Quelques chroniques de livres et BD qui méritent d'être lus et les critiques cinéma des dernières nouveautés. Par Michel et Fabienne Litout
jeudi 31 août 2017
Cinéma - « Patti Cake$», ronde et rugueuse
Avoir un esprit artistique et créatif n’est parfois pas suffisant. Dans notre société moderne glorifiant l’apparence, une intelligence supérieure sans une enveloppe corporelle « normale » a toutes les chances de passer à côté de sa vie.
Patricia Dombrowski (Danielle Macdonald) est une jeune américaine comme tant d’autres. Pleine de rêves de gloire. Comme sa mère dans sa jeunesse qui espérait percer dans la chanson. Mais Patricia, « Patti Cake$» pour les amis, a pour ambition de faire carrière dans le rap. Une drôle d’idée pour une Blanche, en surpoids qui plus est. Mais elle s’accroche, vit en permanence avec des rimes dans la tête, de ces répliques cinglantes qui clouent au pilori tous les moqueurs et empêcheurs de rêver en paix.
Sa vie sociale est assez limitée. Une mère, Barb, seule, alcoolique et toujours prête à se jeter dans les bras du premier cow-boy venu, propriétaire d’un petit salon de coiffure et chanteuse de karaoké des fins de soirées trop arrosées. Une grand-mère, Nana, handicapée clouée dans une chaise roulante, grande fumeuse et toujours partante pour faire les 400 coups avec sa fille.
Enfin il y a Jheri, son meilleur ami, le seul qui croit en son talent. Lui aussi fait de la musique et rêve de disques vendus à des millions d’exemplaires. En rencontrant Basterd, un SDF vivant dans une cabane au fond des bois, mais très outillé en matériel d’enregistrement, ils vont atteindre un premier graal : enregistrer quelques titres sur une maquette et tenter de trouver un producteur.
■ Personnage entier
Le film de Geremy Jasper a parfois des airs de film d’initiation. Il y a la Patti du dé- but, talentueuse mais trop accro aux stars du rap, incapable de trouver sa voie personnelle. Puis la Patti qui redescend sur terre, qui veut tout abandonner, persuadée qu’elle n’est qu’une usurpatrice. La troisième partie du film, lumineuse, permet de laisser le spectateur sur une bonne note, regonflé par ces airs et paroles (judicieusement traduites) d’une fille ronde en apparence mais rugueuse quand elle le veut et qui ne se laisse pas facilement abattre.
Ce genre de film, pour être convaincant, doit s’appuyer sur une distribution irréprochable. En repérant Danielle Macdonald, le réalisateur a tiré le gros lot. Deux années de préparation pour cette actrice australienne qui ne connaissait rien au rap et encore moins à l’accent typique du New Jersey où se déroule l’action. Sa présence, énorme, donne une pêche et une sensualité débordante à un personnage entier que l’on ne peut qu’aimer et apprécier.
➤ « Patti Cake$» drame de Geremy Jasper (USA, 1 h 48) avec Danielle Macdonald, Bridget Everett, Siddharth Dhananjay
De choses et d'autres - L’arche de Noé nouvelle version
Étonnant parfois comme l’information se focalise sur un thème précis. Hier, en consultant sites d’informations, fil de l’Agence France Presse et réseaux sociaux, plusieurs histoires d’animaux m’ont interpellé.
A Houston, la montée des eaux après les pluies diluviennes de la tempête Harvey a réveillé la crainte des... alligators. Alors que des milliers et des milliers de naufragés campent dans des gymnases, cette menace est prise au sérieux. Imaginez un instant : vous récupérez votre maison et, surprise ! un alligator squatte votre salon.
Autre star du moment, l’hippopotame Jumbo (comme son nom ne l’indique pas). Propriété d’un cirque isérois, des associations de défense des animaux ont porté l’affaire devant les tribunaux car la piscine du mastodonte ne serait pas assez spacieuse. J’imagine la tête du juge du tribunal administratif obligé de se rencarder en plein été sur les conditions de vie des hippopotames avant de rendre une décision irréprochable. Qui a penché en faveur du cirque : il pourra continuer à exhiber Jumbo comme c’était le cas il y a peu à Narbonne et Gruissan.
Nouvelle affaire de maltraitance d’animaux, plus généraliste cette fois. Hier trois militantes de l’association « One Voice » ont réalisé un happening devant l’agence d’Air France pour convaincre la compagnie de ne plus transporter en soute des macaques destinés aux laboratoires. Deux grimées en singes, la troisième le corps peint aux couleurs du tigre, symbole de l’association. Une sacrée tigresse en l’occurrence.
J’ai gardé le « meilleur » pour la fin, le titre d’ouverture en une du journal belge « La nouvelle Gazette » de Charleroi d’hier : « Le chat de Marc a été violé. Il est mort ». Je n’ai pas le détail de l’histoire. Pas sûr que j’en meure d’envie.
mercredi 30 août 2017
Cinéma - La grosse déprime du "petit paysan"
La maladie frappe souvent à l’aveugle. Pour les humains mais aussi chez les animaux. Pierre (Swann Arlaud), la trentaine, a repris la ferme de ses parents qui vivent toujours sur place. Célibataire, il consacre tout son temps à son troupeau de vaches laitières. Quand il entend à la télévision que certains animaux en Belgique sont atteints d’une mystérieuse fièvre hémorragique (maladie aussi mystérieuse que la vache folle à ses débuts), il redoute le pire. Alors au moindre signe inquiétant, il appelle son vétérinaire pour être rassuré. Pascale (Sara Giraudeau) joue alors un double rôle. Elle rassure l’éleveur sur la santé de ses vaches et s’enquiert de sa propre santé, de son équilibre, les amours, la solitude car elle reste avant tout sa petite sœur.
Le film, qui s’ouvre par une scène de cauchemar, raconte dans un premier temps cette vie simple, près de la nature, si exigeante aussi. Mais la passion et l’osmose forte entre Pierre et son troupeau font qu’il se sent très à l’aise. Jusqu’au jour où une de ses bêtes se met à saigner du dos. Le premier signe de la fameuse maladie. Le monde de Pierre s’écroule, toute sa vie bascule. Fils de paysan (des éleveurs de vaches laitières), Hubert Charuel a directement puisé dans ses souvenirs pour écrire ce film, son premier.
Dans les années 90, quand des dizaines et des dizaines de troupeaux contaminés par la maladie de la vache folle étaient abattus en prévention, ses parents vivaient dans une tension permanente. Il raconte que sa mère, toujours en activité, lui a confié «Si ça arrive chez nous, je me suicide. » Le suicide dans le monde paysan. Cela aurait pu être le sujet particulièrement d’actualité ces dernières années de ce film.
■ Réalisme
Mais Hubert Charuel est un indécrottable optimiste. Son héros, face à la maladie, ne veut pas baisser les bras. Il tente dans une sorte de pied de nez au destin de cacher la maladie de la vache. Il l’isole du troupeau, persuadé qu’il n’y aura pas de contagion. Inéluctablement, la vache meurt. Il fait disparaître la carcasse (les paysans solitaires sont pleins de ressources) et déclare simplement à la gendarmerie, comme c’est obligatoire, que sa vache s’est échappée. A la mort d’une seconde bête, il va jusqu’à voler un animal chez un voisin qui a totalement robotisé son exploitation.
Finalement ce sera sa sœur qui va réussir à lui faire entendre raison. La fin a des airs de documentaires. Comme certaines scènes pas simulées comme l’auscultation du cul d’une vache par Sara Giraudeau ou le vêlage délicat mené de main de maître par Swann Arlaud. Un film dans le concret, le réel, le difficile. Car l’agriculture traverse une grave crise. La seule solution pour s’en sortir reste la force morale des hommes et femmes qui la façonnent depuis des siècles. S’il est une « morale » à retenir de ce long-métrage qui a remporté la semaine dernière le grand prix au festival du film francophone d’Angoulême, c’est bien celle-là.
Comment, quand on est fils de paysan, devient-on réalisateur de cinéma ? Facile. Il suffit d’avoir des parents cools et un réel talent. Hubert Charuel a donc réussi le concours de la Femis (école nationale du cinéma, section production) avec la bénédiction de ses parents et a utilisé une partie de sa propre histoire pour ce premier film d’une forte humanité. Comme pour définitivement tirer un trait sur ce futur auquel il semblait promis comme trop de fils de paysan. Il a fait un autre choix.
Une histoire familiale qu’il assume et revendique. Pour preuve, quand il cherche un décor pour le film, il va naturellement dans la ferme de ses parents. Même si la salle de traite est très exiguë, au point de faire cauchemarder le directeur de photographie et encore plus le cameraman. De même c’est avec une sorte d’évidence qu’il a demandé à ses parents de jouer dans le film. Son père dans le rôle du père de Pierre, sa mère endosse le costume strict d’une contrôleuse de qualité. Le plus cocasse étant le grand-père, interprétant un vieux voisin qui semble un peu zinzin bien qu’il comprenne tout ce qui se passe dans l’exploitation de Pierre.
Pour interpréter ce dernier, Swann Arlaud a fait plusieurs séjours d’immersion dans des exploitations en activité. Il a découvert un monde inconnu mais a tiré son épingle du jeu, les éleveurs formateurs regrettant même son départ tant, en quelques jours, il était devenu efficace et travailleur. Conséquence, il a remporté le prix du meilleur acteur au festival du film d’Angoulême.
➤ « Petit Paysan », drame de Hubert Charuel (France, 1 h 30) avec Swann Arlaud, Sara Giraudeau, Bouli Lanners.
De choses et d'autres - La valse des micros
Grosse rentrée à la radio hier matin. Traditionnellement, les antennes généralistes inaugurent leur nouvelle grille un peu avant la télévision. Hier matin, le grand mercato, a sans doute déboussolé certains auditeurs. Logique, plusieurs têtes d’affiche ont changé de crémerie.
Ainsi à 7 heures, les auditeurs d’Europe 1 ont peut-être eu un doute sur la fréquence écoutée en entendant Patrick Cohen lancer la session d’info. La voix emblématique de France Inter est passée à la concurrence. De l’autre côté, sur le service public (qui affiche beaucoup moins sa différence depuis que des publicités commerciales polluent l’antenne), c’est un saut dans le temps que l’auditeur pas au courant des changements a cru faire. En effet Nicolas Demorand, le meneur de la matinale de 2006 à 2010 était de retour dans son fauteuil, comme si de rien n’était, après un passage à Libération et au « Téléphone sonne », ancêtre de l’interactivité radiophonique et qui depuis hier soir a pour standardiste en chef Fabienne Sintes, ancienne matinalière de France Info remplacée par Bruce Toussaint, qui a lui beaucoup officié sur Europe 1.
De quoi s’y perdre d’autant que certains journalistes moins connus ont aussi changé de maison. Raphaëlle Duchemin, remplaçante officielle de Jean-Jacques Bourdin cet été sur RMC, était hier à la tête du 5-7 h d’Europe 1. Philippe Vandel, de France Info se retrouve à Europe 1. En lieu et place de Jean-Marc Morandini pour parler médias. Par chance, l’inverse n’est pas vrai. D’ailleurs on n’a pas trop de nouvelles du fameux Morandini. Visiblement la radio qui lui a permis de survivre quand il était tombé en disgrâce de TF1 n’est plus sa priorité. Il devrait (en principe, avec JMM mieux vaux utiliser le conditionnel) être à l’antenne de CNews dès ce lundi de 11 h à midi.
De choses et d'autres - Adopte un chien et... un journaliste
Ça bouge à l’Élysée. Le président Macron, en mal de popularité, change les lignes de force de sa communication. Après l’interview de son épouse dans le magazine Elle (qui au passage a explosé ses ventes), le voilà qui respecte une vieille tradition de la Ve République. Dès son retour de vacances, il a fait un petit détour par un refuge de la SPA (Société protectrice des animaux) pour adopter un chien. Depuis lundi, on ne voit que Nemo dans les couloirs de l’Élysée, son nouveau foyer. Ce labrador noir âgé d’un an ou deux, a osé une première apparition subreptice lors du séminaire gouvernemental. Le 28 août, il a accompagné le locataire de l’Élysée sur le perron du palais présidentiel pour accueillir le président du Niger. Jeune, élancé et fougueux, Nemo est à l’image de son nouveau maître. Hors compétition avec le Sumo de Jacques Chirac, il pourrait être, qui sait, le fils caché de la Philae de François Hollande. Et ainsi étouffer dans l’œuf les velléités de récupération de notoriété du jeune élu.
Autre « adoption », moins consensuelle, annoncée hier : Bruno Roger-Petit, ancien journaliste trublion bien connu du microcosme parisien, vient d’être nommé porte-parole de la Présidence. Jeune présentateur du journal télévisé d’Antenne 2 dans les années 90, BRP avait fait scandale en jetant derrière lui les feuillets de son conducteur comme s’il avait conscience de l’inanité des infos distillées ce soir-là.
Autre fait d’arme, il a longtemps animé le blog de François Mitterrand en 2007. Une façon détournée de tirer à boulets rouges sur un parti socialiste déjà en proie au doute. Il a ensuite écumé les plateaux des chaînes d’info dans le rôle du polémiste de gauche, nostalgique du Mitterrandisme. Le voilà désormais en première ligne. Espérons qu’il aime les chiens.
mardi 29 août 2017
Rentrée littéraire - Le détective privé 2.0 de Clément Bénech
Aurora, jeune Française récemment installée aux USA, vient de rompre avec son amant, Dragan. Ce critique en art contemporain, de 20 ans son aîné, l’a rencontré via l’application Tinder. Ils se sont aimés, mais Aurora a découvert que Dragan, de ténébreux est devenu mystérieux, voire inquiétant. Comme s’il cachait un passé inavouable. D’autant que chacun de ses articles est immédiatement commenté par un certain Cap Charlie le traitant d’«Asasin », mot roumain dont il est aisé de comprendre la signification.
Le narrateur va donc passer quelques semaines à New York et chercher à percer le mystère Dragan. Un roman très actuel, car en plus des recherches numériques sur le suspect, l’auteur raconte comment ce dernier a lui aussi en son temps utilisé toutes les ressources des nouvelles technologies pour retrouver et séduire Aurora. Repérée sur Tinder donc, puis retrouvée sur Facebook puis Instagram, il passe de longues heures à rêver sur les photos publiées par la jeune française, imaginant ce que pourrait être leur vie à deux: «Aurora avait un côté cynique et antimoderne qui ne déplaisait pas à Dragan. Ils auraient sûrement des choses à se dire, allongés sur le lit, après l’amour, ils maudiraient l’esprit du temps... Que ce serait bon ! Il s’y voyait déjà. »
Roman moderne sur la paranoïa et le doute, « Un amour d’espion » déroute car tout en donnant nombre d’indications sur la bonne façon de « matcher » sur Tinder, il est aussi une bonne description du milieu des critiques d’art américains.
➤ « Un amour d’espion » de Clément Bénech, Flammarion, 19 €
lundi 28 août 2017
BD - Soldat religieux
Les guerres de religion ont longtemps déchiré les régions de France. Gilbert Bouchard, en racontant la vie du duc de Lesdiguières fait un large tour d’horizon du conflit entre catholiques et protestants. Dans ce Dauphiné cher au cœur de l’auteur, Lesdiguières se laisse convaincre par la Réforme. Et comme c’est un fier guerrier, il prend la tête de troupes pour faire triompher sa foi et au passage massacre quantité de catholiques. Il ira de victoire en victoire, amassant une fortune et devenant de plus en plus puissant. Mais le vent tourne. Henri IV se convertit et Lesdiguières, par amour, en fera de même. Il reprend les armes, mais pour l’autre camp. Nouvelles victimes, par milliers. Une BD historique très documentée, dans un style académique et d’une grande clarté.
➤ « Ce diable de Lesdiguières », Glénat, 11,50 €
De choses et d'autres - Ne lisez pas ce message
La société Fireworld s’est spécialisée dans la vente de logiciels qui, introduits dans les ordinateurs de tierces personnes deviennent de parfaits espions. Interdits en France, on peut quand même les acheter. Il suffit de ne pas se faire prendre...
Pour élargir la clientèle des acheteurs de son logiciel, la société a poussé le bouchon un peu trop loin, s’attirant une volée de bois vert de la part des associations LGBT. Une page d’explications, bourrée de clichés, est destinée aux parents soucieux de « savoir si leur fils est gay ». Avant de vanter leur «espion», Fireworld donne quelques pistes, toutes plus caricaturales les unes que les autres. Du genre, votre fils est gay s’il préfère « la lecture, la culture, le théâtre » au football et autres sports collectifs ou encore s’il se passionne pour « les chanteuses divas ». Attention aussi s’il a « une hygiène de vie irréprochable ». C’est bien connu, le gay sent le propre, l’hétéro pue sous les aisselles. Mais rien ne vaut bien évidemment le fameux logiciel qui vous avertit si le « suspect » va zieuter des sites réellement spécialisés.
Accusée d’homophobie, la société s’est excusée rapidement avec un argument pour le moins étonnant: « Ces deux articles avaient pour seul but d’améliorer le référencement internet sur les moteurs de recherche (SEO), et n’étaient pas destinés à être lus par des humains. » Tiens donc, il existe une autre espèce intelligente sur terre qui peut lire des messages sur internet et qui n’est pas humaine ? Et qui écrit ces messages uniquement destinés aux intelligences artificielles ? Des humains ou d’autres robots ? Enfin, existe-t-il des SEO gays ? Une question qui aurait certainement passionné Philip K. Dick, l’auteur du roman « Les robots rêvent-ils de moutons électriques ? » dont une nouvelle version ciné sort prochainement sous le titre de « Blade Runner ».
dimanche 27 août 2017
BD - La crème des tueuses de vampires
Des récits complets composants la collection « Doggy Bags », ceux racontant les aventures de Heart Breaker ont donné envie aux auteurs de lancer un hors-série dédié à cette chasseuse de vampires. Des vampires supérieurs du clan des Sépulkres. Sadiques, violents, dominateurs, ils règnent sur le monde grâce à l’argent qu’ils ont amassé au cours des siècles. Des trois récits on retiendra surtout le premier, signé Hasteda et Sourya. Un affrontement dantesque contre des tueurs au service du Vatican avec pour enjeu la relique contenant du sang du Christ. Le reste est moins concluant, dessin déstabilisant de Chariospirale et histoire un peu légère de Céline Tran (anciennement connue sous le nom de Katsuni et qui a servi de modèle pour la plastique de l’héroïne). Le tout reste un excellent divertissement de série B pour amateurs de gore et de jolies filles.
➤ « Heart Breaker », Ankama, 13,90 €
De choses et d'autres - Vacances, on vous regrettera
Voilà, c’est fini. Les vacances touchent à leur terme. Le cahier quotidien de l’Indépendant présente demain sa dernière livraison. Les touristes vont déserter la région, occupés à préparer la rentrée scolaire des enfants ou leur reprise au boulot. Mais quel est l’état d’esprit des vacanciers au moment de mettre le cap au Nord ?
Les clubs de vacances Belambra (il y en a un à Gruissan dans l’Aude) ont sondé leurs pensionnaires. Sans surprise, la grande majorité a pleinement profité du séjour au soleil, les pieds dans l’eau. Ils sont une très large majorité à s’estimer « heureux » et « en pleine forme ». Dans le même ordre d’idée, 49% sont déprimés de retourner aux dures réalités de la vie. Mais ce n’est quand même pas le monde des Bisounours car ils sont 24 % à être « soulagés ». Un quart de la population française (même si le sondage n’est pas représentatif), a finalement avoué ne pas regretter farniente, piscine, grillades, parties de pétanque et soirées karaoké. 24 % qui avouent être contents de passer à autre chose. Je les comprends parfaitement. L’inaction n’est supportable qu’à petite dose.
Même si on considère avoir bien travaillé les 11 mois, ce 12e de repos est justifié mais parfois bien long. Et puis parfois les vacances ne se passent pas comme on aurait voulu. Impossible de séduire cette belle voisine de mobilhome, pas gagné la moindre partie de pétanque contre Marcel, le Ch’ti qui pointe et tire comme un Marseillais, malade comme un chien après la soirée paella à gogo, quelle idée aussi de se resservir quatre fois alors que les moules ne paraissaient pas honnêtes... De toute manière, « Koh-Lanta » débute le 1er septembre sur TF1. Et les meilleures vacances ce sont celles des autres vues à la télé. Surtout quand ils souffrent.
samedi 26 août 2017
BD - Artemisia, première académicienne
Des nombreuses biographies de peintres en bande dessinée (nouvelle mode du moment, en BD comme au cinéma), celle d’Artemisia Gentileschi a l’avantage de la nouveauté. Gauguin ou Manet, on connaît quasiment tout de leur vie. Par contre cette artiste italienne du XVIIe siècle est inconnue pour beaucoup. Nathalie Ferlut fait le récit de sa vie tumultueuse et le confie à Tamia Baudouin pour le mettre en images. Artemisia a toujours baigné dans le milieu des peintres. Son père est un artiste reconnu. Il aimerait former ses deux fils à son art mais à son grand désespoir, seule sa fille a hérité de son talent. Désespoir car en ces temps reculés, peindre est réservé aux hommes. Les femmes ont le droit de faire des natures mortes ou des portraits, mais pas plus. Pourtant le talent de la jeune femme va changer la mentalité des mécènes de l’époque, au point qu’elle sera la première à intégrer l’Académie des Arts de Florence, gagnant ainsi le droit de vendre ses toiles et d’en vivre largement. Mais avant cette victoire sur les mœurs de l’époque, la jeune femme devra subir sa condition. Violée par un ami peintre de son père à ses 18 ans, elle osera le dénoncer et le faire condamner. Un album édifiant sur l’histoire de la peinture mais aussi, et surtout, sur l’émancipation des femmes artistes.
➤ « Artemisia », Delcourt, 15,95 €
vendredi 25 août 2017
Rentrée littéraire - Ras-le-bol urbain dans "La fuite" de Paul-Bernard Moracchini
Plus de présence humaine, juste un chien recueilli en chemin et la faune sauvage. Une thérapie efficace : « La boule de fiel qui roulait au creux de ma panse quelques semaines auparavant, se résorba. Je vivais en bon sauvage oublié de mondes que rien ne semblait vouloir me rappeler ». La suite est un peu plus compliquée. Vivre est aisé, survivre moins évident.
La solitude est aussi une épreuve qu’il est parfois difficile de surmonter sans tomber dans la folie. Un roman initiatique fort et prenant d’une voix survivaliste singulière.
➤ « La fuite » de Paul-Bernard Moracchini, Buchet Chastel, 14 €
jeudi 24 août 2017
Roman - "Minuit, Montmartre", le Paris rêvé de Julien Delmaire
Elle est noire, sauvage et belle comme un paysage d’Afrique. En 1909, la jeune Masseïda erre dans les rues de Paris. Dans le quartier de Montmartre. Si loin de sa terre natale. Mourant de faim, frigorifiée, elle ne devra son salut qu’à la rencontre avec un gros chat, le roi du quartier. Il va la conduire chez son maître. Du moins l’homme chez qui il daigne parfois passer les nuits. Théophile Alexandre Steinlein est un artiste peintre. Ce surdoué du fusain vivote en plaçant des dessins dans la presse humoristique. Il réalise aussi des tableaux de commandes. Mais ce qu’il aime c’est dessiner des chats, ses meilleurs amis. Il va faire une exception pour Masseïda.
Julien Delmaire, en racontant la vie de cet illustrateur mondialement connu pour avoir signé l’affiche du « Chat Noir », y ajoute une belle romance et une réflexion sur le déracinement et la différence. Être une femme, noire, indépendante dans ce Paris dévergondé mais encore plein de préjugés n’est pas de tout repos. Il utilise un style chatoyant et riche pour décrire la vie du peuple, ses rébellions et joies.
➤ « Minuit, Montmartre » de Julien Delmaire, Grasset, 18 €
De choses et d'autres - Vacances incognito
Rompus à l’exercice des couvertures de journaux ou magazines, les gens célèbres, une fois en vacances, souhaitent bénéficier d’un peu de tranquillité. Se promener incognito dans un pays étranger devient un luxe pour ces stars mondiales. Prenez par exemple l’acteur américain Samuel L. Jackson, tête d’affiche du film «Hitman et Bodyguard » sorti ce mercredi et Magic Jonhson, basketteur de légende. Ils se sont payés quelques jours de détente en Toscane, à Forte dei Marmi. A la cool. En short (de basketteur) et avec une petite séance de shopping à la clé. Ils ont été surpris par les habitants, assis sur un banc. Ils n’ont pas refusé les photos, bien au contraire, posant souriants avec leurs achats. Visiblement des objets de luxe, l’un des sacs siglé Louis Vuitton.
Mais en Italie, les hommes noirs qui circulent dans les rues en ce moment appartiennent surtout à la masse des réfugiés arrivés par bateau de fortune. Un journaliste malicieux (ou inconscient), a publié sur un réseau social cette photo avec ce commentaire : «Voilà comment les migrants vivent aux frais de l’État ». Plusieurs personnes ont immédiatement relayé le cliché, renchérissant sur le rejet de ces hommes soi-disant réfugiés en Europe pour fuir la misère et la guerre. Vous avez dit délit de faciès ? Le journaliste, qui a affirmé après coup avoir publié cette fausse information pour se moquer du populisme italien, a sans le vouloir, permis à des milliers de racistes de prendre la parole. De se dévoiler aussi. Tout en indiquant qu’ils sont décidément incultes en cinéma et basket.
Récemment à Perpignan et Port-Vendres, Michael Jordan a fait un petit tour en jet et yacht de luxe. Mais pas de risque qu’on le confonde avec un migrant: aucune photo et un bataillon de gardes du corps pour éloigner les fans. De même que les idiots racistes. Chasse gardée.
mercredi 23 août 2017
DVD et blu-ray - Quand Don Siegel dominait le cinéma d’action
■ Gros braquage
Le début de l’histoire est classique. Dans une petite ville du Nouveau-Mexique, une jeune femme au volant d’une grosse voiture se gare devant une banque. Son mari, vieux et un pied dans le plâtre, veut déposer un chèque. Il demande à voir le directeur de la banque et quand tous les employés sont présents dans le hall, il sort un revolver et le braque. Avec deux complices il dé- robe les sacs contenus dans les coffres. Mais cela se passe mal. Un complice, et un gardien sont tués, deux policiers aussi, la conductrice blessée. Il ne reste de la bande que Charley Varrick (Walter Mathau) et un jeune complice. qui découvre un trésor dans les sacs : 750 000 dollars. Charley comprend alors qu’il vient de voler la mafia et que la traque va être impitoyable.
Walter Matthau, surtout connu pour ses rôles comiques en duo avec Jack Lemmon, est étonnamment crédible dans le rôle de cet ancien aviateur prêt à tout pour lui aussi avoir une fin de vie à l’abri, loin des soucis financiers. Seul bémol, le tueur sadique de la mafia fume la pipe comme un banal commissaire Maigret...
Le coffret offre un second DVD, un documentaire sur le film avec témoignages et explications. Un bijou pour les passionnés de cinéma d’action américain.
➤ « Tuez Charley Varrick ! », Wild Side Video, 29,99 € le coffret
mardi 22 août 2017
Rentrée littéraire - Une famille française face à l’Histoire dans "Taba-Taba" de Patrick Deville

Il y a l’arbre généalogique synthétique, impersonnel et le roman, chaleureux et édifiant. Le choix est vite fait pour Patrick Deville. Il débute son récit dans un ancien lazaret devenu hôpital psychiatrique. Un gamin, boiteux, y côtoie un ancien marin répétant sans cesse «Taba, Taba ». Ce gamin c’est l’auteur qui va y revoir l’arrivée de son arrière-grand-mère, en provenance d’Égypte, plus d’un siècle auparavant. Elle rencontre un homme qui deviendra instituteur, de ceux qui recrutés par Jules Ferry formeront la fameuse armée pacifique des « hussards noirs ».
■ De Bram à Sorèze
L’auteur, au volant de sa voiture, entreprend un long voyage pèlerinage sur les différents lieux de vie de ses ancêtres. Une voiture qui joue un rôle dans le roman, « j’observais en bas dans la cour la Passat - le Passé en catalan mais l’Alizé en allemand - comme un animal gris métallisé dont ma vie dépendait. » Son récit familial l’entraîne dans la banlieue parisienne, les champs de bataille de Verdun.
Et puis, en 1941, cap au sud. Les Allemands déferlent sur la France. La famille Deville fuit. « On leur avait dit qu’ils devaient descendre à Brame. Ils avaient entendu Brame. Ils avaient découvert dans la gare minuscule l’absence du e final. Ils sont à Bram, dans le département de l’Aude. » La ville de l’époque est décrite par le père de l’auteur. Lui y retourne de nos jours et en dresse un portrait contrasté. C’est le sud, mais la cité est à l’agonie. Uniquement tourné vers le passé, le rugby des Spanghero et des Rancoule. Ensuite ce sera le maquis dans le Lot. Un tour de France qui s’achève à Saint-Nazaire, dans ce lazaret devenu asile, après une longue parenthèse à Sorèze dans la Montagne noire.
Le roman offre le triple intérêt de raconter la vie d’une famille, de la replacer dans le contexte historique et surtout de découvrir ce que sont devenus ces lieux aujourd’hui. Une vision souvent teintée de nostalgie par un auteur qui a la capacité de voir au-delà des apparences et de découvrir des histoires derrière une lettre, un objet ou une simple façade décrépie.
➤ « Taba-Taba » de Patrick Deville, Seuil, 20 €
lundi 21 août 2017
BD - La guerre froide réécrite
Encore une série d’aviation autour de l’uchronie. Maza, après avoir signés trois albums de la série « USA Uber Alles », déjà avec Pécau, plonge en pleine guerre froide. En 1983, une pilote de chasse de l’armée est-allemande perd son coéquipier lors d’une escarmouche avec des chasseurs américains. Il semble que ces derniers sont les éclaireurs d’une vaste offensive contre le bloc soviétique. Reagan aurait-il décidé de lancer le feu nucléaire sur l’empire russe ? Sur cette hypothèse, les auteurs proposent un récit où espions, militaires, dignitaires et généraux jouent un jeu dangereux. Ce n’est qu’une uchronie, mais on est certainement passé très près de ces événements. Le tome 2 est annoncé en librairie le 18 octobre prochain.
➤ « Luftballons » (tome 1), Delcourt, 14,95 €
De choses et d'autres - A court d'arguments
Un grand classique des vacances, la sortie en boîte de nuit. Mais crise oblige, certaines enseignes sont obligées d’organiser des soirées spéciales pour remplir le bar et les tiroirs-caisses. L’Annexe dans le Var a ainsi été victime de ce que l’on appelle un bad buzz. Les patrons de ce repère d’amateurs de fiesta de la Côte d’Azur ont décidé de moduler le prix des consommations en fonction de la longueur des jupes des clientes. Sous le titre de « Oserez-vous le court ? », ils tentent d’appâter les cagoles de la région : « Vos jupes valent des consos...» Et de préciser le mode d’emploi. Si votre jupe est d’une longueur de 25 cm ou moins, vous ne paierez pas l’entrée. En-dessous de 23 cm vous bénéficiez d’une conso offerte par centimètre, ceci jusqu’à 18 cm. En-dessous, vous avez carrément droit à une bouteille de rosé. Et attention, les organisateurs ont bien l’intention de se rincer l’œil : « Les jupes mises par-dessus leggins, collants opaques, pantalons, etc., seront hors concours. » En somme, grossièrement résumé : montrez vos fesses, vous pourrez boire comme un trou.
Il s’est heureusement trouvé quantité d’hommes et de femmes pour s’insurger contre cette opération. Et de demander de boycotter cette «Annexe » qui semble surtout une réunion de tristes machos. L’indignation est devenue nationale. Associer le prix des consommations à la longueur des vêtements est particulièrement avilissant pour les femmes. La logique aurait voulu que la boîte de nuit, face à un tel raffut, abandonne l’idée et s’excuse platement.
C’est mal connaître les cacous du sud, pendant mâle de la cagole. Non seulement l’idée a été maintenue mais l’Annexe a publié sur son site des remerciements « à ceux qui ont polémiqué, cela nous a permis d’avoir de nouveaux clients. » Pour le coup, c’est moi qui me trouve à court d’arguments.
dimanche 20 août 2017
BD - La guerre aérienne du passé
Alors que les poilus croupissaient dans les tranchées, les pilotes s’affrontaient lors de duels homériques dans le ciel de France. Parmi les as des aviateurs français, Alexandre Marais a la particularité d’avoir été défiguré et de dissimuler ses blessures de guerre sous un masque. Il va devoir apprendre à combattre avec un nouveau venu, Louis Lafitte, jeune, beau et très talentueux. Rapidement, les deux militaires vont vouloir se mesurer dans les airs. C’est à celui qui abattra le plus de « Boches ». Mais ces derniers aussi ont des as dans leur chasse et Marais, tout comme Lafitte, devront s’épauler pour tout simplement survivre.
➤ « Faucheurs de vent » (tome 1), Glénat, 13,90 €
samedi 19 août 2017
BD - La guerre civile du futur
L’apartheid social règne sur la Terre dans ce futur proche imaginé par Marazano et mis en images par Ponzio. Notre monde se divise en deux catégories. Les riches qui vivent dans des enclaves. Les pauvres laissés à l’abandon dans des zones ravagées. Bien sûr, les habitants de ces zones de non-droit ont le désir d’aller dans les enclaves. Intervient alors la troisième catégorie de citoyens, les membres des Sections d’intervention. Une armée destinée à réprimer les révoltes, voire éliminer froidement les récalcitrants. Vivian, le personnage principal de cette série est le chef d’une des sections les plus efficaces. Ils sont méchants, agressifs et obéissants. Pourtant le chef semble cacher quelque chose à ses hommes. Se pourrait-il qu’il soit en réalité un des meneurs de la révolution qui se trame en coulisse ? Une série plus politique que militaire, qui fait réfléchir sur le tout sécuritaire et a forcément un écho particulier en ces temps de Vigipirate et d’attaque des soldats de Sentinelle.
➤ « Mémoires de la guerre civile » (tome 1), Dargaud, 13,99 €
De choses et d'autres - Instantanés de plage sous forme de BD
Si au cours de votre petite séance de bronzette et de baignade sur la plage, vous remarquez une jeune femme en train de dessiner sous son parasol, prenez garde, vous pourriez vous reconnaître dans les prochaines « Conversations de plage » de Camille Pot. Diplômée des Arts déco de Strasbourg, l’illustratrice a quitté la froide Alsace pour les chauds rivages de Méditerranée ou de l’Atlantique. Des vacances studieuses à écouter des conversations de plage ou les imaginer, les transformer en petites BD et au final les proposer dans un album format poche, idéal à glisser entre le seau, la pelle et les serviettes.
On y rencontre des enfants, un couple, des amies, des dragueurs et des mégères. Toute une faune qui allongée sur le sable ou en train de construire des châteaux, se repose ou s’amuse. Avec quelques fulgurances, que l’on saisit parfaitement quand on se réveille d’une sieste réparatrice et qu’on prend conscience que « pendant ce temps-là, il y en a qui font le changement à Châtelet-les-Halles ».
Mais on rit jaune aussi dans ce bouquin quand un homme, pas forcé- ment très âgé, dit à sa compagne : « C’est terriblement beau... N’est-ce pas, Marie Douce ? ça me donne envie de nous réserver une petite concession dans ce joli cimetière en marge de la dune... Nous y aurons une vue imprenable...» De l’humour noir au soleil.
➤ « Conversations de plage » de Camille Pot, Warum, 12 €
vendredi 18 août 2017
Polars - Désert américain contre Canal du Midi, shérif ou policier ?
■ Bout du monde
Le shérif Walt Longmire règne sur un comté peu peuplé mais très étendu. Ses concitoyens : des retraités, quelques Indiens de la nation Cheyenne et des originaux cherchant calme et oubli. C’est le cas d’une secte issue de la religion mormone. Dans « La dent du serpent », Longmire découvre leur lieu de vie en ramenant à bon port un adolescent surpris en train de voler des victuailles chez une vieille dame. Une communauté installée loin dans le dé- sert, « sur un chemin de graviers conduisant à un portail fait de rondins attachés ensemble, au-dessus duquel un portique annonçait ‘East Spring Ranch’. Ce n’était pas tout à fait le bout du monde, mais on en était suffisamment près pour pouvoir y envoyer un télégramme, sans toutefois espérer de réponse ». Une fois le décor planté, les ennuis commencent pour Longmire et ses adjoints. Une rude bataille, avec l’intolérance et des secrets profondément enfouis à la clé. Passionnant et dépaysant.
■ Amours tragiques
Autre ambiance si vous vous plongez dans « Les amants du Canal du Midi » de Manuel Garcia. Cet auteur, ancien policier, une fois à la retraite a voulu revenir sur une des affaires qui ont marqué sa carrière professionnelle. En 1970, à Mirepeisset, hameau audois, au bord du Canal du Midi, José Salvador, un enfant du village, est retrouvé assassiné dans la maison de son père. Les gendarmes arrêtent rapidement le présumé coupable. Mais quelques années plus tard, le juge d’instruction décide de rouvrir l’enquête et de la confier à ce policier rigoureux. L’auteur, tout en retraçant ses découvertes qui ont relancé l’affaire, décrit cette région qu’il aime tant: « Quand il faisait très chaud, il aimait s’asseoir à l’ombre des platanes, fermer les yeux et s’abandonner à d’intimes rêveries ». Un premier roman qui pourrait marquer la naissance d’un héros récurrent.
➤ « La dent du serpent » de Craig Johnson, Gallmeister, 22,80 €
➤ « Les amants du canal du Midi » de Manuel Garcia, TDO éditions, 15 €
De choses et d'autres - Carte postale sanglante
La traditionnelle carte postale envoyée depuis son lieu de villégiature a de moins en moins de succès. Pourtant, le format impose la brièveté du message de plus en plus en vogue dans notre mode de vie moderne, où tout doit aller très vite. L’ancêtre du SMS en quelque sorte. Une fois que l’on a indiqué l’adresse et collé le timbre, il ne reste qu’une petite moitié de carte pour donner de nos nouvelles.
Cela se résume souvent à «Il fait beau, la nourriture est bonne et tout se passe bien. Des vacances inoubliables, un véritable rêve». Pas de place pour de la grande littérature. Il faut aller à l’essentiel, souvent le futile quand on est en vacances. Sans y mettre trop de précisions ou de considérations personnelles, car sans enveloppe, le texte est visible par tout le monde, du receveur des postes au préposé du tri sans oublier le facteur, généralement de confiance, mais on ne sait jamais.
Des cartes postales de ce genre, il y en a certainement des dizaines et des dizaines qui ont été postées hier de Barcelone. Jetées d’une main négligente par ces touristes arpentant les Ramblas ensoleillées. Un petit clin d’œil pour ceux qui sont restés dans la grisaille. Juste pour les rassurer et partager son bonheur. Et puis pour certains, les vacances ont viré au cauchemar. La réalité de notre monde devenu fou a rattrapé ces vacanciers qui cherchaient juste à profiter d’un moment de détente dans la capitale catalane. Barcelone la riante, la baroque. Une ville qui a toujours été à part, chérie des artistes, à l’ambiance si particulière. La folie et la mort ont foncé sur les innocents.
Ces cartes postales arriveront bien à destination dans quelques jours. Mais pour certains, blessés dans l’attaque terroriste d’hier, elles seront le souvenir horrible de vacances sanglantes.



















