Désolé les enfants, inutile de venir sonner chez moi ce soir, je ne vous donnerai pas de bonbons. Pas en réaction de rejet à la mode américaine d’Halloween, mercantile et envahissante. Non, juste pour vous protéger d’un grand danger qui vous guette.
L’association Agir pour l’environnement a réalisé une étude sur les sucreries les plus courantes en France. Résultat elles contiennent toutes du colorant E171. Un nom de code pour désigner des nanoparticules de dioxyde de titane. De minuscules choses au grand pouvoir de nuisance. Selon les commanditaires de l’étude, ces nanoparticules «sont susceptibles de se glisser à travers les barrières physiologiques du corps humain, comme le cerveau, les intestins ou les reins.» Elles s’y accumulent et peuvent à longue échéance provoquer des «dysfonctionnements de l’ADN» voire «la mort des cellules».
Ces conclusions sont cependant à prendre au conditionnel car les instances européennes considèrent toujours que l’E171 ne représente aucun danger pour les consommateurs.
Mais alors, qui croire au final? Dans le doute, je m’abstiens. Pas d’en manger (faites ce que je dis,...), mais simplement, comme expliqué en préambule, d’en offrir aux enfants à Halloween. Je ne voudrais pas, dans 20 ans, être attaqué en justice par d’anciens gamins devenus légumes ou à moitié-zombies en raison d’un abus de dioxyde de titane.
Quelques chroniques de livres et BD qui méritent d'être lus et les critiques cinéma des dernières nouveautés. Par Michel et Fabienne Litout
lundi 31 octobre 2016
Roman - Humour, polar et SF : toutes les émotions en poche
À la veille d’un concours de sauce barbecue, Stanley Chipotle, célèbre cuisinier de la télévision, est assassiné à coups de hachoir dans un quartier louche de Trenton, sous les yeux de Lula. Qui de mieux que Stéphanie Plum pour se lancer sur la piste des tueurs avant que Lula ne se retrouve à son tour dans leurs filets ? Aventure inédite de la détective imaginée par Janet Evanovich.
➤ « Retour à la quinze départ », Pocket, 6,95 €
En pleine ascension du glacier Vatnajökull, deux jeunes randonneurs sont brutalement précipités au fond d’une crevasse. Juste avant de disparaître, l’un d’eux parvient à contacter sa sœur Kristin. Il n’y a pas encore la noirceur et le pessimisme des romans suivants d’Arnaldur Indridason, mais on retrouve quand même son style, essentiellement dans la description du grand méchant, un certain Ratoff.
➤ « Opération Napoléon », Points, 8,10 €
En 2009, lan McDonald a rassemblé, sous le titre « La petite déesse », les sept nouvelles et courts romans qu’il avait écrits sur cette Inde du futur imaginée dans « Le fleuve des dieux ». On y découvre un souscontinent où les hommes sont quatre fois plus nombreux que les femmes, où se côtoient des gens d’une extrême pauvreté et des stars virtuelles, tous confrontés à des menaces d’un genre nouveau.
➤ « La petite déesse », Folio SF, 8,20 €
➤ « Retour à la quinze départ », Pocket, 6,95 €
➤ « Opération Napoléon », Points, 8,10 €
➤ « La petite déesse », Folio SF, 8,20 €
Roman - Le libraire et la mer
Les relations mère-fils sont décidément dans l’air du temps. Françoise Bourdin se penche ici sur la vie de Matthieu, libraire passionné du Havre, qui néglige sa vie familiale. Un divorce après et l’adolescence de sa fille vécue en pointillé, il retrouve un certain équilibre, croit-il, auprès de Tess et de sa fille Angélique. Personne, encore moins lui-même, ne comprend donc pourquoi il s’écroule soudain.
Matthieu décide alors de mener son introspection dans la belle villa rachetée en viager à son vieil ami César, trop tôt disparu. Ecriture fluide, personnages attachants malgré quelques aspects caricaturaux et l’atmosphère d’une ville reconstruite sur les ruines d’après-guerre parfaitement retranscrite, la mayonnaise prend. Goûtez-y.
F. H.
➤ «Face à la mer» par Françoise Bourdin, Belfond, 21,50 €dimanche 30 octobre 2016
Roman - Sang, sexe et volupté dans «Trois gouttes de sang grenat » d'Hélène Legrais
Cinquante nuances de grenat, voilà le titre qu’Hélène Legrais aurait pu donner à son dernier opus très chaud.
Dans ses remerciements en fin d’ouvrage, l’écrivaine catalane ajoute «un dernier mot pour mon fils Hadrien : j’espère que certaines scènes écrites par ta mère ne vont pas te choquer ! » Et en effet, elle prend un virage serré par rapport à ses précédents opus. Si l’action se déroule toujours à Perpignan et ses environs, on est très loin du classique roman de terroir avec ce héros, complexe, tourmenté, incapable depuis trois ans de consommer son mariage arrangé avec la pourtant charmante Suzanne. Fin des années 1880, rue de l’Argenterie, le joaillier Auguste Laborde fils prend la relève d’un père inspiré. Il n’est pas dupe : il manque du génie paternel et réussit à faire vivoter l’affaire sur sa réputation. Méprisé par son épouse, ignoré par sa sœur, brimé par sa mère, Auguste cherche l’ombre. Dans ce but, il achète une petite maison rue de l’Anguille. Et sa vie bascule.
■ Nuances sanglantes du grenat
La porte en bois d’un réduit donne sur l’immeuble voisin, une maison close. Par l’interstice des planches, Auguste devenu voyeur compulsif, ressent des émotions charnelles inconnues devant le défilé des prostituées. Jusqu’au jour où il est témoin du meurtre de l’une d’elles. Il n’aura alors de cesse de démasquer le meurtrier dont il n’a vu que les mains. Hélène Legrais a visiblement décidé de pimenter son récit. Elle transforme son héros en bête de sexe, parsème le roman de passages débridés. Preuve en est avec de nombreux succès de librairies ces dernières années, voilà un créneau qui rapporte.
On se laisse happer par l’intrigue, on apprécie un livre bien documenté, historiquement irréprochable, on regrette néanmoins l’énumération inutile et trop fréquente des nombreuses rues de Perpignan (Google Street permet aujourd’hui même aux Esquimaux de le visualiser d’un clic). Mais comme le prouve Hélène Legrais, seuls les imbéciles ne changent pas d’avis. Et on apprécie cette nouvelle facette d’une écrivaine autrefois un peu trop lisse.
Dans ses remerciements en fin d’ouvrage, l’écrivaine catalane ajoute «un dernier mot pour mon fils Hadrien : j’espère que certaines scènes écrites par ta mère ne vont pas te choquer ! » Et en effet, elle prend un virage serré par rapport à ses précédents opus. Si l’action se déroule toujours à Perpignan et ses environs, on est très loin du classique roman de terroir avec ce héros, complexe, tourmenté, incapable depuis trois ans de consommer son mariage arrangé avec la pourtant charmante Suzanne. Fin des années 1880, rue de l’Argenterie, le joaillier Auguste Laborde fils prend la relève d’un père inspiré. Il n’est pas dupe : il manque du génie paternel et réussit à faire vivoter l’affaire sur sa réputation. Méprisé par son épouse, ignoré par sa sœur, brimé par sa mère, Auguste cherche l’ombre. Dans ce but, il achète une petite maison rue de l’Anguille. Et sa vie bascule.
■ Nuances sanglantes du grenat
La porte en bois d’un réduit donne sur l’immeuble voisin, une maison close. Par l’interstice des planches, Auguste devenu voyeur compulsif, ressent des émotions charnelles inconnues devant le défilé des prostituées. Jusqu’au jour où il est témoin du meurtre de l’une d’elles. Il n’aura alors de cesse de démasquer le meurtrier dont il n’a vu que les mains. Hélène Legrais a visiblement décidé de pimenter son récit. Elle transforme son héros en bête de sexe, parsème le roman de passages débridés. Preuve en est avec de nombreux succès de librairies ces dernières années, voilà un créneau qui rapporte.
On se laisse happer par l’intrigue, on apprécie un livre bien documenté, historiquement irréprochable, on regrette néanmoins l’énumération inutile et trop fréquente des nombreuses rues de Perpignan (Google Street permet aujourd’hui même aux Esquimaux de le visualiser d’un clic). Mais comme le prouve Hélène Legrais, seuls les imbéciles ne changent pas d’avis. Et on apprécie cette nouvelle facette d’une écrivaine autrefois un peu trop lisse.
Fabienne Huart
➤ «Trois gouttes de sang grenat », Hélène Legrais, Calmann- Lévy, 19,90 €De choses et d'autres - La Loove, mode d'emploi
Web-série comique produite par France 4, « La Loove » se décline désormais en guide pratique. Un petit livre à l’humour ravageur répondant au doux titre de « L’art du bien-être dans ton cœur (et partout ailleurs) » (Jungle, 6 €). L’intérêt de l’ouvrage réside bien entendu dans le « partout ailleurs » qui se situe résolument dans le slip des célibataires à qui les conseils d’Amélie Etasse et Clément Vallos s’adressent.
On se délectera ainsi des conseils du Dr Clito sur un sujet aussi essentiel que « Comment réagir face à un homme qui refuse de mettre un préservatif » (allez direct à la fin : « Cet abruti ne mérite même pas de te toucher ») ou un test, façon « Questions pour un champion » sur les MST « Ne te fie pas à mon nom de papillon trop mignon : Je suis… Le Papillomavirus ».
Totalement libéré, ce livre à ne pas mettre entre toutes les mains, est idéal pour se remettre d’une rupture amoureuse car il explique « en quoi le célibat c’est cool et la déprime c’est sympa ».
samedi 29 octobre 2016
BD - "Sept héros" oubliés
Tous les super-héros n’ont pas la même volonté de sauver le monde. L’idée de base de cet album écrit par Mathieu Salvia et dessiné par Philippe Briones tient dans ce constat. Hector, vieillard discret, vit caché. Cela fait des années qu’il a abandonné toute velléité de voler. Car comme Superman, il peut voler. Il se cache mais est finalement retrouvé par un organisme d’état qui veut étudier ces super-héros, vieillissants mais qui pourraient encore être utiles. Hector se retrouve avec une femme invisible, un homme caoutchouc ou une passe-muraille. Ils sont six à chercher à s’enfuir. Le septième, comme toujours dans les histoires de superhéros, a choisi le côté sombre. La bataille finale est dantesque.
➤ « 7 héros », Delcourt, 15,50 €
vendredi 28 octobre 2016
BD - Au cœur de la terreur avec un "Infiltré"
Seconde partie du thriller nordique « Infiltrés » dessiné par Olivier Thomas et écrit par Olivier Truc et Sylvain Runberg. L’équipe de Suzanne Hennings est sur les dents. Cette unité d’élite anti-terroriste danoise surveille un groupe néo-nazi sur le point de commettre un attentat. Un homme a infiltré les extrémistes. Entre attentat aveugle avec quantité d’explosifs livrés par la mafia serbe et action ciblée exécutée par un tueur à gages, Suzanne ne sait où donner de la tête. L’album, au découpage très cinématographique, bourré de suspense, permet au lecteur d’être au plus près des terroristes. Une histoire qui doit beaucoup aux connaissances d’Olivier Truc, journaliste expert de ces milieux après de nombreuses enquêtes.
➤ « Infiltrés » (tome 2/2), Soleil Quadrants, 14,95 €
De choses et d'autres - Incertitude wallonne
L’obstination des Wallons arrangeait bien une bonne partie de l’Europe. La région francophone de la Belgique a longtemps osé dire non au traité commercial de libre échange avec le Canada. Rien ne destinait cette petite communauté à devenir le mauvais élève européen. Au contraire, depuis des années, la Belgique a beaucoup gagné en devenant une des capitales de l’Union. D’ailleurs, hier, la signature du traité était programmée à Bruxelles. Mais des élus régionaux ont décidé de défier l’administration fédérale avant de se raviser au dernier moment. Terre de compromis et de raison, la Belgique n’a jamais été très belliqueuse. Au contraire, le pays a évité bien des problèmes en érigeant le consensus en méthode de gouvernement. Soit tout le monde est d’accord et c’est bon, soit il y a une voix divergente et on continue de négocier. C’est dans ce cadre que le pays est resté plus d’un an sans gouvernement. Une absence peu préjudiciable car justement les régions ont beaucoup de pouvoir. Un peu trop parfois quand on constate les conséquences du blocage des Wallons têtus. Alors Messieurs les Belges on ne vous dit pas bravo pour votre revirement ultime. Le traité, en France, pas grand monde en veut. Même si officiellement personne n’ose le dire haut et fort. Par contre, nous faire rater une visite du beau Justin Trudeau... Je connais quelques jeunes femmes qui risquent vous en vouloir longtemps.
jeudi 27 octobre 2016
DVD et blu-ray - Magouilles d'est en ouest
Référence absolue en matière de roman d’espionnage tendance « guerre froide », John Le Carré, à 80 ans passés, n’a pas déposé les armes. Il signe toujours des romans ancrés dans leur époque et n’hésite pas à en superviser leur adaptation sur grand écran. «Un traitre à son goût» paru en 2011, devient «Un traitre idéal» en 2016 au cinéma dans une réalisation de Susanna White.
Sa sortie en DVD permet de retrouver toute la force des intrigues imaginées par John Le Carré. Il n’est plus question cette fois d’espionnage entre états mais de magouilles financières entre les garants de la démocratie anglaise et les nouveaux maîtres du Kremlin entièrement dévoués à la mafia russe. Tout débute par des vacances au Maroc. Un couple d’Anglais Perry et Gail (Ewan McGrégor et Naomie Harris) croisent la route de Dima (Stellan Skarsgård), riche Russe exubérant. Dima se confie à Perry. Il cherche à sauver sa famille des griffes de la mafia. Il détient des documents qui pourraient compromettre certains haut responsables anglais. Il veut les vendre au contre-espionnage britannique contre l’immunité des siens. Gail va servir de messager. Un rôle difficile à tenir pour cet universitaire, plus habitué à l’analyse des textes de Shakespeare qu’aux blanchiment de l’argent sale. Sa femme, avocate, va entrer dans la danse et l’aider. Une opération internationale sous la houlette d’un agent aux méthodes peu orthodoxes : Hector interprété par Damian Lewis.
Parfois un peu lent et compliqué, ce film vaut surtout pour les numéros d’acteurs particulièrement convaincants. On placera en tête la performance de Stellan Skarsgård, acteur suédois fidèle de Lars Von Trier, apportant folie et humanisme à un Russe lassé d’une vie trop violente et en quête d’un peu de tranquillité.
➤ « Un traitre idéal », Studiocanal, 19,99 €
De choses et d'autres - Satan existe
Dieu, je ne sais pas. Mais c’est sûr, Satan existe. « Satan 2 » exactement, petit surnom du nouveau missile balistique russe répondant plus prosaïquement au nom de « RS-28 Sarmat ». Ce concentré de technologie dernier cri a officiellement été présenté en début de semaine par l’état-major de l’armée rouge. Avec une capacité d’action de 10 000 kilomètres, il peut toucher la côte est des Etats-Unis en quelques minutes. La grande nouveauté de « Satan 2 » consiste à posséder 12 têtes nucléaires capables de se répartir sur une superficie grande comme le Texas ou la France. Satan 2 est la cartouche au gros sel de la dissuasion nucléaire. Il crible sa cible de multiples impacts.
A la différence que les dégâts ne seront pas superficiels. La France, toute la France de Lille à Perpignan, serait rasée en quelques minutes. Douze fois Hiroshima puissance mille. Douze comme le nombre de régions métropolitaines. Si les technocrates russes sont pointilleux sur les symboles, pour la première fois le Pays Catalan apprécierait d’être si éloigné du centre de décision de Toulouse. Exceptionnellement, se contenter de quelques retombées ne sera pas infamant. Savoir que cette arme est dans les mains de Poutine n’est pas pour rassurer. Et explique pourquoi chez les politiques hexagonaux, tant à droite qu’à gauche, ils sont si nombreux à vouloir faire ami-ami avec le maître du Kremlin.
mercredi 26 octobre 2016
Cinéma : La ronde qui ne compte pas pour des prunes
La bande dessinée jeunesse a longtemps eu un problème avec le sexe féminin. Il a fallu attendre longtemps pour que des héroïnes s’accaparent les premières pages des magazines. Les éditions Dupuis ont ouvert la voie avec la pulpeuse Natacha. Dans les années 90, une autre fille a percé dans le 9e art : Tamara. Elle aussi avait des formes généreuses comme l’hôtesse de l’air de Walthéry, mais l’adolescente imaginée par Zidrou et Darasse se désespère de ces courbes un peu trop marquées.
Tamara est grosse, sa quête de l’amour en devient plus compliquée. Sur grand écran, cette BD beaucoup moins superficielle qu’il n’y paraît, devient une comédie entre leçon de vie, romance à l’eau de rose et scènes de la vie scolaire en milieu hostile. Moins osé que la BD, le film d’Alexandre Castagnetti, fait une première infidélité au physique de Tamara. Héloïse Martin, l’interprète de la replète jeune femme est tout sauf grosse. Un petit peu enveloppée peut-être. A moins que cela ne soit les gros pulls qui faussent son apparence. Mais une fois cet aspect occulté, on se retrouve face à un divertissement très prenant. Le casting y fait beaucoup. Car à côté de la « star » Rayanne Bensetti, belle gueule découverte sur TF1 et parfait dans le rôle de Diego, l’amoureux de Tamara, on trouve de très bons comédiens, judicieusement utilisés pour des respirations très réussies dans l’intrigue.
La mère de Tamara, Sylvie Testud, est touchante dans sa recherche d’amour perpétuelle. Son petit ami, beaupère de Tamara et père de la petite Anaïs, Cyril Gueï évite la caricature. Nos deux préférées restent Blanche Gardin, irrésistible dans le rôle de la voisine alcoolique et surtout Jelilah, meilleure amie de Tamara, interprétée par Oulaya Amamra, jeune comédienne surdouée, à mille lieues de son rôle de dealeuse désespérée dans Divines.
Pour la sortie du film, les éditions Dupuis proposent un album hors série de la série de Zidrou et Darasse reprenant les histoires à l’origine du long-métrage. L’occasion de retrouver la Tamara originelle, beaucoup plus enveloppée qu’Héloïse Martin, mais tout aussi craquante.
➤ « Tamara, la revanche d’une ronde », Dupuis, 10,60 €
La mère de Tamara, Sylvie Testud, est touchante dans sa recherche d’amour perpétuelle. Son petit ami, beaupère de Tamara et père de la petite Anaïs, Cyril Gueï évite la caricature. Nos deux préférées restent Blanche Gardin, irrésistible dans le rôle de la voisine alcoolique et surtout Jelilah, meilleure amie de Tamara, interprétée par Oulaya Amamra, jeune comédienne surdouée, à mille lieues de son rôle de dealeuse désespérée dans Divines.
Redécouvrir la BD
Pour la sortie du film, les éditions Dupuis proposent un album hors série de la série de Zidrou et Darasse reprenant les histoires à l’origine du long-métrage. L’occasion de retrouver la Tamara originelle, beaucoup plus enveloppée qu’Héloïse Martin, mais tout aussi craquante.
➤ « Tamara, la revanche d’une ronde », Dupuis, 10,60 €
DE CHOSES ET D'AUTRES - Copé casse les prix des chocolatines
Déraciné, hors-sol, au pays des Bisounours... Les expressions ne manquent pas pour décrire la sortie de Jean-François Copé lundi matin au micro d’Europe 1. A la question toute bête d’un auditeur lui demandant combien coûte un pain au chocolat, le candidat à la primaire, qui avait déjà abordé ce problème des chocolatines pour dénoncer une certaine pression de l’immigration, a répondu, après une longue hésitation, de 10 à 15 cents pièce. Franchement, si ce boulanger existe ailleurs que dans son imaginaire fantasmé, je suis preneur. Car j’adore les chocolatines. Et je sais, moi, qu’elles valent huit fois plus cher. Même achetées en lot, jamais je n’en ai trouvées de si bon marché.
Pauvre Jean-François Copé, si content d’être à nouveau sous les projecteurs après ses déboires judiciaires. Une bête histoire de viennoiserie vient plomber tout son plan com’. Moqué sur les réseaux sociaux, il a tenté de rattraper le coup en faisant de l’humour sur le fait qu’il surveillait sa ligne.
Mais les électeurs, qui visiblement fréquentent plus souvent que lui les boulangeries, se montrent impitoyables. Vu sa propension à minorer les prix, il est logique que la facture de Bygmalion ait explosé si rapidement. Et certains de se souvenir, perfides, qu’il fut ministre du Budget sous Sarkozy. Comme on dit familièrement, il « tenait les cordons de la bourse ». Comment s’étonner dès lors que l’État soit en faillite depuis si longtemps ?
mardi 25 octobre 2016
Cinéma - Misère d’une Angleterre à l’agonie
Ken Loach, Palme d’or au dernier festival de Cannes, titre à boulets rouges sur le système social britannique dans "Moi, Daniel Blake", histoire du crépuscule d’une société solidaire.
Si les Français se plaignent souvent de l’inefficacité de leur administration, ils feraient mieux avant de vouer tous les fonctionnaires aux gémonies d’aller voir « Moi, Daniel Blake », film de Ken Loach lauréat de la palme d’or au dernier Festival de Cannes. La situation de Daniel Blake (Dave Johns), menuisier de 59 ans, est digne d’un roman à la Kafka. Victime d’une crise cardiaque, il a du cesser de travailler. Il se remet lentement sur pied. Le temps est venu de revoir sa situation. Il doit répondre à un long questionnaire pour savoir s’il bénéficie toujours de l’aide spécifique. Des dizaines de questions absurdes comme « pouvez-vous vous mettre un chapeau sur la tête ? » Et quand le verdict tombe, il découvre qu’il n’a pas obtenu assez de « points » (12 alors qu’il en faut au minimum 15) pour conserver son allocation.
■ Une belle amitié
Sans ressource, il n’a plus qu’à contester la décision (et rester des mois sans aucune rentrée d’argent) ou s’inscrire au chômage, tout en sachant parfaitement que les médecins ne lui permettront pas de travailler... Résigné, il joue le jeu, malgré la mauvaise volonté des fonctionnaires qui ne cessent de le menacer de sanction s’il ne fait pas les choses exactement comme il faut. Une « sanction » consistant à suspendre son chômage durant quelques semaines. Dans les faits, d’anonymes serviteurs de l’état ont droit de vie ou de mort sur d’honnêtes travailleurs. Toute la révolte de Ken Loach est contenue dans ce rapport de force entre un système toujours plus in- égalitaire et des victimes qui n’ont plus que leur bonne foi pour tenter de survivre. La situation de Daniel Blake pourrait faire rire au second degré. Tant de bêtise, de rigorisme. Reste que ce n’est pas gratuit. Ce harcèlement moral a pour but de faire craquer les demandeurs. Il ne leur reste plus qu’à rejoindre les hordes de pauvres dans les files d’attente des banques alimentaires. Daniel y va finalement, pas pour lui mais pour donner du courage à sa voisine, Katie (Hayley Squires), mère isolée de deux enfants. Il va l’aider, oublier sa propre misère pour tenter de lui redonner cette envie de vivre, de s’en sortir, même si l’on a l’impression que tous les dés sont pipés. La belle amitié entre Daniel et Katie apporte une belle lumière à cette histoire austère. Mais le monde étant celui que l’on connaît, la fin du film nous replonge dans la réalité, la dure et triste réalité d’un quotidien devenu inhumain.
Ken Loach : « Le peuple contre les puissants »
Lors de la remise des trophées en mai dernier à Cannes, le réalisateur de « Moi, Daniel Blake » a profité de cette mise en lumière pour répéter son crédo. Un discours politique, résolument à gauche, comme pour se prévenir des risques de dérives vers l’extrême droite. « Le cinéma est porteur de nombreuses traditions, l’une d’entre elles est de présenter un cinéma de protestation, un cinéma qui met en avant le peuple contre les puissants, j’espère que cette tradition se maintiendra » a-t-il notamment expliqué.
Dans son film il dresse un constat alarmant sur la paupérisation de toute une classe ouvrière anglaise, souvent qualifiée, mais trop âgée pour remettre en cause son fonctionnement. Au moindre problème de santé, c’est la dégringolade. Pour Ken Loach, « Le libéralisme favorise le maintien d’une classe ouvrière vulnérable et facile à exploiter. Ceux qui luttent pour leur survie font face à la pauvreté ». Conséquence, « les pauvres doivent accepter qu’on les tienne pour responsables de leur pauvreté. C’est ce qu’on constate à travers toute l’Europe et dans le reste du monde ».
Depuis, le Brexit est passé par là, Trump est candidat aux USA et en France, la présidentielle risque de se jouer au second tour entre la droite extrême et la droite forte.
DE CHOSES ET D'AUTRES - Surchauffe sur le net
Certains s’alarment de la disparition programmée du net. La semaine dernière, de multiples attaques ont gravement perturbé le fonctionnement de plateformes devenues essentielles dans nos nouvelles vies hyperconnectées. De Twitter à Netflix en passant par Amazon, tout buggait. Avec l’intention de submerger ces services, des pirates ont pris possession de millions d’objets connectés. Un four qui veut twitter, une caméra de vidéo surveillance qui désire acheter un livre : de quoi se demander si la révolution virtuelle de l’intelligence artificielle planétaire ne se met pas en marche.
Une apocalypse déjà imaginée par les scénaristes de la série « Mr Robot » (saison 1 en DVD chez Universal et saison 2 depuis hier sur France 2). Pour nuire à une multinationale, les hackers anarchistes décident d’effacer toutes les mémoires des comptes privés stockés dans les bases de données. Il suffit pour cela de neutraliser la climatisation des chambres fortes. Un petit coup de chaud et des milliards de dettes disparaissent. Une utopie, vraiment ?
lundi 24 octobre 2016
BD - Le Spirou animalier de Frank Pé
N’en déplaise aux puristes, l’idée de confier les destinées de Spirou à d’autres auteurs permet de moderniser un héros parfois trop conventionnel. En parallèle des aventures officielles signées par Yoann et Velhmann, d’autres s’approprient le célèbre groom rouge. Comme Frank Pé (dessin) et Zidrou (scénario). « La lumière de Bornéo », longue histoire de 88 pages, décrit un Spirou devenu adulte.
En jean et blouson de cuir, il claque la porte quand la nouvelle direction de son journal veut qu’il édulcore un reportage. Il devient ainsi le premier « héros de BD sans emploi ». Il va se laisser vivre, apprendre à peindre, flâner et retrouver le cirque de Noé et sa ménagerie. Mais aussi la jeune fille de Noé.
Choc de génération qui donne tout son sel à l’album. L’intrigue, sur l’art et l’exploitation des animaux, permet à Frank Pé de dessiner et de peindre ce qu’il aime le plus. Beau, intelligent, beau, touchant. Vraiment beau...
➤ « La lumière de Bornéo », Dupuis, 16,50 €
➤ « La lumière de Bornéo », Dupuis, 16,50 €
dimanche 23 octobre 2016
Roman - Grands voyages policiers dans la poche
Première destination, la région parisienne. Une jeune femme violée, mutilée et laissée pour morte dans un parking, un suicidé, des dealers assassinés... Réunis par un même sentiment de solitude, le major Mako de la BAC de nuit et la capitaine Marie Auger de la PJ décident de faire alliance. Un polar très sombre signé Laurent Guillaume.
➤ « Delta Charlie Delta », Laurent Guillaume, Folio, 7,70 €
Seconde escale à Petah Tikva petite ville israélienne tranquille, loin du bouillonnement de Tel-Aviv. Tous les habitants se plaisent à le répéter, rien ne se passe jamais à Petah Tikva. Alors, quand un journaliste d’investigation disparaît, l’inspectrice Anat Nahmias est surprise. Qui aurait pu avoir intérêt à le faire taire?
➤ « Oranges amères », Liam Shoham, 10/18, 8,40€
Terminus dans le nord de la Suède. Un pêcheur découvre le cadavre torturé de la belle Inna, porte-parole de Mauri Kallis, un industriel. Les inspecteurs de la police judiciaire de Kiruna font appel Rebecka Martinsson, l’héroïne créée par Asa Larsson dont la nouvelle enquête, «Tant que dure ta colère», vient de sortir chez Albin Michel.
➤ « La piste noire », Asa Larsson, Le Livre de Poche, 7,90€
➤ « Delta Charlie Delta », Laurent Guillaume, Folio, 7,70 €
Seconde escale à Petah Tikva petite ville israélienne tranquille, loin du bouillonnement de Tel-Aviv. Tous les habitants se plaisent à le répéter, rien ne se passe jamais à Petah Tikva. Alors, quand un journaliste d’investigation disparaît, l’inspectrice Anat Nahmias est surprise. Qui aurait pu avoir intérêt à le faire taire?
➤ « Oranges amères », Liam Shoham, 10/18, 8,40€
Terminus dans le nord de la Suède. Un pêcheur découvre le cadavre torturé de la belle Inna, porte-parole de Mauri Kallis, un industriel. Les inspecteurs de la police judiciaire de Kiruna font appel Rebecka Martinsson, l’héroïne créée par Asa Larsson dont la nouvelle enquête, «Tant que dure ta colère», vient de sortir chez Albin Michel.
➤ « La piste noire », Asa Larsson, Le Livre de Poche, 7,90€
samedi 22 octobre 2016
DVD - Frédéric Beigbeder à la recherche de beautés rares dans "L'Idéal"
Frédéric Beigbeder n'est jamais aussi bon que là où on ne l'attend pas. Le publicitaire anonyme est parvenu à émerger quand il a décidé de se lancer en littérature. Son passage à la télévision, en présentateur de talk show s'est soldé par un échec. Il a par contre duré dans le Cercle, seule émission télé véritablement critique sur le cinéma. Le cinéma qui lui fait les yeux doux. Il a participé à l'adaptation de ses romans les plus célèbres et a réalisé lui-même deux films. Une comédie sentimentale et « L'Idéal », sorte de suite de « 99 francs ». Sa sortie en DVD est l'occasion de revenir sur cette étrange chose, très inégale, mais loin d'être le ratage complet annoncé à sa sortie en salle.
Le DVD permet justement de faire le tri entre les bonnes idées, l'intrigue et les parties vulgaires à faire défiler à grande vitesse. Pas la peine de rester dix minutes sur la scène de fête russe. Elle n'apporte rien au film et son esthétique donne la nausée. De même, les longues séances de castings de mannequins russes frôlent l'overdose. Par contre, dès que les trois personnages principaux daignent interpréter leurs rôles, le film a une saveur rare en France. Gaspard Proust, sniper suisse d'Ardisson, a ce détachement, cette décontraction qui fait mouche dans le monde du CAC 40 de la beauté anorexique. Il interprète un chasseur de tête pour les agences de mannequins. Il doit en urgence trouver une nouvelle égérie à l'Idéal, multinationale française ébranlée par un scandale. Il est embauché par Valentine, le directrice visuelle et Caroline, la directrice. La première est jouée par Audrey Fleurot, la seconde par Jonathan Lambert.
En patron efféminé, longues boucles, ongles vernis et fond de teint à la truelle signe une prestation rare pour un acteur français. Beigbeder a su utiliser toute la folie de ce comédien au parcours unique. Voilà bien le paradoxe de ce film, réalisé par un ancien publicitaire qui se revendique obsédé sexuel et toxicomane, d'être au final un brûlot contre la société de consommation et presque une ode au communisme.
« L'idéal », Orange Studio, 16,99 euros
« L'idéal », Orange Studio, 16,99 euros
vendredi 21 octobre 2016
Cinéma - La renaissance de Courgette
Les films d'animation ne sont pas toujours réservés aux enfants. « Ma vie de courgette » de Claude Barras prouve que quelques petites marionnettes peuvent faire passer plus d'émotion que bien des acteurs en chair et en os. Marionnettes par les personnages de ce film sont en pâte à modeler et bougent selon la technique du stop motion, soit image par image. Résultat l'histoire de Courgette, le petit orphelin malheureux, ne dure qu'un peu plus d'une heure, mais a nécessité le travail de 150 « artisans » durant plus de deux ans. Un aspect technique rapidement balayé par l'histoire écrite avec Cécile Sciamma, adaptée du roman de Gilles Paris « Autobiographie d'une courgette ».
Icare vit seul avec sa maman qui s'obstine à l'appeler Courgette. Dans sa chambre dans les combles, il rêve d'une vie meilleure. Une vie où sa maman ne boirait pas. Ne le frapperait pas. Un jour, sans le vouloir, il la fait tomber dans l'escalier. Courgette se retrouve orphelin. Et meurtrier. Un policier recueille son témoignage et le conduit dans un foyer spécialisé. Là, contre toute attente, il va rencontrer écoute et gentillesse. De la part des éducateurs mais aussi des autres enfants, des cabossés de la vie, comme lui. Simon, le dur au cœur tendre, Jujube, le glouton hypocondriaque, Béatrice, qui espère que sa maman va revenir; une réfugiée renvoyée dans son pays, sa sa fille, Alice, le visage caché derrière sa mèche, comme se protéger des horreurs de sa courte vie. Et puis un jour arrive Camille. Une fille forte, qui joue bien au foot. Une fille dont on peut facilement tomber amoureux. « Ma vie de courgette » demande aux parents d'accompagner les enfants, de les guider et peut-être parfois de leur expliquer pourquoi les pensionnaires du foyer des Fontaines, apparemment normaux, ont parfois l'air si tristes et malheureux.
Le film, à l'opposé de bien des réalisations trop linéaires, est un parfait antidépresseur. La noirceur du début s'estompe lentement, au gré des nouvelles relations de Courgette avec l'extérieur. Le petit garçon brimé, persuadé que la vie n'est jamais faite que de déceptions et de tristesse, découvre la gentillesse, l'optimisme. Et en sortant de sa coquille, il redevient humain, capable d'espoir, envisageant même le bonheur. Car le message de « Ma vie de courgette » est simple : tout le monde peut être heureux, même après des débuts très difficiles dans la vie. Une famille forte et unie se bâtit sous les yeux des spectateurs qui oublient très vite le côté animation. Ne reste que les belles âmes de personnages qui ont enfin un avenir.
jeudi 20 octobre 2016
Nouvelles - De petits bouts de Jean Teulé
Les romans de Jean Teulé ne sont jamais épais. L'auteur maîtrise l'art du court et direct. Il applique cette méthode à ses nouvelles, signant un recueil où chaque texte ne dépasse pas les cinq pages. Sortes de chroniques du quotidien, cela va du portrait intimiste, à la fausse BD en passant par le poème raturé.
Il se livre aussi, comme cette histoire de vieille maison bretonne, se transformant, le printemps venu, en lupanar à plumes. Et puis au détour de ces textes, il y a le témoignage du fils de Philippe Bertrand, dessinateur décédé en 2010. Un dialogue fort et optimiste, des clés pour mieux accepter la mort et l'absence d'un être aimé.
« Comme une respiration », Jean Teulé, Julliard, 17,50 euros
« Comme une respiration », Jean Teulé, Julliard, 17,50 euros
mercredi 19 octobre 2016
Livre - Mickey décortiqué
Ambitieux livre que cette « Face cachée de Mickey Mouse » de Clément Safra. Ce spécialiste du cinéma hollywoodien va beaucoup plus loin que l'analyse de l'animation ou des évolutions graphiques de la célèbre souris imaginée par Walt Disney. Dans ces 200 pages richement illustrées, il aborde des thèmes plus spécifiques et pointus comme sa comparaison avec des acteurs de chair et de sang ou l'anthropomorphisme de cette Amérique animée.
En réalité, ce livre nous apprend aussi que la carrière de Mickey est relativement brève. Héros de films courts destinés à être diffusés en ouverture des long-métrages, il n'a jamais eu son grand film à lui. Une volonté de Walt Disney, selon l'auteur, qui a préféré conserver sa « mascotte » comme symbole de sa société de production. Et c'est vrai qu'aujourd'hui, Mickey n'est plus qu'un Logo formé de trois cercles qui nous fascinent.
« La face cachée de Mickey Mouse », éditions Vendémiaire, 25 euros
« La face cachée de Mickey Mouse », éditions Vendémiaire, 25 euros
mardi 18 octobre 2016
Cinéma - La toubib et « La fille inconnue »
Parfois, on se demande vraiment si le jury du festival de Cannes a bien vu les mêmes films que ceux qui depuis quelques semaines sont à l'affiche dans les salles. Rien pour « Toni Erdmann », rien pour les acteurs de « Juste la fin du monde », rien pour « Aquarius ». Trois excellents films comme on en voit rarement. Et un quatrième grand oublié sort ce mercredi avec « La fille inconnue » des frères Dardenne. Ils auraient largement mérité une quatrième palme. Et Adèle Haenel un premier prix d'interprétation. Mais comme les trois autres films, à l'arrivée, « La fille inconnue » n'a rien obtenu... Franchement incompréhensible tant ce film d'une tension perpétuelle prend aux tripes.
Jenny Davin (Adèle Haenel), médecin généraliste remplaçante, découvre son métier dans un petit cabinet de Liège en Belgique. Le soir, harassée, quand on sonne au cabinet une heure après la fermeture, elle ne va pas ouvrir. Et interdit à son stagiaire Julien (Olivier Bonnaud) d'y aller.
Le lendemain, des policiers sont devant son cabinet. Ils veulent récupérer les images de la caméra de vidéosurveillance de l'entrée du cabinet. Une jeune femme a été retrouvée morte de l'autre côté de la rue. La tête fracassée sur un bloc de béton au bord du canal. Jenny découvre avec effarement que c'est elle qui a sonné la veille. Sur les images, la fille inconnue est en panique, comme poursuivie. On ne voit pas la cause de sa terreur.
Prise d'une culpabilité à rebours, Jenny va tout faire pour que l'inconnue ait une sépulture descente. La police n'a aucun indice. L'enquête piétine. Alors la jeune médecin va interroger tous ses patients pour finalement trouver un embryon de piste. Le film, social, forcément social avec les Dardenne, est pourtant construit comme un thriller. Mensonges, intimidations, Jenny joue un jeu dangereux. Mais c'est le prix à payer pour qu'elle retrouve une dignité et confiance en soi. Le travail de l'actrice principale est remarquable. Elle porte tout le film sur ses interrogations, doutes et envie de vérité. Cassante au début du film (notamment avec son stagiaire), elle s'humanise et découvre le véritable pourquoi de sa vocation.
lundi 17 octobre 2016
BD - Braquage poétique
Si vous feuilletez par hasard l'album "Je viens de m'échapper du ciel" par hasard dans une librairie vous avez de fortes chances de penser que ce roman graphique en noir et blanc est dessiné par Munoz. Poe, le loser qui gravite dans ces nouvelles de Carlos Salem, ressemble étrangement à Alack Sinner. Pourtant l'album est de Laureline Mattiussi, une dessinatrice française qui manie le noir et blanc avec une rare virtuosité. Poe est amoureux de Lola. Mais il passe ses nuits avec une sorte d'ange. Ou un fou barbu. Imaginaires. Mais en réalité il est avec Harly, gangster de son état.
Casses manqués, beuveries, délires paranoïaques : l'univers de cette BD est un peu policière et beaucoup poétique. Ou l'inverse. A vous de voir...
« Je viens de m'échapper du ciel", Casterman, 18,95 euros
« Je viens de m'échapper du ciel", Casterman, 18,95 euros
dimanche 16 octobre 2016
BD : "Vertigo", vengeance entre gangs
Si l'action de "Vertigo", histoire complète de 80 pages, se déroule essentiellement à Caracas au Venezuela, l'origine des problèmes du personnage principal, Samuel Santos, vient du Salvador, 14 ans auparavant. Santos, devenu avocat, défend les squatteurs de la tour David, haute de 45 étages et inachevée depuis des décennies. Avant cette existence 'normale', il était membre d'une mara, un gang, au Salvador.
Le récit, se déroulant sur deux époques, raconte cette histoire de vengeance différée et d'espoir de renouveau. Car en quittant le Salvador, Santos a laissé un bébé. Est-ce son fils qui vient d'être emprisonné pour meurtre ? Écrite par Nathalie Sergeef, cette histoire âpre et violente est mise en images par Bufi, dessinateur italien maniant à la perfection le réalisme pur et dur.
"Vertigo", Le Lombard, 14,99 euros
"Vertigo", Le Lombard, 14,99 euros
samedi 15 octobre 2016
BD - Les gangsters à la papa
Du polar rural : le "Mort aux vaches" de François Ravard et Aurélien Ducoudray est de cette veine malheureusement un peu en perte de vitesse. Quatre truands braquent une banque. Quelques millions de francs, car cela se passe dans les années 90. Pour se faire oublier, ils veulent passer un mois au vert, dans la ferme d'un cousin de Ferran, un des quatre pieds nickelés. Ce dernier est accompagné par José, son complice et amant depuis 20 ans, Cassidy, belle et impudique et de Romu, un gaillard, culturiste dopé aux protéines. Normalement ils devraient cultiver une certaine discrétion.
D'autant que la famille de Ferran ne sait pas pourquoi ils viennent en "vacances" dans cette exploitation agricole spécialisée dans les races à viande. Mais avec Cassidy, difficile de ne pas être vite en vedette. En une journée elle parvient à attirer les regards des veilles acariâtres du cru, des gendarmes et des prostituées roumaines. Bref, le mois va se résumer en 48 heures très animées. Des dialogues succulents, un peu à la Audiard, des décors entre beauté champêtre et puanteur du fumier et de sacrés personnages : "Mort aux vaches" est idéal pour les lecteurs amateurs d'ambiance vintage.
"Mort aux vaches", Futuropolis, 19 euros
"Mort aux vaches", Futuropolis, 19 euros
vendredi 14 octobre 2016
DVD et blu-ray - Saga coloniale asiatique
Certains films méritent d'être oubliés. D'autres de rester dans nos mémoires et de profiter des dernières avancées technologiques pour être restaurés et proposés au public sur des supports dignes de leur grandeur. Parfait exemple avec « Indochine » de Régis Wargnier sorti en 1992. Ce n'est pas très ancien, mais la technique de reproduction a tellement évolué ces 5 dernières années, que ce chef -d'oeuvre devenait impossible à regarder sur un simple DVD. Sa restauration et duplication sur blu-ray, en format 4K (soit aussi bon qu'au cinéma), rend parfaitement hommage à ce spectacle de la France coloniale en plein déclin. Paysages grandioses, reconstitution pointilleuse de l'Indochine des années 30, acteurs au sommet de leur art, particulièrement Catherine Deneuve, on est fasciné par l'histoire de Camille (Linh-Dan Pham), la princesse rouge, héroïne de la libération du Vietnam, symbole de cette élite indochinoise préférant la liberté au pouvoir sous contrôle offert par la Métropole.
On retient aussi du film le rôle sur mesure du directeur de la sécurité pour Jean Yanne, toujours excellent quand il endosse la peau d'un immonde salaud. Vincent Perez, en jeune militaire exalté devenu père sacrificiel est un peu moins crédible. Mais il apporte cette fougue et jeunesse, symboles d'une génération lasse des rigorismes de l'époque. Mélodramatique et historique, « Indochine », film à très gros budget pour l'époque, a eu un immense succès en salles lors de sa sortie. Public au rendez-vous, critique aussi puisqu'il a raflé cinq César et surtout l'Oscar du meilleur film étranger en 1993. Et la sortie en blu-ray s'accompagne d'une reprise au cinéma dans quelques salles à partir de mercredi prochain.
« Indochine », Studiocanal, blu-ray (version restaurée), 24,99 euros
On retient aussi du film le rôle sur mesure du directeur de la sécurité pour Jean Yanne, toujours excellent quand il endosse la peau d'un immonde salaud. Vincent Perez, en jeune militaire exalté devenu père sacrificiel est un peu moins crédible. Mais il apporte cette fougue et jeunesse, symboles d'une génération lasse des rigorismes de l'époque. Mélodramatique et historique, « Indochine », film à très gros budget pour l'époque, a eu un immense succès en salles lors de sa sortie. Public au rendez-vous, critique aussi puisqu'il a raflé cinq César et surtout l'Oscar du meilleur film étranger en 1993. Et la sortie en blu-ray s'accompagne d'une reprise au cinéma dans quelques salles à partir de mercredi prochain.
« Indochine », Studiocanal, blu-ray (version restaurée), 24,99 euros






























