiste italienne du XVIIe siècle est inconnue pour beaucoup. Nathalie Ferlut fait le récit de sa vie tumultueuse et le confie à Tamia Baudouin pour le mettre en images. Artemisia a toujours baigné dans le milieu des peintres. Son père est un artiste reconnu. Il aimerait former ses deux fils à son art mais à son grand désespoir, seule sa fille a hérité de son talent. Désespoir car en ces temps reculés, peindre est réservé aux hommes. Les femmes ont le droit de faire des natures mortes ou des portraits, mais pas plus. Pourtant le talent de la jeune femme va changer la mentalité des mécènes de l’époque, au point qu’elle sera la première à intégrer l’Académie des Arts de Florence, gagnant ainsi le droit de vendre ses toiles et d’en vivre largement. Mais avant cette victoire sur les mœurs de l’époque, la jeune femme devra subir sa condition. Violée par un ami peintre de son père à ses 18 ans, elle osera le dénoncer et le faire condamner. Un album édifiant sur l’histoire de la peinture mais aussi, et surtout, sur l’émancipation des femmes artistes.


➤ « Artemisia », Delcourt, 15,95 €

vendredi 25 août 2017

Rentrée littéraire - Ras-le-bol urbain dans "La fuite" de Paul-Bernard Moracchini

Qui n’a pas rêvé un jour de tout plaquer et de fuir cette vie stressante moderne ? Oublier voiture, appartement, boulot, famille et se retirer tel un ermite au plus profond de la montagne. Le narrateur de ce premier roman de Paul-Bernard Moracchini a osé. On suit sa « Fuite » de la réalité insupportable. Son arrivée en train dans cette région reculée, qui a des airs de Pyrénées. Dans un bar de village, il croit de nouveau pouvoir supporter les gens. Erreur. « Plus je fuis et plus j’ai besoin de fuir plus loin encore. Mon seuil de tolérance envers mes semblables et au plus bas. Il ne s’agit plus de quitter le quotidien morne d’un carcan social, c’est au-delà...» Le récit se poursuit, raconte la progression dans la montagne, la forêt, pour rejoindre une cabane de chasseur perdue dans les bois.

Plus de présence humaine, juste un chien recueilli en chemin et la faune sauvage. Une thérapie efficace : « La boule de fiel qui roulait au creux de ma panse quelques semaines auparavant, se résorba. Je vivais en bon sauvage oublié de mondes que rien ne semblait vouloir me rappeler ». La suite est un peu plus compliquée. Vivre est aisé, survivre moins évident.

La solitude est aussi une épreuve qu’il est parfois difficile de surmonter sans tomber dans la folie. Un roman initiatique fort et prenant d’une voix survivaliste singulière. 

➤ « La fuite » de Paul-Bernard Moracchini, Buchet Chastel, 14 €

jeudi 24 août 2017

Roman - "Minuit, Montmartre", le Paris rêvé de Julien Delmaire


Elle est noire, sauvage et belle comme un paysage d’Afrique. En 1909, la jeune Masseïda erre dans les rues de Paris. Dans le quartier de Montmartre. Si loin de sa terre natale. Mourant de faim, frigorifiée, elle ne devra son salut qu’à la rencontre avec un gros chat, le roi du quartier. Il va la conduire chez son maître. Du moins l’homme chez qui il daigne parfois passer les nuits. Théophile Alexandre Steinlein est un artiste peintre. Ce surdoué du fusain vivote en plaçant des dessins dans la presse humoristique. Il réalise aussi des tableaux de commandes. Mais ce qu’il aime c’est dessiner des chats, ses meilleurs amis. Il va faire une exception pour Masseïda.

Julien Delmaire, en racontant la vie de cet illustrateur mondialement connu pour avoir signé l’affiche du « Chat Noir », y ajoute une belle romance et une réflexion sur le déracinement et la différence. Être une femme, noire, indépendante dans ce Paris dévergondé mais encore plein de préjugés n’est pas de tout repos. Il utilise un style chatoyant et riche pour décrire la vie du peuple, ses rébellions et joies.

➤ « Minuit, Montmartre » de Julien Delmaire, Grasset, 18 € 

De choses et d'autres - Vacances incognito

Rompus à l’exercice des couvertures de journaux ou magazines, les gens célèbres, une fois en vacances, souhaitent bénéficier d’un peu de tranquillité. Se promener incognito dans un pays étranger devient un luxe pour ces stars mondiales. Prenez par exemple l’acteur américain Samuel L. Jackson, tête d’affiche du film «Hitman et Bodyguard » sorti ce mercredi et Magic Jonhson, basketteur de légende. Ils se sont payés quelques jours de détente en Toscane, à Forte dei Marmi. A la cool. En short (de basketteur) et avec une petite séance de shopping à la clé. Ils ont été surpris par les habitants, assis sur un banc. Ils n’ont pas refusé les photos, bien au contraire, posant souriants avec leurs achats. Visiblement des objets de luxe, l’un des sacs siglé Louis Vuitton.

Mais en Italie, les hommes noirs qui circulent dans les rues en ce moment appartiennent surtout à la masse des réfugiés arrivés par bateau de fortune. Un journaliste malicieux (ou inconscient), a publié sur un réseau social cette photo avec ce commentaire : «Voilà comment les migrants vivent aux frais de l’État ». Plusieurs personnes ont immédiatement relayé le cliché, renchérissant sur le rejet de ces hommes soi-disant réfugiés en Europe pour fuir la misère et la guerre. Vous avez dit délit de faciès ? Le journaliste, qui a affirmé après coup avoir publié cette fausse information pour se moquer du populisme italien, a sans le vouloir, permis à des milliers de racistes de prendre la parole. De se dévoiler aussi. Tout en indiquant qu’ils sont décidément incultes en cinéma et basket.

Récemment à Perpignan et Port-Vendres, Michael Jordan a fait un petit tour en jet et yacht de luxe. Mais pas de risque qu’on le confonde avec un migrant: aucune photo et un bataillon de gardes du corps pour éloigner les fans. De même que les idiots racistes. Chasse gardée. 

mercredi 23 août 2017

DVD et blu-ray - Quand Don Siegel dominait le cinéma d’action

Quand sort « L’inspecteur Harry » en 1971, Don Siegel, en dehors de la polémique sur l’apologie de l’autodéfense, devient le cinéaste majeur des films policiers et d’action. Sa science du montage, du rythme et des personnages entiers font qu’il va marquer des générations de cinéastes. Le film doit aussi beaucoup à son acteur principal, Clint Estwood, dont c’est la troisième collaboration avec le réalisateur. Deux années plus tard, Don Siegel est de retour avec « Tuez Charley Varrick ! ». Tout aussi virtuose, au scénario plein de rebondissements, de chausse-trappes, ce polar mené à 100 à l’heure vient de ressortir en DVD et blu-ray, restaurés, avec un livret pour bien comprendre le phénomène. Car ce film est véritablement phénoménal.

■ Gros braquage

Le début de l’histoire est classique. Dans une petite ville du Nouveau-Mexique, une jeune femme au volant d’une grosse voiture se gare devant une banque. Son mari, vieux et un pied dans le plâtre, veut déposer un chèque. Il demande à voir le directeur de la banque et quand tous les employés sont présents dans le hall, il sort un revolver et le braque. Avec deux complices il dé- robe les sacs contenus dans les coffres. Mais cela se passe mal. Un complice, et un gardien sont tués, deux policiers aussi, la conductrice blessée. Il ne reste de la bande que Charley Varrick (Walter Mathau) et un jeune complice. qui découvre un trésor dans les sacs : 750 000 dollars. Charley comprend alors qu’il vient de voler la mafia et que la traque va être impitoyable.

Walter Matthau, surtout connu pour ses rôles comiques en duo avec Jack Lemmon, est étonnamment crédible dans le rôle de cet ancien aviateur prêt à tout pour lui aussi avoir une fin de vie à l’abri, loin des soucis financiers. Seul bémol, le tueur sadique de la mafia fume la pipe comme un banal commissaire Maigret...

Le coffret offre un second DVD, un documentaire sur le film avec témoignages et explications. Un bijou pour les passionnés de cinéma d’action américain.

➤ « Tuez Charley Varrick ! », Wild Side Video, 29,99 € le coffret


mardi 22 août 2017

Rentrée littéraire - Une famille française face à l’Histoire dans "Taba-Taba" de Patrick Deville


Voyage dans l’Histoire de France. Le nouveau roman de Patrick Deville, écrivain-voyageur, est une vaste photographie de la vie politique du pays de la fin du XIXe siècle à nos jours. Mais pour parler de l’universel, il a fait le choix de ne le faire que par l’entremise de sa propre famille. Des colonies aux tranchées de 14-18, de l’éducation pour tous aux attentats de 2015 en passant par la Résistance, les Deville étaient toujours présents, acteurs ou spectateurs, mais à la vie façonnée, modifiée ou bouleversée par ces événements.
Il y a l’arbre généalogique synthétique, impersonnel et le roman, chaleureux et édifiant. Le choix est vite fait pour Patrick Deville. Il débute son récit dans un ancien lazaret devenu hôpital psychiatrique. Un gamin, boiteux, y côtoie un ancien marin répétant sans cesse «Taba, Taba ». Ce gamin c’est l’auteur qui va y revoir l’arrivée de son arrière-grand-mère, en provenance d’Égypte, plus d’un siècle auparavant. Elle rencontre un homme qui deviendra instituteur, de ceux qui recrutés par Jules Ferry formeront la fameuse armée pacifique des « hussards noirs ».

■ De Bram à Sorèze
L’auteur, au volant de sa voiture, entreprend un long voyage pèlerinage sur les différents lieux de vie de ses ancêtres. Une voiture qui joue un rôle dans le roman, « j’observais en bas dans la cour la Passat - le Passé en catalan mais l’Alizé en allemand - comme un animal gris métallisé dont ma vie dépendait. » Son récit familial l’entraîne dans la banlieue parisienne, les champs de bataille de Verdun.
Et puis, en 1941, cap au sud. Les Allemands déferlent sur la France. La famille Deville fuit. « On leur avait dit qu’ils devaient descendre à Brame. Ils avaient entendu Brame. Ils avaient découvert dans la gare minuscule l’absence du e final. Ils sont à Bram, dans le département de l’Aude. » La ville de l’époque est décrite par le père de l’auteur. Lui y retourne de nos jours et en dresse un portrait contrasté. C’est le sud, mais la cité est à l’agonie. Uniquement tourné vers le passé, le rugby des Spanghero et des Rancoule. Ensuite ce sera le maquis dans le Lot. Un tour de France qui s’achève à Saint-Nazaire, dans ce lazaret devenu asile, après une longue parenthèse à Sorèze dans la Montagne noire.
Le roman offre le triple intérêt de raconter la vie d’une famille, de la replacer dans le contexte historique et surtout de découvrir ce que sont devenus ces lieux aujourd’hui. Une vision souvent teintée de nostalgie par un auteur qui a la capacité de voir au-delà des apparences et de découvrir des histoires derrière une lettre, un objet ou une simple façade décrépie. 
➤ « Taba-Taba » de Patrick Deville, Seuil, 20 €

lundi 21 août 2017

BD - La guerre froide réécrite


Encore une série d’aviation autour de l’uchronie. Maza, après avoir signés trois albums de la série « USA Uber Alles », déjà avec Pécau, plonge en pleine guerre froide. En 1983, une pilote de chasse de l’armée est-allemande perd son coéquipier lors d’une escarmouche avec des chasseurs américains. Il semble que ces derniers sont les éclaireurs d’une vaste offensive contre le bloc soviétique. Reagan aurait-il décidé de lancer le feu nucléaire sur l’empire russe ? Sur cette hypothèse, les auteurs proposent un récit où espions, militaires, dignitaires et généraux jouent un jeu dangereux. Ce n’est qu’une uchronie, mais on est certainement passé très près de ces événements. Le tome 2 est annoncé en librairie le 18 octobre prochain.

➤ « Luftballons » (tome 1), Delcourt, 14,95 € 

De choses et d'autres - A court d'arguments

Un grand classique des vacances, la sortie en boîte de nuit. Mais crise oblige, certaines enseignes sont obligées d’organiser des soirées spéciales pour remplir le bar et les tiroirs-caisses. L’Annexe dans le Var a ainsi été victime de ce que l’on appelle un bad buzz. Les patrons de ce repère d’amateurs de fiesta de la Côte d’Azur ont décidé de moduler le prix des consommations en fonction de la longueur des jupes des clientes. Sous le titre de « Oserez-vous le court ? », ils tentent d’appâter les cagoles de la région : « Vos jupes valent des consos...» Et de préciser le mode d’emploi. Si votre jupe est d’une longueur de 25 cm ou moins, vous ne paierez pas l’entrée. En-dessous de 23 cm vous bénéficiez d’une conso offerte par centimètre, ceci jusqu’à 18 cm. En-dessous, vous avez carrément droit à une bouteille de rosé. Et attention, les organisateurs ont bien l’intention de se rincer l’œil : « Les jupes mises par-dessus leggins, collants opaques, pantalons, etc., seront hors concours. » En somme, grossièrement résumé : montrez vos fesses, vous pourrez boire comme un trou.

Il s’est heureusement trouvé quantité d’hommes et de femmes pour s’insurger contre cette opération. Et de demander de boycotter cette «Annexe » qui semble surtout une réunion de tristes machos. L’indignation est devenue nationale. Associer le prix des consommations à la longueur des vêtements est particulièrement avilissant pour les femmes. La logique aurait voulu que la boîte de nuit, face à un tel raffut, abandonne l’idée et s’excuse platement.

C’est mal connaître les cacous du sud, pendant mâle de la cagole. Non seulement l’idée a été maintenue mais l’Annexe a publié sur son site des remerciements « à ceux qui ont polémiqué, cela nous a permis d’avoir de nouveaux clients. » Pour le coup, c’est moi qui me trouve à court d’arguments. 

dimanche 20 août 2017

BD - La guerre aérienne du passé


Alors que les poilus croupissaient dans les tranchées, les pilotes s’affrontaient lors de duels homériques dans le ciel de France. Parmi les as des aviateurs français, Alexandre Marais a la particularité d’avoir été défiguré et de dissimuler ses blessures de guerre sous un masque. Il va devoir apprendre à combattre avec un nouveau venu, Louis Lafitte, jeune, beau et très talentueux. Rapidement, les deux militaires vont vouloir se mesurer dans les airs. C’est à celui qui abattra le plus de « Boches ». Mais ces derniers aussi ont des as dans leur chasse et Marais, tout comme Lafitte, devront s’épauler pour tout simplement survivre. 
Le récit de Thierry Lamy, entre vérité historique et romance (Marais tombe amoureux de sa marraine de guerre au rôle plus trouble qu’il n’y parait), raconte une belle histoire prévue en trois parties toutes dessinées par Cédric Fernandez, déjà remarqué dans le genre avec sa biographie de Saint-Exupéry.

➤ « Faucheurs de vent » (tome 1), Glénat, 13,90 €